La traversée de Rome par le Corso (2/29). La Porta del Popolo (Rione Campo Marzio).
Une entrée somptueuse dans Rome
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Les incursions des barbares (c'est-à-dire pour les Romains de l’antiquité, tous les « non-romains » : Gaulois, Cimbres, Teutons, Francs, Alamans, Burgondes, Vandales, Suèves, Alains, Goths, Wisigoths et autres Ostrogoths etc.) dans l’Empire devenaient de plus en plus fréquentes. Elles allaient parfois jusqu’en Italie du nord, sous Gallien (260 / 268), Claude le Gothique (268 / 270). Au début du règne d’Aurélien (270 / 275), elles faisaient même craindre une attaque sur Rome. Les travaux d’érection d’une nouvelle enceinte fortifiée de la ville commencèrent vers 272 et durèrent onze ans, sous l’autorité de plusieurs empereurs compte-tenu des très courtes périodes de règne car les empereurs mouraient de plus en plus rarement dans leur lit (Aurélien assassiné en 275, Tacite en 276, Florien en 276, Probus en 282, Carus en 283, Numérien en 284…) ! Le tracé de l’enceinte dite d’Aurélien est étrange, irrégulier, avec des saillants importants. Au total, c’est une muraille de 19 kilomètres de long et de 10 mètres de haut, percée de 17 ou 18 portes flanquées de deux tours semi-circulaires, et comprenant une tour quadrangulaire tous les vingt pas (30 mètres environ).
La porte, ouvrant sur la piazza del Popolo, fut reconstruite entre 1562 et 1565 par Nani di Baccio Bigio à la demande de Pie IV Médicis (1559 / 1565) en remplacement de la porte romaine, la porta Flaminia, très dégradée, le sol s’étant notamment exaucé de 1,5 m par suite des débordements du Tibre et des terres dévalant du Pincio. La nouvelle porte s’inspirait de l’Arc de Titus, avec une ouverture centrale encadrée de quatre colonnes provenant de l'ancienne basilique Saint-Pierre, et deux puissantes tours carrées, en avancée, remplaçant les deux tours rondes antiques. Après la démolition des tours, en 1879, les ouvertures latérales, réservées aux piétons, furent créées en 1887 en les décorant selon le modèle de l’ouverture centrale (photo).
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La façade intérieure de la porte est une œuvre de Gian Lorenzo Bernini, réalisée en 1655, à la demande d’Alexandre VII Chigi (1655 / 1667), et à l’occasion de la venue du « roi » [1] Christine de Suède (1626 / 1689). Il était de tradition de dresser des portes et des arcs monumentaux lors des visites des puissants même si, le plus souvent, ces arcs de triomphe n’étaient composés que d’une armature de bois recouverte de toile peinte, imitant la pierre ou le marbre, avec des adjonctions de stuc pour figurer chapiteaux et statues. Les premiers arcs construits pour durer apparaissent à la fin du XVIIe siècle, comme la porte Saint-Denis à Paris (1672), une porte chargée d’exalter les victoires de Louis XIV sur le Rhin. Le Bernin ne semble pas y avoir apporté beaucoup d’attention, ou manquait-il de temps ? C’est une œuvre assez quelconque. Elle comprend des doubles pilastres qui encadrent l’arche centrale, surmontée d’un fronton brisé où s’inscrit un cartouche aux armes des Chigi, une montagne à six sommets, surmontée d’une étoile à huit rayons. L'accueil de l’ex reine de 28 ans n’était pas une mince affaire pour le pape ! Elle avait abdiqué l’année précédente au grand soulagement du clergé réformé vu ses mœurs considérées comme légères, mais aussi du peuple et de l’armée qui s’inquiétaient de la dilapidation du trésor royal. Elle partit à l’étranger à la tête de dix navires qui emportaient ses meubles, ses tapisseries, ses tableaux, ses huit milles manuscrits hébreux, grecs et arabes ainsi que les marbres, les joyaux les pièces d’or et d’argent qui constituaient sa fortune ; le Sénat du royaume s’étant engagé en sus à payer ses dettes qui s’élevaient à dix millions d’écus ! Après de longues pérégrinations à travers l'Europe, où elle gagna le surnom de « reine ambulante », elle se convertit au catholicisme et se rendit à Rome en grand équipage où elle fut accueillie le 20 décembre 1655. Accueillir l’ex « roi » de Suède, ancienne brebis égarée de l’église réformée, récemment convertie à la « vraie foi », c’était gagner une bataille dans la guerre avec la contre-réforme. Par ailleurs la reine Christine avait la réputation d’aimer les arts.
Derrière la porta del Popolo, en face de l’église Santa Maria del Popolo, sur le mur de la caserne des carabiniers, est apposée une plaque mémorielle portant les noms et les visages, en bas-relief, de Angelo Targhini et Leonida Montanari, guillotinés en 1825 sur la piazza del Popolo. Ces deux Carbonari avaient essayé d’éliminer un traitre au sein du mouvement révolutionnaire pour l’unification de l’Italie. La piazza del Popolo était alors l’un des lieux des exécutions capitales dans la Rome pontificale laquelle pouvait être faite à coups de maillet sur la tempe : la mazzolata [2].
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