Le rione Colonna, au coeur de Rome (8/19). Le Palais du Montecitorio, siège de la Chambre des députés.
De Bernini à Fontana, matiné de style rocaille - Le haut-lieu de la démocratie italienne
Derrière la piazza Colonna est située une autre petite place, la piazza di Monte Citorio qui accueille le palais aujourd’hui occupé par la Chambre des députés. La légende voudrait que, sur l’emplacement du palais, existait au Moyen-âge une décharge laquelle finit par former une petite hauteur (monte) où s’installèrent des potagers. On y cultiva certainement des salades, mais ce serait faire de l’antiparlementarisme que d’en déduire que l’endroit était prédestiné à sa fonction actuelle. Ce fut le lieu que choisirent les Ludovisi pour s’y faire construire un nouveau palais. Dessinée par Le Bernin, sa façade, légèrement courbe, suivait la forme de la collinette sur laquelle elle était dressée. Toutefois, compte-tenu de difficultés économiques et de la mort du Bernin (1680), les travaux furent arrêtés et repris trente ans plus tard, sous la direction de Carlo Fontana (1634 / 1714), pour Innocent XII Pignatelli (1691 / 1700) qui voulait y installer l'ensemble des organismes du Saint-Siège (la Curie). C’est Fontana qui aurait rajouté sur la façade ce campenard[1], cette espèce de clocheton disgracieux, avec une horloge et trois cloches dont la plus grande donnait l’heure, à midi précise, aux écoles et édifices publics. Mais cet édicule écrase cette magnifique façade.
Comme pour le palais Poli, situé derrière la fontaine de Trevi, il faut remarquer, à chaque extrémité de la façade, une des subtilités du style baroque finissant annonçant le style rocaille. Des pierres brutes émergent de la façade comme si des rocs anciens traversaient le mur qui aurait été bâti autour, ou comme si la nature brute reprenait ses droits sur une construction humaine (photo).
La Curie fut inaugurée en 1696. Le palais était le centre de la vie administrative et judiciaire du gouvernement pontifical avec le siège du gouvernorat de Rome, de la direction de la police, de tribunaux. Après l’unification de l’Italie, en 1870, le palais du Montecitorio accueillit la Chambre des députés du Royaume d’Italie. Pour assurer cette nouvelle fonction, les ailes arrière ont été détruites et la cour supprimée pour ériger un nouveau bâtiment de l'architecte Ernesto Basile (1857 / 1937), en brique et travertin, très laid, sur une base carrée avec quatre tours d'angle et un amphithéâtre pour assurer les débats de la chambre des députés.
Au sein du palais, le salon de la Louve tire son nom de la sculpture de la louve romaine en bronze qui s'y trouve. Le salon de la Louve est également appelé « Aventino » car s’y rassemblèrent, de 1924 à 1926, les parlementaires dissidents protestant contre l'assassinat du député Matteotti par un groupe fasciste. Après les élections d’avril 1924, gagnées dans des conditions contestables par le « Bloc National » auquel participaient les fascistes de Mussolini, le député Giacomo Matteotti s’était élevé contre les fraudes et le climat de terreur demandant l’invalidation des élections. Le 10 juin il est enlevé par un groupe fasciste, roué de coups et poignardé, son corps n’étant retrouvé que mi-août [2]. En protestation, les députés de l’opposition décident de ne plus siéger dans l’hémicycle et se réunissent dans la salle de la Louve. L’appellation « Aventino » fait référence à la sécession du petit peuple romain en 494 avant J.C qui, refusant de répondre à une convocation des consuls pour être enrôlés dans l’armée, s’étaient retiré dans le quartier de l’Aventin pour y constituer une « autre Rome ». C'est aussi dans ce salon que, le 13 juin 1946, furent proclamés les résultats du référendum institutionnel créant la République italienne [3]. La question posée aux Italiens était simple : « République – Monarchie ? ». Les résultats furent majoritairement en faveur de la République (54,3%), mais en faisant apparaître l'existence de deux Italies : l’une au Nord de Rome votant massivement pour la République, l’autre au Sud, à partir du Latium et des Abruzzes, votant favorablement pour la Monarchie !
En face du palais du Montecitorio, au fond de la place, à gauche, le palais del Cinque, présente une très belle porte cochère et un agréable balcon (au n°57) et, à l’étage noble, de curieux frontons de fenêtres intégrant des personnages. Le palais a été transformé en 1738 sur le projet de l’architecte Francesco Ferrari.
Modifié et complété 2026
[1] Campenard : mur vertical et généralement plat, placé en haut ou à l'avant d'un édifice pour recevoir des cloches.
[2] Charles Heimberg. « Il y a quatre-vingt-dix ans, le fascisme tuait Giacomo Matteotti ». Médiapart. 10/06/2014.
[3] Frédéric Attal. « La naissance de la République italienne (2-18 juin 1946) ». « Parlement[s], Revue d'histoire politique ». N°7. 2007.