Campo Marzio - Piazza di Spagna et Pincio (6/25). Le palais pour la Propagation de la Foi (Propaganda Fide).
Sur la place, une façade du Bernin et, sur le côté, de Borromini
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La piazza di Spagna se termine avec la façade du palais de la Sacra Congregatio de Propaganda Fide. La Congrégation a été fondée en 1542 sous le nom de « Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et universelle » dont la mission était de lutter contre les hérésies et d’évangéliser les peuples.
« Le collège de Propaganda Fide, où l’on engraisse des missionnaires pour donner à manger aux cannibales. C’est, ma foi ! un excellent ragoût pour eux, que deux pères franciscains à la sauce raide. Le capucin en daube se mange aussi comme le renard, quand il a été gelé »[1].
La Congrégation a été présidée, de 1981 à 2005, par le cardinal Ratzinger, devenu pape sous le nom de Benoît XVI[2]. Le palais Ferratini, érigé place d'Amelia (aujourd’hui extrémité sud de la piazza di Spagna), fut donné en 1625 par un évêque espagnol, membre de la Congrégation, pour servir de siège à l’institution et lui permette d’accueillir un collège afin de former les missionnaires chargés de diffuser la bonne parole dans le monde. L’année suivante, la Congrégation acheta tous les jardins avoisinants de l’ilot. Le Cardinal Antonio Barberini, frère du pape régnant, souhaita édifier une église dédiée à l'Adoration des Rois Mages, reliée au palais, et dont le projet fut confié à Gian Lorenzo Bernini, l’architecte préféré d’Urbain VIII (le pape qui fit condamner Galilée ; comme quoi on peut apprécier les audaces architecturales mais pas scientifiques). Le Bernin réalisa une église de forme elliptique, à l’image de Sant'Andrea al Quirinale. Elle fut jugée « merveilleuse » par les contemporains. Parallèlement, il devenait nécessaire de reprendre le vieux palais Ferratini, miné par l’humidité. Le projet et sa réalisation furent naturellement confiés au Bernin avec notamment l’érection d’une façade d’une facture sobre, agrémentée seulement de pilastres en forte saillie (1642 / 1644, photo).
Toutefois, dès 1646, les travaux à peine terminés, il apparut indispensable d’agrandir le palais rénové et le nouveau pape, Innocent X Pamphili (1644 / 1655) confia le projet à Francesco Borromini. Celui-ci proposa un grandiose édifice, occupant tout l’ilot, comprenant une nouvelle église, une imprimerie, un hospice pour les évêques et de nouvelles chambres destinées aux élèves du collège. Après bien des discussions et modifications le projet fut décidé (1652), remodelant l’ensemble, la nouvelle chapelle étant symboliquement située au milieu de l’édifice, entre le collège et le siège de la congrégation. Conséquence : la démolition de l’église de Bernini construite quelques années plus tôt. L’église se trouvait, comme par hasard, tout près du logement de Bernini (via della Mercede) et ce n’est donc pas sans jubilation que Borromini dut la faire démolir quasiment sous son nez !
La façade latérale du palais, via di Propaganda Fide, est également de Borromini (1662 / 1666). Sur cette rue étroite et rectiligne, Borromini développe une haute façade, en sept travées, rythmée par des pilastres colossaux, dont il incurve légèrement la partie centrale pour en rompre la monotonie. La façade est également brisée dans sa hauteur par une corniche en forte saillie. Ce qui n’aurait pu être qu’une longue et insignifiante façade sur une rue sombre devient un décor mouvant par le jeu du haut porche incurvé, des profondes fenêtres aux jambages de colonnes géminées, aux frontons arrondis ou surmontés d’œil-de-bœuf, de la corniche et des consoles saillantes. Il faudrait encore signaler les colonnes encadrant le porche, carrées, aux larges et profondes cannelures, placées de biais, qui s’évasent progressivement vers le haut. Chaque détail, par le jeu des formes et des saillies, emprisonne ou renvoie la lumière accentuant encore les effets de relief.
Après le décès de Borromini (1665) la construction fut poursuivie sur la partie Sud (côté Sant’Andrea delle Fratte) d’une manière plus conventionnelle.
[1] Président de Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740. Un humour acide et irrespectueux bien français !
[2] Avec l'entrée en vigueur de la constitution apostolique Praedicate evangelium, le 5 juin 2022, la congrégation a disparu et fusionne avec le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation pour former le dicastère pour l'évangélisation. Celui-ci a pour rôle l'évangélisation dans le monde face à la sécularisation progressive de la société et l'établissement, l'accompagnement des nouvelles Églises particulières.