Campo Marzio - Piazza di Spagna et Pincio (2/25). La Piazza di Spagna (Place d’Espagne).
Une fabuleuse composition urbaine
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La place, qui doit son nom à la présence de l’ambassade d’Espagne, est composée de deux triangles accolés par leurs sommets, lui donnant une forme de papillons aux ailes de tailles inégales. Elle présente plusieurs diverticules comme la place Mignanelli ou l’impasse qui sert de sortie au métro. Située au pied de la colline du Pincio, elle est célèbre par l’extraordinaire composition urbanistique qu’elle propose avec le somptueux escalier baroque qui grimpe sur la colline, dominé par un obélisque et la façade de l’église de la Trinità dei Monti, et, en contrebas, une des plus étranges fontaines romaines, la fontaine de la Barcaccia (photo).
« On connaît le symbolisme de la Place d’Espagne. De la « Barcaccia » jusqu’à l’église de la Trinité-des-Monts, l’organisation de l’espace indique un itinéraire à suivre. En bas, la fontaine en forme de barque qui fait naufrage, image de la condition humaine déchue. Puis, l’interminable escalier, métaphore de l’ascèse nécessaire pour faire son salut (…). Enfin, tout en haut, l’obélisque planté par Pie VI, doigt levé vers le ciel et invitation à entrer dans l’église »[1].
Mais cette fabuleuse composition urbaine ne s’est réalisée que très graduellement, sur plusieurs siècle[2]. Au début XVIe siècle, la zone de la place était située en marge de la ville moyenâgeuse et la première initiative d'aménagement revient à Charles VIII, roi de France, qui achète, en 1494, un terrain en haut de la colline pour y construire une église. Au pied du Pincio, l’endroit se bâtit progressivement par suite du développement des activités portuaires à Ripetta et de la restauration de l’aqueduc de l’Acqua Vergine. En 1525, Clément VII Médicis (1523 / 1534) fait tracer une voie directe avec la piazza del Popolo, la via Clementia (aujourd’hui via del Babuino). En 1544, c’est Paul III Farnèse (1534 / 1549) qui fait ouvrir une rue rectiligne entre cette zone et le port de Ripetta, la Via dei Condotti (rue des conduites, par suite de l’aqueduc souterrain) et, en 1570, un grand réservoir d’eau y est construit pour développer les activités artisanales faute de pression pour y ériger une fontaine. A la fin du XVIe siècle, deux palais y sont construits, celui de la famille Ferratini, transformé plus tard en palais du Collège de Propaganda Fide, et celui appartenant aux barons Monaldeschi, acheté en 1622 par l’Espagne pour y établir son ambassade. Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) reprend le projet d'une fontaine au bout de la via Condotti ; Pietro Bernini et son fils Gian Lorenzo, construisent la fontaine de la Barcaccia, point central de la place (1627).
Du fait de sa proximité avec l’entrée nord de la ville, la porta del Popolo, la place devient un lieu de repos pour les chevaux des diligences et c’est souvent dans ce quartier que logaient les étrangers. C’est le cas pour De Brosses et ses amis qui y louent un appartement, les auberges à Rome étant, semble-t-il, alors rares et fort peu accueillantes[3]. A droite de l’escalier de la Trinità dei Monti, la « Casina Rossa » appartenait à une dénommée Anna Angeletti qui louait des chambres aux touristes en visite à Rome ; elle y accueillit le poète anglais Keats accompagné de son ami le peintre Joseph Severn. A gauche, Babingtons est un salon de thé fondé par deux demoiselles anglaises en 1893 ; d’abord situé à proximité, via di Due Macelli, l’établissement voulait offrir un cadre familier aux Anglais faisant le Grand Tour. La famille d’une des deux fondatrices gère toujours l’établissement. La réputation d’accueil des étrangers du quartier se maintint longtemps…
« Le quartier de Rome habité par les étrangers, les forestiers comme on dit, est celui de la place d’Espagne avec ses rues environnantes, via Sistina, via Gregoriana. En effet, il n’y a guère que là qu’on trouve un peu de confort dans le logement et son ameublement ; ailleurs les appartements sont généralement meublés et distribués à la romaine c’est à dire de façon un peu trop primitive pour qui veut faire un long séjour à Rome »[4] !
Par suite des rivalités entre la France, l’Espagne et la papauté, l'escalier de la Trinità dei Monti, ne sera construit qu’en 1723 / 1726.