Découverte de la Rome baroque (17/20). Gian Lorenzo Bernini.
Le baroque, scène de théâtre
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Gian Lorenzo Bernini (1598 / 1680 - autoportrait), dit Le Bernin pour les Français, était tout à la fois sculpteur, peintre, architecte, urbaniste et metteur en scène pour les fêtes papales ! Né à Naples, il était le fils de Pietro Bernini, lui-même sculpteur, originaire de Florence. Pietro Bernini a travaillé à Rome pour le cardinal Scipion Borghèse, puis pour le pape Paul V Borghese (chapelle Paolina de Santa Maria Maggiore). Il réalisera, en 1629, la fontaine de la Barcacia, piazza di Spagna, à la demande du pape Urbain VIII Barberini (1623 / 1644), une merveille d’inventivité et de grâce à laquelle son fils a contribué. Très tôt, Gian Lorenzo sera associé aux activités de son père (les Hermès de la Villa Borghese). Il devient vite célèbre, à 22 ans, avec la réalisation du buste de Paul V Borghese puis avec les groupes de sculptures dites Borghese (Énée, Anchise et Ascagne 1619, le rapt de Proserpine 1622, David 1624, Apollon et Daphné 1625) caractérisées par la représentation d’un moment dynamique et dramatique de l’histoire représentée.
Gian Lorenzo Bernini est un familier du pape Urbain VIII Barberini qui lui confie les plus hautes fonctions et les plus grands projets à Rome : rénovation de l’église Santa Bibiana, palais Barberini avec Francesco Borromini, fontaine du Triton, baldaquin de la basilique Saint-Pierre, tombeau d’Urbain VIII. A la mort du pape Urbain VIII, l'accession au pouvoir du pape Innocent X Pamphilj (1644 / 1655), farouche ennemi des Barberini, ralentit la carrière de Bernini même s’il conserve les fonctions confiées par les papes précédents et notamment celle d’architecte de la basilique Saint-Pierre où il s’occupe de la décoration intérieure (revêtement du sol et des murs, sculptures, stucs). Il doit faire face à l’affaire des clochers de la basilique dont il avait été chargé de l’érection par Urbain VIII : des fissures sont apparues sur la façade de la basilique et le premier clocher érigé devra être supprimé. En 1648, suite à l’imaginative proposition de fontaine des Quatre fleuves pour la piazza Navona, il revient en grâce auprès d’Innocent X avec la complicité de la belle-sœur du pape, Olimpia Maidalchini. Il réalise la chapelle Cornaro à l’église Santa Maria della Vittoria (1651), avec une fabuleuse mise en scène de la Transverbération de sainte Thérèse-d’Avila.
Sous Alexandre VII Chigi (1655 / 1667), Bernini conduit de grands projets d’urbanisme : la réorganisation de la piazza del Popolo (1655), la colonnade de la place Saint-Pierre (1656 / 1667), mais aussi l’église Sant’Andrea al Quirinale (1658 / 1678), la Scala Regia (1663 / 1668). A plus de soixante-dix ans, Bernini réalise encore la tombe d’Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) dans la basilique Saint-Pierre, ou l’extase de la Bienheureuse Ludovica Albertoni (église San Francesco a Ripa).
Aidé dans sa très abondante production par un atelier de sculpteurs, ses réalisations se caractérisent par la recherche constante du mouvement, d’une dynamique des formes, l'impression spectaculaire allant jusqu'à la création d’illusions. Devenu l’architecte le plus célèbre de son temps, il sera invité à Paris par Louis XIV, en 1665, afin de proposer une nouvelle façade pour le Louvre. Sa fantaisie et son audace se heurteront à la rigueur « classique » des Français et au soucis d’économie de Colbert[1]. De son passage à Paris il ne restera que très peu de choses : un buste de Louis XIV, un croquis de façade pour le palais du Louvre, et une statue équestre du roi, dont celui-ci ne voulut pas et qui sera longtemps oubliée au fin fond du parc de Versailles, mais dont une copie en bronze sera heureusement érigée par Ieoh Ming Pei non loin de la pyramide du Louvre, à l’endroit initialement prévu.
Pour connaître l’œuvre de Bernini, il faut nécessairement compléter cette approche de l’autre côté du Tibre, dans les rioni du Borgo et du Trastevere : la colonnade de la place Saint-Pierre et ses différentes interventions dans la basilique, mais aussi la chapelle Raimondi à San Pietro in Montorio et l’extraordinaire statue de la « Bienheureuse Ludovica Albertoni » à San Francesco à Ripa. Enfin, la villa Borghèse recèle les sculptures dites Borghese qui soulignent sa formidable maîtrise de la matière et du mouvement. Bernini s’est montré très audacieux dans la statuaire ; dans l’architecture, c’est à l’abri des grandes apparences classiques et palladiennes que Bernini se permet des variations[2]. Ses œuvres ont parfois une surcharge décorative qui nuit à leur mise en valeur.
[1] Laurent Dandrieu. « Le roi et l’architecte - Louis XIV, Bernini et la fabrique de la gloire ». 2015.
[2] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.