Découvrir la Rome baroque (6/20). Sainte Thérèse d'Avila en extase (la Transverbération)
Le théâtre de l’extase divin
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L’église Santa Maria della Vittoria (Sainte Marie de la Victoire !) est située sur l'une des sept collines de Rome, le Quirinal. Elle est dédiée à la victoire de la Montagne Blanche, située près de Prague, qui a vu la victoire des armées catholiques des forces du Saint-Empire contre celles du roi protestant de Bohême. L’édifice est l’œuvre de Carlo Maderno (1556 / 1629). Sa façade, construite entre 1624 et 1626, soit en même temps que Santa Bibiana, est néanmoins différente : les lignes verticales (pilastres) sont peu marquées à contrario des lignes horizontales (corniches, fronton). Mais, il s’y développe également des formes arrondies, des volutes encadrent la nef, des niches demi-circulaires sur la façade, des pots-à-feu aux angles, enfin les frontons courbes situés au-dessus de la porte, de la fenêtre et dans la corniche. Elles viennent donner du rythme à la façade. C’est une église modestement baroque mais néanmoins, à l’intérieur[1], avec tout ce qu’il faut de marbres colorés, de sculptures, de dorures et de vaines fioritures pour ne pas impressionner un Français… s’il n’y avait dans la branche gauche du transept la chapelle Cornaro, œuvre de Gian Lorenzo Bernini !
Elle est occupée, par la statue (1647 / 1652) [2] de la « Transverbération » [3] de sainte Thérèse d’Avila (photo). La sainte est représentée semi-allongée, en extase sous les coups de dard d’un ange qui la domine et qui sourit avec une grâce qui se teinte tout à la fois de compassion et d’ironie.
« Sainte Thérèse est représentée dans l’extase de l’amour divin ; c’est l’expression la plus vive et la plus naturelle. (…) Quel art divin ! Quelle volupté ! » [4].
L’extase de la sainte, jeune et belle, est rendue de façon très charnelle. Aussi, les esprits cartésiens et moqueurs ne manquent-ils pas de souligner le côté très sensuel, voire érotique, de la scène. Dominique Fernandez parle de « jubilation amoureuse » quand le Président De Brosses aurait signifié plus crûment que cette extase lui rappelait davantage des souvenirs d’alcôves !
« C’est une expression merveilleuse, mais franchement beaucoup trop vive pour une église. Si c’est ici l’amour divin, je le connais ; on en voit ici-bas maintes copies d’après nature » [5].
La sainte est baignée d’une lumière zénithale douce, dont la source est dissimulée, et qui rayonne de façon laiteuse sur un fond d’albâtre enrichi de petits nuages de stuc. La statue est placée dans un encadrement de colonnes sombres comme celles qui encadrent le plateau d’une scène de théâtre. L’effet est encore accentué par la présence de niches sur les murs latéraux, niches en forme de balcons et dans lesquelles sont représentés les membres de la famille Cornaro. Ces personnages se penchent pour mieux voir la sainte en extase, apprécient la scène, se retournent vers leur voisin pour en discuter. C’est bien d’un théâtre miniature qu’il s’agit, un théâtre sur la scène duquel se joue la représentation de la béatitude de la sainte.
Par-delà l’effet théâtral, la statue est exceptionnelle par l’ampleur de ses mouvements, accentués par le jeu des ombres et des lumières sur les parties lisses (visages, torse de l’ange) et l’agencement savant des plis de la robe. Avec cette statue, on mesure le chemin parcouru par Bernini depuis la réalisation de Santa Bibiana, vingt ans plus tôt, dans l’expression du mouvement, la reproduction de la vie mais aussi dans l’expression de la théâtralité de la scène.
Niveau 6 ou 7 sur l’échelle de Termini à 7 échelons ?
[1] Romanchurches. « Santa Maria della Vittoria ».
[2] Les dates des œuvres de Bernini et Borromini variant d’un ouvrage à un autre, les dates retenues sont celles du livre « Rome, où trouver Michel-Ange, Raphaël, Le Caravage, Le Bernin, Borromini ? ». 2001.
[3] La transverbération est un phénomène mystique qui désigne le transpercement spirituel du cœur par un trait divin enflammé.
[4] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.
[5] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.