Découvrir la Rome baroque (8/20). Le Palais Barberini.
Le triomphe de l’illusion et du trompe-l’œil
Via delle Quattro Fontane, une grille imposante, composée d’hermès colossaux, protège le palais Barberini (1629 / 1633). Il abrite la Galerie d’Art ancien, créée en 1895, avec une remarquable collection de peintures provenant des collections Corsini, Torlonia, du Mont de Piété, et l'achat de tableaux provenant des collections : Sciarra, Chigi et Barberini [1]. Commencé par Carlo Maderno, l'architecture du palais a évolué vers une structure originale et inhabituelle pour un palais romain : un corps central avec deux ailes, formant un H, mais un H avec une longue barre centrale et deux petits montants latéraux (photo) !
A la fin des travaux, en 1633, le palais Barberini sera considéré comme étant le bâtiment le plus élégant de Rome. On attribue à Gian Lorenzo Bernini la façade principale du palais avec ses trois niveaux superposés d'arcade encadrées par des demi-colonnes et des pilastres, superposant les trois ordres, dorique, ionique et corinthien. A première vue, l’ensemble ne se démarque pas du style Renaissance, (plan régulier, égalité des travées, alignement des fenêtres, symétrie), comme à la galerie du Belvédère au Vatican. Mais, en y regardant de plus près, le traitement des trois étages est assez différent. Bernini renforce les effets de perspective avec une profonde galerie en rez-de-chaussée et des fausses perspectives dans l'encadrement des fenêtres du second étage faisant croire à l'existence d'une loggia vitrée en retrait. Les trois fenêtres centrales des premier et second étages sont parfaitement alignées et s'ouvrent sur le grand salon. L’objectif de l’architecte était de proposer un salon central de très grand volume, éclairé par deux niveaux d’ouvertures, tout en conservant une façade parfaitement régulière, composée de trois étages d’égale hauteur. Cette solution, avec la fausse loggia vitrée du second étage qui parait en retrait, permet d’accentuer l’effet d’élévation de l’édifice en évitant de tasser la perspective par un dernier étage de hauteur réduite.
Les autres éléments architecturaux marquants du Palazzo Barberini sont le grand escalier de Bernini, l'escalier en colimaçon imaginé par Francesco Borromini, les effets de perspective et l'immense fresque peinte sur le plafond du grand salon de Pierre de Cortone. L'escalier de gauche (1629 / 1633), de Bernini, est un escalier carré, entourant une cage ouverte. A chaque angle de l’escalier sont situés des paliers sur les murs desquels sont figurées de fausses perspectives laissant croire au visiteur qui monte, comme à celui qui descend, qu’il existe un renfoncement dans lequel est logée une statue. L’illusion en est donnée par l’accentuation des lignes de fuite correspondant aux plinthes et aux chapiteaux des pilastres qui encadrent la fausse perspective. L’escalier, de droite (1626 / 1632), de Borromini est traité de manière totalement différente. La cage d’escalier est ouverte, ovale et hélicoïdale, rythmée par des colonnes géminées, accentuant l’effet de profondeur et d’ascension. Pour augmenter cet effet, les paliers sont supprimés, la pente générale est faible et les marches sont donc très basses[2]. Les deux artistes utilisent des solutions architecturales différentes, dynamiques, accentuant les effets de perspective en jouant sur les formes, les reliefs, les ombres et la lumière pour donner l’impression de mouvement. Les effets de perspective sont également utilisés dans l'ensemble du palais avec les embrasures des portes et fenêtres en exagérant les lignes de fuite des saillies, ou avec le passage qui traverse le palais au rez-de-chaussée, en son centre, le sol monte, son plafond s’abaisse et ses murs latéraux se resserrent progressivement. Le passage débouche dans un jardin, à l’arrière du bâtiment, dont le niveau, plus élevé, correspond au premier étage du palais. Afin de donner également plus de profondeur au jardin, dans le mur de l’édifice qui le clôt, est placée une niche monumentale en fausse perspective, comme s’il s’agissait d’un mur lointain de fond de scène.
Pietro da Cortona, avec le Triomphe de la Divine Providence au plafond du grand salon, réalise également un chef-d’œuvre de trompe-l'œil en faisant croire au spectateur qu’il est sous une architecture en trois dimensions alors qu'il s'agit d'une fresque plane avec de faux entablements encadrant un ciel ouvert. Les scènes symbolisent le bon gouvernement et les vertus du Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) et de sa famille.
Niveau 6 sur l’échelle de Termini à 7 échelons ?
[1] Ouverture du mardi au dimanche, de 8h30 à 19h00. Fermé les lundis. Depuis 2024, un restaurant est ouvert dans la serre du jardin !
[2] Bramante avait déjà utilisé une forme semblable (dit "à limace") au palais du Belvédère au Vatican et l'escalier de Borromini reproduit l'escalier du Quirinal créé par Ottaviano Mascarino (1536 / 1606), élève de Vignola.