Découvrir la Rome baroque (18/20). Francesco Borromini.
Le baroque, figure mathématique
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Francesco Borromini (1599 / 1667 - portrait aanonyme) était le fils d’un modeste architecte, ou maître-maçon, du Tessin (Suisse). Borromini, c’est le surnom d’une branche familiale des Castelli. Il fait son apprentissage de la sculpture à l’école de la Fabrique de la cathédrale de Milan. Il commence sa carrière à la Fabrique de la basilique Saint-Pierre, sous la protection de Carlo Maderno avec qui il avait aussi des liens familiaux, l’un des principaux architectes de Rome sous le pape Paul V Borghese (1605 / 1621). A la mort de Maderno (1629), c’est Bernini qui est nommé, à la place de Borromini, architecte de Saint-Pierre et du palais Barberini. La perte de ses soutiens et les pouvoirs de Bernini, déterminent pour Borromini une période rapidement conflictuelle avec celui-ci et une difficulté à obtenir des commandes. En 1632, sur proposition de Bernini (peut-être pour éloigner cet encombrant rival), Borromini est nommé architecte de Sant'Ivo alla Sapienza. Toutefois, les travaux de Sant’Ivo ne commenceront qu’en 1643 et l’aménagement de la bibliothèque Alessandrina encore plus tard.
En 1634, Borromini reçoit la commande de l’église San Carlo alle Quattro Fontane, puis il gagne le concours de l’oratoire des Philippins (1637). A la même période, il réalise la galerie en perspective du palais Spada. Au début des années 1640, il élabore plusieurs projets et débuts de réalisation, Santa Maria dei Siete Dolori, palais Carpegna. Innocent X Pamphilj (1644 / 1655), farouche ennemi des Barberini dont Bernini était l’architecte favori, confie l’élaboration de projets à Borromini, la fontaine sur la piazza Navona, l’église Santa Agnese in Agone, mais choisit finalement d’autres architectes. Toutefois Borromini est chargé de projets importants, l’agrandissement du Palazzo di Propaganda Fide (1644), la restauration de San Giovanni in Laterano (1646), la construction de Sant’Andrea delle Fratte (1653). Il participa à d’autres projets et réalisations à Naples, Sant Martino, Frascati, Bologne, Faenza.
En 1655, Bernini devient l’architecte préféré du nouveau pontife, Alexandre VII Chigi (1655 / 1667), et malade, dépressif, Borromini se jette sur son épée en 1667. L’art de Borromini[1] est dans sa formidable audace des plans et des lignes de ses édifices, dans des compositions toujours strictement rigoureuses, sans ajouts de décorations inutiles. Il n’a pas besoin de surcharges de bronze doré, de marbre coloré, de stuc ou d’angelots pour assurer l’effet décoratif et jouer de la lumière. Il devait être malheureux à la fin de sa vie quand, passant devant Santa Agnese in Agone, il pouvait observer les artistes qui lui avaient succédé en rajouter à plaisir.
« Il a poussé l’audace beaucoup plus loin que Bernini, dépassant l’ellipse ou l’ovale par ses entrelacements de lignes, accusant gratuitement les effets de contraste, libérant les lignes et les volumes, surtout, donnant au détail sa valeur propre, indépendamment, au moins en apparence, de sa subordination à l’ensemble »[2].
De Borromini, il faudrait aller voir, à l’extrémité du corso Vittorio Emanuele II, près du Tibre, l’autel de San Giovanni dei Fiorentini (sa tombe avec celle de Maderno). Non loin de là, l’Oratoire des Philippins (1621 / 1661) présente un étonnant fronton en carène de navire renversée. L’idée sera reprise au couvent des Ursulines (1721) de Ljubljana avec beaucoup moins de légèreté toutefois.
Bernini et Borromini étaient deux très grands artistes, mais je ne peux m’empêcher d’avoir un petit faible pour Borromini. A la fois pour sa formidable audace dans les lignes même si, parfois, elle heurte mes conceptions plus « classiques » de l’architecture : pensez à la façade de San Carlo alle Quattro Fontane par exemple. Mais aussi par suite de sa vie en partie tragique, moins de « grandes » commandes, moins d’œuvres que son éternel rival et une fin dramatique : des ouvrages qui lui échappent, un suicide enfin. Borromini, c’est le grand artiste tragique, alors que Bernini, c’est l’artiste qui a réussi, comblé de commandes et de titres. Et notre représentation romantique de l’artiste veut que celui-ci soit d’autant plus grand qu’il aura eu un destin dramatique !
[1] Barilier Etienne. « Francesco Borromini - Le mystère et l’éclat ». 2009.
[2] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.