Le rione Colonna, au coeur de Rome (16/19). Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André-des-Buissons).
La tour-lanterne et le clocher - L'oeuvre de Borromini accueille celle de Bernini
/image%2F1313864%2F20240716%2Fob_bb5d87_colonna-sant-andrea-delle-fratte-2.jpg)
L’église Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André-des-buissons) a acquis ce patronyme en raison de la végétation (arbustes, buissons, épineux) qui l’entourait lors de sa construction en limite de la ville. En 1604, l’ordre des Minimes fait reconstruire par l’architecte Gaspare Guerra (1554 / 1622) une église du XVe siècle et un monastère. Les travaux sont arrêtés en 1612 faute de financement du commanditaire, la famille Del Bufalo. Paolo Del Bufalo choisit Francesco Borromini pour reprendre les travaux en 1653. Il réalise l’abside, le tambour de la coupole et le campanile. A sa mort, l’oeuvre a été poursuivie par Mattia de Rossi. L'argent manquant une nouvelle fois, la façade ne sera réalisée qu’en 1826. Le bâtiment reste extérieurement inachevé car non recouvert de plaques de marbre ou de travertin.
« L’église Saint-André avec son demi dôme et demi clocher par Borromini, qui ne peut se défendre des inventions d’un goût bizarre »[1].
La coupole, ou plutôt la tour lanterne puisqu’elle n’est pas couverte par une voute hémisphérique, est circulaire, avec d’imposants contreforts soulignés de colonnes saillantes. De larges fenêtres éclairent le transept. Le campanile, dont la base de briques s’intègre dans les façades latérale et arrière de Sant’Andrea, est érigé entre le transept gauche et le cœur. Au-dessus, s’élève une flèche ajourée de travertin superposant successivement, une tour circulaire à colonnes géminées couronnée d’une balustrade, un petit temple aux quatre fenêtres encadrées d’anges cariatides enveloppés de leurs longues ailes, deux niveaux de corniches à ressaut décorées de pots à feu, enfin une quadruple volute coiffée d’une couronne de fer ! Le clocher est surnommé « la ballerine » parce que la structure oscille quand la grande cloche sonne[2] !
A l’intérieur de l’église, il ne faut pas manquer d’admirer les deux anges sculptés par Le Bernin : « l’ange au cartouche » et « l’ange à la couronne d’épine ». Ils faisaient partie des dix anges commandés par Clément IX Rospigliosi (1667 / 1669) pour le pont Saint-Ange, mais ces deux-là ont été exécutés par le maître, alors que les huit autres ont été réalisés par ses élèves. Ils plurent tellement à sa sainteté qu’elle les fit conserver dans l’atelier de l’artiste, bien à l’abri, plutôt que sur un pont, aux courants d’air et à la pluie ! Les héritiers du Bernin en firent don à l’église Sant’Andrea delle Fratte en 1731. Il faut dire que, par le jeu du vent dans leur tunique, ces deux anges dévoilent chacun une jambe de bel adolescent ou de belle jeune fille… Là encore comment se prononcer ? L’avantage de la situation c’est que chacun des deux sexes peut être troublé par les charmes de ces anges-là. Les anges du Bernin ont ensuite beaucoup servi de modèles aux représentations angéliques, toutes en torsades et volutes dans un tourbillon de draperies et d’ailes… jusqu’à en être lassés !
A l’intérieur de l’église[3], il ne faut pas manquer d’admirer les deux anges sculptés par Le Bernin : « l’ange au cartouche » et « l’ange à la couronne d’épine ». Ils faisaient partie des dix anges commandés par Clément IX Rospigliosi (1667 / 1669) pour orner le pont Sant’Angelo. Ces deux-là, exécutés par le maître alors que les huit autres ont été réalisés par ses élèves, plurent tellement à sa sainteté qu’elle les fit conserver dans l’atelier de l’artiste, bien à l’abri, plutôt que sur un pont, aux courants d’air et à la pluie ! Les héritiers du Bernin en firent don à l’église en 1731. Il faut dire que, par le jeu du vent dans leur tunique, ces deux anges dévoilent chacun une jambe de bel adolescent ou de belle jeune fille… Comment se prononcer ? L’avantage de la situation c’est que chacun des deux sexes peut être troublé par les charmes de ces anges-là. Les anges du Bernin ont ensuite beaucoup servi de modèles aux représentations angéliques, toutes en torsades et volutes dans un tourbillon de draperies et d’ailes jusqu’à en être lassé !
Dans la seconde chapelle de gauche, une peinture de la Vierge est particulièrement vénérée. Elle représente la Vierge quand elle est apparue, le 20 janvier 1842, à Alphonse Ratisbonne, un Français, athée, issue d’une famille de confession juive. Devenu prêtre, Alphonse Ratisbonne aurait conseillé à son frère, Théodore, lui-même prêtre, de fonder un foyer pour l’éducation catholique des enfants juifs. Le zèle prosélyte des milieux catholiques français envers la communauté de confession juive se développa aboutissant, dans les années 1850 / 1860, à des scandales de conversions forcées, voire d’enlèvements d’enfants [4] ! Suite à la vision de Ratisbonne, de nombreuses conversions spontanées auraient eu lieu devant ce tableau, au point que le pape Benoît XV della Chiesa (1914 / 1922) désigna le lieu comme « la Lourdes romaine ».
Un grand cloître, rectangulaire, est situé au sud de l’église. La galerie à colonnes entoure un grand jardin planté d’orangers et de cyprès avec en son centre une petite fontaine. Dans les lunettes du cloitre, des fresques du XVIIe siècle racontent les miracles créés par saint François de Paule.
Complété et modifié 2026
[1] Président De Brosse. « Lettres d’Italie ». 1740.
[2] Roma Segreta. Sant’Andrea delle Fratte. Site internet.
[3] Sous le maître-autel se trouve une crypte avec le seul exemple de putridarium de la ville de Rome. C'était une pièce dans laquelle se déroulait processus de décomposition naturelle des corps, placés dans des niches avec un siège en maçonnerie et un trou central pour recueillir les liquides. Ne se visite plus !
[4] Danielle Delmaire. « L'intégration par la liberté des consciences et l'égalité des cultes. L'exemple de l'affaire Bluth-Mallet (1861) ». In « Archives Juives ». N°35. 2002.
La conversion forcée des enfants juifs se pratiquait dans l'Etat pontifical. Voir le film de Marco Bellocchio. « L’enlèvement ». 2023.