Découvrir la Rome baroque (14/20). Santa Agnese in Agone.
L'oeuvre dénaturée de Borromini
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Santa Agnese in Agone (Sainte-Agnès-en-Agone - 1652 / 1666) est construite sur le lieu attribué au martyr de la sainte sur le stade de Domitien. Née vers 291, Agnès, à l'âge de 12 ans, aurait rejeté les avances du fils du préfet de Rome qui la courtisait. Celui-ci serait alors devenu malade d’amour. Son père, le préfet, exigea d’Agnès qu’elle sacrifie aux dieux romains sous peine d'être enfermée dans un lupanar. Refusant de céder, Agnès fut dépouillée de ses vêtements et conduite, nue, à travers la ville, jusqu'au lieu de prostitution, mais ses cheveux se mirent à pousser miraculeusement recouvrant entièrement sa nudité. Elle mourut alors égorgée. La tradition ne s'appuie sur aucune source historique...
Le projet original de l’église est de Girolamo Rainaldi (1570 / 1655) qui dirigea les travaux initiaux de construction du bâtiment. Le plan initial prévoyait l’érection d’un édifice à plan central, en croix grecque avec une coupole sans tambour, précédé d’un vestibule et comportant une façade rectiligne flanquée de deux tours latérales. En 1653, le pape Innocent X Pamphilj (1644 / 1655) confia la poursuite des travaux à Francesco Borromini. Sur la base des travaux déjà effectués, celui-ci modifia profondément le plan d’origine. Il élimina le vestibule reculant la façade, déporta la construction des deux clochers de part et d’autre de la façade, afin de ne pas entraver la vue sur une coupole sur haut tambour (photo). A l’intérieur, la coupole est soutenue par quatre énormes piliers placés en biais et, dans chaque pilier est insérée une petite chapelle. Cette disposition transforme le plan initial en croix grec en mettant l’accent sur une forme centrale octogonale
L’autel est situé en face de la porte d’entrée [1] et les deux absides sont situées dans l’axe transversal. Le chœur central est décoré de niches à chaque coin ; l’ensemble est surmonté d’une coupole légèrement ovale, posée sur un tambour élevé et largement éclairé par ses hautes fenêtres, le tout surmonté d’une lanterne. La façade est légèrement concave entre ses deux ailes terminées par des campaniles à loggias à trois étages de pilastres, pour donner l’impression de plus de largeur et de profondeur. A la mort du pontife (7 janvier 1655), son successeur Alessandro VII Chiggi (1655 / 1667) constitua une commission pour enquêter sur d’éventuelles erreurs de Borromini, avant de lui retirer l’exécution des travaux et de les confier à Carlo Rainaldi, le fils de Girolamo ! Le projet de Francesco Borromini fut altéré par l’ajout d’un fronton, l’abaissement de la lanterne, l'érection de campaniles plus conventionnels que ceux de Borromini ; bref, en rendant l'édifice plus « sage » et « conforme » mais, par contre, avec une décoration intérieure (due à un élève de Gian Lorenzo Bernini) « enrichie » de marbres polychromes et de nombreux putti.
« Que dites-vous de l’église Sainte Agnès, de son portail, de ses campaniles, de son dôme, de sa forme ovale, de son architecture à colonnes corinthiennes, tant au dedans qu’au dehors, de son superbe pavé de marbre à compartiments, de ses revêtements de marbre, sculptures, dorures, stucs, peintures, etc. Ne convenez-vous pas que l’on ne peut rien voir de plus riche et de plus orné ? »…
A quoi Charles des Brosses ajoute perfidement, en chute finale :
« Au reste, on trouve beaucoup de choses à reprendre dans l’architecture de cet édifice, plus magnifique que régulier » [2].
On voit ici pointer les éléments de la querelle entre classique et baroque : régularité, ordre, équilibre contre fantaisie, imagination, dynamisme. Et pourtant, Stendhal, qui n’aimait pas le « rococo », affirme que c’est « une des plus jolies églises de Rome » ! Allez comprendre.
Niveau 5 sur l'échelle de Termini ?
Le plan de Santa Agnese in Agone fera des émules, par exemple à Saint-Louis-des-Français (1699 / 1731) à Séville ou à Saint-Nicolas de Staré Město (1732 / 1735) de Prague, mais revisité dans la forme et les décorations façon baroque andalou ou façon baroque tchèque, soulignant à chaque fois l’extraordinaire inventivité de chacun de ces peuples !
[1] Ouverture de 9h00 à 13h00, 15h00 à 19h00 (20h00 le week-end). Sous l'église sont situées les ruines du stade de Domitien et seraient celles de la maison close où sainte Agnès fut conduite et martyrisée.
[2] Président De Brosses. Lettres d’Italie. 1740.