Découvrir la Rome baroque (5/20). Les chapelles de Santa Maria Maggiore.
Une opulence ostentatoire
Santa Maria Maggiore a été érigée après le concile d’Éphèse de 431, par le pape Sixte III (432 / 440), et fut la première église romaine dédiée au culte de la divinité maternelle de Marie décidé lors de ce concile. Elle a été agrandie au XIIe, flanquée d’un clocher au XIIIe (le plus haut de Rome), ceinturée de chapelles et de palais aux XVIIe et XVIIIe siècle. Les dernières modifications datent de la fin du XIXe ! La façade de Ferdinando Fuga, de 1740, est d’un style baroque tardif.
« Cette façade construite sur les dessins de l’architecte Fuga porte le caractère douteux de l’architecture de cette époque, qui n’était ni grecque, ni romaine, ni gothique, et affectait un certain décor grandiose, qui ne parvint pas à cacher l’absence de la pensée sous l’éclat de l’exécution » [1].
Marqués par la rigueur de l’antiquité grecque et romaine, les Français, ont vraiment du mal à comprendre l’inventivité de l’art baroque ! Il est vrai que les 1 500 ans de travaux, de démolitions, d’ajouts, de remaniements de Sainte-Marie-Majeure se sentent ici, notamment dans une façade bien composite et un peu laborieuse. Si le résultat peut être jugé laborieux, la tâche de Ferdinando Fuga était néanmoins rude ! En 1600, Flaminio Ponzo avait construit une nouvelle sacristie, à droite de la basilique, avec une façade palatiale en briques englobant la basilique et alignée sur sa façade. Pour faire symétrie, Fuga imagina de construire un groupe palatial identique à gauche mais, afin de faire ressortir la façade de la basilique coincée entre celles des deux palais, planes et en briques, il proposa pour la basilique, en contraste, une façade en travertin comprenant deux ordres superposés de loggia, hautes, profondes.
La nef, encore marquée par l’architecture des basiliques romaines, est flanquée de deux chapelles aux décorations luxuriantes, les chapelles Sixtine et Borghese [2]. La chapelle Sixtine (photo) a été commandée par le pape Sixte V Peretti (1585 / 1590) à son architecte favori, Domenico Fontana. Réalisée de 1584 à 1587, en forme de croix grecque, surmontée d’une coupole coiffée d’une lanterne et posée sur un haut tambour percé de fenêtres, c’est une œuvre impressionnante, véritable église accolée à la basilique. La Chapelle de la Vierge (nommée aussi chapelle Borghèse ou Pauline) a été commandée par Paul V Borghese (1605 / 1621). Elle fut édifiée, entre 1606 et 1612, d'après le croquis de l'architecte Flaminio Ponzio (1560 / 1618) pour conserver l'icône de la Vierge « Salus Populi Romani » attribuée à l’évangéliste Saint-Luc.
Si l’architecture des chapelles est simple, équilibrée, marquée par la Renaissance italienne, le décor est constitué d’une débauche de marbres précieux, de colonnes, de pilastres, de peintures dans des cadres dorés, de sculptures dans des niches, d’anges en bronze et en stuc, ne laissant aucun centimètre carré sans ornementation. Elle sont généralement considérées comme une évolution du style décoratif qui sera marqué par sa richesse et sa diversité dans le style Baroque.
« Un dimanche qu’il était entré, par un matin de pluie, à Sainte-Marie-Majeure, il avait cru se trouver dans une salle d’attente, d’une richesse inouïe certes, avec ses colonnes et son plafond de temple antique, le baldaquin somptueux de son autel papal, les marbres éclatants de la Confession, de sa chapelle Borghèse surtout, et où Dieu cependant ne semblait pas habiter » [3]
Gian Lorenzo Bernini ne pouvait pas ne pas avoir mis la main dans cet interminable chantier. Avec son père, il a participé à la décoration de la chapelle Borghese et c’est à cette occasion qu’il commença à se faire remarquer pour ses qualités de sculpteur. S’il conçut un tombeau monumental, pour lui et sa famille, lequel ne fut jamais réalisé, il n’a qu’une simple pierre tombale, à droite du chœur, complétée d’un buste sur le mur. Aujourd’hui, le lieu sert parfois au rangement de chaises ou d’une très grande échelle à roulettes qui doit permettre d’épousseter les lustres et les chapiteaux des colonnes. Peut-être Bernini aurait-il aimé cela, lui qui vivait tout le temps dans les échafaudages ? Son fantôme, la nuit, profite-t-il de l’échelle à roulettes pour aller inspecter l’état de la coupole ?
Pas plus qu'un niveau 3 sur l’échelle de Termini à 7 échelons ?
[1] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.
[2] Ouverture tous les jours de 7h à 18h45.
[3] Émile Zola. « Rome ». 1896.