Monti (2) - Sur la colline de l'Esquilino (4/14). Santa Maria Maggiore (Sainte-Marie-Majeure).
Un condensé d’histoire de l’architecture
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Dans la nuit du 4 au 5 août 356, la Vierge serait apparue en rêve au pape Libère (352 / 366) et au riche patriarche romain Giovanni en précisant que le lieu où devait être construite son église serait enneigé ! Or, dans la nuit, sur l’Esquilin, en plein été, il aurait neigé ! Le pape décida alors de la construction de Santa Maria ad Nives (Sainte-Marie-des-Neiges). Plus sûrement, la basilique sera érigée après le concile d’Éphèse de 431, sous le pape Sixte III (432 / 440). Ce fut la première église romaine dédiée au culte de la divinité maternelle de Marie, culte décidé lors du concile d’Ephèse. La basilique est une zone extra-territoriale conformément aux accords du Latran.
En 1613, piazza Santa Maria Maggiore, Paul V Borghese fit ériger une colonne antique en marbre, cannelée, seule survivante des huit colonnes qui ornaient la basilique de Maxence et Constantin, sur le forum romain. La statue de Marie à l’enfant qui la domine, dessinée par le français Guillaume Berthélot, a été coulée avec de vieux canons du castel Sant’Angelo. La base de la colonne est décorée d’aigles et de dragons, symboles de la famille Borghèse.
Les cinq basiliques papales (Saint-Pierre, San Giovanni in Laterano, Santa Maria Maggiore, San Paolo fuori le Mura, San Lorenzo fuori le Mura) ainsi que Santa Croce in Gerusalemme et San Sebastiano fuori le Mura, constituent les sept églises du pèlerinage traditionnel de Rome, le Tour des sept églises visitées par les pèlerins, un itinéraire établi par saint Philippe Néri le 25 février 1552. Santa Maria Maggiore est la seule basilique de Rome à avoir conservé sa structure paléochrétienne primitive, bien qu'enrichie par des ajouts ultérieurs. La basilique sera agrandie d’une nouvelle abside et flanquée d’un clocher au XIIIe (le plus haut de Rome), de chapelles aux XVIe et XVIIe, entourée de palais aux XVIIe et XVIIIe, dotée d’une nouvelle façade au XVIIIe siècle. En conséquence, la basilique est un abrégé des grandes étapes de l'art chrétien à Rome, avec une église à plan basilical aux proportions de style paléochrétien, ses mosaïques antiques (dans la nef) et médiévales (abside et façade), et ses imposantes chapelles de la Contre-Réforme.
« Cette façade construite sur les dessins de l’architecte Fuga porte le caractère douteux de l’architecture de cette époque, qui n’était ni grecque, ni romaine, ni gothique, et affectait un certain décor grandiose, qui ne parvint pas à cacher l’absence de la pensée sous l’éclat de l’exécution : comme si la forme extérieure du christianisme avait dû suivre la décadence de sa discipline intérieure »[1].
Cette appréciation souligne combien les Français, marqués par la simplicité romane et la rigueur classique, ont eu du mal à comprendre l’inventivité de l’art baroque. Il est vrai que 1 500 ans de travaux, de démolitions, d’ajouts et de remaniements de la basilique, cela se sent. La façade, de Ferdinando Fuga, réalisée entre 1741 et 1743, est d’un baroque assez sage, mais sans inventivité. De plus, la façade de la basilique est prise en sandwich entre deux palais, l’un, à droite, de Ponzio, construit en 1605, et l’autre de Ferdinando Fuga, érigé en même temps que la façade mais copiant celui de Ponzio, aux formes lisses et plates. L’ensemble est sans relief ni dynamisme.
A l'intérieur, le plan basilical a été conservé avec la très vaste nef centrale séparée des allées latérales par vingt colonnes antiques. Vient ensuite un transept peu profond, et enfin une abside semi-circulaire externe. Dans la nef centrale, au-dessus des entablements, 36 panneaux en mosaïque à fond d'or datent du Ve siècle et racontent des épisodes bibliques. L'arc triomphal qui sépare la nef du transept est de la même époque, il est entièrement couvert par un cycle de mosaïques qui illustrent le rôle de Marie. L’abside, reconstruite au XIIIe siècle, est décorée d’une mosaïque de style gothique, réalisée en 1295, représentant le couronnement de Marie. Un plafond à caissons a été installé en 1455 dont les ors auraient pour origine la première quantité de métal issue du pillage de l’empire Inca.
« Au moyen de cet or, cette basilique a l’air d’un salon magnifique et pas du tout du lieu terrible, demeure du Tout-Puissant »[2]