Esquilino - Dans la Rome umbertienne (11/19). Santa Croce in Gerusalemme (Sainte-Croix-de-Jérusalem).
Amphithéâtre Castrense - Un jardin des Simples - Une chapell du palais impérial
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L’église Santa Croce in Gerusalemme (Sainte-Croix-de-Jérusalem) est située à 1500 mètres de Santa Maria Maggiore. A droite de sa façade, une grille en fer forgé ferme le jardin.
« … la grille semble s’être liquéfiée puis solidifiée en volutes serpentines, une dentelle spiralée, un écheveau, des tours et des détours métalliques, et, dans ce lacis, des dizaines de pierres et de gros cristaux vivement colorés pendent rouges, jaunes, verts, turquoise, on dirait des météorites tombées d’une planète allègre et capturées par ce treillage » [1].
La grille de Yannis Kounellis [2] (2007) clôturait un délicieux jardin, situé dans une arène elliptique, l’ancien amphithéâtre romain Castrense, il était entretenu par des moines cisterciens qui vendaient leur récolte de fruits et légumes biologiques dans une boutique voisine. Découpé en parterres autour d’un bassin central, avec quatre allées orientées selon les points cardinaux, ombragées de tonnelles dessinant une croix, il donnait une impression d’équilibre, de paix et de sérénité… Patatras, suite à un décret du préfet de la « Congrégation pour les instituts de vie consacrée », l’abbaye cistercienne de Santa Croce in Gerusalemme a été fermée en 2011 et le petit jardin abandonné [3].
À l'époque d’Auguste, l'Esquilin était une zone périphérique et résidentielle. Elle avait été choisie par les empereurs, au troisième siècle, pour construire une résidence comprenant un palais, le cirque Variano et l'amphithéâtre de Castrense, un petit Colisée de trois étages à usage de spectacles pour la cour de l’empereur. L’amphithéâtre fut intégré dans les murs d'Aurélien, construit entre 271 et 275, et ses arcs ont été murés. Relativement bien conservé, Paul IV Carafa (1555 / 1559), fit démolir les étages supérieurs, ne conservant que le premier niveau pour des raisons défensives. Derrière le jardin, le long de la muraille, est située la petite église de Santa Maria del Bon Aiuto (du Bon Secours), construite en 1476, suite à un vœu du pape Siste IV. Lors d'une violente tempête, le pape aurait trouvé refuge près d’un édicule avec une madonelle (attribuée à Antoniazzo Romano) à qui il aurait demandé secours. L’église serait située à l’emplacement d’un temple antique à Vénus et Cupidon.
Le palais fut restauré par l'empereur Constantin et reçut le nom de « Sessorium ». En 324, quand Constantin transféra la capitale de l'empire à Constantinople, la résidence demeura la propriété de sa mère Flavia Giulia Elena (248 / 329), future sainte Hélène. Le palais subit alors de nombreux changements, dont le plus important fut la transformation d'une partie en chapelle pour contenir les reliques ramenées de terre sainte par Hélène. Si le clocher roman est gracieux, l’église, fortement remaniée au XVIIIe et largement baroquisée, est de moindre intérêt. Certes, à l’image des grands maîtres, Bernini et Borromini, les architectes ont multiplié les formes ondulantes, les structures ovales, les pilastres et oculi, balustrades et statues d’anges participant à l’apothéose de la Croix, mais l’ensemble est grandiose et froid. A l'intérieur, l'église Sainte-Croix présente un plan à trois nefs, séparées par les colonnes de granite de la basilique primitive. Une partie en a été muré. Le pavement cosmatesque est magnifique de finesse et de couleur. Dans l’abside, une fresque d’un peintre romain, Antoniazzo Romano (vers 1492), illustre la découverte de la vraie croix par sainte Hélène, sous une forme narrative proche de celle d’une bande dessinée. Les personnages sont représentés, comme cela était le cas à la Renaissance, dans des costumes de cette époque et non dans ceux de l’époque romaine ; ce qui ajoute de l’intérêt à la fresque !
Le pèlerinage à Rome s’effectue en faisant le tour de sept églises. Entrepris au début des années 1540 par saint Philippe Néri, il devint une pratique instituée à partir de 1559 en faisant le tour des quatre basiliques majeures, San Giovanni in Laterano, Saint-Pierre, San Paolo fuori le Muro, Santa Maria Maggiore, et des trois basiliques mineures, Santa Croce in Gerusalemme, San Lorenzo fuori le Muro, San Sebastiano fuori le Muro. Le parcours peut s’effectuer en une journée ; Santa Croce in Gerusalemme constitue la quatrième station après San Giovanni in Laterano.
[1] Marco Lodoli. « Nouvelles Îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.
[2] Jannis Kounellis (1936 / 2017) est un peintre, sculpteur et professeur d'université, grec puis italien, et l'un des artistes représentant de l'Arte povera.
[3] Selon les médias romains, la décision serait motivée par des « abus liturgiques, et des problèmes inhérents à l’animation de la communauté ».Les moines cisterciens ont été dispersés dans les abbayes de l’Ordre.