Esquilino - Dans la Rome umbertienne (12/19). Reliques de Santa Croce et chapelle Sainte-Hélène
Les reliques rapportées par Sainte-Hélène

Dans la basilique Santa Croce in Gerusalemme un escalier, situé à gauche du chœur, conduit à la chapelle des reliques. L’ensemble a été décoré (devrait-on dire « massacré » ?) au début du XXe siècle avec un habillage de marbres blancs, gris et noirs, représentant de grands flambeaux. Cela se veut impressionnant et solennel ; c’est malheureusement abominablement laid et sinistre. A pleurer ! Il est vrai que l’on est ici, à priori, pour y pleurer la mort du Christ sur la croix et cette décoration participe véritablement à vous y préparer. La chapelle, située en hauteur, derrière le chœur, abrite, dans une vitrine, six reliquaires qui contiennent [1] : trois fragments de la vraie croix réunis ensemble, deux épines (5 cm) de la couronne du Christ, un clou de la Passion (12 cm) et même le doigt de saint Thomas l'incrédule !
Très important le doigt de saint Thomas l’incrédule ! Dans l’Évangile selon saint Jean (chapitre 20/27), la tradition et l'iconographie chrétiennes, Thomas qui est le seul apôtre n'ayant pas assisté à la résurrection du Christ, doute que l'homme qui est devant lui puisse être Jésus crucifié et ressuscité. Sur l'injonction du Christ « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté », Thomas touche alors de son index droit la plaie béante faite par le coup de lance du soldat romain Longinus. C’est ainsi qu’il est notamment représenté dans le tableau du Caravage « L’incrédulité de saint Thomas » (1603) où Thomas enfonce son index dans la plaie. Alors retrouver les os de l’index de saint Thomas, c’est fort !
Incrédule, il y a de quoi l’être un peu. Je sais que je suis un mauvais esprit que la foi n’a pas touché, mais quand même, comment pouvait-on retrouver ces différents éléments trois cent ans plus tard ? Saint Thomas a bien douté de la Résurrection du Christ ; pour le moins on peut douter de l’authenticité de ces différentes pièces rapportées de Terres-Sainte par sainte Hélène. Chacun sait que le commerce des reliques fut florissant [2], reliques dont on peut légitimement penser qu’elles sont loin d’être toutes authentiques, d’autant qu’elles se sont multipliées comme des petits pains : langes, prépuce, cordon ombilical de l’enfant Jésus, dents, sang, larmes, tuniques et linceuls du Christ, sans compter tous les instruments de la passion, couronne d’épines, colonne de la flagellation, clous, morceaux de la vraie croix, lances !
« Tout ce culte des reliques, personnellement, je trouve cela répugnant : les dévots n’éprouvent-ils aucun dégoût devant une mèche de cheveux, des clous, des crânes, des bouts d’os et d’autres fragments taillés dans l’existence et le corps des saints ? Il s’agit de repoussants restes organiques et inorganiques qui n’ajoutent absolument rien à l’aura d’une vie exemplaire. Un fémur dans une chasse de verre n’a pas de quoi susciter l’admiration » [3]
Sous l'église, la chapelle Sainte-Hélène mérite finalement le détour avec une magnifique voûte de mosaïque du XVIe siècle représentant un Christ bénissant, au centre, entouré des évangélistes (Matthieu, Marc, Luc et Jean) et de la représentation de quatre légendes consacrées à la Croix (photo). Mais il faut avoir de bons yeux car l’éclairage est des plus maigres. Le sol tout entier de cette chapelle proviendrait de terres de la montagne du Calvaire.
La zone archéologique de Santa Croce conserve des éléments du palais impérial, le cirque Veriano, l'amphithéâtre Castrense , l'aqueduc de Claudio et la domus d'Aufidia Cornelia Valentilia, qui témoignent du passage à la Rome chrétienne[4].
[1] D’après l’abbé Victor-Alfred Dumax : « Les moines de Cîteaux, auxquels la basilique est confiée l’église, peuvent seuls entrer dans cet oratoire, et c'est dans une vaste armoire fermée par une porte à plusieurs clefs qu'ils déposent les saintes reliques » (In « Rome durant le carême, la semaine sainte et les fêtes de Pâques, correspondance d'un pèlerin, extraits d'un journal de voyage ». 1859). Aujourd’hui tout un chacun peut les voir comme si l’église catholique elle-même n’était plus très sûre de la véracité de ses reliques.
[2] Hubert Silvestre. « Commerce et vol de reliques au Moyen-Âge ». Revue belge de philologie et d'histoire. 1952.
Pierre-Vincent Claverie. « Les acteurs du commerce des reliques à la fin des croisades ». In « Le Moyen Age ». N°3. 2008.