Trastevere - Lungara et Janicule (7/20). La Farnesina.
La première Villa romaine - Raphaël et la Fornarina
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La via della Lungara longe, à gauche, un grand jardin, celui de la Villa Farnesina, construite de 1508 à 1511, par Baldassare Peruzzi pour le riche banquier siennois Agostino Chigi. La Farnesina, qui à l'époque s'appelle simplement Villa Chigi, est la première villa suburbaine de Rome. La « villa » est une demeure aristocratique qui se développe en Toscane au XIVe siècle. Située à la campagne, elle n’est pas un palais où l’on vit en permanence, mais un lieu agréable de détente. Les villas s’enrichissent très vite de jardins, de vergers, de terrasses, de fontaines et de plans d’eau. A Rome, la Villa Chigi sera imitée : villas Madama 1525, Médicis 1564, Peretti 1581, Celimontana 1582, Aldobrandini 1602, Ludovisi 1622, Doria-Pamphilj 1630, Borghese 1633, Sciarra 1643.
Côté cour, c’est une construction simple, presque austère. Deux étages décorés de pilastres d’ordre toscan en très léger relief. Seule la corniche est ornée d’angelots et de grappes de fleurs et de fruits. Autrefois, semble-t-il, la façade était peinte et agrémentée de motifs floraux. Côté jardin, le bâtiment, en forme de U, abrite une loggia ouverte sur le jardin, la galerie de Psyché, dont le plafond a été peint par Raphaël en 1518 / 1519. La voûte est couverte de tapisseries peintes en trompe-l’œil qui représentent le triomphe de Psyché dans l’Olympe, l’assemblée des Dieux et le mariage de Psyché et de Cupidon[1]. Le tout agrémenté de décors floraux qui prolongent, dans la loggia, les espèces florales du jardin. Il se raconte que si Raphaël a dessiné la fresque, ce sont ses élèves qui l'ont peinte, Raffaellino del Colle, Giovan Francesco Penni, Giulio Romano et Giovanni da Udine… ce qui n’est pas rien ! En effet, le maître serait tombé amoureux d’une jeune fille du voisinage, Margherita Luti, la belle « Fornarina » (la boulangère), avec laquelle il préférait aller se promener au long du Tibre, ce qui ne faisait pas avancer le travail. Le pape Léon X Médicis (1513 / 1521) aurait alors suggéré de faire enlever la jeune fille pour permettre à l’artiste de se consacrer à son œuvre. Mais le résultat fut pire encore, Raphaël déprima et ne pouvait plus peindre du tout. Il fallut se résoudre à lui rendre sa Margherita pour que le travail puisse se poursuivre !
« Vis à vis du palais (Farnèse) s’appuie au ponte Sisto la Farnesina où Raphael fait oublier Carrache ; elle élève son casin délicieux au milieu de ses bosquets qui viennent fleurir sur le Tibre. Là, le bien-aimé de la Fornarina venait se délasser du sublime Mystère de la Transfiguration par celui des Amours et des Noces de Psyché, chefs d’œuvre également immortels dont l’un lui montrait le Paradis et l’autre l’Élysée »[2].
Au premier étage, la salle des perspectives, peinte en 1510 par Baldassare Peruzzi, présente des vues extérieures comme si la salle était une loggia ouverte sur les paysages de la campagne romaine du début du XVIe siècle, parmi lesquels une vue du Trastevere. Derrière, une chambre à coucher, décorée par un élève de Raphaël, le Sodoma illustre l’épopée d’Alexandre le Grand notamment le mariage d’Alexandre et de Roxane, fille du Perse Oxyartès.
La Farnesina aura, à l’image de Rome, une vie mouvementée. En août 1519, Léon X Medicis (1510 / 1521) y célébrera, avec un certain scandale, le mariage solennel d'Augustino Chigi et de Francesca Ordeaschi, ancienne courtisane et mère de quatre enfants d'Augustino. En 1520, à la mort d’Agostino Chigi puis de son épouse Francesca, la villa est abandonnée, son mobilier, ses tapisseries et tableaux dispersés. Lors du sac de Rome de 1527, elle sera occupée par la soldatesque luthérienne du très catholique Charles Quint, lansquenets qui y graveront des graffitis dans les fresques de Peruzzi. Rachetée par les Farnèse, d’où son nom, la villa passe ensuite dans les mains de toute une série de propriétaires qui l’entretiendront mal. Dans un état déplorable, elle sera acquise par l’État italien, en 1927, pour y installer l’Accademia dei Lincèi (Académie des Lynx, pour la remarquable acuité visuelle attribuée à cet animal), la plus ancienne académie scientifique d'Europe, fondée en 1603, dans le but d'étudier la Nature et la réalité en s'affranchissant de la tradition dogmatique aristotélicienne.
[1] Amélie Ferrigno. « Agostino Chigi et le mythe de Psyché ». Cahiers d’études romanes, n°27. 2013.
[2] Casin (francisation de casino) : maison de campagne.
Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.