Architectures modernes à Flaminio (4/13). Via Bernardo Celentano – Quartiere Flaminio.
Londres à Rome ? – Les projets urbains du Bloc du Peuple
Après l’étroit passage entre Tibre et colline de Parioli, sous les jardins de la Villa Balestra, le Tibre fait une grande boucle vers l’ouest, libérant une vaste zone plate. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la zone était occupée par des champs régulièrement inondés lors des crues du Tibre. Cette zone d’urbanisation facile, d’accès commode, avec des espaces disponibles, connaîtra ensuite une suite de périodes de développement selon des impératifs historiques successifs. En 1905, la « Società Automobili Roma » y construit ses usines entraînant le développement d’ateliers, de logements et des premières voies de communication. En 1911, cet espace accueille les pavillons de l’exposition internationale qui commémore le cinquantenaire de l’unification de l’Italie (27 mars 1861) acquérant ainsi une nouvelle vocation, culturelle et de loisirs. Avec la première Guerre Mondiale, l’usine automobile est transformée en usine d’armement (la « Reale Fabbrica di Armi ») entraînant la construction de casernes et de hangars.
Au n°287 de la via Flaminia s’ouvre, à l’ouest, le petit quartier la via Bernardo Celentano.
« Entre la via Flaminia et la via del Vignola s'étend une petite rue que les Romains appellent Little London. Deux grands portails empêchent la circulation des voitures, mais à pied vous pouvez passer tranquillement et Snap ! en un instant, nous sommes dans une rue latérale de Sloane Street ou de Belgrave Square, et Rome n'est plus qu'un lointain souvenir » [1].
C'est une voie privée qui rappelle les rues de la capitale anglaise, avec ses maisons mitoyennes aux portes de bois colorées précédées de quelques marches d’escaliers, ses minces courettes clôturées d’une grille fer forgé séparant le bâtiment du trottoir (photo - La piccola Londra). La rue a été conçue dans les années 10 du siècle dernier par le jeune architecte Quadrio Pirani comme un exemple d’architecture sociale pour des employés et des cadres. Pirani travaillera sur plusieurs projets d’urbanisme avec la municipalité de Rome, alors dirigée par le Bloc du Peuple (alliance des groupes radicaux, républicains et socialistes) et son maire Ernesto Nathan [2]. Sous son mandat, un nouveau plan régulateur de Rome est imaginé qui prévoit la création de nouvelles zones d’expansion, comprenant des centres urbains autonomes, situés le long de grands axes de circulation, et composées de divers types de constructions. Trois types d’édifices sont prévus [3]. Première catégorie, la construction « intensive » composée d’immeubles de plusieurs étages, seconde catégorie, les « villini », de petits pavillons de deux ou trois niveaux avec jardinets et, troisième catégorie, des villas disposées dans des espaces verts. Ces trois types de construction correspondent à trois niveaux sociaux distincts, ouvriers / employés / cadres et bourgeoisie, faisant de chaque nouveau quartier de Rome des quartiers socialement homogènes. Chacun de ces quartiers était conçu avec une autonomie urbanistique (réseau de desserte) et sociale (écoles et services municipaux).
En 1921, le quartier est administrativement créé par la commune et, pendant la période fasciste, y sont érigés des équipements sportifs : l’hippodrome (1929), le stade national (1927) et, de l’autre côté du Tibre, le quartiere della Vittoria avec le forum italico, l'obélisque du Douché [4] le stade des marbres (1928). En 1960, les Jeux olympiques bouleversent une nouvelle fois la zone avec la construction du Palais des sports (Quartiere Flaminio) et dans le quartiere voisin (Parioli) du Village olympique. L’ensemble est un peu disparate, un peu oublié, avec de larges voies, des immeubles modernes mais aussi des zones de bâtiments bas, rectilignes et bien alignés.
Le tram n°2 et plusieurs lignes d’autobus desservent ensuite la place Mancini, nœud de communication plus que cœur du quartier.
[1] Marco Lodoli. « Iles – Guide vagabond de Rome ». 2005.
[2] Ernesto Nathan (1845 / 1921), né à Londres d’un père anglais et d’une mère italienne, radical, laïc, de confession d’origine juive, franc-maçon, premier maire de Rome qui ne soit pas issu des propriétaires fonciers, mènera une politique de grands travaux pour la mise en valeur archéologique, l’urbanisme et l’éducation.
Lucio Caracciolo. « Nathan, l’Utopista ». La Repubblica. 02/12/2004.
[3] Catherine Brice. « Les quartiers de Rome, 1870-1970 ». In Annie Fourcaut, Florence Bourillon. « Agrandir Paris (1860-1970) ». 2012.
[4] Surnom ironique attribué à Mussolini dans la treduction française du roman de Carlo Emilio Gadda « L’affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.