Architectures modernes à Flaminio (10/13). Le Foro Italico. Quartiere della Vittoria.
Lourdeur et prétention, obélisque, stade "antique" et Maison du Parti
L'entrée principale du Forum Italico (ex forum Mussolini) est située au Sud-est, dans le prolongement du pont Duca d'Aosta, lequel est de la même facture que les autres monuments : une arche de béton dissimulée sous du travertin et agrémentée de pylônes avec des sculptures en relief représentant des scènes héroïques de la première Guerre Mondiale. Le tout débouche sur le forum, lui aussi « à l’antique » et donc nécessairement agrémenté́ d’un obélisque (photo). C’est qu’après les papes, puis la grande noblesse romaine, c’était désormais au tour du fascisme d’être frappé par l’obéliscomania qui localement fit des ravages !
L’obélisque du Foro italico mesure 17 mètres de haut (36 m avec sa base) et a été́ érigé́ en 1932. Le monolithe de marbre, de 300 tonnes, extrait des carrières de Carrare et enfermé dans un coffre de bois constitué d’énormes poutres, a été́ déplacé́ sur des rondins de bois roulant sur des glissières de bois, comme le faisaient les Romains de l’antiquité́. Petite différence toutefois, au lieu d’être tiré par cordages et des cabestans actionnés par des hommes, le tout l’a été́ par 36 paires de bœufs. L’obélisque a ensuite été chargé sur une barge et amené́ jusqu’à la zone du Ponte Milvio constituant le dernier grand transport effectué sur le Tibre. L'architecte Constantino Costantini, en charge de l'élévation de l’obélisque, a positionné seize blocs de marbre pour constituer son piédestal. Toutefois, c’est un obélisque qui ne fait pas l’effort de présenter quelques hiéroglyphes, vrais ou faux, comme les Romains de l’antiquité s’efforçaient généralement de le faire. Il se contente d’être une surface publicitaire géante, gravée en latin dans la pierre « MUSSOLINI DUX » (Mussolini Duce)[1] ! La place est ensuite couverte d’une immense mosaïque autour d’une fontaine.
« Mais cette monumentale mosaïque, la plus grande de Rome, mérite que l’on s’y attarde, et il faut la découvrir un jour tranquille, un dimanche matin. Elle est un parfait résumé de la propagande et de l’esthétique fasciste, tout en culte du héros et rhétorique antique. Des milliers de tesselles blanches et noires composent des slogans inquiétants, du type ‘Duce, nous t’offrons notre jeunesse’ ou, plus connu, ‘Beaucoup d’ennemis, beaucoup de gloire’, et autres images guerrières et agressives »[2].
A droite de l’obélisque est situé́ le Stade des marbres, lequel copie, façon Hollywood, mais en dur et solide et non pas en carton-pâte, les stades antiques avec gradins de marbre décorés de statues monolithes de 4 mètres de haut symbolisant les différents sports, mais avec une pelouse et une piste modernes pour l’entraînement des jeunes gens inscrits à l’Académie. Situé en-dessous du niveau du sol, il semble être issu d’une fouille archéologique. Le confort des spectateurs y est rudimentaire, c’est que le marbre ne se laisse aller à aucune mollesse démocratique !
« le résultat pauvre et laid du Forum italique et du quartier de l'Exposition universelle fait mieux apprécier l'intelligence et le goût qui présidèrent pendant trois siècles à la renaissance des antiques »[3].
Derrière l’obélisque, le stade olympique, construit en 1953, peut accueillir 72 000 spectateurs. Enfin, derrière les deux stades, le palazzo della Farnesina, qui aurait dû devenir la Maison du Parti National Fasciste, étale sa modestie avec une façade de 169m de long et 51 de haut, permettant de développer 1 300 pièces à l’intérieur. Seuls les palais du Peuple de Ceausescu, l’aéroport nazi de Tempelhof et le Pentagone peuvent rivaliser ! Après la guerre, comme pour le ministère de l’Afrique italienne attribué à la FAO, la Maison du Parti devenue sans objet a été dévolue en 1960 à une autre fonction, celle du siège du ministère des Affaires étrangères[4]
L’obélisque et l’esplanade ont fait l’objet d’une restauration par le comité olympique italien, en 2006, sans toucher aux références fascistes qui demeurent ! Faut-il s’en étonner ?
Modifié et complété 2026
[1] Et un message, et des monnaies d’or frappées spécialement, à la gloire du régime et cachés dans son socle.
[2] Marco Lodoli. « Iles – Guide vagabond de Rome ». 2005.
[3] Jean-Jacques Gloton. « Les obélisques romains de la Renaissance au néoclassicisme ». In « Mélanges d'archéologie et d'histoire ». Tome 73. 1961.
[4] Le palais possède une vaste collection d’œuvres d’art contemporaines, la Collezione Farnesina, ouverte au public une fois par mois. Voir site : https://collezionefarnesina.esteri.it/la-collezione/