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Notes d'Itinérances
12 janvier 2023

Architectures modernes à Flaminio (9/13). « Puces » de la via Capoprati. Quartiere della Vittoria.

Les Puces sur les quais du Tibre - Le Foro Italico - Ambitions mussoliniennes

 

 

Les quais du Tibre, entre les ponts Flaminio, Milvio et Duca d’Aosta, via Capoprati, ont été aménagés avec une piste cyclable et des terrasses de café [1]. Chaque dimanche (sauf en août), de 9h à 19h, vous pouvez venir chiner au Mercatino (petit marché) du Ponte Milvio. Tout peut s’y acheter, aussi bien du mobilier, commodes, lits, chaises, bureaux, prie-Dieu ou armoires, que toutes sortes de babioles anciennes, poupées, disques, livres, catalogues, revues, couverts, gramophones, tourne-disques, bibelots, napperons au crochet ou en dentelle, vases, chandeliers, cadres, et croutes de peintres du dimanche… Cela relève aussi bien de la boutique d’antiquaire avec de forts belles pièces et du vide-greniers avec du tout-venant datant de la fin du XIXe jusqu’aux années 1960.

 

A partir du ponte Milvio, en poursuivant la promenade le long du Tibre, on ne tarde pas à longer des bâtiments à l’architecture toute fasciste, un curieux mélange d’architecture fonctionnaliste surchargée de rappels antiques (photo). C’est le Foro Italico, un vaste complexe sportif construit, à partir de 1927, par l’architecte Enrico del Debbio. Situé au pied du Monte Mario, au Nord de Rome, dans le nouveau quartier « della Vittoria »[2]. La première inauguration du complexe architectural eu lieu le 4 novembre 1932, pour le dixième anniversaire de la prise du pouvoir par les fascistes sous l’appellation, somme toute modeste, de « Foro Mussolini » (aujourd'hui Foro Italico). Il comprenait alors l’Académie fasciste d’éducation physique masculine, le Stade des Marbres entouré de soixante statues colossales en marbre d’athlètes et pouvant accueillir 20 000 spectateurs et le stade des Cyprès (remplacé par la suite par le Stade Olympique), un stade nautique aux mosaïques inspirées de la Rome antique, des courts de tennis sur terre battue et des salles d’escrime. Ces différents monuments ont deux constantes. La première, c’est la référence à l’antiquité. En s’affirmant comme les héritiers naturels de la Rome antique, gommant au passage moyen-âge, Renaissance et baroque, le fascisme italien justifiait ses ambitions territoriales, celles de recréer sur les rives de la Méditerranée la puissance du nouvel Empire proclamé par Mussolini en 1936. 

 

« Rome est notre point de départ et notre point d’aboutissement ; elle est notre symbole ou, si l’on veut, notre mythe. Nous rêvons d’une Italie romaine, sage et forte, disciplinée et impériale. Ce qui fut l’esprit immortel de Rome renaît en grande partie avec le fascisme : le faisceau de licteur est romain, notre organisation est romaine, notre orgueil et notre courage sont romains : civis romanus sum » [3].

 

La seconde, c’est d’être une architecture de l’apparence. Derrière un étalage général de marbre et de travertin, le noyau des différentes constructions est en béton. Le marbre du forum Mussolini se voit également attribuer un sens mystique : « Aujourd’hui, peut-on lire dans Lo sport fascista, en 1932, le forum Mussolini resplendit sur les bords du Tibre avec ses stades de marbre éblouissant, qui symbolisent la pureté de la matière dans laquelle les générations du Licteur se sculptent et se sculpteront » [4]. Cela voudrait être « grand », ce n’est le plus souvent que grandiloquent et ridicule.

 

Avec ces installations sportives, l’Italie fasciste souhaitait poser sa candidature aux Jeux de la XIIOlympiade prévus en septembre et octobre 1940. Le Japon était candidat et parvint à persuader Mussolini de retirer la candidature de Rome en échange d’un soutien aux Jeux olympiques de 1944. C’est Tokyo qui fut finalement choisie pour accueillir les Olympiades, mais elles furent annulées en raison du déclenchement de la guerre sino-japonaise en 1937. L’Italie mussolinienne n’était pas avare de grands projets internationaux : après les jeux olympiques de 1940, elle pensait également organiser l’exposition universelle de 1942 et construisit au sud de la capitale le quartier de l’EUR (Esposizione Universale di Roma) pour l’accueillir ! Au lieu des honneurs de ces grandes manifestations internationales, elle n’eut que le déshonneur de la guerre.

 

Après la seconde guerre mondiale, l’ensemble du site a été́ débaptisé pour devenir le « Foro Italico », puis il a été complété́ par de nouvelles installations sportives, un stade olympique pour les jeux de 1960, un central de tennis…

Modifié et complété 2026


[1] Dans cette zone, les bords du Tibre, autrefois abandonnés, ont été aménagés comme lieux de promenade dans le cadre du Jubilée 2025. Le parc du Foro Italico a une vocation plutôt sportive avec des équipements spécialisés pour des exercices physiques.

[2] Il s'agit de la victoire de l'Italie contre l'Autriche-Hongrie en 1918.

[3] Mussolini in « Il Popolo d’Italia ». Avril 1921. Cité par Jean-Luc Pouthier. « Rome et la latinité ». In « La pensée de midi ». vol. 1, n°1, 2000.

[4] Cité par Solange Pierrat « Les arènes totalitaires : Hitler, Mussolini et les Jeux du stade ». Académie de Versailles. 2008.

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