Architectures modernes à Flaminio (3/12). Sant’Andrea del Vignola - Quartiere Flaminio.
Un acte d’action de grâce
Au n°166 de la via Flaminia, le Palazzo Borromeo a été construit sur un domaine de Jules III Ciocchi Del Monte (1550 / 1555) dont le pape Paul IV Carafa (1555 / 1559) revendiqua la propriété pour le Saint-Siège parce qu'il avait été acheté avec les revenus de la Chambre apostolique ! Mais, en 1560, le pape suivant, Pie IV Médicis (1559 / 1565) y fit ériger un bâtiment, sur un projet de Pirro Ligorio, qu’il donna à ses petits-enfants Federicco et Carlo Borromeo. Pirro Ligorio avait eu l'idée de construire un bâtiment avec deux ailes indépendantes autour de la grande fontaine de Jules III (voir dessin de guiseppe Vasi), chacune avec son portail, sa salle de représentation et ses appartements privés. En commun, les deux résidences auraient eu le nymphée de Sansovino situé derrière la fontaine. Le palais a notamment été la résidence du cardinal (et futur saint) Charles Borromée, puis il passa en dot à sa sœur et à la famille Colonna. Le palais fut abandonné puis se retrouva au cœur des combats entre Français et Garibaldien. En 1929, après les accords du Latran, il a été acheté par l'État italien pour en faire la nouvelle ambassade d'Italie auprès du Saint-Siège.
Le pan coupé du palais accueille une fontaine imposante autrefois solitaire : un bassin rectangulaire recueille l'eau qui s'écoule de la bouche d'un masque ailé, situé entre deux animaux marins et surmonté des armoiries des Colonna avec un trophée d'armes et de drapeaux. La fontaine est dominée d’un grand portique composé de deux hautes colonnes corinthiennes couronnées d’un tympan au centre duquel se trouvent les armoiries du souverain pontife. Celui-ci encadre des inscriptions de Filippo Colonna et Benoît XIV Lambertini (1740 / 1758). Les deux niches carrées, vides, de chaque côté du portique, accueillaient autrefois les statues du Bonheur et de l'Abondance.
Au n°194, l’église Sant’Andrea del Vignola est due à l'architecte Jacopo da Vignola, dit Vignole, rare exemple d’une église qui porte le nom de son architecte. Elle a été construite pour le pape Jules III Ciocchi del Monte (1550 / 1555) dans le cadre du complexe dominé par la Villa Giulia érigée sur les pentes du mont Valentino (quartiere Parioli). Cette église est un acte d’action de grâce de Jules III pour avoir échappé à la mort lors du sac de Rome de 1527 par les lansquenets de Charles Quint. Jules Ciocchi del Monte, alors fonctionnaire de la Curie sous le pape Clément VII de Médicis (1523 / 1534), avait été l’un des otages remis par le pape aux troupes impériales. Libéré en secret le 30 novembre, jour de la fête de Saint-André, grâce à l’intervention du cardinal Pompeo Colonna allié de Charles Quint, le futur Jules III réussit ainsi à éviter l’exécution alors que d’autres otages furent assassinés. Sans fonction pastorale et sans reliques, l’église fut abandonnée par la suite, mais elle attira l’attention des architectes dans la période du néo-clacissisme et elle fut restaurée par Guiseppe Valadier en 1803. Son architecture n'est pas révélatrice de la période de transition de la Renaissance à la Contre-Réforme, le maniériste (un style de transition qui débouchera sur le baroque) [1], mais plutôt de la recherche permanente des architectes de la Renaissance sur l’alliance harmonieuse des formes géométriques simples, carré, rectangles, triangle et cercle (photo).
« Il fait penser à un rubiks’cube juste avant la manipulation finale qui lui donnera sa perfection ; c’est un dé encore ouvert, les angles semblent tourner divinement sur eux-mêmes, les volumes se cherchent et se rencontrent mêlant harmonieusement poésie et mathématiques. Le triangle du fronton, le parallélépipède du tympan, l’ovale de la coupole se juxtaposent et s’équilibrent comme s’ils avaient enfin résolu la légendaire quadrature du cercle » [2].
La façade est à un seul étage avec six pilastres corinthiens, deux d'entre eux flanquent la porte et deux paires jointes sont situées aux coins. Ils encadrent deux grandes fenêtres rectangulaires et supportent un fronton triangulaire. Le plan de l'intérieur est basé sur un rectangle. Deux pilastres corinthiens en angles, et deux autres qui découpent chaque mur, soutiennent une corniche qui fait le tour de l'église. L’ensemble est surmonté d’un dôme ovale. Le retable original de Girolamo Siciolante da Sermoneta (un peintre maniériste) représentant saint André et peint sur panneau, a été enlevé. Il est remplacé au-dessus de l'autel par une fresque de 1637 récemment restaurée.
Modifié et complété 2026