Trastevere - Lungara et Janicule (13/20). San Pietro in Montorio (Saint-Pierre sur le Mont Doré).
Le lieu de la crucifixion de Pierre - Le corps de Béatrice Cenci
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Sur la montée de la via Garibaldi, le Janicule comporte quelques espaces verts dans un état lamentable à l’image des squares, jardins et parcs de la ville. On aimerait que ce ne soit pas une tradition attestée depuis quelques siècles !
« Ils (les italiens) ne paraissent guère se soucier de l’entretien ni de la propreté ; ils ne doivent pas faire grande dépense de jardiniers. Sans doute c’est pour conserver à leurs jardins l’air agreste et sans culture ; car il faudrait avoir l’esprit mal tourné pour se figurer que c’est par épargne »[1].
Après quelques épingles à cheveux, la via Garibaldi débouche sur l’esplanade de San Pietro in Montorio. Il est parfois possible de couper par un escalier, dénommé « via » di San Pietro in Montorio (s'il n'est pas fermé compte-tenu de son mauvais état d'entretien). L'origine de ce Chemin de croix remonte à 1731 quand il a été institué comme itinéraire de dévotion pour accéder à l'église de San Pietro in Montorio. Composé de 14 panneaux de terre cuite représentant les 14 stations de la Passion du Christ et très dégradés ceux-ci ont été rénovés, en 1957, avec de nouveaux panneaux en terre cuite polychrome du sculpteur espagnol Carmelo Pastor Pia. L'esplanade supérieure a été aménagée, en 1605, grâce à un financement du roi d'Espagne, Philippe III, puis il a été décoré d'une colonne surmontée d'une croix en 1657.
La première référence à l'existence d’une église et d’un monastère au Montorio date du IXe siècle. En 1472, le pape Sixte IV della Rovere (1471 / 1484) remet l'église et le couvent désaffectés à une congrégation réformatrice espagnole de Franciscains. En 1481, les frères ont décidé de reconstruire l'église à partir de ses fondations. L'église avec sa façade a été achevée en 1494 grâce aux dons du roi Louis XI, et elle a été consacrée par le pape d’origine espagnole Alexandre VI Borgia (1492 / 1503), le 6 juin 1500, sur le lieu attribué à la crucifixion de saint Pierre. Or d’autres sources précisent que la crucifixion de saint Pierre a eu lieu sur le cirque du Vatican construit par Caligula, c’est-à-dire à l’emplacement actuel de la basilique Saint-Pierre. Toutefois, il n’est même pas attesté que Pierre soit venu à Rome, les écrits qui y font référence datant du second siècle !
Par la suite, la reine Isabelle de Castille et le roi Ferdinand d’Aragon ont mis en place les fonds pour construire une chapelle de dévotion sur le site mythique du martyre de saint Pierre. Le Janicule a été depuis très lié à la royauté espagnole dont la présence est encore marquée, aux pieds de San Pietro, par les bâtiments du "complexe espagnol" l'Académie Cervantès, le lycée espagnol et la résidence de l’ambassadeur d’Espagne.
L'église est de forme très simple, un édifice rectangulaire sous un toit en tuiles à double pente, avec deux légères saillies pour marquer le transept et une abside polygonale laquelle a été reconstruite après les dégâts causés par le siège de 1849 par les armées françaises de la seconde République. Sur le côté gauche, ont été construit des chapelles latérales, de formes différentes. La façade est très sobre, plate, avec deux étages séparés par une corniche en très légère saillie. Au centre du deuxième étage est située une petite rosace de style gothique. L’église de San Pietro in Montorio possède plusieurs œuvres intéressantes dont une « Flagellation » (photo) dans la première chapelle à droite, œuvre de Sebastiano del Piombo (1485 / 1547), une peinture à l’huile sur le mur, inspirée de dessins de Michel-Ange. A voir aussi les fresques de Vasari (1511 / 1574) au plafond des quatrième et cinquième chapelles, un « Baptême du Christ » attribué à Daniele da Volterra (1509 / 1566) dans la cinquième chapelle à gauche. La seconde chapelle à gauche, la chapelle Raimondi, fut conçue par Gian Lorenzo Bernini.
Le cadavre de Beatrice Cenci, « la belle parricide »[2], aurait été enterré devant l’autel après son supplice, sa tête étant placée sur un plateau d’argent. La tombe fut profanée en 1798 par les soldats de la première République française et la tête de Beatrice disparut avec le plateau !
[1] Président de Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.
[2] La jeune Béatrice Cenci, ses frères et la seconde femme de son père, furent condamnés pour l'assassinat de Francesco Cenci, un riche aristocrate violent et débauché, protégé par le pape Clément VIII Aldobrandini (1592 / 1605). Béatrice fut décapitée, le 11 septembre 1599, place Sant’Angelo. Dans la nuit de la date anniversaire de sa mort, la légende veut que Béatrice Cenci traverse le pont Sant’Angelo avec sa tête sous le bras.