Trevi - Un quartier de perles baroques (8/27). Palais Barberini.
Triomphe du baroque et de la fausse perspective
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Via delle Quattro Fontane, côté nord, une grille majestueuse composée d’Hermès colossaux protège le palais Barberini (1625 / 1632). Son histoire commence en 1623 quand le cardinal florentin Maffeo Barberini est élu pape sous le nom d’Urbain VIII. Amoureux des arts, mécène, ambitieux, le souverain pontife veut marquer Rome de son empreinte et affirmer la puissance de sa famille. En 1625, il achète aux Sforza une villa isolée sur la colline du Quirinal, aux limites de la ville, et décide d’en faire un grand palais dont il confie la transformation à Carlo Maderno. Maderno transforme l’ancienne villa en une structure inhabituelle pour un palais romain : ni un bâtiment rectangulaire autour d’une cour, ni deux corps de logis successifs séparés par une cour, mais un corps central avec deux ailes, formant un H, mais un H avec une longue barre centrale et deux petits montants latéraux ! Après la mort de Carlo Maderno, en 1629, le chantier est confié à Gian Lorenzo Bernini, protégé d’Urbain VIII.
« Parmi la cinquantaine de palais aujourd’hui existant à Rome, le palais Barberini a belle allure. Si aujourd’hui il est enclavé parmi les constructions anarchiques, une gravure du XVIIIe siècle le distingue clairement en retrait et les deux ailes qui l’encadrent. Édifié en hauteur, il dominait l’endroit avec prestance et élégance »[1].
On attribue au Bernin la façade principale du palais avec ses trois niveaux de loggias encadrées par des demi-colonnes et des pilastres, superposant les trois ordres, dorique, ionique et corinthien. A première vue, l’ensemble est de style Renaissance, très nettement influencé par la galerie du Belvédère au Vatican. Mais, en y regardant de plus près, le traitement des trois étages est différent. Le Bernin renforce les effets de perspective avec une profonde galerie en rez-de-chaussée et des fausses perspectives pour les arcades de la loggia fermée du dernier étage. Les trois fenêtres centrales des premier et second étages, éclairent le grand salon. L’objectif de l’architecte était de proposer un salon central de très grand volume, éclairé par deux niveaux d’ouvertures, tout en conservant une façade parfaitement régulière, composée de trois étages d’égale hauteur qui soulignent l’effet d’élévation de l’édifice.
Les effets de perspective sont également accentués, au rez-de-chaussée, par l’exagération des lignes de fuite des saillies des pilastres et de leurs chapiteaux. Enfin, la hauteur du passage qui traverse, en son centre, le palais diminue progressivement : le sol du passage monte, son plafond s’abaisse et ses murs latéraux se resserrent progressivement. Ce passage traversant du rez-de-chaussée débouche dans un jardin, à l’arrière du bâtiment, jardin dont le niveau, plus élevé, correspond au premier étage du palais[2]. Afin d’accentuer encore les effets visuels de perspective et de donner plus de profondeur au jardin, dans la façade de l’édifice qui le clôt est placée une niche monumentale, comme s’il s’agissait d’un mur de fond de scène.
Dans le palais, les mêmes effets de perspective sont utilisés sur les chambranles des portes et leurs encadrements par des pilastres, avec une accentuation des lignes de fuite des saillies afin de créer des effets de profondeur. Avec ces différents artifices, Le Bernin, tout en faisant référence aux canons et aux règles architecturales de la Renaissance, les enrichit, les complexifie, jouant des effets dynamiques de la perspective. La fresque du plafond du grand salon joue également sur les perspectives illusionnistes. Œuvre de Pietro da Cortona (1596 / 1669) elle représente, au centre, « Le triomphe de la Divine Providence sur le Temps ». Les armes de la famille Barberini sont couronnées d'étoiles par l'Immortalité, le tout sur un fond de ciel pour créer un mouvement ascendant. Dans les quatre coins du plafond, des sculptures monumentales, représentation des vertus d'Urbain VIII, sagesse, piété et sens politique, semblent supporter la voûte courbe. Il s’agit en réalité de peintures traitées en grisaille, faisant apparaître de faux reliefs, mélangeant ainsi artificiellement peinture et sculpture, et ne permettant plus de reconnaître le vrai du faux !