Campo Marzio - Piazza di Spagna et Pincio (16/25). Les jardins et les terrasses du Pincio.
La colline du Pincio - Les jardins de Guiseppe Valadier
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[1] « Rome s’étalait sous nos yeux comme une immense tourte noire brûlée, avec des rais de lumière et chacun de ces traits lumineux était une rue » [2].
La colline du Pincio ne fait pas partie des sept collines de Rome car située hors de l’enceinte servienne, mais elle est incluse dans l’enceinte d'Aurélien (érigée entre 270 et 273) laquelle longe la façade nord-ouest de la colline. A cet endroit, du Moyen-âge au XIXe siècle, la vallée del « muro torto » (mur tordu) était utilisée comme cimetière, le Campo Scelerato, pour ceux qui n'avaient pas droit à une terre consacrée (assassins, voleurs, prostituées, suicidés, comédiens). Leonida Montanari et Angelo Targhini, deux Carbonari condamnés par la justice papale à la guillotine piazza del Popolo pour avoir essayé d’éliminer un traitre, y ont été enterrés en 1825. Une légende romaine prétend que le muro torto, autrefois incliné sous la pression de la terre, l’aurait été suite à l’impact d'un éclair au moment où saint Pierre aurait été crucifié (en 64)… mais le mur ne sera construit que 200 ans plus tard !
Côté sud, des jardins entouraient les villas de riches familles patriciennes notamment les Pincii qui lui laissèrent leur nom. Néron, condamné à la « damnatio memoriæ » par le Sénat, une condamnation à l'oubli et à une mort peu glorieuse par flagellation, la tête prise dans une fourche, s’est « suicidé », non loin de là. Son corps aurait été brûlé sur la colline puis ses cendres enterrées à son pied, ce qui a donné lieu à des légendes et des apparitions de fantômes ! C’est au Pincio que le général byzantin Bélisaire établit son camp pour défendre Rome contre l'Ostrogoth Vitigès en 537.
La création des jardins dans leur forme actuelle, entre jardins anglais et français, avec d'amples allées plantées de pins et de chênes, et rejoignant les abords de la piazza del Popolo (place du Peuple) avec terrasses et fontaines, fut confié à l’architecte Giuseppe Valadier[3]. Napoléon voulait cet aménagement pour faire de Rome, annexée en 1809, la seconde ville de l’Empire après Paris. Il fit également déblayer le Colisée, dégager l'arc de Titus ainsi que la basilique de Constantin et le temple de Castor et Pollux, et réaménager le palais du Quirinal, désormais palais impérial, en confiant la décoration intérieure aux meilleurs artistes alors présents à Rome. Une maison bourgeoise cossue, de style néoclassique, dominant Rome, perpétue le souvenir de Valadier. Destinée à être un restaurant depuis son ouverture, en 1817, elle a été récemment rénovée mais les prix de la carte n’incitent pas à s’y arrêter malgré la vue exceptionnelle. Au Pincio, vous croiserez aussi un de ces obélisques dont Rome est truffée. Celui-ci est romain, dédié par l'Empereur Hadrien (117 / 138) à son jeune amant, Antinoüs, mort noyé dans les eaux du Nil. Retrouvé brisé près de la porta Maggiore, il fut d’abord érigé dans les jardins du Vatican au XVIe siècle puis déplacé dans les jardins du Pincio en 1822. Faisant pendant aux bustes des défenseurs de la République romaine de 1849 installés au Janicule, les allées du jardin ont été ornées, sur l’initiative de Guiseppe Mazzini, de 229 bustes d’Italiens et d’Européens illustres, dont un buste de Bonaparte, mais comprenant trois femmes seulement !
« Et Larusso, à son ordinaire, recommençait à avoir l’esprit ailleurs. Oubliant l’amour, il paraissait tout préoccupé par ces bustes de marbre.
- Que représentent toutes ces statues ? me demanda-t-il. Je voudrais savoir qui elles sont…
- Tu vois comme tu es ignorant… ce sont de grands hommes et, parce c’étaient des grands hommes, on leur a fait leur statue et on l’a mise ici »[4] .
Place Napoléon, les jardins dominent la piazza del Popolo (photo).
« (...) le jardin du Pincio est digne de sa réputation (…) avec cette vue devant les yeux on n’est pas sensible à l’étroitesse de ce petit jardin, pas plus qu’on ne remarque les affreux bustes des grands hommes illustres ou inconnus qui servent de bouteroues à ses allées »[5] .
[1] Manuel Gratacap. Mars 2020.
[2] Alberto Moravia. « La terreur de Rome à la villa Borghèse ». In « Nouvelles romaines ». 1954.
[3] Sovrintendenza capitolina ai Beni Culturali. « Passegiata del Pincio ».
[4] Alberto Moravia. « La terreur de Rome à la villa Borghèse ». In « Nouvelles romaines ». 1954.
[5] Hector Mallot. « Comte du pape ». 1877.