Campo Marzio - Piazza di Spagna et Pincio (9/25). Palais Zuccari et Biblioteca Hertziana.
L'étrange Palais Zuccari - Le palais "des monstres" - La maison d'Ingres
En haut de la rampe Mignanelli, la première rue à droite, est la via Gregoriana.
« … je pris un logement (…), via Gregoriana. De la table où j’écris je vois les trois quarts de Rome ; et, en face de moi, de l’autre côté de la ville, s’élève majestueusement la coupole de Saint-Pierre. Le soir, lorsque le soleil se couche, je l’aperçois à travers les fenêtres de Saint-pierre, et, une demi-heure après, ce dôme admirable se dessine sur cette teinte si pure d’un crépuscule orangé surmonté au haut du ciel de quelque étoile qui commence à paraître »[1].
La via Gregoriana a été percée à l'initiative du pape Grégoire XIII Boncompagni 1572 / 1585) à l’occasion du Jubilé de 1575. L’objectif était de relier l'église de la Trinità dei Monti, en cours de construction, avec les nouveaux quartiers de la ville Renaissance en contrebas (via le Capo le Case, voie de la Tête des maisons). La voie permettait de faciliter l’accès au sommet de la colline du Pincio en remplacement d’un escalier construit par Domenico Fontana.
Au n°28 de la via Gregoriana, le palais Zuccari (1590 / 1598) présente en façade portail et fenêtres insérés dans la gueule de monstres (photo) ! Le peintre Federico Zuccari (1542 / 1609) acheta le terrain en 1590 pour y bâtir sa maison et son atelier. Il se serait inspiré du jardin de Bomarzo (province de Viterbe), aussi appelé Parc des monstres, réalisé de 1548 à 1580 par l'architecte Pirro Ligorio et le sculpteur Simone Moschino. Zuccari était célèbre pour avoir peint les personnages colossaux à l’intérieur de la fameuse coupole de Brunelleschi de Santa Maria del Fiore à Florence. A sa mort, le palais revint à l'Académie de Saint Luc, puis a été loué à l'ancienne reine Casimira Sobieski de Pologne qui a fait ajouter par Philippe Juvarra une loggia couverte à l’angle avec la via Sistina. Au XVIIIe et XIXe siècles, le palais était une auberge pour les voyageurs du Grand Tour.
Le palais accueille aujourd’hui la Biblioteca Hertziana[2] qui doit son nom à Henriette Hertz (1846 / 1913), née à Cologne dans une riche famille, et qui a consacré toute sa vie a collecter ouvrages et photographies pour créer un institut d’histoire de l’art depuis la Renaissance, avec une attention particulière à Rome, avec la première bibliothèque et photothèque spécialisée en histoire de l’art à Rome. La société Max Planck a pris en charge la Hertziana ; elle a acquis le palais Stroganov et construit un nouveau bâtiment dans les années 60 pour y abriter ses collections. Avec ses 240 000 volumes et 500 000 photographies, il était nécessaire de restructurer l’ensemble qui ne permettait plus d’accueillir les lecteurs dans de bonnes conditions et ne respectait pas les normes de sécurité. C’est un architecte espagnol, Juan Navarro Baldeweg, qui a été chargé du projet de création d’un nouveau bâtiment, à deux pas de l’escalier de l’escalier de la Trinità dei Monti. Rome intra-muros compte très peu de bâtiments contemporains, même si la ville s’efforce de combler son retard avec des réalisations impressionnantes hors les murs (Parc de la musique, église du Jubilée, MAXXI et MACRo…)[3]. Toute construction nouvelle pose question dans un sous-sol qui est utilisé depuis plus de deux mille ans. Le chantier de la Herziana a permis de dégager les restes de la villa du général romain Lucullus. Côté via Sistina, le nouveau bâtiment est masqué par une façade ancienne conservée. Côté via Gregoriana, il se dissimule derrière la façade du palais Zuccari[4]. A l’intérieur, la Biblioteca Hertziana comprend une série de galeries ouvertes sur un puit central de trois étages qui dispense la lumière à partir d’un toit en forme d’entonnoir. Un mur oblique réfléchit la lumière vers les galeries.
A quelques pas, au n°34 de la via Gregoriana, est située la maison d’Ingres lors de son premier séjour à Rome[5], de 1806 à 1820, notamment comme pensionnaire de l’Académie de France, période pendant laquelle il peignit « La baigneuse ». L’Italie eut une importance déterminante dans sa peinture et Ingres déclarait à ce propos : « On m'avait trompé, Messieurs, et j'ai dû refaire mon éducation ». Au cours d’un second séjour, de 1835 à 1841, il sera directeur de l’Académie de France.
Complété et modifié 2026
[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.
[2] Site de la Bibliotheca Hertziana.
[3] Chaque année, fin mai, l’évènement Open House Roma permet de découvrir des architectures contemporaines.
[4] Le palais Zuccari sert de cadre au roman de Gabriele d’Annunzio « Il Piacere » (Le plaisir, 1889, traduit de manière absurde par « L’enfant de volupté » !) ; un roman sur le monde décadent de la grande noblesse romaine.
[5] Melania Mazzucco. « Ingres, artista rivoluzionario e borghese in 'esilio' a Roma sognando Parigi ». La Repubblica. 11/12/2011.