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Notes d'Itinérances
13 novembre 2013

Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (3/47). Une merveille architecturale, la Habana vieja.

Une réhabilitation devenue indispensable - Le financement des travaux de restauration

 

 

 « … cette ville est probablement la plus belle de toutes celles que j’ai connues, mais également la plus laide ; à chaque pas je suis tenté de m’arrêter devant une bâtisse virtuellement somptueuse, pour m’improviser architecte ou décorateur, pour imaginer la façade qu’elle aurait si l’on réparait les ‘injures du temps’ révolutionnaire »[1]

 

Revues et journaux français soulignent généralement à plaisir les beautés de la vieille ville pour mieux regretter ensuite l’état d’abandon dans laquelle elle se trouve, l’insalubrité et le surpeuplement des logements. Je m’attendais donc au pire, prêt à affronter une palette de sentiments, allant de la consternation à l’accablement en passant par la colère, à la vue des richesses architecturales et culturelles abandonnées et dégradées comme aux terribles conditions de vie d’une population délaissée.

 

Dans les vieux palais, mais aussi dans les immeubles bourgeois 1900, des logements ont été créés avec des matériaux souvent précaires en utilisant toutes les disponibilités : balcons, loggias, escaliers, terrasses, toitures, étages dédoublés.

 

Des familles modestes s’y entassent, manifestement dans la plus grande promiscuité, utilisant chaque recoin ou bout de balcon pour y élever en sus quelques poules. Cette paupérisation de la vieille ville est ancienne, étant déjà citée dans les années 50. Elle n’apparaît pas pire, loin de là, au regard de celle des médinas de Tunis ou de Fez que nos censeurs journalistes trouvent généralement touristiques et « pittoresques ».

 

« Depuis deux siècles, La Havane est une ville vivante, qui impose ses propres lois et choisit soigneusement ses fards pour masquer sa singularité. (…) Tout noircit avec le temps, comme la ville où je marche entre les arcades sales, les décharges pétrifiées, les murs écaillés jusqu’à l’os, les bouches d’égout débordant comme des rivières nées au cœur même de l’enfer, et les balcons délabrés soutenus par des béquilles »[2] .

 

A contrario, les travaux de rénovation réalisés ces dernières années sont impressionnants. Si le cœur de la vieille ville est déjà largement restauré, tout autour les chantiers sont légion : on casse, on réhabilite, on rénove les palais, les vieilles maisons. Sont créés des musées, des restaurants, des cafés, des boutiques, pour le plus grand plaisir des touristes, il est vrai. Il n’en reste pas moins que pour dé-densifier la vieille ville une partie de la population est vraisemblablement appelée à devoir aller vivre dans d’autres quartiers, peut-être très éloignés du centre.

 

Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas l’UNESCO qui finance les travaux de restauration de la vieille Havane, même si cette organisation accorde quelques subventions annuelles sur projets, plutôt symboliques : de 30 à 50.000 $ ! De fait, toutes les activités économiques qui se déroulent dans le périmètre de la vieille Havane, déclarée Patrimoine mondial de l’Humanité, sont soumises à un impôt de 5% sur les revenus bruts qui est reversé à un Office. Celui-ci peut créer des associations avec des institutions internationales bancaires, financières, pour restaurer des monuments. Il a également créé une compagnie touristique qui gère des restaurants, des hôtels, des boutiques, dont il bénéficie intégralement des bénéfices. Ce sont donc essentiellement les touristes qui participent au financement de la restauration de la vieille ville.

 

Une partie de ce financement est consacré à la création d’infrastructures sociales, réparation et construction d’immeubles, de services communautaires, de foyers de personnes âgées ainsi qu’un foyer pour les très jeunes mères, toutes situées dans le centre de La Havane.

 


[1] Amin Maalouf. « Origines ». 2004

[2] Leonardo Padura. « Vents de Carême ». 2001.

 

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