Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (8/47). Au temps de la bourgeoisie triomphante.
Style néo-classique, le Capitole, et le style néo-baroque, le Grand Théâtre
Au-delà de la calle Zulueta s'étendent les quartiers construits à la fin du XIXe siècle, à l’emplacement des anciens remparts, avec deux monuments majeurs, voisins bien que parfaitement antinomiques dans leurs architectures : le Capitole et le Grand Théâtre.
Le Capitole (1910 / 1929) est une réplique, en plus petit quand même, de celui de Washington (1851 / 1860). Rien de très original, car celui-ci est une copie du Panthéon (1764 / 1790) lequel s’est manifestement inspiré de la cathédrale Saint Paul de Londres (1675 / 1710) ! Bref, le tout en style néo-classique monumental : lignes droites, avant corps central surmonté d’un fronton triangulaire, seuls le tambour et la coupole sont de forme circulaire, mais sans aucune fioriture, ornement ou parure.
C’est tout le contraire au Grand Théâtre (1906 / 1915) construit par un architecte belge, Paul Belau, à la demande de la communauté galicienne. De style néo baroque, le bâtiment donne lieu à toutes les surcharges possibles : arcades séparées de pilastres géminés lesquels sont surmontés de demi-colonnes géminées colossales, puis enfin de pinacles massifs. Ajoutez à cela un immense balcon en façade, une corniche à ressaut épaisse et tarabiscotée, des balcons semi-circulaires à colonnettes, des tourelles aux angles. J’en passe.
Sont passés sur la scène du Grand Théâtre, siège du ballet National de Cuba, Anna Pávlova, Maya Plisetskaya et, bien sûr, Alicia Alonso dont on dit qu’elle est située au sommet de l’Olympe cubain, à la droite de Jupiter - Fidel !
En1920, pendant une représentation d’Aïda chantée par Enrico Caruso, une bombe explose dans la salle obligeant à évacuer les spectateurs. Si l’attentat ne fit aucune victime, il permit toutefois de voir déambuler le grand Caruso en costume de romain dans les rues de La Havane !
Les rôles entre les deux monuments sont finalement fort bien distribués : à l’ancien siège du pouvoir politique, une représentation architecturale toute faite de rigueur, voire d’austérité dans la manifestation de sa puissance ; au siège des arts et du divertissement, une représentation architecturale abondante, variée, exubérante, pour flatter l’ego des élites qui venaient s’y montrer ?
« … les escaliers fastueux empruntés en d’autres temps par tout l’argent de la ville qui montait ou redescendait des salons les plus chics du pays, enveloppé dans des tenues en soie, des costumes en coton fin et même des peaux de renard et d’hermine, impensables dans cette ville torride où pourtant n’importe quoi était pensable »[1].
Ces deux monuments soulignent aussi que la mondialisation n’est pas chose nouvelle, sauf qu’autrefois elle s’exerçait au profit de l’Europe occidentale dont les règles économiques, comme les canons esthétiques, s’imposaient aux autres parties du monde. Si la mondialisation nous semble être aujourd’hui un problème, c’est qu’il nous faut partager le pouvoir économique, politique, et les zones d’influence, avec d’autres (Brésil, Chine, Inde) dans un monde devenu multipolaire.