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Notes d'Itinérances
16 novembre 2013

Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (13/47). La soucoupe volante du Coppelia et la photographie.

Le glacier "Coppelia" - En voyage, prendre ou ne pas prendre des photos ?

 

 

Cuba La Havane Vedado Coppelia 02

 

Le carrefour de la Rampa et de la rue L est célèbre à la fois par la présence de l’hôtel Havana Libre et du glacier Coppelia. Ce dernier, créé en 1966, a été entièrement rénové en 1998. C’est LE glacier de La Havane, au point que sa réouverture a donné lieu à un communiqué à la radio nationale vantant la réputation de ses crèmes glacées qui sont « bien plus crémeuses que la moyenne » et « faites à partir de toute une diversité de fruits en particulier de fruits tropicaux ». En forme de soucoupe volante, posée au centre d’un jardin arboré, il joue un rôle clef dans un des films cubains les plus connus « Fraise et Chocolat » du réalisateur Tomas Gutierrez Alea aujourd'hui disparu.

 

La réputation du Coppelia est telle que des files d’attente d’une trentaine de minutes ne sont pas rares pour obtenir une glace ! Aujourd’hui la Rampa est une des artères principales du centre-ville avec ses grands hôtels internationaux accueillant touristes et missions économiques et culturelles, et des administrations. Les havanais viennent toujours y flâner.

 

Faisant très peu de photographies de personnes, ni de gros plans sur des individus dans des lieux publics, je suis ensuite souvent déçu de n’avoir pas de souvenir d’un lieu ou d’un évènement. C’est que je suis tout simplement incapable de prendre en photo quelqu’un s’il me voit !

 

Une photo, ce n’est pas tant le résultat sur papier ou sur écran, c’est aussi un rapport social qui s’établit brièvement entre deux personnes, le photographe qui exhibe peu ou prou son appareil sophistiqué, et celui qui est photographié et qui l’a rarement demandé. C’est un rapport terriblement inégal qui relève d’une relation similaire à celle d’un holdup à main armé, même s’il n’y a ni mort d’homme, ni blessé. « Moi », photographe, parce que je possède un appareil, je m’accapare indûment « ton » image que je vais ensuite utiliser selon mon bon vouloir. C’est un rapport de violence sociale à défaut d’être un rapport de violence physique.

 

Alors qu’à leurs yeux je possède tout, la richesse, la santé, la possibilité de voyager, manger à ma faim, me distraire comme je l’entends, je rentre en contact avec les habitants de pays en développement en leur prenant en plus leur image. Même leur image ne leur appartient plus puisque je peux l’utiliser, la reproduire, la montrer, sans qu’ils puissent s’y opposer, sans qu’ils puissent contrôler l’utilisation que j’en fais. Non seulement, j’accapare les richesses, les pouvoirs politiques et économiques mais je m’accapare aussi les représentations des personnes.

 

Est-ce tout à fait un hasard si le livre de nouvelles de Zoé Valdés « Trafiquants de beauté » s’ouvre sur une nouvelle mettant en scène une jeune havanaise et un touriste photographe.

 

« Moi ce qui me sape le moral c’est de voir comme la misère peut être jolie en photo »[1].

 

Un photographe à qui elle tente d’expliquer ce qu’il y a derrière ses photos.

 

« Tu rates le meilleur de la photo, ce qui est derrière la porte ou derrière le crâne du type aux cheveux blancs. Là-derrière c’est noir comme dans un four, ça te fout une trouille pas possible ».

 

En conséquence, je joue le moins possible au touriste voyeur. L’appareil photo est généralement planqué, réservé à la photographie des bâtiments remarquables pour des photos qui valorisent la culture de l’autre. Pour les mêmes raisons finalement, je me refuse à tout laisser aller dans l’habillement, short et sandales. S’il ne faisait pas aussi chaud, je porterais même volontiers un costume et une cravate !

 


[1] Zoé Valdès. « Portrait d’une enfance havanaise ». 1998.

 

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