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Notes d'Itinérances
21 novembre 2013

Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (33/47). Sancti Spíritus et sa bibliothèque publique.

Le Parque Serafín Sánchez - Le Casino devenu Bibliothèque publique - Le livre à Cuba

 

 

La place principale de Sancti Spíritus, le Parque Serafín Sánchez, est à l’image de toutes les petites villes cubaines : une place rectangulaire, ombragée, entourée des principaux édifices de la commune et de quelques magnifiques meringues. Parmi celles-ci, l’ancien hôtel « Perla » aujourd’hui en cours de restauration, mais qui dresse sa majestueuse façade blanchie à trois étages de galeries à arcades, les deux supérieures étant décorées de balcons à colonnettes, balcons semi-circulaires au premier et balcons rectangulaires aux seconds. A sa gauche, plus blanc que blanc, une autre pièce montée, une grosse maison bourgeoise dont la galerie du rez-de-chaussée est supportée par des colonnes jumelées aux chapiteaux ioniques et les piédestaux décorés de têtes de lions en haut relief. Le premier étage connaît une débauche de pilastres, pilastres doubles en continuité des colonnes de la galerie, et pilastres décorant les jambages de chaque fenêtre !

 

De l’autre côté de la place une estrade, surmontée d’un calicot annonçant la fête du livre, finit d’être assemblée. Elle jouxte une autre magnifique façade néo-classique qui semble être celle d’un théâtre : large escalier conduisant à un porche composé de trois larges portes . Derrière la façade se devine une coupole qui doit coiffer la salle de spectacle. Mais de théâtre point, ce monument était le casino entendez, le club des notables de la ville où ceux-ci venaient s’y retrouver pour une discussion, un café, un repas, un billard, une lecture ou le plaisir d’y fumer un cigare. De ce lieu autrefois très fermé, aux membres soigneusement sélectionnés, la révolution cubaine a choisi de faire un lieu ouvert, consacré à la culture, à la disposition de tous : une bibliothèque publique.

 

« Chaque livre, n’importe lequel, est irremplaçable, chacun a un mot, une phrase, une idée qui attend son lecteur »[1].

 

Un jeune homme - le bibliothécaire ? – s’offre spontanément pour nous faire visiter l’édifice. Les vastes salles de réunion, les sous-sols, comme les murs supportant la coupole qui coiffe le grand escalier, sont aujourd’hui occupés par des rayonnages emplis de livres. A y regarder de plus près, les ouvrages ne semblent pas très jeunes. Manifestement riche en nombre de livres, ceux-ci sont peut-être issus de bibliothèques privées de Cubains exilés. Le secteur de l’édition, autrefois très florissant (en 1989, le secteur d’Etat produisait plus de 4 000 titres, à soixante millions d’exemplaires en incluant les livres scolaires), a subi également le contre coup des difficultés de la période spéciale : baisse du nombre des titres publiés, diminution des tirages, utilisation de papier recyclé de qualité médiocre. La visite des librairies, y compris des plus grandes et des plus réputées, est quelque peu déprimant : peu de titres, rayonnages peu fournis, absence de toute mise en valeur, qualité médiocre du papier. Le soin avec lequel les livres sont ici présentés et rangés, l’attitude des personnels comme du public, faite de retenue et d’attention sont particulièrement touchants. Tout souligne ici le respect pour la culture et son support, le livre.

 

« Il n’y a pas deux livres semblables, parce qu’il n’y a jamais eu deux lecteurs semblables. Et que chaque livre lu est, comme chaque être humaine, un livre singulier, une histoire unique et un monde à part »[2]

 

Quand nous quittons le jeune homme particulièrement fier de nous faire visiter « SA » Bibliothèque, l’un de nous, maladroitement, fait l’erreur de lui proposer de l’argent, qu’il refuse. Lui nous montrait sa richesse, sa bibliothèque si bien ordonnée, si bien utilisée et nous, nous lui offrons de l’argent, soulignant ainsi sa pauvreté à nos yeux d’Européens. Alors que nous aurions dû lui proposer une collaboration pour enrichir son fonds dans certains domaines où nous pouvions le plus facilement l’aider : celui de la littérature en langue française !

 


[1] Léonardo Padura. « Les brumes du passé ». 2005.

[2] Arturo Perez Reverte. « La reine du sud ». 2002.

 

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