Cuba, deux ou trois choses à propos de l'ïle du "lézard vert" (46/47). Retour.
Des évolutions en cours (2008) - Ni enfer, ni paradis !
« Regarde un peu qui arrive, Majura, la petite vieille qui porte un cabas (…). Un jour, elle s’est arrêtée au coin de la rue, elle a contemplé les profondeurs, l’abîme au fond de son cabas vide et elle s’est mise à douter : Doux Jésus, Marie, Joseph, j’ai la mémoire qui flanche ! je ne sais plus si je vais au marché ou si j’en reviens »[1] .
Au cours de l’année 2008 Raul Castro a annoncé un certain nombre de mesures nouvelles : autorisation de la possession individuelle de téléphones portables, possibilité d’acquisition d’ordinateurs et de lecteurs DVD et de liaisons Internet, autorisation de fréquentation par les Cubains des hôtels réservés jusqu’alors aux seuls touristes.
Le gouvernement cubain a supprimé également le principe du plafond salarial qui avait tendance à niveler au même niveau tous les salaires et à inverser les hiérarchies de revenus et de responsabilités, défavorisant fortement enseignants, ingénieurs, cadres et médecins. A l’avenir, les salaires devraient être fixés dans les entreprises en fonction de la nature du travail et de sa productivité, le vice-ministre cubain du Travail déclarant que « la tendance était que tout le monde recevait la même chose et cet égalitarisme n'est pas opportun ».
Ces mesures ont été complétées, en juillet, dans le secteur agricole afin de favoriser la production et diminuer la dépendance alimentaire de Cuba (50 à 80% des produits alimentaires sont importés alors que la moitié des surfaces agricoles sont en friche) avec la possibilité, pour chaque producteur familial, d’étendre ses surfaces cultivées jusqu’à un maximum de 40 hectares, mais aussi avec le droit d’utilisation des terres disponibles par chaque Cubain dans une limite de 14 hectares. « On doit renverser définitivement la tendance à la diminution des surfaces de terres cultivable. (...) En quelques mots : Il faut revenir à la terre ! Il faut la faire produire ! ». Cet élargissement des surfaces cultivables par les individus devant s’accompagner d’un accès facilité aux machines agricoles qui aujourd’hui manquent cruellement.
Alors, Cuba, enfer ou paradis ? Ni l’un ni l’autre bien sûr.
Que la situation économique y soit difficile, c’est une évidence. Que les Cubains aient des conditions de logement, de transport, d’alimentation même, qui laissent à désirer, certainement au regard de la France ou des pays développés. Mais peut-on comparer la situation d’une ex colonie, à l’économie soigneusement pillée par une minorité, ayant connu seulement quelques dizaines d’année d’indépendance nationale avec celle d’une ancienne puissance coloniale, ayant quelques siècles d’indépendance ?
Autant que je puisse en juger, la situation de Cuba me semble globalement meilleure que celle du Maroc, voire même de la Tunisie, deux pays pour lesquels nos journalistes critiques aiment à souligner le développement économique. Certes, Cuba ne possède pas une très riche bourgeoisie comme celle de ces pays, mais la pauvreté n’y paraît pas aussi dramatique et les conditions d’accès aux équipements sociaux, notamment à l’éducation et à la santé, certainement plus faciles.
« De tous les livres à faire, le plus difficile, à mon avis, c’est une traduction. Or voyager, c’est traduire ; c’est traduire à l’œil, à la pensée, à l’âme du lecteur, les lieux, les impressions, les sentiments que la nature ou les monuments humains donnent au voyageur »[2].
Montpellier, mars / septembre 2008
[1] Zoé Valdès. « Portrait d’une enfance havanaise ». 1998.
[2] Alphonse de Lamartine. « Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en orient, 1832-1833 ou notes d’un voyageur ». 1835.