Cuba, oriente (21/34). Les défis à relever en agriculture.
Une nouvelle politique agricole basée sur des exploitations familiales - Mais ne devient pas agriculteur qui veut !
« Sans une agriculture forte et efficace que nous pouvons développer avec les ressources dont nous disposons, car on ne saurait penser aux grandes allocations du passé, nous ne pouvons aspirer à soutenir et à améliorer l’alimentation de la population qui dépend encore tant de produits importés que nous pouvons cultiver à Cuba » [1].
Les réformes agraires de 1959 et 1963 ont réservé la distribution des terres à ceux qui les cultivaient. La propriété du foncier était alors limitée à 65 hectares et toutes les surfaces supérieures, notamment celles des haciendas et domaines sucriers, ont été nationalisées. L’essentiel des terres cultivables était alors sous l’administration directe de l’Etat (70 % en 1993).
La période spéciale a amené deux changements majeurs. Tout d’abord la création, en 1993, des Unités de Base de Production Agricole (UBPC), démantelant les fermes d’Etat et distribuant la terre, en usufruit, au profit de leurs ouvriers agricoles. Seconde innovation : l’ouverture, en 1994, de marchés libres paysans (« mercado libre agropecuario ») permettant aux producteurs d’écouler à des prix libres les surplus de production non livrés à l’Etat.
Fin 2007, si l’Etat ne détenait plus que 36 % des terres cultivables, seulement 29 % de la surface agricole utile dont il disposait était mise en valeur ! A contrario, les coopératives de crédit et de service et les fermes familiales privées détiennent 18 % des terres agricoles, ce qui correspond à 30 % des terres cultivées, mais elles assureraient 70 % de la production nationale cubaine !
Fin 2007, les terres cultivées représentaient seulement 45 % de la surface agricole utile, sans parler des terres qui apparaissent très largement sous exploitées. Pour réduire la dépendance alimentaire de l’île, 1,5 million d’hectares de friches (soit environ la moitié des terres cultivables non utilisées) viennent d’être confiés, en usufruit, à plus de 100 000 familles.
Le Décret-loi du 10/07/2008, sur l’octroi en usufruit de terres non utilisées, précise que, pour les personnes physiques, l’octroi est possible jusqu’à 13,42 ha pour les paysans actuellement sans terre, et jusqu’à 40,26 ha pour ceux qui en disposent déjà (en propriété ou en usufruit), si elles sont en pleine production. L’usufruit est de 10 ans renouvelable par périodes de 10 ans. Pour les personnes morales, sociétés d’économie mixte notamment, l’usufruit est de 25 ans, renouvelable par périodes de 25 ans. Dans tous les cas, l’usufruit n’est pas transférable et toutes les terres en usufruit font l’objet d’un impôt.
L’exploitation agricole familiale à Cuba est certainement celle qui offre les meilleurs gains de productivité. Toutefois, l’absence de mécanisation, les limitations drastiques à l’utilisation d’engrais, de semences, de produits phytosanitaires, d’aliments du bétail demeurent, limitant le développement d’une production de masse susceptible de répondre à l’ampleur des besoins : à savoir la moitié des consommations alimentaires de l’île !
Enfin, en dehors des obstacles en tout genre auxquels se heurterait le programme de distribution des terres (favoritisme, retard dans les procédures de distribution, bureaucratie…), ne devient pas un producteur agricole, performant techniquement et économiquement, qui veut ! C’est une chose d’être ouvrier agricole dans une ferme d’Etat, une autre d’être chef d’exploitation. On peut donc craindre quelques désillusions chez les nouveaux producteurs agricoles face aux énormes difficultés techniques et économiques qu’ils vont devoir affronter.
[1] Raùl Castro Ruz. « Allocution de clôture du IXe Congrès de l’Union des Jeunes Communistes ». 4 avril 2010.