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Notes d'Itinérances
2 juillet 2013

Inde du Sud (22/31). La région de Dindigul.

Le lac Kamarajar - Le banian, l'arbre sacré de Vishnu - Le fort de Dindigul

 

 

Le lac Kamarajar, près de Dindigul, est un lac artificiel, créé à partir d’un barrage qui retient les eaux de mousson lesquelles descendent des premiers contreforts de la chaîne des Ghâts occidentaux. Il est entouré d’une riche zone agricole comprenant des plantations de bananiers et de cocotiers.

 

Le long du lac nous observons un autel modeste, dans un lieu isolé, devant un véritable rideau de racines de banian. Le figuier des banians, ou banian de l'Inde, est un Ficus qui émet des racines aériennes depuis les branches, qui se développent en nouveau tronc quand elles touchent terre, permettant ainsi à l'arbre de s’étendre.

 

Dans le cas présent - hasard ou aide humaine ? – les racines aériennes forment un véritable mur rideau, assez rectiligne, sur une dizaine de mètres, derrière l’autel. Toutes sortes de morceaux de tissus sont accrochés sur ces tiges, de toutes les couleurs, toutes les formes, toutes les matières. C’est que des esprits habitent les arbres, notamment les ficus : les yakshas. Les yakshas sont des esprits de la nature, habituellement bienveillants, gardiens des trésors naturels cachés sous la terre et les racines des arbres. D’un côté, ils peuvent être une sorte de fée, de nature inoffensive, associée aux forêts et aux montagnes mais, double nature des êtres et des esprits, les yakshas peuvent être aussi une sorte d’ogre ou de démon anthropophage qui hante les étendues sauvages, attaque et dévore les voyageurs, comme le font les Râksasas.

 

Pour se protéger des yakshas, version démons, ou pour s’attirer la bienveillance des yakshas, version fées, il convient de leur faire des offrandes de nourriture ou de nouer des morceaux d'étoffes aux branches des banians. D’où notre banian isolé, au bord du lac, honoré d’une multitude de tissus colorés. Mais le yakshas peuvent être aussi considérés comme des dieux ou des déesses de la fertilité, ce qui explique, qu’en sus des morceaux de tissus, il y ait des berceaux miniatures, qui ressemblent un peu à des cagettes de légumes, qui sont également accrochées aux branches.

 

Enfin, le banian est aussi l’arbre sacré de Vishnu, symbole d'immortalité et de connaissance supérieure.

 

Le dimanche, le lieu est très fréquenté. Les familles y viennent en voiture ou moto. Je n’ai pas eu l’occasion d’observer qu’elles venaient déposer des offrandes sur l’autel ou sur les racines aériennes du banian, mais on peut le supposer. Par contre, elles y pique-niquent, s’y reposent pendant que les enfants jouent alentour.

 

A quelques kilomètres, la ville de Dindigul s’étale dans la plaine au pied d’un formidable rocher à la forme arrondie et aux pentes abruptes, comme un « Dhindu » (« oreiller » en tamoul, d'où le nom de la ville). Il n’est pas sans rappeler l’extraordinaire rocher surmonté d’un palais, à Sigiriya, au Sri Lanka. C’est aussi un formidable monolithe aux parois hautes et lisses, un lieu rêvé pour y établir un fort au sommet !

 

Le fort a été construit par le roi Nayak de Madurai, Muthu Krishnappa, en 1605. La dynastie Nayak s’est imposée après la chute de l'Empire Vijayanagar contre les musulmans, soit en payant tribut aux souverains musulmans, soit en essayant de reconquérir leurs possessions. Mais, à la fin du XVIIIe siècle, ce fut contre les Britanniques qu’ils eurent à lutter, en recevant toutefois l’aide discrète des Français pour la formation de leurs troupes. Le fort de Dindigul a joué un rôle dans cette guerre mais tomba finalement aux mains des Britanniques en 1799, ce qui aboutit au contrôle du Tamil Nadu par la Compagnie des Indes Orientales. Les parois abruptes et parfaitement lisses du rocher sur trois de ses côtés étaient une défense naturelle inexpugnable ; seul un des côtés, moins pentu, permettait les approvisionnements et était défendu par des portes fortifiées. Le fort possédait également ses propres réservoirs d'eau, alimentés par les eaux de pluie récupérées par des rigoles dans les pentes du rocher.

 

Le sommet est occupé par un temple, délicatement sculpté. Une inscription attribue la construction du sanctuaire à Krishna Devaraya de la dynastie des Vijayanagar (début du XVIe siècle).

 

 
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