Petit abécédaire de la RDA (7/34). D comme Dénazification.
Une volonté de dénazification - Pourtant, la bête immonde n'est pas morte pour autant...

« La République Démocratique Allemande a définitivement rompu avec tout ce que l’histoire allemande charriait de réactionnaire et, en fondant cet Etat, les ouvriers et les paysans, les démocrates sincères et les alliés fidèles de la classe ouvrière ont tranché une question décisive et se sont donné comme programme l’amitié entre les peuples, la paix, là où la haine et la guerre avaient trop souvent pris le dessus »[1].
La R.D.A s’est toujours posée en championne de la lutte contre le nazisme. Elle accuse d’ailleurs régulièrement la République fédérale d’accepter les activités de groupuscules néonazis sur son territoire. Dans leurs interventions, nos hôtes ne manquent jamais de rappeler combien la R.D.A (avec « l’amicale collaboration » des autorités soviétiques d’occupation) avait lutté, dès la fin de la seconde guerre mondiale, contre les racines même du nazisme.
Les slogans, les banderoles, les panneaux de propagande, les journaux, la télévision, reprennent systématiquement et diffusent à loisir le thème de l’amitié entre les peuples de régimes sociaux différents. Ce n’est donc pas ici que l’on verra ces cartes de la « Grande Allemagne » de 1937 comprenant les territoires désormais devenus polonais (Poméranie et Silésie) ou russe (enclave russe de Kaliningrad), incluant parfois même la ville de Dantzig[2] ( ! ) et que, jeune lycéen français en séjour linguistique en République fédérale, j’ai pu observer à de nombreuses reprises dans les années 60. Ces cartes géographiques étaient alors également largement diffusées dans des livres de propagande[3] distribués gratuitement aux jeunes étrangers en séjour en Allemagne fédérale.
Pourtant, après la chute du mur et l’ouverture des frontières, au cours de l’été 1990, nous sommes témoin d’une scène très déplaisante. Dans ce petit camping tranquille, situé non loin de Dresde, près d’un lac, et composé de petites caravanes ou de tentes plus ou moins fixes servant manifestement de résidence secondaire aux habitants de Dresde ou de Meissen, un groupe de jeunes nazillons a entonné pendant une bonne partie de la nuit la litanie des chants fascistes. Sans qu’il ne se passe rien. C’est assez terrifiant d’entendre cette bande de soulards gueuler à la lueur d’un feu de joie. Toutes les images de la bestialité nazie vous défilent dans la tête, la persécution des juifs, les brasiers de livres « décadents », les camps...
Suite à cette triste expérience, on peut donc se demander comment avait été conduite cette dénazification ? Même si l’on peut penser qu’une telle démonstration n’aurait pas été tolérée dans l’ex-RDA désormais en décomposition, les racines du mal, qu’elles soient économiques, sociales ou idéologiques, n’ont manifestement pas été totalement extirpées. Sinon comment expliquer cette manifestation ?
En voilà deux qui vont enterrer un chien
Le premier a tué la bête
L’autre l’a vue mourir
Tous deux sont pourtant tourmentés par leur mauvaise conscience
Au bord de la fosse il leur faut pleurer[4].
[1] Panorama DDR. « La RDA se présente ». 1984.
[2] Devenue après la seconde guerre mondiale la ville de Gdansk, en Pologne.
[3] Cf. Unteilbares Deutschland. « Das Ganze Deutschland ». 1959. Auteur : l’association « Allemagne indivisible », titre de l’ouvrage : « La totalité de l’Allemagne », imprimé à Dortmund, RFA.
[4] Heinz Kahlau. « Allemands ». In « Dix-sept poètes de la R.D.A ». 1967.