Laos de Vientiane à Luang-Prabang (9/17). Entre Vang Vien et Luang Prabang.
Maisons Khamou et maisons Hmongs - Travaux collectifs - Culture du riz pluvial sur défriche brûlis
La route qui traverse d’abord le bassin de Vang Vien, au milieu des rizières, doit ensuite grimper les montagnes assez élevées de la chaîne annamite qui se prolonge, vers le sud, en épine dorsale de la péninsule indochinoise.
Les constructions des maisons dans les différents villages sont différentes, les unes sont sur pilotis, aux murs de bambous tressés et au toit en paille de riz, les autres sont construites à même le sol, plus grandes, avec des murs de planches de bois posées verticalement et un toit de branches de bambous ou de feuilles de palmier tressées. Les premières correspondent à l’ethnie Khamou (Lao Theung) occupante d’origine du Laos, les secondes à l’ethnie Hmong (Lao Sung, Lao des montagnes).
Dans les maisons hmongs, la grande pièce centrale sert de pièce commune et de cuisine avec un foyer à même le sol. Les fumées s’échappent par le toit sous lequel sont accrochés des poissons séchés. Au fond de la pièce, la réserve de riz. Sur le côté, des alcôves avec des lits surélevés.
La région aurait connu des mouvements importants et récents de population par suite de la guerre américaine à partir des années 60 puis, après 1975, par le déplacement autoritaire des villages montagnards, supposés participer à la guérilla antigouvernementale. Les différentes ethnies cohabitant pacifiquement, bien que l’ethnie majoritaire, les Lao Loum, semble considérer avec une certaine condescendance les Lao Sung comme les Lao Theung.
En cours de route, nous croisons un couple de colporteurs vietnamiens arrêtés auprès d’une station à essence des plus sommaires, un fût surmonté d’une pompe manuelle qui permet de remplir un réservoir en verre d’une contenance de cinq litres environ. Après avoir pompé le liquide dans le réservoir, celui-ci est introduit par gravité par un tuyau de caoutchouc dans le réservoir du vélomoteur. Chacune de leurs deux mobylettes est complétée d’un cadre horizontal en bambou lequel sert d’étagère pour les multiples objets : plateaux d’aluminium, gamelles, cuvettes et bidons en plastique, assiettes de faïence, plats émaillés, mais aussi cuiseurs à riz électriques ! Mari et femme vont vendre ces objets dans les villages reculés qu’ils atteignent par des pistes.
Dans un des villages Khamou, situé non loin de la route nationale 13, un grand nombre de personnes, jeunes, femmes et hommes, sont occupées à restaurer le chemin de terre qui relie le village à la route. C’est une « corvée » organisée collectivement, à laquelle chaque famille a envoyé un de ses membres pour améliorer le chemin d’accès et permettre à des véhicules, bicyclettes, mobylettes ou camionnettes de venir plus facilement au village.
Dans ce même village, un système de captage des eaux d’une rivière avait été installé par l’UNICEF. Sur le cours d’un torrent, dévalant la montagne, une citerne en ciment permettait de recueillir l’eau et de faire office de château d’eau. L’eau était ensuite distribuée par gravité, par une conduite enterrée, vers plusieurs bornes fontaines situées dans le village. Le système supprimait les longues et pénibles corvées d’eau des femmes et des filles pour aller chercher de l’eau au torrent. Malheureusement, plus rien ne fonctionne même si les équipements clefs, la citerne et les bornes, apparaissent en bon état. Peut-être la conduite a-t-elle été détériorée ? Il suffirait certainement de peu de choses pour remettre en état le système, mais les paysans n’ont tout simplement pas les moyens financiers nécessaires pour acquérir les quelques mètres de tuyau indispensables.
La route, qui monte jusqu’à 1400 mètres d’altitude, permet d’observer que la culture du riz pluvial sur défriche-brûlis est toujours pratiquée. Elle consiste à défricher la forêt par brulis et de planter du riz sur les sols enrichis par les cendres. Une fois les sols épuisés, après deux ou trois ans, la culture est déplacée et les sols abandonnés. Effectué traditionnellement, ce mode de culture n’a pas de conséquence écologique néfaste si les surfaces défrichées sont faibles et si le temps est laissé à la forêt pour se reconstituer (18 à 25 ans). Malheureusement, aujourd'hui, avec les déplacements et regroupements de population, l’augmentation de la pression démographique, les temps de rotation sont de plus en plus courts (5 à 9 ans), ne permettant pas aux terres de se régénérer et accélérant en conséquence l’appauvrissement de la biodiversité. De fait, il faudrait développer de nouvelles associations de cultures, entre riz et cultures fourragères fixatrices et régénératrices du sol, ce qui induit des pratiques culturales nouvelles et différentes pour les populations rurales concernées.