Sri Lanka, l'ïle dont on rêve (22/37). Noël à Kandy.
Rites de Noël sous les tropiques- Les danseurs de Kandy
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Noël se fête sous les tropiques et en pays bouddhiste comme en Europe, du moins dans les grands hôtels ! Hélas.
Chacun rivalise d’imagination pour que ces pauvres touristes européens ne soient pas dépaysés et puissent bénéficier d’un « vrai » Noël, comme chez eux, là-bas, dans le nord froid et enneigé. Aussi notre hôtel arbore-t-il fièrement, dans son hall d’entrée un « sapin » décoré de guirlandes et de boules, dans la salle de restaurant un Père Noël sur son traîneau et des bonhommes de neige, le tout par 25 à 30 degrés à l’ombre !
Bien sûr, ces décors sont sonorisés avec de la musique « traditionnelle » diffusée en boucle, en anglais le plus souvent, mais aussi en allemand. Du petit matin à fort tard dans la soirée, nous avons droit à « I wish you a merry Christmas » et « O Tannenbaum ». A en faire une allergie ! La soirée du réveillon est agrémentée d’attractions : un orchestre avec percussions et guitares électriques, un tirage de loterie avec lots divers, et pour finir une soirée dansante avec cotillons, chapeaux pointus et pétards ! Courage, fuyons.
Le jour de Noël, notre chauffeur nous offre une carte de vœux représentant une cloche dans son clocher, entourée de blanches colombes, le tout sur fond de nuit étoilée. L’attention est délicieuse. Il a agrémenté l’intérieur du minibus avec des guirlandes, des ballons de couleurs et des boules, et c’est dans ce véhicule décoré comme un sapin de Noël que nous traverserons désormais le Sri Lanka. S’il faut bien reconnaître que nous étions les seuls à avoir ce privilège, nous n’en étions pas plus fier pour autant, ayant mauvaise conscience de participer ainsi à cette vaste opération d’acculturation internationale.
Notre chauffeur est charmant, prévenant, serviable, et très bon conducteur ce qui est très appréciable pour voyager en confiance sur les routes sri-lankaises étroites, encombrées et dangereuses. Il organise nos déplacements, les visites des différents sites, s’assure que nous sommes bien hébergés, nettoie et entretien son minibus et est toujours souriant.
Malgré sa bonne volonté – il prépare toutes les visites avec un guide touristique rédigé en langue française - il ne maîtrise toutefois pas très bien les aspects historiques, culturels ou religieux, n’ayant pas eu de formation à ce métier. Et puis, je dois être un peu casse-pieds avec mes questions compliquées sur les organisations paysannes pour l’utilisation de l’eau ou la commercialisation des produits, la signification des différents gestes de Bouddha ou les caractéristiques de l’architecture cinghalaise.
Pour les touristes, il est impossible de passer à Kandy sans assister à un spectacle de danses traditionnelles. La culture, ce ne sont pas que les vieilles pierres ! Il faut bien avouer que les danseurs ont grande allure : large jupe plissée blanche, large ceinture avec clochetons, pectoral scintillant, bracelets d’argent, couronne étincelante avec pendeloques et son gland de laine rouge. Le moment le plus spectaculaire étant celui où les danseurs marchent sur des braises. Succès d’estime assuré !
Autrefois le sort des danseurs n’était pas très enviable. Ils se transmettaient leurs savoirs de père en fils et de mère en fille mais ne pouvaient vivre de leur art, d’autant plus qu’une partie de leurs prestations étaient dues pour certaines cérémonies au temple bouddhiste et qu’elles étaient alors nécessairement gratuites. Les danseurs devaient vivre de leurs productions, sachant que le temps passé à danser était toujours autant de temps en moins pour les cultures, riz, cocotiers, bananiers, légumes comme pour le foyer et l’éducation des enfants. Les danseurs étaient alors issus des couches sociales les plus basses et étaient considérés avec mépris par les autres.
Aujourd’hui, avec le développement du tourisme, être danseur doit être un moyen comme un autre de gagner sa vie ou d’améliorer ses revenus. Largement en avance sur les horaires du spectacle, nous assistons à l’arrivée des jeunes danseurs et danseuses qui vont s’habiller dans les coulisses. L’une d’elles arrive toute essoufflée, à quelques minutes du début de la représentation. Sortait-elle du bureau après avoir été retenue par son chef de service ? Arrivait-elle d’une boutique où un client exigeant lui avait fait déballer mille articles ?