Entre Toscane du Sud et Ombrie (3/22). Montepulciano, San Biagio, un chef d’œuvre de la première Renaissance.
Le chef d’œuvre d’Antonio da Sangallo l’Ancien - Une grande rigueur des formes
San Biagio (Saint-Blaise) est construite à l’écart de la ville, dans un vallon, entourée d’oliviers. C’est le chef d’œuvre d’Antonio da Sangallo l’Ancien, une composition emblématique de la Renaissance. Construite de 1518 à 1534, sur un plan en croix grecque, complété toutefois d’une abside semi circulaire, elle est couronnée d’une coupole sur tambour.
Les façades sont traitées avec la plus grande sobriété. Elles sont séparées en deux niveaux d’inégale hauteur par une corniche décorée de métopes et de triglyphes. Le niveau bas, plus élevé, lisse, est percé en son centre d’un portail surmonté d’un tympan triangulaire. Le second niveau est séparé en cinq parties par une moulure rectiligne et comporte une fenêtre centrale également surmontée d’un tympan triangulaire. Dans le pignon surmonté d’une corniche à ressauts s’ouvre un oculus. Des pilastres lisses marquent chaque angle. Le tambour est posé sur une base quadrangulaire à la croisée du transept et de la nef ; il est décoré de pilastres qui encadrent de nombreuses niches moulurées et quatre fenêtres. La coupole semi-circulaire est surmontée d’un lanterneau.
Du bas vers le haut, toute l’architecture est orchestrée en hauteurs décroissantes (les deux niveaux de la façade, le support carré du tambour, le tambour enfin), des formes droites aux formes circulaires (au-dessus des deux premiers niveaux où règne la ligne droite, apparaît l’oculus circulaire du fronton, puis des niches à voûtes en berceaux dans la base du tambour, des niches et fenêtres en berceaux dans la coupole, la coupole enfin), du plus simple au plus décoré (appareillage lisse au premier niveau, encadrements rectangulaires au second, nombreux pilastres et niches sur le tambour de la coupole). Ce qui n’est pas sans rappeler la structuration de Saint-Louis des Invalides (1706) !
L’entrée est encadrée par deux campaniles - dont un seul est achevé - placés dans l’angle des bras de la croix. Les trois premiers niveaux, à base carrée, de taille décroissante, sont encadrés de piliers angulaires, doublés vers l’intérieur de colonnes en demi-relief. Leurs chapiteaux sont successivement de styles dorique, ionique et corinthien. Ces trois premiers niveaux sont surmontés d’un quatrième de forme octogonale où alternent ouvertures semi circulaires et niches. Il est coiffé d’une pyramide à huit pans. Plus décoré que l’église, le campanile joue néanmoins sur les mêmes alternances de taille et de formes : hauteurs décroissantes, alternance des lignes droites et courbes.
« Les plus belles réalisations d’architecture chrétienne de cette époque, comme le Tempietto de San Pietro in Montorio à Rome (Bramante) ou l’église de San Biagio à Montepulciano en Toscane (Antonio da Sangallo), respectent le plan central » [1].
San Biagio est une des églises les plus abouties de la Renaissance toscane. Sa structure, comme sa décoration, marquent certainement l’influence de Leon Battista Alberti (1404 / 1472), auteur d’un ouvrage magistral en 10 volumes « De re aedificatoria » (1452). Il y préconise le plan central qualifié d’« absolu, statique, lucide », les structures basées sur le cercle, l’octogone, la recherche des formes géométriques les plus simples, les plus pures. Il fixe également les « canons » de l’architecture : « utilitas » (fonctionnalité), « firmitas » (solennité, stabilité), « venustas » (beauté, proportion, harmonie). En conséquence, l’église est conçue comme un temple antique. Ce sont les mêmes principes qui orienteront les premiers schémas de Saint-Pierre par Bramante (vers 1500) : une église sur une base en croix grecque, inscrite dans un carré.
A proximité de l’église, Sangallo l’Ancien a également édifié le presbytère, un petit bâtiment à deux étages de galeries, avec cinq arcades séparées de pilastres au rez-de-chaussée, et surmontées, au premier niveau, d’arcades dédoublées s’appuyant sur des colonnes ioniques, séparées entre elles d’un second ordre superposé de pilastres. Les mêmes principes sont ici employés : un second niveau moins élevé, plus décoré où les formes circulaires dominent (doubles arcatures et colonnes).
[1] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.