Algérie au coeur (18/42). Alger manque d’eau.
Une démographie galopante – Une eau courante qui ne l’est pas toujours
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« Moi, je vis seul. Une originalité dans une ville où l’instinct grégaire est très fort et la concentration familiale compacte » [1].
La population d’Alger explose. Depuis vingt ans, elle a plus que doublé sans qu’il y ait véritablement de constructions nouvelles, aussi les familles s’entassent-elles dans les logements laissés vacants par les Pieds-noirs. L’augmentation de population est liée à la forte natalité [2] mais elle est surtout la conséquence d’un exode rural important pour rechercher du travail dans une ville où la vie peut apparaître plus facile qu’à la campagne. Cette population d’origine rurale conserve ses modes de vie dans un environnement qui est celui des grandes métropoles du XIXe siècle. Aussi il n’est pas rare de voir de vieilles femmes cuisiner sur un balcon en utilisant un kanoun, de nombreux appartements ont des fenêtres ou des balcons fermés par toutes sortes de matériaux, parpaings, tôles, planches, pour dissimuler la vie intérieure. Les façades des immeubles se transforment alors en bidonville horizontal. Avant la rupture du jeûne, les trottoirs des rues Ben M’hidi Larbi et Didouche Mourad, les anciennes rues d’Isly et Michelet, sont noires de monde. Devant l’entrée de la cinémathèque algérienne, c’est une véritable émeute qui se produit à l’ouverture de la séance. Des jeunes, exclusivement des hommes bien sûr, se pressent, se poussent, se bousculent pour tenter de rentrer dans la salle.
Si la population de la ville a plus que doublé, les installations d’adduction d’eau n’ont pas été modifiées, ni même entretenues car, à leur départ, les Français emportèrent tous les plans du réseau de distribution d’eau. Lorsqu’il y a une fuite sur le réseau, il faut creuser au hasard pour retrouver les tuyaux ! Il fallait bien se venger de ces Algériens qui voulaient leur indépendance, « Ils l’ont voulue, ils l’ont eue, qu’ils se débrouillent, n’est-ce pas ? ». Entre l’insuffisance chronique d’eau et les réparations continuelles sur le réseau, la distribution est assez chaotique. Certes, le journal publie régulièrement les heures de distribution d’eau, quartier par quartier, mais ces horaires ne sont pas toujours respectés, aussi faut-il faire des provisions en remplissant jerricanes et baignoire. La nouvelle de la distribution d’eau a la bonne idée de se faire joyeusement annoncer par des coups sourds dans les tuyauteries qui se mettent à vibrer lorsqu’elles sont remises en pression. Ensuite, ce sont les robinets qui se mettent à chanter en crachouillant de l’air et des postillons d’eau brunâtre. Vite, c’est le moment de prendre sa douche ou de remplir la baignoire, qu’il soit 8 heures, 17 heures ou 3 heures du matin ! Inutile de dire que les pauvres tuyauteries sont bien malmenées à véhiculer ainsi de l’air, de l’eau, avec de fortes variations de pression, les plus vieilles n’y résistent d’ailleurs pas notamment les canalisations en fonte. Aussi personne ne s’étonne quand une grande mare apparaît sur la chaussée, il n’y a plus qu’à creuser pour en rechercher la cause. Les habitants savent alors qu’ils risquent de rester quelques jours sans eau, jusqu’à ce que soit identifiée la fuite et que le tuyau soit réparé.
groupe de supporters qui
fêtaient la coupe d’Algérie
remportée par leur club ont
été arrêté par un faux barrage
dressé par un groupe de
terroristes. Trois adolescents
qui se trouvaient dans le
fourgon de tête ont été
égorgés après avoir été ligotés
avec les emblèmes de leur club.
[1] Rachid Boujedra. « L’escargot entêté ». 1977.
[2] L’indice de fécondité est de 3 enfants par femme en 2020, alors qu’il était de 7,6 en 1970 (2021).