Algérie au coeur (37/42). Oran - Le collège moderne de jeunes filles « Ali Chekkal ».
D’Ali Chekkal à Akif Lotfi – Un lycée dans le grand bleu du ciel et de la Méditerranée
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Le lycée « Colonel Akid Lotfi », porte aujourd’hui le nom d’un résistant algérien tué par l’armée française. De son vrai nom Benali Boudghène (1934 / 1960) il mena la lutte pour l’Indépendance dans le sud algérien. Au temps de la présence française, l’établissement était connu sous le nom d’Ali Chekkal (1896 / 1957). Avocat, conseiller général de Mostaganem puis élu à l’Assemblée algérienne où il assuma la vice-présidence. C’était un partisan d’une Algérie française. Condamné à mort par le FLN, il a été assassiné lors de la finale de la coupe de France de football.
Le lycée est situé au bord de la falaise dominant la mer. C’est un vaste bâtiment, moderne, aux formes rectangulaires à la façade parée de pierres blanches et aux fenêtres étroites pour se défendre des ardeurs du soleil. Il est dominé par une tour d’escalier carrée présentant une horloge sur ses différentes faces. Encore une horloge ! A croire qu’il était nécessaire de rappeler, plus souvent de ce côté-ci de la Méditerranée que de l’autre, le découpage strict du temps et le respect des horaires.
Du côté cour, le bâtiment présente des coursives qui permettent de desservir les salles de classes. Ces couloirs sont largement ouverts sur la baie d’Oran et son port dominé par le massif du Mudjardo. Au sein même de l’école, le monde environnant est présent et manifeste des noces sensuelles entre la terre, l’air, l’eau et le soleil.
Qu’en penserait le philosophe Alain ! Pas du bien certainement.
« L’école est un lieu admirable. J’aime que les bruits extérieurs n’y entrent point. J’aime ces murs nus. Je n’approuve point qu’on y accroche des choses à regarder, même belles, car il faut que l’attention soit ramenée au travail » [1].
Au contraire, tout ici fait penser à autre chose qu’au travail ! C’est pourquoi il était peut-être nécessaire de poser des horloges partout dans la ville ?
Les photographies de classes, à leur manière, rendent également compte de cette différence. En 1959 à Oran, au lycée Ali Chekkal, les sacro-saints « rangs d’oignons » superposés d’élèves sont respectés, mais les tenues des collégiennes sont variées. A quatorze ans, elles sont déjà « filles-fleurs », petits corsages, jupes plissées, ballerines, certaines sont légèrement maquillées. 1963 à Paris, au lycée Lamartine : ce sont les même rangs d’oignons mais, à dix-huit ans, toutes les élèves sont affublées d’une blouse strictement identique et boutonnée jusqu’au menton comme si l’école ne voulait rien connaître du sexe et de l’âge de ses élèves, comme s’il fallait nier le corps pour ne s’intéresser qu’aux choses de l’esprit. Tout ici doit être ramené au travail !
Les photographies de classe avec le nom des élèves rendent également compte de l’origine des élèves. Dans la classe de 4e3 du lycée Ali Chekkal, en 1959, sur 29 élèves, 4 ou 5 tout au plus portent un nom à consonance algérienne. Les autres noms de famille laissent à penser qu’un grand nombre sont d’origine espagnole voire italienne, et quelques-unes juives séfarades.
Au lycée « Colonel Akid Lotfi », comme à l’école maternelle de Perrégaux, le concierge de l’établissement se fera un plaisir de nous ouvrir l’établissement fermé pour cause de vacances et de nous accompagner dans la visite des lieux, la cour de récréation, les coursives en étage et les salles de classe, tout en discutant des évolutions de l’établissement qui est désormais un lycée mixte.
[1] Alain. « Propos sur l’éducation ». 1932.