Chroniques tunisiennes 1975 / 2023 (35/69). La campagne d’Hamilcar Cabra contre les mercenaires
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Décoller de l’aéroport de Tunis vers l’Ouest, c’est l’occasion de rendre compte d’un épisode historique, et littéraire. L’avion survole d’abord les quartiers de La Marsa, une mosaïque de couleurs, blanc des villas, bleu des volets, vert des jardins, puis il passe au-dessus de la sebkhet Er-Riaha, une dépression marécageuse séparée de la mer par une langue de dunes. C’est sur cette étroite bande de terre instable, entre mer et marécages, qu’Hamilcar réussit à faire sortir son armée de Carthage assiégée par les mercenaires qui s’étaient révoltés, et à la conduire, à marche forcée, vers l’Ouest, en direction d’Utique (240 av. JC).
« Au coucher du soleil, l’armée sortit par la porte occidentale ; mais au lieu de prendre le chemin de Tunis ou de gagner les montagnes dans la direction d’Utique, on continua par le bord de la mer ; et bientôt ils atteignirent la lagune, où des places rondes, toutes blanches de sel, miroitaient comme de gigantesques plats d’argent, oubliés sur le rivage. » [1].
Plus à l’Ouest, l’étroite bande de terre s’élargit peu à peu et devient une vaste plaine alluviale toute plate. L’oued Medjerda, indiscipliné, s’étale et ondoie, traversant les rectangles réguliers des champs irrigués.
Pour attaquer les mercenaires campant autour de la ville d’Utique située sur la rive Ouest du fleuve, il fallait donc encore pouvoir traverser la Medjerda ! Hamilcar aurait effectué cette traversée de nuit en faisant passer ses soldats entre deux rangées d’éléphants de combat placés perpendiculairement dans le lit du fleuve afin de pouvoir récupérer les soldats qui auraient été emportés par les flots du fait de leurs lourdes armures et armements.
« L’immense plaine se développait de tous les côtés à perte de vue ; et les ondulations des terrains, presque insensibles, se prolongeaient jusqu’à l’extrême horizon, fermé par une grande ligne bleue qu’on savait être la mer. Les deux armées, sorties des tentes, regardaient ; les gens d’Utique pour mieux voir, se tassaient sur les remparts » [2].
A son estuaire, la Medjerda bifurque brutalement vers l’Est, la plaine étant fermée au Nord-ouest par la barrière du djebel Kechabla qui culmine à 410 mètres et descend vers la mer avec le djebel Nacherine, séparant ainsi la plaine de la Medjerda de la dépression de Bizerte située au Nord-ouest. Le djebel Nacherine apparaît comme une montagne escarpée, aux vallées étroites et arides, dominant la rade de Gahr-el-Melh d’un côté et la longue plage de Raf-Raf de l’autre.
C’est quelque part dans cette montagne qu’Hamilcar, d’abord coincé dans un vallon dominant l’oued Medjerda, aurait finalement réussi à anéantir l’armée des mercenaires en parvenant à développer ses troupes au sommet du flanc Nord-ouest qui descend vers le lac de Bizerte.
« Douze heures après, il ne restait plus des mercenaires qu’un tas de blessés, de morts, d’agonisants.
Hamilcar, sorti brusquement du fond de la gorge, était redescendu sur la pente occidentale qui regarde Hippo-Zarite, et, l’espace étant plus large à cet endroit, il avait eu soin d’y attirer les barbares » [3].
Au-dessus du djebel Nacherine, l’avion vire sur la droite pour prendre la direction de Marseille, le vaste panorama qui étalait sous nos yeux la carte des batailles d’Hamilcar Barca (290 / 228 av. JC) contre les mercenaires révoltés disparaît pour laisser place au bleu de la Méditerranée.