Campo Marzio - Piazza di Spagna et Pincio (22/25). Le Caffè Greco.
Un café "monument national" - L'art du café
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[1] Piazza di Spagna, en face de l’escalier de la Trinità dei Monti, s’ouvre la via Condotti. Au n°86 est situé le plus vieux café de Rome, le Caffe Greco, qui aurait été ouvert en 1760 par le Grec Nicola della Maddalena. Mais, en réalité, le Caffè Greco existait certainement depuis quelques années car Casanova en parle dans ses mémoires, il y serait entré pour la première fois en 1742. Ne restez surtout pas sur une impression négative après la lecture de la description qu’en fait Hector Berlioz un siècle plus tard :
« C’est bien la plus détestable taverne qu’on puisse trouver : sale, obscure et humide, rien ne peut justifier la préférence que lui accordent les artistes de toutes les nations fixées à Rome. (…) On y tue le temps à fumer d’exécrables cigares, en buvant du café qui n’est guère meilleur, qu’on vous sert, non point sur des tables de marbre comme partout ailleurs, mais sur de petits guéridons de bois, larges comme la calotte d’un chapeau, et noirs et gluants comme les murs de cet aimable lieu » [2].
Le Caffè Greco est aujourd’hui une bonbonnière pour touristes seniors et vieilles dames, avec guéridons directoire, fresques et tableaux de ruines antiques ou de paysages champêtres[3]. Vous aurez tout loisir, outre de profiter d’un bon café, de penser à tous ceux qui sont passés là avant vous : Casanova et Berlioz, mais aussi Goldoni, Goethe, Louis II de Bavière, Wagner, Liszt, Schopenhauer, Chateaubriand, Stendhal, Baudelaire, Byron, Shelley, D'Annunzio, Corot, Ingres, De Chirico, j’en passe. C’est aussi ici que se réunissaient les fondateurs de l’école romaine de photographie dans les années 1840. Mais il ne fut pas toujours ce lieu tranquille ; pendant l’occupation française de 1849, le Caffè Greco était considéré comme un endroit « patriotique et républicain », refuge des mauvais penseurs anti-Français et des menées anti-Oudinot, plutôt révolutionnaire donc.
En 1953 le ministère de l’Instruction publique a déclaré le Caffè Greco « monument d’intérêt historique et national »[4]. Pendant le blocus continental, en 1806, tandis que les autres cafés offraient des succédanés (on n’utilisait pas encore le terme d’ersatz) le Caffè Greco devint encore plus célèbre en continuant à servir un excellent café mais dans des tasses aux dimensions réduites inventant ainsi la tasse à café ! La solution a fait école puisque, aujourd’hui, non seulement les tasses à café sont de plus en plus petites, mais le niveau du précieux liquide est de plus en plus bas. Qu’en déduire ? Qu’il y a pénurie de café en grain en Italie ? Que la crise économique est si grave que les Italiens n’ont plus les moyens de se payer une tasse entière de café ? Mais, tout bien analysé, ce n’est pas la dose de café qui diminue, mais celle de l’eau sur la base de 35g d’eau pour 10 à 12g de café. C’est donc l’eau qui serait rare et chère ?
Il existe une multitude de types de cafés : le ristretto (encore plus serré !) qui exige que l’on se penche sur la tasse pour s’assurer qu’elle contient bien du café au fond, le lungo (ou expresso allongé) correspondra au goût des Français, le macchiato (ou tacheté) comprend un doigt de lait moussé avec lequel certains cafés composent des formes, de cœur notamment, le coretti qui est additionné d’une goutte de grappa, le cappuccino (1/3 d'expresso, 1/3 de lait chaud et 1/3 de crème de lait, saupoudré avec un peu de poudre de cacao). L’expresso Italien est plus serré mais aussi plus amer en Italie car il est davantage torréfié. Si le Français demandera plutôt un lungo, l’Allemand préférera certainement un Cappuccino. Quant à l’Américain, il lui faudra demander un lungo dans une tasse à thé avec un pot d’eau chaude en complément. Au prix de l’eau, ce sera certainement un café coûteux, mais un « Américain » doit en avoir les moyens.
[1] Renato Guttuso. « Caffè Greco ». 1976.
[2] Hector Berlioz. « Mémoires ». 1854.
[3] Ses toilettes sont redoutables car, compte-tenu des caractéristiques de sa clientèle, les impétrants sont nombreux à souhaiter les utiliser. En outre, une jeune femme est chargée de nettoyer et de désinfecter les lieux après chaque utilisation par un client. Les deux phénomènes induisent des files d’attentes impressionnantes.
[4] Depuis une dizaine d'années un conflit oppose le propriétaire des lieux aux titulaires du bail, héritiers de la famille Gubinelli-Grimaldi qui le gèrent depuis 1873. Mais, comme « monument d’intérêt historique », le lieu ne peut servir que de café. Le café est actuellement fermé (2025).
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