Semaine sainte à Grenade (6/10). Confréries et sociétés de Secours mutuel.
Les différentes confréries et leurs signes distinctifs - Les fanfares et les lamentations chantées
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La ville de Grenade compte aujourd’hui 34 confréries ou cofradías. Les pénitents (nazarenos) sont revêtus d’une longue robe avec une large ceinture et portent une cagoule haute et pointue. Les couleurs des costumes des pénitents varient d’une confrérie à l’autre, jouant sur les couleurs de la cagoule, de la robe et de la ceinture qui peuvent être bleues, blanches, pourpres ou noires, plus rarement jaunes ou mauves.
Si la confrérie « Cristo del trabajo » (Le christ du travail) est uniformément vêtue de pourpre ou « Los dolores » (Les douleurs) uniformément de blanc, la confrérie « Cristo de la lanzada » (Le christ à la lance) est vêtue de robes blanches avec une ceinture noire et une cagoule mauve, et « Via crucis » (Chemin de croix) ose une combinaison entre une robe pourpre, une ceinture jaune et une cagoule noire !
Les pénitentes (camereras) sont vêtues à l’andalouse, en robe noire de dentelle et arborant le grand peigne d'écaille dans leur coiffure. Mais, la voix, la poitrine, les chaussures, trahissent, sous la cagoule et la robe, des jeunes femmes qui participent à la procession sous le costume des pénitents.
Chaque paso est accompagné d’une fanfare. La musique jouée par les différentes harmonies est très particulière, très tendue pour le Christ sur la base d’une composition de trompettes, hautbois, flûte, à quoi il faut ajouter le martèlement sourd, continu, entêtant des tambours. Le rythme des musiques jouées donne le rythme de marche du paso. Les musiques qui accompagnent le paso de la vierge sont plus sobres, sans le martèlement sourd des percussions.
Parfois, au passage du paso s’élève une lamentation chantée (saeta), improvisée par un spectateur… C’est un vieil homme qui s’avance et qui lance une longue complainte, où je reconnais quelques mots : on y parle beaucoup de « sangre », le sang. Ces moments sont l’occasion d’une intense émotion dans la foule qui fait le plus profond silence. Chacun écoute avec le plus grand respect le vieil homme lui-même pris d’un grand trouble. Quand il se tait, la foule applaudit par égard, pour le remercier, et le maître de cérémonie de la confrérie lui remet un œillet du paso. Le vieil homme se fond dans l’assistance et disparaît anonymement. Parfois, c’est d’une fenêtre ouverte que jaillit anonymement une saeta, transmettant son trouble à la foule dans la rue.
Contrairement aux autres, la confrérie « Christo de San Augustin », dont les pénitents sont entièrement habillés de noir, ne comprend pas de femmes et défile très lentement sans musique, dans un silence quasi total. Seules une cloche en tête et une en queue du cortège sonnent le glas continuellement, interminablement. Au passage de cette procession, la foule est plus grave et les vendeurs de bonbons ou de ballons se font rares.
A l’origine, ces confréries étaient des sociétés de secours mutuel et d’action caritative pour faire face aux maladies, accidents, décès... qui pouvaient frapper les membres d’un corps de métier, d’un quartier. La tradition en est ancienne, la plus ancienne confrérie date de 1680 et existe encore. Les autres confréries ont été créées plus récemment, dans les années 1920 et au début des années 1930 (13 confréries dont la plupart l’ont été entre 1924 et 1928), mais aussi pendant le franquisme (8 confréries, essentiellement au début des années 1940). Jusque là, rien que de très ordinaire, ces différentes périodes correspondent au gouvernement de pronunciamiento du général dictateur Primo de Rivera, puis à celui de l’autre général dictateur Francisco Bahamonte Franco.
La surprise vient ensuite, comme pour les sculptures des statues des pasos. Depuis la fin des années de plomb du franquisme, ce sont douze confréries qui ont été créées alors que cette période correspond au grand vent de libéralisation des mœurs et de déchristianisation rapide de la société espagnole !
Comment faut-il l’analyser ? Crispation de groupes de catholiques traditionalistes ? Ou plus simplement affirmation d’une cohérence sociale sur la base d’un quartier, d’une paroisse ?