Yémen - Aden Arabie (19/33). Lahej.
Une zone de verdure - Un établissement agricole en déshérence
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« Quand on veut changer d’air, on peut se diriger vers Lahej, dans les terres ou vers Djibouti.
Si l’on va du côté de Lahej, c’est pour voir de l’herbe.
Les autos marchent en tanguant dans le désert, elles se lancent de loin pour franchir des collines de sable qui les saisissent comme des ventouses » [1].
Non loin d’Aden, existe un autre institut agricole, à Lahej, Mais bien qu’à une quinzaine de kilomètres seulement d’Aden il est localisé administrativement dans une autre région. Lahej était la capitale du Sultanat du même nom, sous protectorat de l'Empire Britannique jusqu'à 1967, date à laquelle le sultan a été expulsé et le sultanat est alors devenu une partie de la République Populaire du Yémen du Sud. Le fait d’être dans un autre gouvernorat impose, bien évidemment, une nouvelle fois le passage par la case « Gouverneur », et donc un détour par la ville de Lahej. La réception, toute aussi civile, est néanmoins plus ordinaire, avec accueil dans une vaste cité administrative à l’entrée de la ville puis réception dans l’immense bureau du Gouverneur.
La ville de Lahej est située dans la vallée du wadi Bana et profite des eaux de ruissellement des montagnes environnantes… et aussi parfois des crues dévastatrices du wadi. Les exploitations agricoles de la région sont minuscules souvent de moins d'un hectare, mais elles bénéficient de l’irrigation permettant une riche production agricole : coton, sésame, fourrage, café et qat naturellement qui remplace progressivement le café.
« On entre dans une région pleine de dattiers, de goyaviers, de papayers, d’orangers, de grenadiers, on traverse des champs de bananiers de Chine, hauts comme des enfants de quinze ans (…). Quelle joie ! Voilà des prairies avec de l’herbe bourguignonne, des champs aux couleurs piémontaises. Les plus compassés s’étendent sur les graminées, presque tremblants de voir après des semaines de pierres, des paysans, de l’eau douce qu’on écluse, comme dans les Géorgiques. (…) Malheureusement, quelqu’un retourne du pied le cadavre blanc d’un serpent, pendant le déjeuner au milieu des citronniers, des aigles tombent du ciel comme des pierres et dérobent les os qu’on lance aux chiens dont la mâchoire ne mord que le vent et une plume perdue ; ce n’est pas l’Occident aux campagnes pacifiques, Toscane, Touraine ou Kent » [2].
Après avoir transmis nos civilités au Gouverneur, nous pouvons faire demi-tour vers Aden pour visiter l’institut agricole. Nous y sommes reçus par le directeur et les principaux responsables de l’établissement. L’état du bureau laisse à penser que cet institut est moins dynamique que celui d’Abyan : le ventilateur ne semble pas fonctionner, les fils électriques pendouillent, la peinture cloque et les dossiers semblent être rangés à la va-comme-je-te-pousse.
Créé en 1969 au sein du ministère de l'éducation, l'institut intègre ensuite le ministère de la formation professionnelle jusqu'en 1996, date à laquelle il est fermé en raison de la guerre. Il rouvre ses portes en novembre 2003. Deux sections d’étude sont alors prévues : production végétale et production animale. Seule la première fonctionne avec 28 étudiants, dont une seule fille ( ! ) car les locaux et les équipements font cruellement défaut. Si les salles de classe sont en cours de réhabilitation, les 4 laboratoires de chimie, protection des plantes, agroalimentaire, apiculture, ne disposent d’aucun matériel. La ferme d’application de 16 hectares n’est pas cultivée car le matériel est obsolète ou hors d’usage. Les trois ateliers de productions animales (volailles, caprins, bovins) ne possèdent aucun animal. L’irrigation des surfaces est impossible car la motopompe qui vient d’être livrée ne fonctionne pas alors que les terres de l’établissement sont situées dans une riche vallée.
Les élèves ne peuvent être hébergés dans l’établissement faute de mobilier et ils doivent se loger à Lahej, à plusieurs kilomètres. Cette situation est d’autant plus critique que l’établissement n’est pas situé au bord de la route Lahej – Aden, et qu’il est nécessaire de faire en sus trois kilomètres pour l’atteindre. Par contre, l’équipe pédagogique est composée de 31 cadres et enseignants, soit un professeur par élève !
[1] Paul Nizan. « Aden Arabie ». 1931.