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Notes d'Itinérances
23 mai 2014

Cuba, oriente (19/34). Crise des années 90 et insécurité alimentaire.

Une crise agricole et alimentaire majeure - Une nette amélioration

 

 

Pour qui s’intéresse à l’agriculture, le spectacle des paysages ruraux cubains - exception faite toutefois de l’Ouest de l’île consacré à la culture du tabac - est généralement désolant : terres en friche, développement des broussailles, productivité faible, invasion des pâturages par les refus des animaux, chargements en bétail à l’hectare relevant plus du « ranching » que d’une exploitation rationnelle de terres qui paraissent pourtant riches, tracteurs et récolteuses de cannes obsolètes, matériel agricole rare ou carrément absent, bâtiments agricoles, porcheries et poulaillers industriels à l’abandon, tracteurs et bennes utilisés pour le transport des personnes et non pour le travail des terres agricoles.

 

Cette situation des paysages agricoles est la conséquence, à la fois des changements internationaux - effondrement de l’URSS et des pays dits « socialistes » - mais aussi des choix de politique agricole opérés par la révolution cubaine.

 

La production agricole globale s’est effondrée de moitié entre 1990 et 1994, suite à la chute de la production sucrière celle-ci ayant perdu brutalement tous ses marchés d’Europe de l’Est. Aujourd’hui le sucre ne représente plus que 5% des exportations de Cuba (2007), elle est juste suffisante (1,2 millions de tonnes en 2007 et 1,4 en 2008) pour couvrir ses besoins intérieurs et les contrats à long terme passés avec la Chine (0,4 millions de tonnes) [1].

 

L’effondrement des exportations de sucre a aussi entraîné la disparition quasi-totale des importations d’intrants agricoles (engrais, produits phytosanitaires, aliments du bétail, machines agricoles, essence) faute de devises. Avec la disparition du bloc socialiste, c’est donc tout un système de production agricole qui s’effondrait, celui qui était fondé sur de grandes exploitations d’Etat ou de coopératives, mécanisées, à utilisation d’intrants élevé, pour des productions intensives (grandes cultures, élevage). La déprise agricole a été très élevée, un tiers des terres cultivées de 1997 ne le sont plus en 2007 !

 

Faute d’une production intérieure suffisante et de devises pour acheter des produits alimentaires sur le marché international, la situation alimentaire au cours de la « période spéciale » - « Ce qui est en fait un euphémisme utilisé pour décrire une période de crise aiguë »[2] - est devenue dramatique avec une disponibilité de moins de 2 500 calories par personne et par jour.

 

Depuis 2003, la ration alimentaire moyenne est redevenue supérieure aux recommandations de la FAO (en calories et en protéines). En 2009, la consommation moyenne a été de 3 200 calories par jour et par personne alors que la norme nationale minimale est fixée à 2 600 calories. Par ailleurs, l’indicateur du développement humain est de 0,855 à Cuba, plaçant le pays à la 58e place sur 179 [3].

 


[1] Les données statistiques étant souvent d’une grande variabilité selon les sources, j’ai choisi d’utiliser les données du service économique de l’ambassade de France.

[2] Guillermo Rodriguez Rivera. « Nous les Cubains ».

[3] Le phare de la nouvelle philosophie française s’étant récemment appuyé sur les travaux du philosophe Jean-Baptiste Botul (1896 / 1947) pour annihiler définitivement les vaticinations kantiennes (« De la guerre en philosophie » Prix Botul 2010), je ne peux faire moins que de rechercher également dans cette œuvre multiforme, complexe, une citation qui me permette de fonder notre réflexion sur l’agriculture cubaine. Je crois avoir trouvé la phrase clef dans les conférences prononcées par Jean-Baptiste Botul à Nueva Königsberg, au Paraguay, sur le thème de la vie sexuelle d’Emmanuel Kant : « Nous sommes dans la jungle et la nuit tombe. Une nuit sans fin nous menace si nous ne faisons pas la lumière et si nos chants n’appellent pas l’aube » (Jean-Baptiste Botul. « La vie sexuelle d’Emmanuel Kant ». Mille et une nuit. 2000).

 

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