Cuba, oriente (25/34). « Espejo de Paciencia » (Le Miroir de Patience).
Le grand poète national, Nicolás Guillén - Une histoire rocambolesque - Réalité ou machination littéraire ?
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C'est à Camagüey qu’est né, en 1904, Nicolás Guillén, le grand poète national.
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EL CARIBE En el acuario del Gran Zoonada el Caribe. Este animal marítimo y enigmático tiene una cresta de cristal, el lomo azul, la cola verde, vientre de compacto coral, grises aletas de ciclón. En el acuario, esta inscripción : « Cuidado : muerde » [1]. |
LA CARAIBE Dans l’aquarium du Grand Zoonage la Caraïbe. Cet animal énigmatique et marin porte une crête en cristal, il a l’échine bleue, la queue verte, son ventre est d’épais corail avec de grises nageoires de cyclone. L’aquarium porte l’inscription : « Attention : il mord ». |
C’est aussi à Camagüey qu’aurait été écrit ce qu’il faut considérer comme la première œuvre littéraire de l’île de Cuba, « Le Miroir de Patience », due à la plume de l’écrivain d’origine canarienne, Silvestre de Balboa y Troya Quesada (1563 / 1647 ou 1649). On a très peu d'informations sur Silvestre de Balboa, sauf qu’il serait venu à Cuba entre 1590 et 1600. En 1604, il se serait installé dans la ville de Manzanillo, puis dans le village de Santa María del Puerto del Príncipe où il était secrétaire du Conseil, village aujourd'hui situé dans la province de Camagüey.
Son œuvre était dissimulée et elle a survécu quasi-miraculeusement à l'incendie qui a dévasté la ville en 1616. Le manuscrit, en très mauvais état et mélangé avec d’autres documents, a été découvert trois cent ans plus tard, en 1836, par José Antonio Echeverría, un jeune poète cubain, dans les archives de la Société patriotique de La Havane. Le poème a été publié, deux ans plus tard en 1838, sans aucune modification des fragments originaux.
L'œuvre, qui aurait été composée vers 1608, est basée sur des faits historiques, la capture de l'évêque de Cuba, Don Juan de las Cabezas Altamirano, par le corsaire français Gilbert Giran, à Yara, en 1604, dans la baie de Manzanillo. L’histoire se poursuit avec la vengeance des villageois de Bayamo, dirigés par leur maire, Gregorio Ramos, avec la libération de l’évêque, la capture et la mise à mort du pirate par l'esclave Salvador Golomon. C’est aussi un poème épique à la gloire de la contrebande qui sévissait alors dans les Caraïbes !
Dans son roman « Le palmier et l’étoile » [2], Leonardo Padura met en doute la véracité de cette histoire. Il fait de la découverte de cette œuvre une machination littéraire, montée par l’ami intime de José María Heredia y Campuzano, Domingo Maria de las Nieves del Monte y Aponte (ouf !). Celui, jaloux de la renommée de Heredia, considéré alors comme le premier poète national, aurait fait écrire par ses amis cette prétendue chronique ancienne pour qu’elle soit identifiée comme l’œuvre d’origine de la littérature cubaine, en lieu et place des textes de Heredia.
Procédé littéraire pour faire de Heredia un poète « maudit », trahi par ses amis ? Peut-être. Il faut reconnaître que la découverte de « Miroir de patience » est bien rocambolesque, même si, par contrecoup, comme l’affirme Nicolás Guillén « (…) nous devons à un Français la première œuvre littéraire écrite à Cuba. Hé Oui ! Un pirate français, un boucanier appelé Giron, avait pris en otage l’évêque de Cuba au jour de sa tournée pastorale (…). C’est de cette épisode mouvementé que Silvestre Balboa a tiré le sujet de son Miroir de patience » [3].
[1] Nicolás Guillén. « El Gran Zoo ». 1968.
[2] Leonardo Padura. « Le palmier et l’étoile ». Titre original « La novela de mi vida ». 2001.
[3] Nicolás Guillén. Interview au journal « L’Humanité » de Roland Labarre. Mars 1979.