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Notes d'Itinérances
1 juin 2014

Cuba, oriente (28/34). Crise du logement et « barbacoas ».

Créer ou agrandir son logement sur les toits, les balcons, les cours intérieures, ou dans la hauteur des étages !

 

 

Face à la crise du logement, les Havanais en particulier, et les Cubains en général, s’étaient fait une spécialité de la multiplication des mètres carrés à usage d’habitation : sur les terrasses, sur les toits, dans les couloirs et les escaliers, dans les cours et jardins intérieurs, et mieux encore avec la création de mezzanines. Ah, les mezzanines havanaises ! Chaque fenêtre ouverte est l’occasion d’admirer l’inventivité locale : en béton, en parpaings, en bois, en ciment, en plâtre, en métal, droites, en coin, avec échelle de meunier, avec escalier droit, courbe, en angles ou en hélice, mezzanines fermées, ouvertes, à barreaux, avec rambarde. Tout matériau était bon pourvu qu’il permette la création de la fameuse mezzanine.

 

 « Quand tu as besoin d’agrandir ton logement et qu’il n'y a pas un patio où bâtir, pas un jardin à occuper, pas le moindre balcon, quand tu as besoin de place parce que tu habites avec ta famille dans un appartement sur cour, il ne te reste plus qu’à lever les yeux au ciel et à découvrir que, vu la hauteur du plafond, il serait possible de prévoir un autre étage, une mezzanine » [1].

 

Les étages des immeubles, très hauts (de 4 à 5 mètres) pour favoriser la ventilation, ont donc souvent été divisés dans la hauteur par l’ajout de mezzanines appelées ici « barbacoas » (barbecues !) afin de doubler l’espace habitable.

 

Les interrogations sont nombreuses sur la conduite de la rénovation et son impact sur les quartiers populaires, mais nous sommes peut-être amenés à juger un peu rapidement sur la base de notre expérience. Si l’on en croit les informations d’associations européennes participant à l’effort de rénovation, l’exemple de La Havane est original : il intègrerait les habitants à chacune des étapes du projet en les associant à la conception, la programmation, la réalisation et l’évaluation des actions entreprises, tout en s’efforçant de maintenir sur place les populations qui y résident. Mais, bien sûr, cela est difficile à voir et à apprécier quand on est un touriste de passage.

 

L’atelier de Revitalisation du quartier San Isidro est le dernier-né des ateliers pluridisciplinaires. Il a pour ambition d’améliorer les conditions de vie de la population en mettant en œuvre une démarche participative et d’éducation populaire. Situé entre les quais du port et la gare, le barrio San Isidro était un quartier populaire où vivaient dockers et ouvriers des chantiers navals et des ateliers d’entretien des chemins de fer. C’était aussi celui de la prostitution. Situé en bordure du centre historique, il abrite encore quelques exemples intéressants d’architecture du XVIIe siècle comme les couvents de Santa Clara et Espiritu Sanctu. Y habite encore aujourd’hui une population pauvre et les immeubles y sont très dégradés, avec de nombreuses ruines.

 

Les rues du barrio sont un théâtre, celui de la vie de ses habitants : adolescents qui jouent sur les placettes au ballon ou le plus souvent au baseball, jeunes hommes réparant des automobiles sur un bord de trottoir, personnes âgées discutant ou fumant le cigare sur les pas de portes, ménagères en bigoudis se rendant chez leurs voisines, groupes de jeunes filles papotant de petits secrets.

 

« De La Havane il détestait tout (ou presque). Sa grandeur déchue. Sa pauvreté accrue. La violence de son tapage : omniprésence de la musique. L’intempérance de son climat. L’excès de sa lumière. La vulgarité de ses nouveaux habitants (Les Havanais authentiques avaient fui vers des contrées plus accueillantes). Pour comble, cette ville abominable se muait en paradis pour des voyageurs déplaisants qui venaient à la recherche du « bon sauvage » et avaient besoin de réveiller leurs instincts émoussés. A quoi nous devons ajouter la vie quotidienne, d’une difficulté extrême. De La Havane, il admirait seulement la proximité de la mer » [2].

 


[1] Antonio José Ponte. « L’art de fabriquer des ruines ». Sd.

[2] Abilio Estévez. « Voyages Sir Cook ». Sd.

 

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