Sri Lanka, l'ïle dont on rêve (3/37). La situation politique à la veille du nouveau millénaire.
La rébellion tamoule dans l'île - Les "tigres tamouls" - Une guerre relancée
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Si nous n’entendions plus guère parler de la rébellion tamoule au Sri Lanka à la fin des années 90, laquelle aurait quand même fait plus de 55 000 morts en 27 ans, comme par hasard, depuis que nous avons réservé notre séjour dans l’île, nous lisons maintenant de brèves dépêches d’agences rendant compte d’accrochages militaires. Est-ce parce que nous y sommes maintenant plus sensibles ou s’agit-il d’une recrudescence de la lutte armée ?
Nous lisons même dans le journal « Le Monde », du 14/12/99, quelques jours avant notre départ, cette brève, en page 4 :
SRI LANKA : au moins 230 rebelles tamouls et huit soldats gouvernementaux ont été tués, samedi 11 décembre, dans le nord du Sri Lanka, lors d’une contre-offensive lancée par les forces gouvernementales, a indiqué le ministère de la défense. – (AFP.)
Cela commence bien ! Dans quel guêpier sommes-nous aller nous fourrer pour éviter les festivités bruyantes du passage au nouveau millénaire ! Il est grand temps de se renseigner sérieusement, de réviser nos connaissances sur la question afin de calculer les risques que nous prenons. Pour ce faire, rien de tel que les sites Internet du Ministère des Affaires étrangères et de l’ambassade de France au Sri Lanka…
La population sri-lankaise comprend essentiellement deux ethnies, l’une majoritaire, les Cinghalais (74%), l’autre minoritaire, les Tamouls, composée de 13% de Tamouls lankais et de 7% de Tamouls indiens. Il faut dire que, par le passé, de nombreux paysans tamouls indiens, fuyant la famine de leur région, au Sud de l’Inde, sont venus s’installer au Sri Lanka. Ajoutez à cela que le colonisateur anglais s’était largement appuyé sur la bourgeoisie tamoule pour maintenir sa présence et vous comprendrez que les deux peuples traînent entre eux un lourd contentieux.
Peu de temps après l’Indépendance (1948), le nouvel Etat avait déjà renvoyé en Inde une partie de la population tamoule d’immigration récente, ce qu’André Petit décrivait ainsi :
« Tous ces gens étaient des Indiens expulsés de Ceylan qui allaient rejoindre leur village d’origine ou grossir la population affamée des camps qui attendent les réfugiés dans le désert poussiéreux de Dhanuskody, première ville indienne en face de la côte de l’île. Le train du soir allait en emmener un certain nombre. Sans récriminations ni révolte, ils retourneraient vers leur pays qui ne les désirait pas et ne voyait en eux que des bouches supplémentaires entamant un peu plus la maigre ration de riz à laquelle chaque Indien peut prétendre » [1].
La tension croissante entre Cinghalais et Tamouls aboutit, en 1983, à une explosion de violence. Les groupes tamouls, dont le « Libération Tigers of Tamil Eelam » (LTTE, les « Tigres tamouls » fondé en 1972) est le plus puissant, revendiquent un Etat indépendant au Nord et à l'Est du Sri Lanka et développent la guérilla. Face à la dégradation de la situation et à l’instauration d’une véritable guerre civile à partir de 1987 avec la prise de contrôle par le LTTE de toute la péninsule de Jaffna, le Premier ministre indien Rajiv Gandhi et le Président lankais J.R. Jayewardena signent, en juillet 1987, un accord qui prévoit la création d’une région autonome tamoule et la restauration de la paix grâce à la présence d’un corps expéditionnaire indien et l’arrêt de toute aide aux indépendantistes tamouls. Toutefois, l’armée indienne n’étant jamais parvenu à désarmer les Tigres tamouls et se transformant de plus en plus en troupe d’occupation, le gouvernement lankais demande son retrait en mai 1990. Les activités militaires se poursuivent alors entraînant le déplacement de plusieurs centaines de milliers de personnes.
Avec le changement de majorité parlementaire, en 1994, le nouveau gouvernement entame des négociations directes avec les LTTE mais, en 1995, le LTTE rompt unilatéralement la trêve et reprend l'offensive dans le Nord et l'Est du pays forçant le gouvernement à reconsidérer sa stratégie de négociation pour s'engager à nouveau dans l'option militaire. Depuis, la guerre se poursuit[2].
[1] André Petit. « Ceylan, l’île dont on rêve ». 1955.
[2] En mai 2009, encerclés; les séparatistes tamouls ont cessé le combat après un conflit qui aura fait de 70 000 à 100 000 morts. En 2024, il reste encore à gagner la paix, la mémoire et les séquelles du conflit seraient encore très vifs !