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Notes d'Itinérances
15 janvier 2015

Entre Toscane du Sud et Ombrie (5/22). Montepulciano, soirée italo-française.

Entre culture gastronomique et culture littéraire

 

 

 

Nous sommes invités par des amis romains. Elle, est issue d’une vieille famille toscane et d’une non moins vieille famille vénitienne. Les premières traces de la présence de ses ancêtres à Montepulciano datent du XIVe siècle. La famille était de « tradition intellectuelle laïque »[1] ce qui, en Italie, signifie qu’elle a participé activement au mouvement du Risorgimento et de l’Unité italienne. Son trisaïeul fut le député de la circonscription d’Orvieto à la première chambre des députés du Royaume d’Italie, son bi-aïeul, sénateur, participa à une des premières rencontres des parlementaires européens. Son grand père, au retour de la Grande Guerre, fonda un groupe de réflexion social et politique, ainsi qu’un journal, qui prônait la participation de toute la population à la vie publique. Afin de mettre ses idéaux en pratique, il créa également une entreprise de menuiserie industrielle, à forme coopérative, pour employer les anciens combattants sans travail. Sous le fascisme, l’appartement de Rome et le palais de la famille à Montepulciano deviendront des lieux de rencontre et de discussion pour les intellectuels antifascistes comme Alberto Moravia.

 

Bien que fractionnée par les successions, la bibliothèque familiale est d’une richesse remarquable. On y trouve les œuvres complètes de Balzac, Zola, mais aussi Maupassant, la comtesse de Ségur, André Billy et Colette, dans des éditions originales de la fin du XIXe ou du début du XXe ; en français bien sûr. Mais la bibliothèque comprend aussi tous les numéros de la revue de la Société italienne de Géographie depuis 1870, les œuvres des grands auteurs anglais et allemands dans leurs langues d’origine, sans parler des auteurs italiens bien sûr.

 

En 2002, à notre arrivée, nous sommes invités à une collation à base de produits toscans : des fèves fraîches accompagnées de pecorino de brebis, des cantucci trempés dans du marsala, des tranches fines de proscuito. La discussion tourne autour de l’attitude de la ministre française de la Culture qui a refusé de participer à l’inauguration du Salon du livre à Paris, consacré à la littérature italienne. Catherine Tasca ne voulait pas saluer les ministres issus de la mouvance fasciste du nouveau gouvernement italien présidé par Silvio Berlusconi. Nos hôtes sont les plus ardents défenseurs de cette attitude, la trouvant courageuse, alors qu’en France la classe politique, mais surtout les écrivains et les milieux intellectuels, sont très partagés. L’argument le plus souvent avancé étant justement que les Italiens pouvaient y voir un mépris français pour la littérature italienne. Bien au contraire, les intellectuels italiens semblent y voir un appui à leur lutte contre un gouvernement qui étudie la privatisation des musées et qui ne s’intéresse qu’à l’aspect marchand de la culture.

 

En 2009, nous sommes à nouveau invités. Cette fois, malheureusement, nous Français, n’avons plus le « beau rôle » ! Plus question en effet pour les membres du gouvernement français de refuser de discuter avec des ministres issus de mouvances fascistes, il y en a aussi parmi les ministres de notre République ! Nous en sommes réduits à discuter des « mérites » respectifs de Berlusconi et de Sarkozy en essayant de montrer, sur la base d’exemples bien trop nombreux, lequel des deux est le plus vantard. Nous convenons assez facilement, certes, que Berlusconi verse le plus facilement dans la bouffonnerie, voire le grotesque, mais c’est pour mieux souligner la suffisance et la vanité de Sarkozy. Il est de coutume d’affirmer que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, mais qu’avons-nous donc fait de si terrible pour mériter cela ?

 

Toutes proportions gardées, comment s’empêcher de penser aux soirées décrites par Stendhal dans « Rome, Naples et Florence » [2] où l’on y parlait aussi des nouvelles de la France, ou l’on racontait des anecdotes sur la vie et les mœurs en Italie. Bref, comme le soulignait Stendhal, un de ces moments charmants et agréables, plein de conversations aimables !

 


[1] Alberto Bracci Testasecca. « Lucangelo Bracci Testasecca ». 2002.

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