Pigna - Entre les places de Venise et de Minerve (22/23). Le palais et la Galerie Doria Pamphilj.
Une riche collection présentée "à l'ancienne"
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Le Palais Doria-Pamphilj a été construit pour le cardinal Fazio Santoro, en 1505, avant de passer aux Della Rovere puis aux Aldobrandini avant qu’Olimpia Aldobrandini, veuve du prince Paolo Borghese, n’épouse le prince Camillo Pamphilj, Celui-ci, alors « cardinal neveux », décide de renoncer à son titre et à ses très nombreux avantages pour devenir le mari d’Olimpia. Fous de rage, la mère de Camillo, Olimpia Maidalchini (la « Pimpaccia ») et son oncle, le Pape Innocent X Pamphilj, refusent d’assister à l’union [1]. Le palais sera agrandi, notamment côté Corso où il présente une façade d’un baroque tardif dû à Gabrielle Valvassori (1734). On n’y fait généralement pas attention faute de recul pour l’observer ; à noter, l’alternance d’étages hauts et bas, ainsi que le balcon, qui permettent d’animer, un peu, cette longue et haute façade.
Les familles Aldobrandini, Pamphilj et Borghese furent de très grands amateurs d’art et leur collection a fait l’objet de deux « fidéicommis » qui en empêchèrent la dispersion. La collection du palais demeure présentée comme les collections privées des XVIIIe et XIXe siècles avec tableaux, meubles, statues, tapisseries, dans une accumulation d’œuvres d’art qui laisse pantois : Annibal Carrache, Breughel l’Ancien, Claude Lorrain, Vélasquez, Caravage, Titien, Raphaël, Van Dyck, Tintoret, Rubens… la décoration des salles étant également d’une extrême richesse (photo). Pour faire bon poids, ajoutez-y les reliques de sainte Justine et sainte Théodore, dont une parente de la famille ne se séparait jamais, y compris dans ses voyages !
La Galerie Doria Pamphilj [2] possède trois Caravage, de taille modeste, datant de 1594 / 1596, c'est-à-dire d’une période où le peintre commence à être connu et apprécié mais où il n’a pas encore réalisé ses grandes toiles. Il s’agit d’une « Madeleine repentante », d’une « Fuite en Égypte » et l'une des deux versions de « Saint Jean-Baptiste ». Dans le premier, une jeune femme, vue de dessus, est assise sur une chaise basse, dans une pièce où la lumière dessine un triangle clair sur le haut du mur, à droite. Elle est richement vêtue d’un corsage blanc à manche et d’une robe au tissu vert luxueusement orné, sur laquelle elle a posé un manteau beige. Ses cheveux sont défaits et elle a déposé sur le sol ses nombreux bijoux, colliers, bracelets et boucles d’oreille. La tête baissée et sa position assise, donnent à sa silhouette une forme courbe, douce, accentuée par le mouvement des bras, mains jointes sur son ventre. Le repentir est un thème de prédilection de la contre-réforme. L’église, comme Madeleine, faisait retour sur sa vie dissolue et confessait ses erreurs. Dans le second, la sainte famille reçoit la visite d’un ange musicien. Marie, assise, somnole en penchant sa tête contre celle de l’enfant qu’elle tient serré contre son sein. Joseph, lui, tend une partition ouverte à l’ange qui, vu de dos, s’apprête à jouer du violon. Les drapés des robes de Joseph, de couleur brune, de l’ange, blanche, et de Marie, rouge, donnent un mouvement hélicoïdal au tableau. Dans le coin supérieur droit, la tâche claire d’un ciel limpide. Le plus curieux, c’est que la pose de Marie est semblable à celle de Marie-Madeleine : même position de face, même mouvement des bras, même fléchissement de la tête. Non seulement la pose est la même mais le modèle est identique ! « La vierge et la prostituée, la pureté et le péché : et c’est la même femme ! » [3]. Il est heureux que ces deux tableaux soient dans la même collection permettant ainsi leur comparaison.
Stendhal consacre peu de place à Michel-Ange de Caravage mais néanmoins beaucoup plus que ses contemporains qui l’ignoraient généralement. La redécouverte du peintre est récente. Stendhal s’attache toutefois à souligner le caractère marqué des personnages, voire leur laideur, plus qu’à la composition de ses tableaux.
« Cet homme fut un assassin ; mais l’énergie de son caractère l’empêcha de tomber dans le genre niais et noble, qui de son temps faisait la gloire du cavalier d’Arpin » [4].
[1] Juliette Haudidier. « Immersion à l’intérieur de la Galleria Doria-Pamphilj ». Lepetitjournal.com Rome. 06/03/2021.
[2] Via del Corso, 305.
[3] Marco Lodoli. « Iles- Guide vagabond de Rome ». 2005.