Premières représentations de thèmes religieux

 

Caravage Palais Doria Pamphili

Le Palais Doria Pamphili a été construit par le cardinal Fazio Santoro, en 1505, avant de passer aux Della Rovere puis à la famille Aldobrandini. Olimpia Aldobrandini, devenue veuve, épousera le prince Camillo Pamphili, famille qui est toujours propriétaire du palais. Les familles Aldobrandini et Pamphili furent de très grandes amatrices d’art et leurs collections demeurent constituées comme des collections privées du XVIIIet du XIXavec tableaux, meubles, statues, tapisseries, dans une accumulation d’œuvres d’art qui laisse pantois comprenant des Annibal Carrache, Breughel l’Ancien, Claude Lorrain, Vélasquez, Caravage, Titien, Raphaël, Van Dyck, Tintoret, Rubens... d’autant que la décoration des salles est également d’une extrême richesse. 

La Galerie Doria Pamphili [1] possède trois Caravage, de taille modeste, datant de 1594 / 1596, c'est-à-dire d’une période où le peintre commence à être connu et apprécié mais où il n’a pas encore réalisé ses grandes toiles : la « Madeleine repentante », le « Repos pendant la fuite en Égypte » et l'une des deux versions de « Saint Jean-Baptiste ». Les deux premiers sont fort mal mis en valeur aujourd'hui dans une grande pièce un peu vide alors qu'ils étaient autrefois placés dans un lieu plus intimiste.

Le « Repos pendant la fuite en Égypte » fut la première représentation du Caravage d'un récit biblique. Le tableau représente la sainte famille qui reçoit la visite d’un ange musicien ; les personnages sont représentés entièrement alors que ses compositions antérieures privilégiaient les bustes. Marie, assise, somnole en penchant sa tête contre celle de l’enfant qu’elle tient serré contre son sein. Joseph, lui, tend une partition ouverte à l’ange qui, vu de dos, s’apprête à jouer du violon. Les drapés des robes de Joseph, de couleur brune, de l’ange, blanche, et de Marie, rouge, donnent un mouvement hélicoïdal au tableau. Dans le coin supérieur droit : la tâche claire d’un ciel limpide. 

Autre détail : le réalisme de la représentation des plantes, des arbres, voire des minéraux, qui semblent d’ailleurs plutôt appartenir à la campagne romaine. Pour ce faire, Caravage aurait pu bénéficier des collections de pierres et des ouvrages de botanique du Cardinal del Monte, figure importante de l’élite intellectuelle romaine [2].

La « Madeleine repentante », faisait partie d'un ensemble destiné à décorer les chambres de son premier mécène, le cardinal Francesco Bourbon del Monte. Le modèle était une prostituée qui, plusieurs années plus tard, a été retrouvée morte dans le Tibre et aurait alors servi de modèle pour «  La Mort de la Vierge » (aujourd'hui au Louvre). 

Une jeune femme, vue de dessus, est assise sur une chaise basse, dans une pièce où la lumière dessine un triangle clair sur le haut du mur, à droite. Elle est richement vêtue d’un corsage blanc à manche et d’une robe au tissu vert luxueusement orné, sur laquelle elle a posé un manteau beige. Ses cheveux sont défaits et elle a déposé sur le sol ses nombreux bijoux, colliers, bracelets et boucles d’oreille. La tête baissée et sa position assise donnent à sa silhouette une forme courbe, douce, accentuée par le mouvement des bras, mains jointes sur son ventre. Le repentir était un thème de prédilection de la contre-réforme catholique. L’église faisant, elle, repentance sur sa vie passée dissolue et confessait publiquement ses erreurs. 

Autre élément curieux pour un observateur contemporain, c’est que la pose de Marie est semblable à celle de Marie-Madeleine : même position de face, un peu décentrée à gauche, même mouvement des bras, même fléchissement de la tête. Mieux même, non seulement la pose est semblable, mais le modèle est identique ! « La vierge et la prostituée, la pureté et le péché : et c’est la même femme ! » [3].

Il est heureux que ces deux tableaux soient dans la même collection permettant ainsi facilement leur comparaison.


[1] Galerie Doria Pamphili – Tous les jours de 9h à 19h.

[2] Anna Papacostidis. « Peindre la science- Caravage et le milieu savant de Rome ». Mémoire présenté à la Faculté des Etudes supérieures et postdoctorales en vue de l’obtention du grade de Maîtrise ès arts en histoire de l’art. Université de Montréal. 2017.