Notes d'Itinérances

25 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (13/15). Une découverte majeure : être luthérien et drôle n’est pas incompatible !

Des périls de la littérature scandinave – Aarto Pasilina

 

Finlande Pasilina

Les résultats obtenus dans nos différentes approches de terrain apparaissent plus contradictoires et complexes que nous ne l’avions imaginé. Aussi une dernière étude par les textes de référence de la littérature est-elle indispensable.

« Un livre n’est jamais qu’une espèce de boîte pleine de pages et le lecteur ne sait presque jamais ce qui l’attend. Il doit prendre un risque »[1]

Et quels risques ! Nous avions en mémoire les terribles périls encourus à la lecture de Knut Hamsun, Henrik Ibsen, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, ou Tarjei Vesass ! Pour tout dire, je craignais le pire avec la littérature finnoise dans une spirale infernale partant d’un peu de spleen, en passant successivement par tous les échelons de la descente aux enfers : la gueule de bois, la mélancolie, la tristesse, le cafard, le découragement, l’abattement, l’accablement, la prostration, l’asthénie, la neurasthénie, la dépression, pour finir inévitablement en tentatives de défenestration… heureusement, habitant un rez-de-chaussée, les conséquences peuvent en être mieux maîtrisées !

Hé bien, ce spécimen finlandais existe ! Et au lieu de sombrer dans le pessimisme et l’alcool, je me suis esclaffé tout seul passant pour un doux dingue aux yeux de ceux qui ne savaient pas en quelle compagnie j’étais. Un coup de blues ? Paasilinna ! Un peu de langueur ? Paasilinna ! Une déception ? Paasilinna vous dis-je ! Paasilinna, c’est le meilleur des antidépresseurs et, à ce titre, l’achat de ses ouvrages devrait être remboursé par la Sécurité Sociale. Cela ne coûterait pas plus cher et serait au moins aussi efficace. Ayant suivi dernièrement une cure assidue de Paasilinna, je peux témoigner que l’usage de Paasilinna, même répété, est sans effets secondaires nocifs. Certes, j’ai pu constater une légère accoutumance, pouvant même déboucher sur une subtile dépendance après la lecture de quatre ou cinq ouvrages, mais il suffit de poursuivre le traitement pour manifester une euphorie soutenue et de bon aloi. Seul petit problème, la production de Paasilinna est limitée à environ un ouvrage tous les trois ou quatre ans. Vous risquez donc d’épuiser rapidement le stock et de vous retrouver en état de manque. Rien de grave cependant car, contrairement aux médicaments courants, vous pouvez utiliser plusieurs fois la même pilule, ou vous souvenir de quelques passages particulièrement ironiques ou décalés pour retrouver votre bonne humeur.

Une histoire de Paasilinna part généralement d’une situation très ordinaire de la vie courante dans laquelle il se produit un fait nouveau, mais à priori banal, un lièvre accidenté par une voiture, la rencontre d’un repris de justice en cavale, l’aide apportée à une personne âgée… Mais cette rencontre aura les conséquences les plus inattendues, avec un effet boule de neige, comme par exemple la déroute d’un exercice militaire, la démonstration que la politique agricole la moins coûteuse consiste à détruire les exploitations agricoles et, plus extraordinaire et plus rare, la punition des « méchants » par eux-mêmes et, à contrario, des « gentils » qui tirent profit des malversations et des malveillances des précédents ! Le fait est assez rare, frisant même le miracle, pour être souligné.

Les romans de Paasilinna se déroulent dans les vastes espaces, dits naturels, du nord de la Finlande (« Le lièvre de Vatanen », « La forêt des renards pendus », « La cavale du Géomètre »…). Ils soulignent l’importance des activités de pêche dans les lacs, de cueillette des baies ou des champignons dans les vastes forêts enneigées… Mais ce n’est manifestement plus qu’un rappel nostalgique d’une époque aujourd’hui disparue (cf. chapitre précédent sur la prétendue « nature finnoise ») quand les Finnois étaient encore bûcherons, agriculteurs, chasseurs, dans la vaste nature. Voulez-vous une autre preuve de l’urbanisation accélérée et généralisée de la Finlande ? C’est pourtant Paasilinna lui même qui nous l’offre. En effet, au cours de notre périple, nous n’avons jamais réussi à rencontrer les prétendus dieux tutélaires de la Finlande dont Paasilinna nous parle pourtant abondamment[2] : Uko Yujimana, le Dieu de l’orage, Sampsa Pellervoinen le dieu à l’abondante crinière, dieu de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi chargé de lutter contre le froid et de faire revenir le printemps, Ronkoteus, dieu du seigle et Vrankannos de l’avoine, Tapio , l’esprit de la forêt, Nyrkytär sa femme, Ahti, l’esprit des eaux.


[1] Manuel Vasquez Montalban. « Le Labyrinthe grec ». 1991.

[2] Arto Paasilinna. « Le fils du dieu de l’orage ». 1984.

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23 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (12/15). Architectures finlandaise et parisienne.

Réflexions toutes personnelles sur les évolutions de l'architecture

 

Finlande Helsinski Temppeliaukon Kyrka

A Helsinki, il ne faut pas manquer la Temppeliaukon Kyrka des frères Tuomo et Timo Oskarai Suomalainen : une église circulaire, creusée dans un de ces affleurements granitiques de la ville, et recouverte d’un dôme en lentille plate porté par de fines poutres de béton, rayonnantes, laissant largement filtrer la lumière. L’intérieur, aux parois de roche brute, présente une ambiance douce grâce à la maîtrise de la lumière et un mobilier de bois. L’opéra de Hyvämäki, Karhunen et Parkkinen (1993) a des formes douces et sans prétentions renvoyant bien à l’idée que l’on se fait du fonctionnalisme nordique.

Et puis, et puis… nous en avons raté beaucoup d’autres, soit par manque de temps, soit parce que nous les avons vainement cherchés : la fondation Sara Hildénin construite par Pekka Ilveskoski à Tempere, la maison de la culture d’Helsinki de Alvar Aalto… sans parler, à Espoo, du centre commercial d’Aarne Ervi, du centre culturel d’Arto Sipinen, de l’Institut de technologie d’Alvar Aalto (encore), du centre des congrès des Pietilä…

Bref, peut-on aligner à Paris, pareille floraison architecturale dans la seconde moitié du XXe siècle ?

Paris a connu une certaine effervescence architecturale dans cette fin de siècle, et de très nombreuses réalisations sont le fait de grands architectes étrangers : le centre Beaubourg (1977) est une œuvre de Renzo Piano et Richard Rogers (l’un est Italien, l’autre Anglais), l’aménagement intérieur du musée d’Orsay (1982) est de Gae Aulenti (Italienne), la place de Catalogne (1985) de Ricardo Bofill bien sûr (Espagnol et Catalan !), la Cité des Sciences de La Villette (1986) est d’Adrien Fainsilber (Anglais), la pyramide du Louvre (1988) de Ieoh Ming Pei (Américain d’origine chinoise), la Grande Arche de la Défense (1989) de Johan Otto von Spreckelsen (Danois), l’Opéra Bastille (1989) de Carlos Ott (Canadien), l’American Center (1994) de Franck O Gehry (Américain naturellement), la Maison de la culture du Japon (1997) de Masa Yuki Yamanaka (Japonais comme il se doit)…C’est tout à l’honneur de la France d’avoir permis à ces architectes d’y réaliser des réalisations prestigieuses, mais que sont les architectes « français » devenus ?

Faut-il parler de la tour Maine-Monparnasse (1973) de Eugène Beaudoin, Urbain Cassan, Louis Hoym de Marien et Jean Sabot ? Passons vite, car leurs architectes sont aujourd’hui bien oubliés et regardons plutôt du côté du Palais omnisports de Bercy (1983) qui est de Pierre Parat, Michel Andrault et Ayden Guvan, l’Institut du Monde Arabe (1987) est de Jean Nouvel, le ministère des Finances (1989) de Paul Chemetov, Borja Huidobro et Yves Lietard, la Fondation Cartier (1994) de Jean Nouvel également, la Cité de la Musique (1995) de Christian de Portzamparc, la Bibliothèque nationale de France (1998) de Dominique Perrault… On peut donc raisonnablement penser que Paris n’a pas à rougir devant Helsinki en termes de richesse et d’innovation architecturale.

Mais peut-on remarquer des différences ? Est-on architecte de la même manière à Paris et à Helsinki ?

Une observation somme toute assez superficielle laisse à penser que les édifices contemporains récents sont peut-être plus monumentaux, plus « grandioses », plus imposants à Paris. Mais ce n’est pas le propre des architectes français dans la mesure où les réalisations d’architectes étrangers à Paris sont toutes autant monumentales, même si elles s’intègrent, voire se fondent, dans le tissu urbain (cf. la pyramide du Louvre et même le centre Beaubourg pourtant si décrié à l’origine). C’est plutôt l’histoire de la ville, sa taille, ou la taille de ses projets qui explique cette différence dans la dimension et la monumentalité.

Alors quoi ? En dehors d’un aspect plus modeste, plus discret, l’architecture finlandaise apparaît plus fonctionnelle, avec une recherche de formes simples et très pures. En conclusion, un Français ne sera certainement pas étonné, encore moins stressé, et même au contraire plutôt séduit, par l’architecture contemporaine finlandaise, même s’il lui semble qu’il y a moins de monumentalité et plus de fonctionnalité. Dans quelle mesure l’architecture finlandaise a-t-elle participé au renouveau de l’architecture dans la seconde moitié du XXe siècle ?

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21 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (11/15). L'architecture finlandaise au XXe siècle.

Eliel Saarinen - Johan Siegfried Sirèn - Raimi et Réima Pietilä

 

Finlande Helsinski immeuble

Et puis, il y eut la gare d’Helsinki (1910 / 1914) de Eliel Saarinen !

C’est une gare certes assez modeste par sa taille mais qui tranche nettement avec les productions courantes de la même époque : des formes simples mais affirmées, liées à la structure et à la fonction de la gare : une façade en avancée avec fronton curviligne dans le prolongement de la halle couvrant les voies. Le porche est encadré de statues massives, rectilignes, représentant un homme tenant un globe entre ses mains.

Pour apprécier toute la modernité de cette architecture, il suffit de faire une comparaison avec d’autres réalisations de la même période : la gare de Limoges (1925 / 1929), lourde, pataude, éclectique, tout à la fois médiévale, classique et byzantine, cachant soigneusement ce qui en faisait la modernité, à savoir sa plate-forme en béton recouvrant l’ensemble des voies. Ou encore la gare de La Rochelle (1910 / 1923) au style médiévalo-classique.

Les seuls parallèles possibles de l’œuvre de Saarinen le sont avec des projets de futuristes italiens qui sont restés à l’état d’ébauche (Antonio Sant’Elia 1913 / 1914[1]). La gare d’Helsinki n’est pas un palais moderne, mais une entrée dans la ville et une porte ouverte sur le monde ainsi que le souligne la statuaire d’Emil Wilkström.

« ... la gare (...) loin de ruiner le mythe du voyage, en est devenue un évident symbole : un sas magique dressé dans la ville comme une promesse de l’au-delà »[2]

Le parlement de Johan Sigfrid Sirén (1931) apparaît moins novateur même s’il serait un excellent exemple de fonctionnalisme nordique. C’est un édifice carré, massif, de granit rose, précédé d’une colonnade aux hautes et fines colonnes d’ordre colossal. Cette colonnade imposante fait immanquablement penser aux pires monuments soviétiques même si l’œuvre de Sirén est très dépouillée et très pure, à l’inverse des œuvres soviétiques surchargées de travailleurs, ouvriers et paysans, d’épis de blé et de roues dentées, de feuilles de laurier et d’étoiles rouges. Fonctionnel peut-être, mais pas véritablement très inventif.

Aux mêmes dates se construisaient les bâtiments du Bauhaus à Dessau (1925 / 1926 - Walter Gropius), l’Asile de l’Armée du Salut à Paris (1929 / 1933 - Le Corbusier et Pierre Jeanneret) ou la Casa del Fascio à Côme (1932 / 1936 – Guiseppe Terragni) qui sont autrement novateurs. Un point de détail intéressant : les entrées latérales du bâtiment présentent des jambages inclinés, comme à l’hôtel de ville dessiné par Carl Ludvig Engel. Je ne peux pas croire à une simple coïncidence, alors est-ce un clin d’œil malicieux ?

Mais la Finlande n’en est pas restée là ! Il y eut aussi une floraison d’architectes après Aalto. A Tempere, la bibliothèque centrale n’est pas sans intérêt.

 « La bibliothèque de Tampere était un magnifique bâtiment neuf d’aspect très original. Sorjonen essaya de se souvenir du nom de l’architecte, mais sans succès. Il se dit que, lorsqu’il serait vieux, il souffrirait certainement de troubles de la mémoire, vu le nombre de choses qui disparaissaient déjà de son esprit »[3]

Pour mémoire, elle est de Raili et Reima Pietilä (1986). La bibliothèque centrale est effectivement originale avec ses formes arrondies et ses toits de cuivre brun. Elle semble avoir servi d’aire d’atterrissage d’urgence à une soucoupe volante qui serait restée perchée sur sa terrasse, un peu en biais. En opposition avec les rondeurs basses de la bibliothèque centrale, la Kalevan Kirkko dresse de hautes parois composées de formes incurvées successives qui l’ont fait appeler « le silos des âmes ». Si l’extérieur fait un peu penser à un silo à céréales dont toutes les cellules n’auraient pas été construites, l’intérieur est remarquable d’élévation et de lumière. Les formes incurvées des murs sont séparées par de hautes fenêtres qui dispensent une lumière douce. Elles délimitent une vaste salle, sans aucun obstacle, très haute, de forme irrégulière, légèrement incurvée, au plafond plat. Bien que d’une conception très différente, c’est également une œuvre de Raili et Reima Pietilä (1966).


[1] Centre Georges Pompidou. « Le temps des gares ». 1978.

[2] Jean-Didier Urbain. « L’idiot du voyage - Histoires de touristes ». 1993.

[3] Arto Paasilinna. « La cavale du géomètre ». 1994.

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19 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (10/15). Quelques éléments sur l’architecture finlandaise jusqu’au XIXe siècle.

Alvar Aalto - Carl Ludvig Engel

 

Finlande Helsinski Bibliotheque-universitaire

L’addition des deux termes « architecture » et « Finlande » ne manque jamais de donner comme résultat : Alvar Aalto, aussi sûrement que 1 + 1 = 2. Chacun a en mémoire ses magnifiques bâtiments aux lignes des plus sobres sans toutefois jamais être sèches, avec l’utilisation de matériaux chaleureux comme la brique et le bois.

Adolescent, j’avais eu l’occasion de visiter à Wolfsburg, la ville de Volkswagen, le centre culturel dessiné par Aalto. Le bâtiment m’avait laissé une impression profonde, car c’était la première fois que je visitais un bâtiment contemporain imaginatif, séduisant, aux formes résolument nouvelles.

Quelques unes des œuvres d’Aalto à Helsinki, vues plus que visitées, laissent l’impression d’un artiste aux facettes diversifiées. Le Palais Finlandia (1971), tout de marbre blanc revêtu sur sa longue façade aux formes anguleuses laisse assez froid. La librairie académique (1969) située sur l’esplanade apparaît moins originale avec ses cinq rangées de fenêtres bien régulières entourées d’un parement couleur bronze, même si l’intérieur est vaste et clair.

Mais un voyage en Finlande permet surtout de découvrir qu’il y eut de nombreux autres architectes intéressants, avant et après Aalto.

Bien avant, avec l’architecture traditionnelle en bois, de maisons, d’églises, de palais aux façades fortement colorées en bleue, vert ou jaune. Puis avec le style dit « Impérial » dont Carl Ludvig Engel (1778 / 1840) est le plus prolixe représentant. Le Sénat, la bibliothèque universitaire, l’église orthodoxe de la Sainte Trinité, l’hôtel de ville, la cathédrale d’Helsinki ont été dessinés par Engel, mais aussi le plan de la ville et l’observatoire de Turku, l’église luthérienne d’Hamina… et je dois en oublier beaucoup. Engel compose des bâtiments à l’architecture très palladienne où il manque rarement un portique à colonnes ioniques, surmonté d’un fronton triangulaire. A défaut, ce seront des colonnes corinthiennes pour les bâtiments les plus prestigieux comme la cathédrale d’Helsinki, ou un attique très sobre pour un bâtiment plus utilitaire comme la bibliothèque universitaire. Il se permet parfois des fantaisies sans relation aucune avec l’œuvre de Palladio comme des entrées à jambages inclinés (hôtel de ville d’Helsinki) comme dans les temples aztèques !

Certes, les bâtiments de Carl Ludvig Engel n’expriment pas un génie révolutionnaire, mais ils ne manquent pas d’un charme transalpin accentué par la coloration de leurs façades, ou jaune ou vert clair à Helsinki, mais avec un bleu très soutenu, souligné de pilastres, de frises et d’encadrement de fenêtres blancs pour l’église d’Hamina.

Hamina offre également l’exemple d’une petite ville fortifiée, à plan symétrique, sur les modèles de la Renaissance italienne : un octogone parfait, aux rues se coupant à angles droits, avec huit grandes artères transversales aux différents axes, se recoupant au centre et délimitant une place circulaire. Au centre est construit un hôtel de ville carré, à quatre façades identiques, dominé d’une tour octogonale terminée elle même par un colonne cannelée surmontée d’un tailloir dorique carré.

A la fin du XIXe siècle, en Finlande comme dans le reste de l’Europe, les choses se sont un peu gâtées en matière d’architecture. Il fallait souligner la puissance de la nouvelle bourgeoisie et, comme tous les nouveaux riches, celle-ci a voulu faire plus, toujours plus, tout en affirmant son caractère prétendument national. Cela a donné lieu, hélas, aux habituelles horreurs lourdingues médiévalo-gothico-byzantino-renaissance-baroques qui parsèment l’Europe. En Finlande, ce style se décline avec des murs de granit, des tourelles, des créneaux et des mâchicoulis dans un style dénommé très mal à propos : « national finlandais » tant on retrouve les mêmes ingrédients d’Angleterre à Moscou en passant par Bruxelles, Paris, Berlin et Vienne. Le plus « bel » exemple de ce style de mauvais décor de théâtre étant le musée national d’Helsinki, auquel a d’ailleurs participé un certain Eliel Saarinen qui sera plus inspiré par la suite.

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17 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (9/15). Comportements, coutumes et usages de la population finlandaise.

Caractérisation et comparaison - Masochisme et hédonisme

 

Finlande sauna

S’il fallait caractériser la population finlandaise, en peu de mots ou en une image, c’est bien sûr le nom et l’image du sauna qui viendrait immédiatement à l’esprit. Le même exercice appliqué à la population française impliquerait nécessairement d’utiliser plusieurs mots : la baguette de pain, le camembert et le litre de vin rouge dans une image plus riche et plus complexe… à quoi, il conviendrait même d’ajouter le béret basque. Mais notre honnêteté de scientifique nous amène à constater que ce dernier élément relève de plus en plus du folklore et qu’il n’est plus totalement significatif. Aussi, avons-nous préféré l’écarter pour conserver la nécessaire objectivité de notre étude.

De ces constats nous pouvons tirer deux conclusions :

1- Un objet et un seul permet de représenter symboliquement la Finlande. Mais comment faut-il l’interpréter ? Cet objet n’est pas sans signification idéologique profonde : d’une part il symbolise la propreté extrême liée à un décrassage systématique et, d’autre part, les séances de sauna manifestent avec évidence d’une recherche désespérée par les populations locales d’une « nature » originelle perdue : les participants exhibant tous la même tenue traditionnelle et très conformiste dénommée « naturiste ». 

L’usage du sauna souligne également le poids excessif des obligations sociales, en effet le sauna ne peut s’utiliser qu’à plusieurs individus car d’autres individus sont nécessaires pour vous frapper à coup de branches de bouleau. Je n’insiste pas sur le côté terriblement sadomasochiste de cette pratique !

2- A contrario, le symbole de la France nécessite la présence de trois objets différents, mais complémentaires, pour être caractérisé. Là encore, ce n’est pas sans signification idéologique : d’une part celui de l’attachement des Français aux démarches systémiques dans lesquelles les différents éléments s’associent pour former un tout cohérent et harmonieux.

Outre l’amour des Français pour la bonne chère, cette image souligne également la richesse de notre vie sociale. L’ensemble « baquette de pain + camembert + litre de vin rouge » ne va pas sans une très grande convivialité et un partage festif. Là, il ne s’agit pas de supporter les autres pour se faire souffrir, mais bien au contraire d’une grande fête du plaisir vécue en communauté.

Etre « net » d’un côté, être « bien » de l’autre, recherche d’une nature perdue d’un côté, communion avec cette même nature de l’autre, obligations sociales d’un côté, rencontres festives de l’autre, masochisme d’un côté, hédonisme de l’autre… Ce ne sont plus des différences entre ces deux populations, mais bien deux pôles qui s’opposent complètement. Etonnez-vous après que les Français soient un peu déboussolés en Finlande !

La réciproque, par contre, n’est pas obligatoire, les Finlandais sont peut-être un peu désorientés en France par notre jovialité naturelle, notre bonne humeur et notre affabilité notamment vis-à-vis des étrangers, toutes qualités si unanimement reconnus par tous les autres peuples de la planète, mais cela ne saurait nécessairement durer. Je ne doute donc pas que la qualité, la bonhommie et la richesse de notre vie sociale doivent bien vite faire oublier aux Finlandais la rudesse de leurs relations interpersonnelles d’origine. Certes, et toujours par pure honnêteté intellectuelle, je dois bien reconnaître qu’il y a bien quelques pisse-froid qui nous trouvent arrogants, désagréables et râleurs, mais ces gens là nous connaissent manifestement très mal, d’ailleurs ce sont des étrangers[1] !


[1] « Les Français détiennent la première place pour ce qui est de l’égoïsme et de la hargne dans les moments de crise ». Lawrence Durell. « Le carrousel sicilien ». 1979. Montaigne disait déjà, en 1580 : « (les François), qui ne peuvent appeler gracieux ceux qui supportent malaysement leurs desbordements et insolence ordinaire. Nous faisons en toutes façons ce que nous pouvons pour nous y faire decrier ». « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». Voilà donc plus de cinq siècles que nous sommes des voyageurs désagréables ? Quelle belle constance !

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15 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (8/15). Scandinavie et art culinaire : deux termes antinomiques ?

Il est possible de survivre !

 

Finlande Naantali Restaurant

L’approche de la culture scandinave par l’intermédiaire de l’art culinaire avait très rapidement montré ses limites en Norvège et en Suède, d’une part avec une restauration de base très largement composée de « chinois-pizzeria-kebbab » donc non-autochtone, d’autre part pour ce qui semblait être des « vrais » restaurants locaux par des prix à faire reculer un touriste français moyen.

Ce constat semble beaucoup moins net en Finlande. Certes les « vrais » restaurants sont une denrée plutôt rare et les prix apparaissent toujours excessifs aux yeux d’un Français mais du moins avons-nous pu faire plusieurs repas très honorables. Ils surprennent néanmoins par des mélanges sucrés salés assez systématiques : porc à la gelée de groseille, rollmops sucrés, poulet pané accompagnés de quartiers d’oranges, de tranches d’ananas, de grains de raisin, mais aussi de carottes, de choux fleur, d’oignons crus et de confiture d’airelle… Pour faire bon poids, on ajoute là dessus un peu d’acidité avec de petits oignons au vinaigre. Le tout était présenté avec une recherche de composition de couleurs, façon « nouvelle cuisine ».

Autre exemple intéressant, celui du lunch de ce magnifique restaurant de bois de Naantali. Imaginez un grand bâtiment, tout à la fois saloon et datcha, peint en jaune clair ! Saloon pour l’occupation de l’espace : une grande salle au plafond élevé, entourée de tables situées sur des estrades, avec des balcons de bois. Datcha pour la décoration : cadres ovales avec des bouquets de fleurs, maquettes de bateaux, voilages aux fenêtres, bouquets de fleurs. Pour un prix très honorable, chacun pouvait accéder à de magnifiques buffets, buffet froid avec toutes sortes de salades et de charcuteries, buffet de poissons avec bien sûr hareng et saumon accommodés de différentes façons, buffet de viandes chaudes, porc et bœuf généralement en sauce et, suprême luxe, des fruits frais !

Voilà pour le côté positif, mais celui-ci ne doit pas masquer la réalité des repas traditionnels dont on trouve une description dans le premier repas servi au fils du dieu de l’orage, Rutja, descendu dernièrement en Finlande pour évangéliser les Finnois, et dont l’œuvre de Paasilinna porte témoignage. Ce dîner se serait composé de tartines de pain beurré agrémentées d’une tranche de fromage et deux tranches de jambon, d’un œuf à la coque, de fruits et de thé. Son second repas, toujours si l’on en croit Paasilinna, aurait été une soupe de cervelas avec pommes de terre, beurre et deux cubes de bouillon de bœuf. Il n’y a donc rien d’étonnant que, par la suite, Rutja ait pris l’habitude d’aller manger dans un grand restaurant d’Helsinki où il sifflait régulièrement une bouteille entière de vin au cours du repas. On peut d’ailleurs se demander si ce dieu finnois là n’aurait pas quelques ascendances méditerranéennes.

Il faut aussi prendre en compte l’équipement culinaire particulièrement sommaire de notre base de vie : très peu de vaisselle, moins encore de casseroles et de plats de cuisson, laissant à penser que les seules nourritures qui pouvaient y être préparées étaient des pizzas surgelées et des tartines de pain. Il fallut développer des trésors d’imagination pour réussir néanmoins à s’assurer d’une alimentation normale et décente avec un équipement aussi sommaire.

Enfin, dernier élément d’information, sur le port de Tallin est implanté un vaste hangar dans lequel sont présentés toutes sortes d’alcools, les Finlandais ayant l’habitude de venir y faire régulièrement des razzias d’alcools. En dehors des bières, vodka et whisky, les vins français représentés étaient très, très quelconques… Plus « Postillon » que Saint-Emilion.

Notre axe d’investigation par l’alimentation a donc montré ses limites et ne confirme pas totalement notre hypothèse. Si les habitudes culinaires des Finlandais et des Français apparaissent assez différentes, il semble néanmoins que ces derniers pourraient y survivre, ce qui semblait plus difficile en Norvège et Suède. Resterait à analyser quelles sont les interrelations entre alimentation et comportements, attitudes, allures, agissements, voire coutumes, usages et traditions pour comprendre pourquoi nos compatriotes conservent quand même un sentiment global de dépaysement.

« … l’ambiance, j’en suis persuadé est l’ingrédient essentiel au développement du goût. Le goût ne vient pas de la bouche, il dépend entièrement de l’esprit »[1]


[1] Romesh Gunesekera. « Récifs ». 1994.

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13 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (7/15). Un territoire totalement urbanisé !

Des prétendus dangers de la "nature finnoise" - Pas plus de moustiques que de nature !

 

Finlande moustique

En Finlande, au premier abord, la ville semble soluble dans la nature, mais une étude plus approfondie fait finalement douter de la véracité même de l’existence de cette « nature ».

La nature finnoise existe-t-elle véritablement ?

Nous n’en sommes pas si sûr. En effet, pas un ouvrage de référence, pas un guide touristique, n’omet de signaler la présence dans cette prétendue « nature » de petites bêtes susceptibles de vous dévorer tout vivant au cours d’une longue et terrible agonie.

« Si l’on a rien à redouter de l’homme, il n’en est pas de même de la nature et en particulier de ce fléau que les Finnois appellent la räkkä, c’est à dire l’invasion estivale des insectes », In « Le Guide du Routard »[1].

Ce très célèbre ouvrage de base de tout explorateur sérieux recense pas moins de trois grandes familles d’insectes cannibales susceptibles de vous tendre des embuscades fatales en Finlande, dont il décrit en deux pages très serrées les terribles méfaits : les moustiques communs, les mouches noires de la famille des Simuliidae et les moucherons mordeurs de la famille des Ceratopogonidae ! Au moins connaît-on déjà les suspects si l’on ne sait pas encore quels seront le lieu et l’heure du crime. Tous les documents étudiés présentent la « nature » finnoise comme étant au moins aussi dangereuse que les rues de Bagdad. Aussi, le premier soir, circulions-nous en automobile toutes fenêtres bien closes et sommes-nous ensuite restés terrés dans notre base de vie pour déjouer toute attaque surprise.

Hé bien, rien ! Pas plus de moustiques en Finlande que d’armes de destruction massive en Irak malgré les exposés aussi accablants que ceux du Général Colin Powell !

Certes, nous vîmes bien quelques estafettes qui tentaient de s’infiltrer dans notre camp de base à chaque fois que nous ouvrions la porte, mais ils se laissaient abattre avec une facilité, une bonne volonté, qu’envierait un GI américain à Falouja. N’avions-nous donc affaire qu’à des mâles débonnaires ? La saison des amours étant passée cherchaient-ils à se suicider ? Ou les femelles kamikazes avaient-elles déjà disparues suite aux attaques sanglantes du début de l’été ? Toutes ces hypothèses apparaissent assez peu crédibles.

Il convient, plus raisonnablement, de se poser la question très différemment en référence à la révolution de la pensée copernicienne : si le moustique est l’indice indéfectible de l’existence d’une « nature finnoise » particulière comme le laissent à croire toutes les études scientifiques jusqu’alors réalisées, et si l’on constate qu’il n’y a pas de moustique, c’est donc que la prétendue « nature finnoise » n’existe tout simplement pas, ou plus ! De même s’il n’y a pas de poisson rouge dans un bocal, c’est souvent tout simplement parce qu’il n’y a pas d’eau dans le bocal ! Force est alors de conclure que si la « nature finnoise » n’existe pas, ou plus, c’est qu’elle s’est diluée dans la ville et que la Finlande n’est qu’une gigantesque agglomération avec énormément d’espace entre les maisons.

Certes, nos conclusions n’étaient pas aussi nettes lors de notre précédente étude en Norvège et Suède et nous inclinions à penser que la forte présence de la « nature » était un élément déterminant de spécification des pays nordiques. Néanmoins, nous avions déjà émis un doute lié à la même absence d’un élément clef de caractérisation de la nature scandinave : les élans[2] ! Notre étude très systématique nous conduit à affirmer aujourd’hui qu’il n’y a pas plus de moustiques en Finlande que d’élans en Norvège ! Donc, si ces deux éléments clefs des « natures scandinaves » ne sont pas présents, c’est que la prétendue « magnifique nature nordique » est une imposture à usage des étrangers dans un objectif mercanti de développement du tourisme.

Cet axe d’investigation conforte donc notre hypothèse de départ : il n’y a pas de correspondance entre un pays totalement urbanisé comme la Finlande et notre beau pays unanimement reconnu pour l’importance, la variété, la beauté et la richesse de ses paysages naturels et agricoles.


[1] Guide du Routard. « Finlande – Islande ». 2003/2004.

[2] Nous avions notamment constaté que l’image de l’élan, sa représentation symbolique, était beaucoup plus fréquente que la réalité de l’élan lui-même, car si nous avons beaucoup rencontré la première, notamment sous forme de panneaux indicateurs, nous n’avons jamais réussi à rencontrer la seconde.

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11 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (6/15). Première approche de la Finlande.

Espoo, base de vie - Impressions à vérifier

 

Finlande Espoo

La base de vie à partir de laquelle nous avons conduit notre approche de la Finlande était située à Espoo, à 25 km seulement du centre d’Helsinki, mais nous avions l’impression d’être en pleine nature.

Elle se composait de petits chalets de bois, peints en bleu, éparpillés dans la sylve, près d’un petit lac. Le côté forestier et champêtre était encore accentué par la présence de tables et de bancs dispersés sur les rives du lac et même, suprême raffinement, de petits abris en rondins de bois où chacun pouvait venir faire cuire ses saucisses dans de grandes cheminées de pierre.

Le chalet offrait toutes les conditions requises de confort pour un travail sérieux : lave-vaisselle, télévision et chaîne hi-fi. Si l’hébergement était moins spacieux, et peut-être moins bien équipé qu’à Gålå en Norvège, il était néanmoins fort confortable et possédait, dans une pièce qui lui était spécialement destinée, cet accessoire exotique, si caractéristique de cette région particulière du globe : un sauna !

C’est donc à partir d’Espoo que nous avons conduit plusieurs raids afin de vérifier notre hypothèse d’étude. C’est ainsi que nous allâmes d’abord vers l’Est, à Hamina et Porvoo, puis vers l’Ouest à Naantali et Turku, au Nord enfin à Hämeenlinna et Tampere, sans compter bien sûr de très nombreuses virées à Helsinki et ses environs.

Nos premières appréciations n’étaient pas sans certains échos avec celles que nous avions faites en Norvège et Suède :

  • « C’est grand ! »
  • « Mais encore ? »
  • « C’est très grand ! »…

... affirmions nous en 2001, compte-tenu des distances à parcourir pour aller d’une petite ville à sa voisine, d’un lieu remarquable à un autre. Non pas que la Finlande soit beaucoup plus grande que la France, 1 100 kilomètres du Nord au Sud contre 1 000. La superficie est même plus petite, les deux tiers environ, mais elle y accueille seulement 5 300 000 d’habitants contre 65 millions. D’où une densité de population des plus faibles, 15 habitants au kilomètre carré contre 112 en France, ce qui donne cette impression d’espace. Et encore, nous sommes restés dans le quart Sud sans aller tout en haut dans le grand Nord !

Remarque que nous pourrions compléter concernant la Finlande par :

  • « C’est plat ».
  • « Ah ? »
  • « C’est très plat ».

Voilà les premiers éléments de différence entre nos deux pays, ce qu’ils ont en longueur nous l’avons en hauteur, le plus haut sommet finnois se hissant difficilement à 1 324 mètres.

Comme toute grande ville, Helsinki comporte un centre avec de grands bâtiments de types haussmannien et contemporains, mais la banlieue se délaye très vite dans la grande forêt de bouleaux et de sapins pour s’y diluer quasiment. Pourtant des gens habitent là, dans des maisons de bois éparpillées et dissimulées dans les frondaisons, avec des réseaux d’autobus et des arrêts situés au milieu de nulle part.

Si vous ajoutez à cela l’impression que pour aller d’une ville à une autre vous traversez des forêts sans fin, vous pourriez en déduire un peu rapidement que la « nature », et notamment une nature semi-sauvage, est un élément clef de ce pays… C’est d’ailleurs ce que laisse à penser aussi les différents écrits du régional de l’étape : Arto Paasilinna, mais nous y reviendrons.

Un scientifique conséquent, ne saurait se laisser aller à ses premières impressions, sinon nous penserions toujours que le soleil tourne autour de la terre, que la baleine est un poisson et que Bush est un démocrate qui lutte contre le terrorisme international ! Il est donc nécessaire de dépasser les apparences, mettre en doute les opinions courantes et médiatiques, multiplier les angles d’approche, confronter informations et observations de terrain, pour se construire progressivement une représentation plus objective de la situation.

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09 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (5/15). Eléments sur l'Estonie .

Des architectures intéressantes - Une agriculture quasi inexistante - La permanence de certaines frontières dans le temps

 

Estonie Tallin ville-moderne

Heureusement, Tallin n’est pas sans attraits architecturaux, permettant de dépasser le regret d’une ville qui se transforme doucement en centre commercial et en musée. C’était là une nouvelle occasion de comparer, étudier, rechercher, comprendre, les évolutions culturelles européennes.

Et Tallin offre quelques surprises, une Tallin médiévale à l’architecture caractéristique des villes hanséatiques mais où peuvent s’observer des influences de la Renaissance italienne, une autre baroque ou classique, mais aussi  une Tallin Jugendstil avec par exemple la Draakoni galerii surmontée de remarquables dragons stylisés et d’étonnantes cariatides égyptiennes. Une Tallin moderne avec le bâtiment très dépouillé dit « des Beaux-Arts », fâcheusement un peu défiguré par un étage rajouté, ou le très sobre immeuble d’habitation d’Eliel Saarinen, l’architecte de la gare d’Helsinki. Enfin, une Tallin contemporaine, malheureusement beaucoup plus banale avec ses tours et ses barres d’immeubles de l’ère soviétique, aussi déprimantes que celles de nos banlieues.

Il reste néanmoins quelques curiosités, rares témoignages de la période de la glaciation stalinienne, comme ce « Palais du peuple » décoré de colonnes « egyptiennisantes » et de bas-reliefs à la gloire du prolétariat, ou ces immeubles surmontés de clochetons, d’obélisques et d’étoiles rouges.

Certes, une promenade dans Tallin « soumet notre curiosité à une logique géographique superficielle »[1], nous faisant passer brusquement du gothique au Jugendstil, du baroque au moderne, exigeant constamment une gymnastique intellectuelle pour mettre en relation des faits historiques ou culturels qui se sont produits à des milliers de kilomètres les uns des autres, ou à des centaines d’années de distance. Mais lire une ville, n’est-ce pas une possibilité de jouer à son petit Sherlock Holmes ?

Nous en profitâmes aussi pour sillonner le pays en nous posant une question, mais où était donc passée l’agriculture estonienne ? D’avion, j’avais pu repérer quelques grands champs entourant des bâtiments d’exploitations importants, mais rien de tel n’apparaissait au niveau du sol : de la forêt, encore et toujours de la forêt, et quelques rares parcelles cultivées de-ci de-là, lesquelles, le plus souvent, semblaient relever plutôt du jardinage. L’agriculture n’est manifestement plus depuis longtemps un élément économique déterminant en Estonie : seule 20% de la superficie du pays est utilisée à des fins de production agricole stricte, la forêt représentant 50% de la superficie totale ! La part du secteur agricole n’est que de 2,5% de la production nationale et la population occupée dans le secteur de l’agriculture, de la pêche et de la forêt de 5%. Cerise sur le gâteau, la taille moyenne des exploitations est de 1,6 ha alors que les coopératives agricoles ou les entreprises privées nées de la privatisation représentent le 1/3 des surfaces totales. En conséquence, si l’Estonie exporte des produits laitiers, elle importe l’essentiel de ses produits alimentaires, viande, boissons, fruits, sucre.

Au cours de ces pérégrinations nous trouvâmes la trace des grands domaines agricoles qui couvraient autrefois le pays. Si les ateliers de production agricole avaient disparu, il restait assez souvent le château, pas toujours en très bon état il est vrai. Une partie de ces domaines a été restituée à leurs anciens propriétaires allemands ou suédois lesquels doivent préférer les charmes de la vieille bâtisse aux tracasseries du travail de la terre et à l’esclavage de l’élevage.

Dernière enquête, celle concernant les influences étrangères successives, allemande, finnoise, ou russe, dans la culture estonienne.

Il est très curieux de constater que malgré les chamboulements incessants des frontières politiques au cours des siècles, notamment le XXe lequel s’est montré fort prolixe en réaménagements rapides et en influences étrangères diverses (allemande et russe), la permanence de certaines références. C’est ainsi que passe à l’Est de l’Estonie, à Narwa, le long du fleuve, une des frontières les plus stables de l’Europe, linguistique et religieuse, mise en place dès le XIIIe siècle, entre Europe occidentale et orientale. La même frontière que l’on retrouve entre Croatie et Bosnie, et qui correspond à la très ancienne séparation entre alphabets latin et cyrillique, entre chrétiens d’occident et d’orient.


[1] Alain De Botton. « L’art du voyage ». 2002.

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07 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (4/15). Tallin / Travelling avant.

Les murailles de Tallin - Rêves et réalités

 

Estonie Tallin Fortifications-2

Arrivés à Tallin dans l’après-midi, après avoir récupéré notre voiture de location et trouvé notre hôtel en bordure de la vieille ville, mon premier mouvement a bien sûr été de rechercher « l’image » que j’avais en mémoire. A dire vrai, ce ne fut pas très difficile. Mon image souvenir correspond très exactement à la muraille médiévale située au Nord-ouest de Tallin, comprenant les tours Loewenschede (du nom de son constructeur – 1374), « Derrière les religieuses » (parce que située derrière un couvent), « Jambe en or » (dont les guides n’expliquent malheureusement pas l’origine du nom) et du sauna (car le sauna des religieuses y était adossé !).

Comme cette partie de la muraille surplombe un vaste jardin, où étaient organisées les foires expositions à la fin du XIXe siècle, c’est aussi la partie du mur d’enceinte qui est la plus fréquemment représentée car la plus facile à prendre en photo.

Je suis passé au travers du miroir. Je suis dans la carte postale de mes souvenirs d’enfance.

Mais la réalité se rappelle bien vite à vous, ne serait-ce que parce qu’elle est en couleur alors que je vivais dans une représentation en noir et blanc, sur un fond légèrement sépia car le carton de ma carte postale était de mauvaise qualité et avait « mal vieilli ».

Si j’étais venu à Tallin avant l’effondrement de l’Union Soviétique, peut-être aurais-je pu me projeter plus facilement dans mon image en noir et blanc, comme dans ces photographies de Gérard Rondeau[1] du début des années 90 avec leurs ciels bas, leurs pavés luisants de pluie, les lumières blafardes de rares réverbères et ces insolites passants bien emmitouflés.

Mais, depuis, Tallin s’est ouverte au monde, avec les Finlandais tout d’abord qui débarquent pour une brève journée ou un week-end et repartent avec le coffre de leur automobile rempli de bouteilles de vin et d’alcool, les Allemands ensuite qui viennent y chercher une partie de leurs racines, tous les Européens enfin depuis l’entrée de l’Estonie dans l’Union Européenne. Les immeubles de la vieille ville sont restaurés, les façades ravalées et peintes de couleurs vives, jaune, rose, bleu, des bureaux et des commerces flambants neufs, aux vitrines et mobiliers design, repoussent brutalement les habitants vers les banlieues tristes de Lanasmae, aux immeubles de béton gris avec leurs balcons rose bonbon ou rouge délavés, séparés de vastes espaces, vides, sans arbres, aux pelouses non entretenues, quadrillés par de larges avenues à la circulation encore sporadique.

 « Dans le grand abandon mou qui entoure la ville, là où le mensonge de son luxe vient suinter et finir en pourriture, la ville montre à qui veut le voir son grand derrière en boîte à ordures »[2].

Mon Tallin à moi était à la ressemblance de Prague avant que celle-ci, également, ne se « Salzbourguise », devenant un décor d’opérette trop net, trop propre, trop léché. Quelque chose de beau, mais de froid et conventionnel, un cadre de bois doré entourant un grand espace vide, un biscuit peinturluré et doré représentant des petits ducs et de frêles marquises figés pour l’éternité dans des poses mièvres.

« Un fait important mais jusque là négligé faisait sa première apparition, à savoir que je m’étais étourdiment amené avec moi dans l’île »[3].

J’avais aussi négligé cette précaution, je m’étais amené avec moi, traînant mes souvenirs, accompagné de mes représentations, escorté de mes fantasmes, et bien évidemment, cela ne collait pas tout à fait avec la réalité !

Finis la magie et le rêve issus d’une carte postale ancienne et longtemps introuvable.


[1] Danièle Sallenave, Gérard Rondeau. « Capitales oubliées – Vilnius, Riga, Tallin ». 1992.

[2] Louis Ferdinand Celine. « Voyage au bout de la nuit ». 1932.

[3] Alain De Botton. « L’art du voyage ». 2002.

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05 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (3/15). Tallin / Flash back.

Tallin, Estonie - Un monde autrefois inaccessible

 

Estonie Tallin Fortifications-1

Pour assurer la réussite de notre projet, nous avons décidé d’établir un camp de base préalable avant le grand saut vers l’inconnu.

C’est la ville de Tallin, capitale de l’Estonie, que nous avons choisie comme point de départ à partir de duquel nous lancerons notre exploration sur la Finlande. Il me faut bien avouer que je n’ai pas souhaité me rendre à Tallin tout à fait par hasard. Entre Tallin et moi, il y a en effet une vieille histoire, et celle-ci débute quand j’étais encore enfant.

« Chacun ne commence à se retourner vers son passé que lorsque son avenir se rétrécit »[1].

Dans la salle à manger de l’appartement de mes parents trônait un imposant buffet, massif, bas, tout en longueur. Entre les deux portes qui permettaient d’accéder à la vaisselle du dimanche, étaient alignés quatre tiroirs superposés, profonds et pesants. Mes parents avaient pris l’habitude de ranger leur correspondance dans les deux tiroirs du milieu. Ils contenaient, pour l’un d’entre eux, des blocs de papier, des enveloppes, des feuilles de papier buvard, plusieurs carnets d’adresses de formes et de tailles différentes, des stylos à bille et à plume, une bouteille d’encre et, pour l’autre, des lettres pliées, avec ou sans enveloppes, des cartes postales, des dessins d’enfants et quelques photographies tombées certainement d’une enveloppe, le tout rangé dans de vieilles boites de chocolat de Noël. Bien sûr, s’y ajoutaient toute une série d’objets généralement d'emploi peu ordinaire, souvent cassés ou hors d’usage, porte clefs de compagnies aériennes, tube doré pour ranger une cartouche d’encre en voyage, morceaux déchirés d’enveloppes pour conserver un joli timbre, etc. Bref, le tiroir à bazar.

Les jours où j’étais consigné à la maison pour cause de pluie, de froid ou de convalescence suite à une maladie infantile, il était toujours tentant d’aller fouiller dans les tiroirs pour en tirer toutes sortes de choses, étranges et magiques parce qu’en relation avec des pratiques ou des histoires que je ne connaissais pas. Parmi les enveloppes déchirées, les lettres dont les plis restaient comme enregistrés par le papier lui même, il y avait une curieuse carte postale. D’une taille un peu supérieure à celle des cartes courantes, elle était imprimée sur un papier cartonné, jauni, d’assez médiocre qualité. Entourée d’un cadre blanc, la photographie, en noir et blanc, représentait une muraille médiévale sur laquelle se détachaient de hautes tours. Dans le bord inférieur, quelques mots étaient écrits, en allemand, d’une calligraphie un peu anguleuse et à l’encre verte. Au recto, la carte était vierge de toute correspondance, d’adresse et de timbre.

Bien sûr, je devais bien alors questionner mes parents sur l’origine de cette carte, sur ce qui y était écrit, sur cette ville, mais je n’en ai pas conservé la mémoire. Ensuite, à l’adolescence, l’on s’intéresse moins à ces souvenirs endormis dans les tiroirs et, comme l’on défend jalousement sa propre indépendance et sa vie sentimentale naissante, l’on a aussi quelque pudeur à interroger ses parents sur leurs souvenirs de jeunesse. Aujourd’hui, j’aimerais avoir les réponses à mes interrogations mais il n’y a plus personne pour y répondre et je viens seulement de retrouver cette carte après l’avoir longtemps cherchée ! Aussi ne me reste-t-il que quelques souvenirs mêlés d’hypothèses.

La photographie était donc celle de la muraille de Tallin, si caractéristique avec ses tours fines, d’une grande hauteur, dépassant la muraille d’enceinte. La carte semblait d’origine allemande et pouvait avoir été éditée pendant la seconde guerre mondiale quand le Reich nazi occupait l’Estonie. Par quels chemins était-elle arrivée dans le tiroir de notre buffet ? Pourquoi mes parents l'avaient-ils conservée ? Mystère.

Pour moi, outre l’énigme constituée par l’origine de cette carte, celle-ci représentait également un monde totalement inaccessible, par son éloignement d’une part, mais aussi parce qu’il était alors inclus dans un ensemble fermé, impénétrable, dont on ne savait rien ou pas grand chose : l’Union Soviétique. L’effondrement du mur entre l’Est et l’Ouest autorisait donc maintenant d’établir notre camp de base à Tallin et de vérifier une hypothèse secondaire : la carte postale de mes souvenirs représentait-elle bien cette ville ?


[1] Dominique Fernandez. « Ramon ». 2008.

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03 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (2/15). Considérations générales sur les voyages aériens.

Du transport aérien - De celui pour la Finlande

 

Estonie

« Je hais les voyages et les explorateurs »[1]

Quelle que soit sa destination, la première difficulté que rencontre le candidat explorateur est celle de l’organisation matérielle de son déplacement pour se rendre sur son lieu d’étude. Heureusement, les grands découvreurs du XIXe siècle, notamment scandinaves, ont défriché avec bonheur la préparation des grandes expéditions des régions polaires nous laissant une riche expérience décrite avec précision dans leurs carnets de bords. Mais, si nous pouvons encore profiter de leurs observations sur la manière de préparer ses bagages, nous restons néanmoins toujours à la merci des transporteurs chargés de nous conduire à destination.

Une des questions clefs de l’intrépide explorateur contemporain reste celle des conditions du transport aérien !

J’ai eu l’occasion de faire part de mes doléances concernant les conditions de transport aux différentes compagnies aériennes empruntées, notamment à notre chère compagnie nationale : bagages arrivés en retard, projections de films médiocres au cours du vol (autrefois assez souvent constituées de séries américaines du type film policier avec poursuites automobiles et règlements de compte meurtriers), espace vital réduit, collations médiocres voire « sabotées », j’en passe, et des pires. Ces mouvements d’humeur, toujours restés néanmoins forts civils, tant au niveau des échanges oraux qu’épistolaires, me valurent d’être repéré par la compagnie en question et d’être doté de « deux étoiles » sur sa liste clientèle, ce qui revenait à peu près à dire au personnel chargé de l’enregistrement : « Attention, client à ménager ! », ou plus vulgairement : « Attention, enquiquineur ! » pour rester poli. C’est me faire beaucoup d’honneur, car mes remarques visaient surtout à améliorer le service d’une compagnie qui me reste chère et qui est, le plus souvent, le premier contact des étrangers avec la France.

J’ai la faiblesse de penser que, pour la plupart des voyageurs de « la bétaillère »[2] (c’est à dire pour les passagers de la classe touriste qui n’est pas celle qui rapporte le plus à la compagnie mais qui constitue néanmoins le gros des bataillons et assure le remplissage des avions), le voyage en avion demeure encore un moment privilégié, inhabituel. A ce titre, le voyage en avion demeure un instant festif, magique, qui accompagne un départ en vacances, un séjour de tourisme ou des rencontres à l’étranger. En conséquence, je reste personnellement très attaché au respect de certains rites qui doivent permettre non seulement d’assurer le bon déroulement du voyage mais encore de le rendre agréable et unique, comme boire une coupe de champagne après le décollage ou bénéficier d’une collation agréable.

J’ai également eu l’occasion, et de sinistre mémoire, de constater combien de très nombreuses compagnies aériennes, non seulement ont oublié cet aspect festif du voyage aérien, mais traitent leurs passagers avec le dédain le plus profond. Dans mon classement personnel, parmi la quarantaine de compagnies testées, British Airways reste sans conteste médaille d’or de « La mal bouffe à 10 000 mètres d’altitude » avec le souvenir de la distribution d’un malheureux sandwich et d’un pauvre petit gâteau le tout enveloppé dans un vilain sac en papier kraft.

Le transfert de notre équipe de Montpellier à Tallin n’a pas manqué de connaître aussi de réelles difficultés auxquelles il convient que les hardis voyageurs doivent se préparer. « Estonian Air », la compagnie chargée du transfert de notre expédition, de création récente et possédant de magnifiques appareils flambant neufs, a cru nécessaire de proposer un repas à ses audacieux passagers. C’est très précisément à ce moment là que, quelles que soient les critiques que l’on puisse adresser à notre Compagnie nationale, on regrette néanmoins vivement de ne pas avoir emprunté l’un de ses appareils. Quand nous avons soulevé le couvercle de la barquette alimentaire qui nous avait été distribuée sur un petit plateau de plastique bleu, celle-ci a révélé à nos yeux incrédules une tranche marronâtre (qui pouvait être du veau peut-être ? la pauvre bête ! On ne devrait pas avoir le droit de traiter les animaux de façon aussi cruelle) et des haricots verts moroses, gélifiés dans une sauce blafarde. Le voyageur, même le plus résolu, est soudain pris d’un doute métaphysique sur l’importance de sa mission au regard des risques encourus. Cela en valait-il vraiment la peine ? L’amélioration de nos connaissances mérite-t-elle autant de sacrifices ?


[1] Claude Levi-Strauss. « Tristes tropiques ». 1955.

[2] Surnom sympathique donné par les personnels des compagnies aériennes à la partie arrière de l’appareil dans laquelle s’entasse, avec plus ou moins de bonheur, la très grande majorité des passagers (note de l’auteur).

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01 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (1/15). Avant-propos.

Hypothèse d'étude - Une exigence de vérification

 

Finlande Helsinski Gare

Lors d’une précédente expédition aux confins des terres du « Grand Nord », nous avions découvert combien la Norvège et la Suède étaient des pays différents du notre considéré, bien entendu, comme modèle et référence universelle ! Cette découverte avait pu être faite en croisant deux types d’analyses :

- une première par des travaux pratiques de terrain, à savoir l’observation de la réalité du pays dans quelques-unes de ses dimensions, paysage, relations sociales, alimentation…
- une seconde par la fréquentation de textes de références issus de la littérature des populations autochtones.

Cette étude nous permettait alors de mieux comprendre un certain nombre de phénomènes étranges auxquels les audacieux explorateurs français sont confrontés dans ces régions extrêmes (et dont nous n’avons pas manqué d’en être nous-mêmes victimes) : dépaysement, sentiment d’exotisme, problèmes de communication verbale, difficultés à comprendre les attitudes des populations autochtones, grandes difficultés d’alimentation rendant parfois la survie très précaire, etc. Nous en avions déduit que, si nous devions poursuivre et approfondir notre connaissance des pays scandinaves, il convenait de mieux nous préparer à la confrontation avec la réalité de ces contrées lointaines avec, par exemple, la constitution de réserves alimentaires comme nous l’avions déjà expérimenté en Grande-Bretagne (foie gras, magret de canard, Saint-Emilion, champagne…) ainsi que d’une trousse de secours contenant notamment des euphorisants dans le cas de crises graves (tablettes de chocolat).

Comme notre précédente étude n’avait porté que sur deux des pays scandinaves, il nous est assez vite apparu nécessaire dans notre démarche, toute scientifique bien sûr, d’essayer de confirmer les résultats de nos constats précédents avec une nouvelle campagne d’observation dans un troisième pays scandinave, à savoir la Finlande.

« ... pour que les choses existent il faut que deux conditions soient remplies, que l’homme les voie et qu’il leur donne un nom »[1]

Nous avons donc décidé d’aller y voir de plus près. La Finlande, pourquoi ? L’explication est des plus simples. Pour organiser cette expédition dans ces contrées extrêmes nous avions besoin d’avoir une base de vie et nous avons donc utilisé le cadre d’échange d’une propriété partagée, à savoir un studio de montagne sur lequel nous « possédons » une jouissance très momentanée de deux semaines par an. Celle-ci nous a permis d’organiser matériellement notre campement de base en Finlande après avoir essayé, il est vrai, d’autres destinations, en Ecosse, au Pays de Galle, en République tchèque, en Toscane, en Sardaigne, en Sicile, dans les îles grecques et même à Shanghai ! Le Danemark ne faisait pas partie de la liste pour la raison simple qu’il n’existe pas de possibilité d’échange avec ce pays. Ces informations complémentaires soulignent incidemment que, si nous avions bien senti la nécessité de poursuivre notre étude dans les pays scandinaves, nous n’étions pas nécessairement très pressés de le faire et que nous étions susceptibles de faire passer en priorité d’autres destinations !

Bref, dans la mesure où nous ne pouvions faire valoir notre droit saisonnier de propriété qu’à des dates précises, le lieu de destination n’était plus une variable que nous pouvions maîtriser, la seule destination disponible aux dates que nous avions choisies était la Finlande.

Alors, va pour la Finlande !


[1] José Saramago. « Le radeau de pierre ». 1986.

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19 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (10/10). Liste des articles.

Rome Borgo

 

Au pied du Vatican, le Borgo (1/10). Un petit quartier entre château Saint-Ange et Vatican

Le Pont Saint-Ange et le fantôme de Béatrice Cenci (2/10). Un pont « habillé » par Le Bernin – Et fréquenté par un fantôme dans la nuit du 11 au 12 septembre

L’étrange Château Saint-Ange (3/10). Une forteresse à la forme inhabituelle – Abritant néanmoins une agréable résidence

Grandeur fasciste et mépris des œuvres d’art du passé ! (4/10). Les accords de Latran et la démolition de la Spina di Borgo

Une merveille d’urbanisme, la Place Saint-Pierre (5/10). Devant Saint-Pierre, il fallait une place qui soit « à la hauteur » de l’édifice

La Scala Regia et le fantôme du campanile du Bernin (6/10). Deux œuvres du Bernin, l’une immortelle, l’autre vite disparue

Saint-Pierre - Le baldaquin et la Gloire… (7/10). Dans Saint-Pierre, encore deux œuvres inégales du Bernin !

Saint-Pierre - Les cénotaphes d’Urbain VIII, Alexandre VII et Alexandre VIII (8/10). De fastueux tombeaux pour rappeler que nous ne sommes rien

Santo Spiroto in Sassia (9/10). Un bâtiment hospitalier toujours utilisé depuis cinq siècles

Liste des articles (10/10). 

Rome, Montpellier, Senlis, 2002 / 2015

Liste des promenades dans Rome 

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17 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (9/10). Santo Spiroto in Sassia.

Un bâtiment hospitalier toujours utilisé depuis cinq siècles

 

Rome Borgo Ospedale San Spirito

Le roi des Saxons, Ina, construisit au VIIIe siècle la « schola Saxorum », un établissement accueillant les pèlerins saxons sur la tombe de Saint-Pierre. L’établissement fut complété au XIIe siècle d’une nouvelle église, « Sassia dalla schola ». Le sac de Rome, en 1527, endommagea l'église qui fut reconstruite (1545) par Antonio da Sangallo le Jeune ou par Baldassarre Peruzzi. La façade est très sobre, découpée en deux niveaux horizontaux avec des pilastres à chapiteaux corinthiens divisant le niveau inférieur en cinq parties et le niveau supérieur en trois. Une grande fenêtre circulaire s'ouvre au centre du second niveau et des niches sont disposées entre les différents pilastres.

L'intérieur de l’église est constitué d'une simple travée centrale entourée par dix chapelles. Un clocher élégant est juxtaposé à l’arrière de la nef. Il a été achevé en 1477 sur un projet de Baccio Pontelli. C’est une tour de briques, carrée, comprenant quatre niveaux de fenêtres, couplées deux par deux. Chaque fenêtre, surmontée d’un arc en plein cintre, est composée d’une double ouverture avec une colonnette centrale de marbre blanc à chapiteau ionique.

« L'Ospedale di Santo Spirito » a été fondé à l'endroit de l'antique schola Saxorum. Suite à des incendies et des pillages, le Papa Innocent III Conti (1198 / 1216) confia l’institution à l’ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit, fondé par Guy de Montpellier, avec pour objectifs l'assistance des infirmes, des pauvres et des enfants abandonnés. En 1470, suite à un nouvel incendie, Sixte IV Della Rovere décide de construire un nouveau complexe achevé en 1478. L’architecte réalise une salle rectangulaire très longue (120 m de long sur 12 m de large), laCorsia Sistina, avec en son centre une salle accueillant un autel attribué à Palladio et couverte d’une lanterne octogonale. Cette disposition permettait aux malades, alités dans chacune des deux salles, de suivre aisément la messe.

Des agrandissements successifs de l’hôpital ont été réalisés sous la forme de bâtiments entourant trois cours carrées à arcades. La plus importante est celle du Palais du Commandeur avec une superposition de loggias d’ordre dorique et ionique et, dans l’axe central, une grande horloge « à la romaine ». Le cadran de cette horloge ne comporte que six chiffres romains et une seule aiguille, avec un découpage du temps en quart de journée… Après tout on ne regarde les horloges qu’en matinée et en après-midi et cela limite les sonneries à 6 coups ! Le cadran est entouré d’une sculpture en forme de serpent qui se mord la queue, symbole du cycle éternel de la nature, et l’aiguille est en forme de salamandre, symbole de la mort et de la renaissance.

Si la Corsia Sistina, la salle rectangulaire de 1478, sert aujourd’hui à des expositions et des manifestations, le reste des bâtiments a toujours une fonction hospitalière et les espaces entre les bâtiments anciens se sont complétés progressivement de constructions plus récentes pour s’adapter aux exigences techniques et sanitaires de l’activité médicale. L’ensemble ressemble désormais à un vaste puzzle qui ne doit pas faciliter l’organisation des soins.

Via Borgo San Spirito, à gauche du portail de la salle octogonale de la Corsia Sistina, il est encore possible de voir une roue, ou tour d’abandon. C’est un cylindre en bois, pivotant, ouvert d’un côté, dans lequel on déposait le bébé que les parents souhaitaient abandonner. En tournant le cylindre, l’enfant se retrouvait dans l’hôpital. Une sonnette permettait d’alerter les sœurs chargées de s’occuper des enfants abandonnés. Le tourniquet est précédé d’une grille dont la dimension des ouvertures  est calculée pour permettre de déposer uniquement des nourrissons.

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2002 / 2015

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15 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (8/10). Saint-Pierre - Les cénotaphes d’Urbain VIII, Alexandre VII et Alexandre VIII.

De fastueux tombeaux pour rappeler que nous ne sommes rien

 

Rome Borgo Saint-Pierre Alexandre VII

Bernini s’en est mieux sorti avec les tombeaux d’Urbain VIII Barberini (1623 / 1644) et d’Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) placés tous les deux dans l’abside de la basilique.

Urbain VIII est représenté surpris par la mort au moment où, assis sur son trône, il donne sa bénédiction. En avant du socle de la statue, d’un cénotaphe de marbre noir, sort un squelette doré qui inscrit le nom du pape sur un cartouche. C’est bien un drame qui se joue sous nos yeux, l’appel de la Mort inscrivant le nom du pape sur sa liste.

L’idée générale est reprise pour le cénotaphe d’Alexandre VII. Cette fois, le pape est représenté en oraison. Il est appelé brutalement par la Mort qui se dissimulait sous un lourd drapé de marbre. La mort, représentée là encore sous la forme d’un squelette doré, tire la draperie et brandit son sablier pour rappeler au Saint-Père que le temps est venu. La Charité et la Vérité entourent la scène. Nouveau procédé dramatique bien décrit par Tapié :

« La Charité s’élance, gênée dans sa course par le poids de son enfant trop lourd, bouleversée d’arriver trop tard… Plus loin, la Vérité, ramenant ses bras sur sa poitrine, dans un geste d’effroi, contemple la tombe béante et fait un mouvement de recul »[1].

Les cénotaphes auraient été réalisés de manière « taylorienne » dans l’atelier du maître. Il Cavaliere[2] Bernini dessinait les plans mais faisait réaliser les différentes parties du monument par ses élèves et disciples. L’ensemble était ensuite monté sur place.

La représentation de la mort sous forme d’un squelette est bien sûr des plus anciennes, il suffit de penser aux danses macabres si présentes dans les églises du Moyen-âge. Les artistes baroques n’y ajoutèrent peut-être que la dorure pour rendre cette représentation de la Mort plus visible, plus présente, plus tragique en soulignant le côté fugace des biens de ce monde. A l’entrée de l’Asamkirsche de Munich (1733 / 1746) un squelette doré vous accueille. Ricanant, il brandit un énorme ciseau de tailleur pour couper le fil de la vie que tisse avec application et persévérance une jeune et jolie parque.

Il bien vrai que ces squelettes sont propres à frapper les imaginations et Stendhal regrettait l’utilisation de ce procédé de théâtre.

« Je ne nierai pas qu’il y a un certain feu d’exécution qui attire les regards du peuple. J’ai souvent vu devant ce tombeau huit ou dix paysans de la Sabine arrêtés bouche béante »[3].

Mais baste ! Nous savons Bernini suffisamment remarquable sculpteur pour donner vie aux marbres les plus froids. Il dut aller un peu loin avec la statue de la Vérité du cénotaphe d’Alexandre VIII, Vérité qu’il avait bien sûr représentée toute nue, comme il se doit. Ou cette Vérité était bien trop belle à regarder, ou l’Eglise n’aime pas la vérité, toujours est-il qu’on ordonna au Bernin d’aller rhabiller cette Vérité là. Ce qu’il fit, parait-il, avec beaucoup de réticence. Mais bon chrétien, respectueux du pape, il s’exécuta et fit un drapé de bronze, peint en blanc, pour cacher la nudité de la Vérité.

D’autres avant lui avaient bien dû dessiner, à la demande impérieuse de Paul IV Carafa (1555 / 1559) des « culottes » (en réalité des feuilles de vigne ou des drapés) aux personnages du jugement dernier de la Chapelle Sixtine ![4]


[1] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.

[2] Soulignons ici son titre qu’il méritait très largement. On ne peut pas en dire autant de certains personnages contemporains !

[3] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[4] Daniele da Voltera, après la mort de Michel-Ange, dû recouvrir les parties génitales des personnages du Jugement Dernier par des « repeints de pudeur », d’où il gagna le surnom de « Il Brichetonne » (le « faiseur de culottes »).

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13 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (7/10). Saint-Pierre - Le baldaquin et la Gloire…

Dans Saint-Pierre,  deux autres œuvres inégales du Bernin !

 

Rome Borgo La Gloire

A l’intérieur, Saint Pierre ne devait pas être très facile à meubler ! Il fallait tout à la fois y introduire des œuvres de très grande taille compte-tenu du volume du lieu, tout en évitant de le morceler pour lui conserver l’ampleur de ce volume : 188 mètres de long, 154 de large et 119 de haut ! A titre d’exemple, les « angelots joufflus », à demi couchés, qui soutiennent les bénitiers à l’entrée de la basilique mesurent chacun deux mètres !

La plus grande réussite du Bernin en la matière c’est le baldaquin (1624 / 1633), avec ses colonnes torses décorées de feuillage d’olivier et d’abeilles (l’emblème des Barberini[1]) et drapé de brocard en trompe l’œil. C’est tout à la fois gigantesque, 29 mètres de haut pour un poids de 60 tonnes, mais l’ensemble reste néanmoins léger et aérien ! Le baldaquin demeure la plus grande structure de bronze au monde.

« Le Bernin qui, dans sa vie, essaya tant de choses à l’étourdie, a parfaitement réussi pour le baldaquin et la colonnade »[2].

On peut seulement regretter que pour réaliser le baldaquin toutes les décorations de bronze du pronaos du Panthéon y soient passées ! Ce qui fit dire à Pasquino, la statue « parlante » la plus bavarde et la plus acerbe :

« Quod non fecerunt barbari,
 fecerunt Barberini »
(« Ce que les barbares n’ont pas fait, les Barberini l’ont fait ») ;
ou encore : « Urbano spoglia Flavio
per vestirne San Pietro »
(« Urbain déshabille Flavio pour en vêtir San Pietro »).

La réussite du Bernin est nettement moins grande avec « La Gloire » (1657 / 1666) qui clôt l’abside. Il faut dire que la tâche était assez ingrate ! Le pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) souhaitait que l’œuvre placée au fond de Saint-Pierre souligne le magistère universel de l’église catholique en rappelant le souvenir de Saint-Pierre par l’intermédiaire d’un siège dont la tradition affirme qu’il s’agit de celui de l’apôtre. Bernini a donc représenté les pères de l’église, Saint-Augustin et Saint-Ambroise pour l’église latine, Saint-Athanase et Saint-Jean-Chrysostome pour l’église grecque. Ces quatre saints désignent à l’adoration des fidèles, plus qu’ils ne « portent » véritablement, un trône reliquaire dans lequel a été placé le siège attribué à Saint-Pierre.

Le résultat est étonnant. A propos des quatre pères de l’église, Stendhal parle, non sans raison, de « danseurs en mitre ». C’est qu’il fallait résoudre simultanément d’épineux problèmes. La taille des statues ne pouvait être inférieure à celles placées dans le chœur lesquelles, pour tenir compte de l’ampleur de l’édifice, sont colossales (5 mètres !). Le siège reliquaire devait être placé assez haut pour être vu de l’ensemble des fidèles. Enfin, le mouvement des saints ne devait pas laisser supposer qu’ils portaient avec difficulté un lourd fardeau… Bref, il fallait faire du léger dans le colossal, ce que les artistes baroques ont généralement solutionné par l’utilisation du mouvement. Et du mouvement, il y en a… quoiqu’un peu ridicule !

Résultat : « le procédé reste un procédé de théâtre : la gloire est un décor plaqué au mur, une maquette, merveilleuse sans doute, mais où partout s’insinuent le trompe-l’œil et la perspective d’illusion »[3].

Et, vachard, Stendhal finit d’assassiner l’œuvre en proposant qu’« un pape, homme d’esprit, pourrait faire cadeau à quelque église d’Amérique des quatre statues du Bernin, admirables pour des bourgeois, mais tout à fait indignes, par leur exagération comique, de la place qu’elles occupent dans Saint Pierre »[4].


[1] Urbain VIII Barberini (1623 / 1644).

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[3] Victor Louis Tapié. « Baroque et classicisme ». 1980.

[4] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

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11 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (6/10). La Scala Regia et le fantôme du campanile du Bernin.

Deux œuvres du Bernin, l’une immortelle, l’autre vite disparue

 

Rome Borgo Scala Santa

Ce petit coup de colère passé, retournons fréquenter les hauteurs de l’esprit avec la Scala Regia (1664 / 1666), toujours de Bernini. Encore que seuls quelques « élus » ont la possibilité d’admirer ce lieu, ceux qui possèdent le « privilège » d’être reçus officiellement par le pape, les autres ne peuvent qu’entrevoir, de très loin, l’entrée du palais pontifical.

Cette entrée est traitée en trompe l’œil car la surface dont disposait le Bernin était réduite, irrégulière et en biais, mais elle devait néanmoins donner au visiteur l’illusion d’une très grande solennité.

Comme au palais Spada, mais cette fois-ci à une beaucoup plus grande échelle, les colonnes et la voûte diminuent insensiblement de taille au fur et à mesure que l’on s’élève dans l’escalier afin d’exagérer l’effet de perspective. Celui-ci est également accru par le rythme des colonnes qui encadrent l’escalier, lesquelles sont de plus en plus rapprochées les unes des autres. Enfin, le fond de l’escalier, comme avec le jardinet du palais Spada, est largement éclairé pour accroître l’effet de profondeur.

Au pied de l'escalier, est placée une statue équestre (Le Bernin, 1663 / 1670) de l'empereur romain Constantin à la bataille du Ponte Milvius, entre les troupes de Constantin et de Maxence dans une de ces nombreuses guerres de succession pour l’accès au trône de César. A la veille de l’engagement, dans la nuit du 27 octobre 326, Constantin aurait eu une vision avec l’apparition d’une croix accompagnée d’une voix lui disant (en grec) « Par ce signe, tu vaincras ». Il aurait alors fait apposer une croix sur les boucliers de ses légionnaires et remporté le combat.

Le style de la statue n’est pas sans rappeler celle que Le Bernin exécuta pour représenter Louis XIV : un cheval cabré, tourné vers la droite. Mais évidemment, si la pose du cavalier Louis XIV évoque l’impétuosité et la détermination, bras gauche tenant les rennes, bras droit ouvert avec le bâton de commandement, regard horizontal, celle de Constantin souligne la révélation et l’étonnement, bras repliés, mains ouvertes, visage tourné vers le ciel. Dans les deux cas, la pose a pour objectif de figer un instant dans une action dynamique. C’est d’ailleurs ce qui avait si fort déplu à Louis XIV et qui avait abouti à remiser la statue au fin fond du parc de Versailles ! Pas assez de solennité et de majesté !

Avant d’entrer dans la basilique, il faut encore dire un mot d’une autre œuvre du Bernin laquelle a heureusement disparu : son campanile. Aussi curieux que cela puisse nous paraître aujourd’hui, Carlo Maderno, qui avait été chargé par Paul V de prolonger la nef en croix latine, avait prévu de terminer l’édifice par deux campaniles au dessus du vestibule de la basilique, de part et d’autre de la façade, pour en « casser » l’horizontalité !

Pour des raisons d’économie un seul des deux campaniles (une tour de deux étages ornées de colonnes et surmontée d’une pyramide[1]) fut réalisé par Le Bernin de 1637 à 1642. Il fut détruit très peu de temps après (en 1645) sous plusieurs prétextes : sa construction aurait comporté des défauts, la façade de la basilique aurait présenté des fissures suite à son érection et les comptes de Bernini auraient été embrouillés ! Précisons que son grand concurent, Borromini, alors revenu en « odeur de sainteté », faisait partie de la commission papale chargée d’étudier la situation et de faire des propositions de solutions auprès d’Innocent X Pamphili (1644 / 1655).

La solution préconisée par la commission était simple et radicale : démolir ! On démolit donc.

Il est vrai que l’idée de clochers pour la basilique Saint Pierre nous apparaît aujourd’hui assez étrange, entraînant des équilibres différents dans des volumes auxquels nous nous sommes habitués : verticaux des campaniles, masse arrondie du dôme et horizontalité de la colonnade. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver d’illustration de la façade avec le campanile du Bernin qui permettrait de juger de son opportunité architecturale, si ce n’est le dessin d’un projet de campanile. De dessin de la façade avec son campanile, rien, alors même que l’on trouve assez facilement des dessins du Panthéon affublé lui aussi de ses campaniles berniniens (les fameuses « oreilles d’âne du Bernin »). Il est vrai que ces derniers sont restés en place beaucoup plus longtemps, 248 ans (1634 / 1882) contre 3 ans (1642 / 1645) pour Saint-Pierre ; les peintres et même les photographes avaient eu le temps d’en fixer les lignes.


[1] Antoine Chrysostôme Quatremère de Quincy. « Histoire de la vie et des ouvrages des plus célèbres ». 1830.

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09 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (5/10). Une merveille d’urbanisme, la Place Saint-Pierre.

Devant Saint-Pierre, il fallait une place qui soit « à la hauteur » de l’édifice

 

Rome Borgo Place Saint Pierre et via della Conciliazione

Dans le Borgo, c’est bien sûr la basilique Saint-Pierre qui retient l’attention car tous les grands noms des architectes de la Renaissance participèrent à son érection de 1506 à 1626, de Bramante à Carlo Maderno, en passant successivement par Sangallo l’ancien, Raphaël, Baldassare Peruzzi, Sangallo le jeune, Michel-Ange, Giacomo Barozzi Vignola, Giorgio Vasari, Domenico Fontana et Giacomo Della Porta ! Leurs interventions successives permirent finalement d’inaugurer la basilique, mais celle-ci était alors bien vide… alors qu’elle devenait le plus vaste monument couvert au monde : 23 000 mètres carrés. En comparaison, Notre-Dame de Paris n’en compte que 6 000 et Sainte-Sophie 10 000.

Gian Lorenzo Bernini travaillera pendant près d’un demi-siècle à « garnir » Saint-Pierre et à aménager ses abords ! Le Bernin fut d’abord chargé de l’aménagement intérieur de la basilique avec la création du baldaquin, les loggias, les médaillons, la gloire et les tombeaux de quelques papes, mais avant l’intérieur, c’est bien évidemment l’extérieur qui attire l’attention du visiteur et notamment la colonnade de la Place Saint-Pierre (1657 / 1665).

« Il y a des places-mères comme la Place Saint-Pierre de Rome, où la colonnade de Bernin figure les deux bras maternels de l’Eglise ouverts pour accueillir les fidèles en son sein »[1]

Le Bernin avait une difficile équation à résoudre : dessiner une très grande place pour accueillir les très nombreux pèlerins, limiter les démolitions coûteuses de bâtiments existants, éviter les effets soulignant l’horizontalité de la façade alors jugée excessive. Il imagina une place composée de deux parties. L'une, en trapèze inversé s'ouvrant vers la basilique, sur le modèle de la place du Capitole dessinée par Michel-Ange, visant à visuellement rétrécir la largeur de la façade. L'autre, organisée selon deux demi-cercles dont les centres sont situés de part et d’autre de l’obélisque central. L'unité de l'ensemble est assurée par les portiques, à colonnes toscanes, disposés en deux branches ouvertes à l'orient, comprenant 284 colonnes de 20 mètres de haut, sur quatre rangées. Nous retrouvons le goût de Bernini pour les compositions en trompe l’œil : lorsque l’on est au centre d’un des hémicycles, un seul rang de colonnes est visible au lieu des quatre rangs successifs, c’est que la circonférence des colonnes augmente vers l’extérieur du cercle pour donner, de loin, l’impression d’une taille égale des colonnes. Mais laissons la parole à Stendhal :

« Ceci est tout simplement la perfection de l’art. Supposez un plus d’ornements, la majesté serait diminuée ; un peu moins, il y aurait de la nudité. Cet effet délicieux est dû au cavalier Bernin, dont cette colonnade est le chef d’œuvre »[2].

Bien que ne manquant pas une occasion de dire tout le mal qu’il pensait de l’art baroque, Stendhal savait néanmoins reconnaître les réussites du Bernin ! Par contre, il se montre des plus sévères sur les 140 statues de saints en travertin qui surplombent la corniche de la colonnade lesquelles, selon lui, présentent des « mouvements assez ridicules »…

Pour nous, cette année-là, en ces jours de décembre, il y a aussi un peu trop d’ornements sur la place, diminuant d’autant la majesté du lieu. En effet, au pied de l’obélisque, une énorme et bien laide crèche a été construite pour ces temps de Noël, une crèche « naturaliste », plus vraie que nature, avec personnages à taille humaine, une authentique maisonnette de Palestine avec puits, auvent et oliviers véritables ! Pour un peu nous aurions droit à un bœuf, un âne et toute une basse-cour en chair et en os... Pourquoi pas Blanche Neige et les sept nains pour tomber dans la mièvrerie et la vulgarité. L’année suivante peut-être ? Dans ce lieu magnifique, habité naturellement par l’esprit, où la spiritualité est même sensible aux intelligences les plus rationalistes et les plus fermement athées, des esprits étroits, rétrogrades ou pire, condescendants, imaginent répondre à la ferveur populaire par ce Disneyland calotin au centre de la Place Saint-Pierre ! J’en ai honte pour les catholiques.


[1] Dominique Fernandez. «  Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

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07 juin 2017

Borgo - Au pied du Vatican (4/10). Grandeur fasciste et mépris des œuvres d’art du passé !

Les accords de Latran et la démolition de la Spina di Borgo

 

Rome Borgo Spina di Borgo

Quand les troupes du Roi d’Italie, Vittorio-Emanuele II, pénètrent dans Rome, le 20 septembre 1870, le pape Pie IX Feretti (1846 / 1878) quitte son palais du Quirinal (dont le personnel ferme toutes les portes et emmène les clefs !) et se réfugie à Saint-Pierre. Il refuse de reconnaître Rome comme capitale du nouvel Etat italien et adjure les Romains de ne pas collaborer avec son gouvernement. Celui-ci doit donc conquérir sa capitale contre le Vatican dont la puissance est illustrée par la coupole de la basilique Saint Pierre qui domine Rome, les papes ayant défendu la construction d'édifices de plus de cinq étages pour marquer leur prééminence sur la ville.

La guéguerre entre le nouvel Etat Italien et le Vatican se termine finalement en février 1929 avec les accords signés au palais du Latran par Mussolini, représentant l’Etat italien, et le secrétaire d’Etat du pape. Le pape admet, enfin, qu’il n’est plus une puissance séculière et que son Etat se limite désormais à la cité du Vatican. En échange, le catholicisme est reconnu comme religion d’Etat en Italie. Du même coup, cet accord ressuscite une idée ancienne : la création d'une grande artère reliant le Vatican au centre de Rome. Le gouvernement fasciste décide alors d’ouvrir la via della Conciliazione, une voie monumentale symbolisant la nouvelle entente entre les pouvoirs temporels et spirituels. Le choix est fait de démolir tous les bâtiments situés entre les deux rues parallèles allant du château Saint-Ange à la basilique Saint-Pierre, les Borgo Vecchio et Nuovo, que les Romains appelaient « la spina di Borgo » (l'épine du Borgo, en référence au muret qui délimitait la piste au centre des cirques romains).

Des plans avaient été établis à plusieurs reprises pour la construction d'un lien entre le Vatican et le centre de Rome. Alberti avait proposé un plan en V ouvert sur la basilique Saint-Pierre. Le Bernin avait prévu de démolir un carré d'environ 100 mètres, en face de la place Saint-Pierre, fermant l'espace avec une troisième colonnade (ou « Terzo braccio ») pour faire correspondre les deux colonnades déjà réalisées. Cela devait permettre aux pèlerins de déboucher sur la place, en passant d’espaces fermés et sombres (les différentes rues médiévales aboutissant au Vatican) à un large espace ouvert, lumineux, symétrique. Mais le pouvoir papal avait reculé devant le coût estimé des indemnisations. Napoléon Ier l’avait également envisagé mais n’eut pas le temps de le réaliser.

La démolition de la spina di Borgo est lancée symboliquement  le 29 Octobre 1936 avec un coup de pioche magistral et dictatorial contre le premier bâtiment par « l’Emir à plumet », la « Ganache en Chef », le « Dindon fanatique », le « Picrochole à plumeau », la « Tête de Mort en houppette »[1], lequel avait enfilé pour l’occasion l'uniforme de capitaine général de la milice. Coup de pioche soigneusement relayé dans toute l’Italie par la propagande fasciste, Mussolini participant à recréer la « grandeur de la Rome d’Auguste ».

Mais cette réalisation a entraîné la disparition d’un quartier médiéval et Renaissance, la destruction de 142 immeubles, des palais Convertendi (de Bramante et Baldassare Peruzzi), Jacopo da Brescia, du Gouverneur, Alicorni, Accoramboni (de Carlo Maderno) et l'église de Saint-Jacques de Scossacavalli. Les façades des bâtiments qui bordent cette nouvelle artère ne correspondant pas toujours à l’alignement voulu, de nouvelles façades ont été érigées en intégrant parfois des éléments des anciens palais ! A remarquer toutefois le palais Torlonia (1496 / 1504) dont l’aspect extérieur est très voisin du Palais de la Chancellerie près de la piazza dei Fiori. Quand au coût de l’opération, il devait être couvert par un partenariat public/privé (tiens, déjà !), avec une enveloppe moyenne de 50 lires d’indemnisation par habitant[2]. Quant au relogement des habitants, il semble qu’il n’était tout simplement pas assuré.

Pour accroître les effets de perspective mais aussi de grandeur et faire pendant à l’obélisque géant de la Place Saint-Pierre, une double rangée de lampadaires en forme d’obélisques, était prévue. Cette idée, assez ridicule en soi (des obélisques-lampadaires !), n’a toutefois été réalisée qu’en 1950 pour le Jubilé. Ces obélisques-lampadaires ont été immédiatement rebaptisés par les Romains de « suppositoires de Mussolini » ! Et il est vrai qu’ils passent mal !


[1] Surnoms de Mussolini donnés par Carlo Emilio Gadda dans son roman « L’affreux pastis de la rue des Merles ». 1963.

[2] Fabien Mazenod. « Patrimoine et marché immobilier : la rénovation urbaine à Rome pendant le fascisme ». 2013.

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