Notes d'Itinérances

21 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (18/18). Liste des articles.

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich 2

 

Rappels d’histoire récente (1/18). La fin de l’URSS et la naissance de la Fédération de Russie.

De Moscou à Saint-Pétersbourg (2/18). Une liaison de plus de 1300 km – Effectuée majoritairement sur fleuves et lacs

Les croisières Volga-Baltique (3/18). Des bateaux propriétés d’agences russes de tourisme – Des programmes de croisière tous semblables

A bord du « Jozina Shashkov » (4/18). Un navire fabriqué en RDA rénové en 2012 – Un design au charme un peu suranné et désuet

Le bateau, un lieu d’observation (5/18). Une traversée de la grande forêt russe – Une présence humaine plus marquée sur les rives de la Volga

Les escales (6/18). Des gares maritimes desservies par les transports publics – Des facilités pour acquérir les indispensables souvenirs de voyage

La circulation automobile (7/18). Moscou, capitale mondiale de l’embouteillage – Un marché automobile chaotique

Le Grand Moscou (8/18). Un développement radioconcentrique – L’exigence d’une nouvelle urbanisation

Les Russes et le passé soviétique (9/18). Des signes toujours très présents du passé soviétique

De la lutte antireligieuse au clientélisme religieux (10/18). Un renouveau de la construction d’églises - Les particularités des édifices et du culte orthodoxes

« Monsieur Plus » toujours actif ? (11/18). De la difficulté de passer de la tête de liste à un rang secondaire

Le métro de Moscou (12/18). Un des plus grands métros du monde – A la décoration des stations internationalement réputée

Mais où est passé le Musée Maïakovski (2) ? (13/18). Un musée toujours fermé pour travaux – Mais, une statue du poète indéboulonnable

« Battez les blancs avec le coin rouge » (14/18). En marche arrière toute : du futurisme au réalisme socialiste

Moscou, Rue de l’Arbat (15/18). Devenue piétonne dans les années 80, elle possède désormais boutiques et terrasses de cafés !

Saint-Pétersbourg, capitale baroque ? (16/18). Le baroque élisabéthain – Saint-Pétersbourg plus classique que baroque

Un baroque russe ? (17/18). Avant le baroque élisabéthain, le baroque pétrovien – Et avant celui-ci, le baroque « Narychkine » ou « baroque moscovite »

Liste des articles (18/18).

 

Saint-Pétersbourg, Moscou, Senlis – Juin / Juillet 2017

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19 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (17/18). Un baroque russe ?

Avant le baroque élisabéthain, le baroque pétrovien – Et avant celui-ci, le baroque « Narychkine » ou « baroque moscovite »

 

Russie Moscou Monastère Novodievitchy

Avant le baroque élisabéthain, Saint-Pétersbourg avait déjà connu quelques œuvres baroques. En 1712, Pierre Ier de Russie (Pierre le Grand, 1672 / 1725),  avait décidé de transférer sa capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg, ville qu'il entendait aménager selon un modèle européen. Pour ce faire, il avait invité de nombreux artistes européens à collaborer à la construction de sa nouvelle capitale : Jean-Baptiste Alexandre Le Blond (premier château de Peterhof), Domenico Trezzini (forteresse et cathédrale Pierre et Paul, Palais d’été), Nicola Michetti (projets d’urbanisme), Georges Mattarnovi (second palais d’hiver).

Bien sûr, chacun d’eux venait avec ses traditions et références nationales qu’il incorporait peu ou prou dans les projets de monuments et d’urbanisme. Ces influences d’Europe de l’Ouest sont d’autant plus sensibles que Pierre le Grand avait souhaité faire une rupture dans les constructions traditionnelles russes en abandonnant notamment le plan en croix grecque des églises et la présence de bulbes.

La plus belle illustration du résultat de cette politique est constituée par la cathédrale Pierre-et-Paul laquelle, à l’exception peut-être de sa très haute flèche dorée, pourrait s’intégrer sans difficulté dans toutes les villes d’Europe du Nord, Suède, Hollande, Allemagne du Nord, France du Nord et de l’Est : plan rectangulaire, clocher en façade, coupole sur tambour, simplicité des volumes, décoration avec colonnes, frontons triangulaires et volutes d’un baroque « bourgeois ».

Que des artistes étrangers aient participé à l’érection de monuments baroques en Russie n’induit pas nécessairement l’absence d’un « baroque russe », après tout, c’est toute l’Europe qui a bénéficié des savoir des artistes italiens lesquels s’exportaient facilement à l’étranger ! La question serait plutôt de savoir en quoi ces artistes étrangers ont-ils participé à la formation d’architectes russes et à l’évolution de l’architecture nationale ? Le trop petit nombre de monuments visités ne me permet évidemment pas d’avoir des éléments de réponse à cette question.

Les textes sur l’architecture et le baroque russes font grand cas du style baroque « Narychkine » ou « baroque moscovite » caractéristique de la région de Moscou à la fin du XVIIe siècle, soit une période encore antérieure à celle des baroques pétrovien et élisabéthain. C’est que déjà des artistes italiens étaient intervenus à Moscou, notamment dans la construction des monuments du Kremlin. Les architectes russes avaient connaissance des caractéristiques de l’architecture de la Renaissance italienne, en témoigne le Palais à facettes édifié à la fin du XVe siècle par les architectes italiens Marco Ruffo et Pietro Antonio Solari pour Ivan III. Ce palais doit son nom à la taille « en facette » de la pierre blanche qui recouvre sa façade, comme le palazzo dei Diamanti à Ferrare (1492), une des formes du bugnato, un style de revêtement mural externe des bâtiments employant les bossages si caractéristiques de la Renaissance italienne.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les constructions religieuses sur les terres de la famille Narychkine[1], près de Moscou (d’où le qualificatif de baroque Narychkine pour désigner ce style), sont plus complexes (tours à étages cubiques et octogonaux, tours en gradins) et plus décorées (décor de pierre blanche contrastant avec une coloration intense des façades, accentuant la sensation de relief). C’est notamment le cas du Couvent de Novodievitchi, à Moscou, avec ses bâtiments rouges décorés de colonnes, corniches, coquilles Saint-Jacques, encadrements de fenêtres de pierre blanche, en fort relief[2]. Mais ce n’est pas seulement la profusion de la décoration qui peut permettre de parler de « style baroque », c’est aussi les formes de la construction (bien que restant dans les limites de la tradition) et les agencements d’ornements qui donnent une certaine dynamique aux façades des bâtiments.

Il semble que le style baroque se soit répandu ensuite en Russie, des négociants en fourrure, les Stroganov, finançant la construction d’édifices baroques à Nijni-Novgorod (église de la Nativité, 1703) et dans les confins de la toundra (cathédrale de la Présentation à Solvytchegodsk, 1693)… Mais tout cela demanderait à être vu autrement qu’en photos !


[1] Narychkine, nom de la branche dynastique à laquelle appartenait le tsar Alexis Mikhaïlovitch (1629 / 1676), père de Pierre le Grand.

[2] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial – Ensemble du couvent Novodievitchi ». 2004.

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17 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (16/18). Saint-Pétersbourg, capitale baroque ?

Le baroque élisabéthain – Saint-Pétersbourg plus classique que baroque

 

Russie St Petersbourg Institut Smolny

Les visites guidées de Saint-Pétersbourg privilégient généralement l’architecture baroque. Sous le règne d’Elisabeth 1ere, de 1741 à 1761, l’architecture de la capitale est marquée par le style baroque de Francesco Bartolomeo Rastrelli (1700 / 1771) un architecte italien venu en Russie en 1716 avec son père, Carlo Bartolomeo Rastrelli. Il est notamment l’architecte du Palais d’hiver (1754 / 1762), de la cathédrale de la Résurrection à Smolny (1748 / 1764), du palais Catherine à Tsarskoïe Selo (1752 / 1756).

Rappelons que le style baroque s’invente à Rome à la fin du XVIe siècle, avec notamment la façade de l’église du Gesù (1584, de Giacomo della Porta). On considère souvent que l’architecture baroque est caractérisée par l’opulence de l’ornementation, c’est oublier qu’elle est avant tout une recherche de dynamisme, voire de théâtralité des monuments en utilisant les formes courbes, les décrochages, les effets de trompe-l’œil (Le Bernin, Borromini). Dès le milieu du XVIIe siècle, l’admiration de l’antiquité remplacera progressivement le style baroque par le style classique, d’autant que seront ensuite découvertes Pompéi et Herculanum au début du XVIIIe siècle.

Le baroque des châteaux élisabéthain de Rastrelli apparaît toutefois comme une synthèse entre style baroque et style classique. Du baroque il utilise les effets de surface, saillies des avant-corps, demi-colonnes et pilastres colossaux, corniches à ressauts imposantes, atlantes, décoration somptueuse ; du classique il retient la longueur et la linéarité des façades pour créer une architecture de grandeur, destinée à glorifier la puissance du tsar.

L’œuvre la plus baroque de Rastrelli est la cathédrale de la Résurrection à Smolny dans laquelle il réussit à introduire les caractéristiques des églises russes, plan en croix grecque inscrit dans un carré, avec quatre églises secondaires dans les coins, présence de cinq bulbes, dans une composition dynamique toute italiénisante. Le bulbe central est transformé en coupole sur un haut tambour à deux étages et surmontée d’une lanterne coiffée d’un petit bulbe, et les quatre bulbes périphériques sont transformés en autant de hauts clochers posés en diagonale. Virtuosité et audace !

Toutefois il semble que le baroque élisabéthain resta le style de la capitale, avec un nombre restreint de réalisations, et toucha très peu la province à un moment où le style baroque est finissant en Europe et où le clacissisme s’impose (1660 / 1680).

« Dans l’architecture d’alors, se juxtaposent des influences du clacissisme français et des œuvres qui rejoignent la tradition romaine du Bernin, de Borromini ou de Rainaldi. L’un des principaux animateurs en a été Rastrelli. C’est du baroque en Russie, ce n’est pas du baroque russe »[1].

Au début de son règne (1762 / 1796), Catherine II crée une « Commission de la construction en pierre à Saint-Pétersbourg et à Moscou » avec pour fonction d’agréer les projets d’urbanisme et de veiller à l’esthétique architecturale des deux capitales russes. L’impératrice fait venir à Saint-Pétersbourg les architectes écossais Charles Cameron (1743 / 1812) et italien Giacomo Quarenghi (1744 / 1817), deux architectes représentants du style classique qui fait alors la loi en Europe, le style baroque étant désormais considéré comme trop chargé, ampoulé, à un moment où la monarchie constitutionnelle anglaise devient la référence politique.

Saint-Pétersbourg se couvre alors de bâtiments de style classique : l’académie des beaux-arts (1765 / 1794), le Palais Saltykov (1784), la Galerie de Tsarskoïé Sélo (1779 / 1793). Cette orientation architecturale est poursuivie par les petit-fils de Catherine la Grande, Alexandre 1er (1801 à 1825) avec le bâtiment de l'ancienne bourse (1805 / 1810) en forme de temple grec, l'amirauté (1806 / 1823), les écuries impériales (1817 / 1837), le bâtiment de l’Etat-Major (1819 / 1821) en forme d’hémicycle comprenant en son centre un double arc de triomphe surmonté d'un quadrige romain, puis de Nicolas 1er (1825 / 1855) avec l’église de la Trinité (1828 / 1835), le Théâtre Alexandra (1832), le bâtiment du Sénat place des Décembristes (1843).

Saint-Pétersbourg est, à mon sens, plus classique que baroque.


[1] Victor-Louis Tapié. « Baroque et clacissisme ». 1980.

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15 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (15/18). Moscou, Rue de l’Arbat.

Devenue piétonne dans les années 80, elle possède désormais boutiques et terrasses de cafés !

 

Russie Moscou rue de l'Arbat

« L’Arbat terminait sa journée. Sur la chaussée asphaltée en son milieu mais encore pavée entre les voies des tramways roulaient, dépassant les vieux fiacres, les premières automobiles soviétiques, les Gaz et les Amo. Les tramways sortaient du garage avec un ou même deux wagons supplémentaires, dans une tentative désespérée de répondre aux besoins en moyens de transport de la grande ville. Sous terre la première ligne de métro se construisait déjà et sur la place de Smolensk un échafaudage en bois se dressait au-dessus de la fosse »[1].

L’Arbat est devenue la première rue piétonne de Moscou en 1986 et, comme les touristes venaient à s’y promener pour essayer d’imaginer ce qu’était la ville avant le grand chambardement stalinien, les artistes-peintres indépendants avaient pris l’habitude de venir y exposer leurs œuvres. Pour ce faire, ils utilisaient comme cimaises les palissades des chantiers. En 1988, les œuvres présentées hésitaient entre le réalisme socialiste dont ils souhaitaient manifestement se détacher mais auquel ils avaient été formés, et un art non figuratif influencé par les écoles occidentales. C’était curieux, souvent maladroit, et sentait sa bohême révoltée contre l’art officiel.

Peintres, trempez vos pinceaux
Dns l’agitation des cours de l’Arbat et dans le couchant
Pour que vos pinceaux soient comme des feuilles
Comme des feuilles
                                            comme des feuilles
                                                                               en octobre[2]

L’Arbat est désormais une rue très fréquentée, par les touristes comme par les Moscovites, bordée de chaque côté de magasins, de cafés et de restaurants. Les peintres sont toujours là, mais les œuvres présentées ont bien évolué. Une évolution qui ne marque d’ailleurs pas tellement une avancée, mais plutôt une régression ! C’est qu’il ne s’agit plus désormais d’essayer d’ouvrir de nouvelles voies à l’art, mais beaucoup plus simplement et prosaïquement, de s’adapter aux goûts de l’acquéreur potentiel. Bref, on est passé de la composition maladroite mais sympathique par sa démarche, au nivellement par le bas. Fini l’art non figuratif, fini les remises en cause du réalisme socialiste, on fait désormais dans le réalisme petit-bourgeois : cerf dans un sous-bois et vues très colorées de Moscou. C’est sans prétention mais cela doit se vendre. Comme quoi le marché « libre » peut-être aussi le triomphe de la médiocrité.

Mais, après tout, les peintres en sont-ils responsables ? Pas plus que Nutella et sa pâte à tartiner dans le développement de l’obésité. C’est le consommateur qu’il conviendrait d’éduquer en priorité car pour l’Etat, après avoir imposé le réalisme socialiste, il lui est désormais difficile d’interdire la peinture de cerfs dans les sous-bois. La municipalité de Moscou s’en garde bien et, au contraire, favorise ce marché « de l’art » en disposant régulièrement, au milieu de l’Arbat, des édicules de métal composés d’un treillis métallique recouvert d’une petite toiture afin de protéger les « œuvres d’art » exposées.

Depuis 88, les immeubles de l’Arbat ont connu un lifting général et la rue a été agrémentée d’une statue, grandeur nature, de Boulat Okoudjava. Boulat Chalvovitch Okoudjava est un auteur-compositeur-interprète soviétique, né à Moscou en 1924 et mort à l'hôpital Percy de Clamart en 1997. Il était extrêmement populaire en Union Soviétique avec l’autre grand poète et chanteur, Vladimir Vyssotski. La diffusion de ses œuvres s’effectuait le plus souvent sous le manteau, par bandes magnétiques de magnétophone, sans toutefois être interdites, ni être considéré lui-même comme un opposant. Ses chansons évoquent la paix, les amours, la nostalgie et une critique souvent fine et assassine de la bureaucratie et des apparatchiks.

Bien que l’un et l’autre soient particulièrement ancrés dans leurs réalités historiques nationales, on peut trouver quelques traits communs entre Boulat Okoudjava et Georges Brassens : une grande exigence de qualité littéraire et des thèmes voisins.


[1] Anatoli Rybakov. « Les enfants de l’Arbat ». 1987.

[2] Boulat Okoudjava. « Les peintres ». Sd.

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13 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (14/18). « Battez les blancs avec le coin rouge ».

En marche arrière toute : du futurisme au réalisme socialiste

 

Russie El Lissitzky

La librairie de livres d’occasion située au croisement de Loubianskiy Prospekt et de Myanitskaya Ul, devant laquelle est situé un buste de Maïakovski, n’est pas sans intérêt même pour un Français ne pratiquant pas le russe, la très grande majorité des ouvrages étant en langue russe, quelques-uns en anglais et de très rares en allemand. C’est qu’elle possède aussi des reproductions d’affiches anciennes dont la remarquable affiche de Lazar Lissitzky (1890 / 1941), de 1919, « Battez les blancs avec le coin rouge ».

Elle rappelle un élément historique majeur. A partir de la Révolution d’Octobre, le nouveau pouvoir bolchévique (les « Rouges ») doit faire face à une guerre civile conduite par les monarchistes, conservateurs, libéraux et socialistes qui leurs sont opposés (les « Blancs »), lesquels sont appuyés par une intervention des Forces alliées étrangères (France, Grande-Bretagne, Pologne, USA, Japon… soit 250 000 hommes quand même).

Mais cette affiche est aussi un témoignage de l’extraordinaire bouillonnement culturel et de la créativité artistique de cette époque. Lazar Lissitzky était un peintre participant à l’avant-garde futuriste des années 10 qui, en Russie, prend le nom de « cubo-futurisme »[1]. Lissitzky se met au service de la Révolution et produit cette magnifique affiche de propagande avec l'image du coin rouge (qui peut aussi symboliser une flèche de carte d’état-major) qui pénètre la forme blanche. Bien que non figuratif, le message est immédiatement compréhensible… et même certainement plus efficace politiquement que l’image réaliste d’un jeune partisan brandissant un drapeau rouge !

Elle fait immédiatement penser aux œuvres de Casimir Malevitch (1878 / 1935) mariant des formes simples, géométriques et unicolores. Lissitzky et Malevitch se sont rencontrés en 1919 et ont travaillé ensemble dans l'Institut pour l'art nouveau au sein de l'école créée par Marc Chagall à Vitebsk.

Cette affiche fait aussi penser au monument à la Troisième Internationale de Vladimir Tatline, une tour métallique constituée d’une double hélice, développée en spirale et inclinée. Cette tour aurait contenu trois structures géométriques en rotation : au pied, un cube effectuant une rotation sur lui-même en un an et servant de salle de conférences, au centre un cône consacré aux activités exécutives avec une vitesse de rotation d'un tour par mois, et, à la partie supérieure, un cylindre accueillant un centre d'informations tournant sur lui-même une fois par jour. En effet, en 1919, les soviets de Saint-Pétersbourg voulaient construire un bâtiment symbolisant la révolution de 1917, en référence à la tour Eiffel construite pour le centenaire de la Révolution française, et dont la hauteur serait évidemment plus haute, dépassant la Tour Eiffel de 100 mètres. Vladimir Tatline (1885 / 1953) remporta le concours. Jamais construite, cette tour hélicoïdale aurait servi aux quartiers généraux de l'Internationale communiste (Kominterm) et reste connue sous le nom de « Monument à la Troisième Internationale ».

On mesure alors le chemin parcouru (à rebours) par la culture en URSS avec le « réalisme socialiste » ! A partir de 1929, il est demandé aux différentes formes artistiques de s’engager dans la bataille de la production notamment par l’éducation idéologique des travailleurs laquelle « exige de l'artiste une représentation véridique, historiquement concrète de la réalité dans son développement révolutionnaire »[2]. Le monument à la Troisième internationale se transforme en un nouveau projet, un palais des Soviets, massif, en béton bien lourd, dominé par une statue de Lénine, bien réaliste, lui aussi en complet-veston, et de 100 mètres de haut !

Le formidable bouillonnement intellectuel des années 10 et 20 sera stoppé net, les artistes n’ayant plus que le choix de se contraindre et produire des œuvres agréées par le Parti, se taire, s’exiler ou se suicider !


[1] Van Moorsel, L.Leering, Achaz Francine. « L'oeuvre graphique de El Lissitzky ». In « Communication et langages ». n°18, 1973. Persée. 1973.

[2] Extrait des statuts de l'Union des écrivains soviétiques. 1934.

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11 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (13/18). Mais où est passé le Musée Maïakovski (2) ?

Un musée toujours fermé pour travaux – Mais, une statue du poète indéboulonnable

 

Russie Moscou Place Maîakovskaïa

Nous n’avons pas de chance avec le musée Maïakovski ! Poète, dramaturge, acteur, théoricien, peintre, affichiste et scénariste, agitateur d’idées, rédacteur de la revue « Liev » (front de gauche des arts), Vladimir Maïakovski (1893 / 1930) a joué un rôle majeur dans le mouvement futuriste russe, révolutionnant les codes de la poésie (« Le nuage en pantalon », 1915). Se mettant au service de la Révolution d’Octobre, il va pouvoir se rendre à l’étranger à la faveur de la nouvelle politique économique (NEP) décrétée par Lénine en 1921 (Mexique, États-Unis, Espagne, Paris) en qualité d'ambassadeur officieux du lyrisme révolutionnaire. Très vite, il va se heurter au bureaucratisme du régime stalinien. Le 14 avril 1930, à 10 h 15, Vladimir Maïakovski se tire une balle dans le cœur, au numéro 3 du Loubianskiy Prospekt, appartement 12. 

À vous toutes
que l’on aima et que l’on aime
icône à l’abri dans la grotte de l’âme
comme une coupe de vin
à la table d’un festin
je lève mon crâne rempli de poèmes
Souvent je me dis et si je mettais
le point d’une balle à ma propre fin[1]

La première fois, en 1988, nous avions trouvé très vite le square Ilinski dans lequel s’ouvre le Loubianskiy Prospekt. Mais pas moyen de trouver le petit musée Maïakovski installé dans son ancien appartement, même en demandant aux ouvriers qui manifestement ne comprenaient pas notre accent ! Ou alors Maïakovski était-il déjà oublié des « masses populaires », lui qui déclamait ses vers devant des foules immenses ? Ou étions-nous tombé en pleins travaux de rénovation du musée ? En effet, en 1994, devait s’ouvrir un nouveau musée dans l'immeuble entièrement vidé de sa structure pour faire place à une charpente métallique en spirale que le visiteur descend, sur un plan incliné, à la découverte de l'univers de Maïakovski. Le musée présente des documents d’archives, des photos, des manuscrits, des peintures des années 1910 / 1920, des affiches, des poèmes, des objets personnels. Bref, ce nouveau musée Maïakovski est devenu une attraction attirant les Moscovites comme les étrangers de passage. Les guides touristiques sont d’ailleurs assez dithyrambiques sur la conception du musée mais ils ont oublié de se mettre à jour : le musée est fermé depuis deux ans pour rénovation ! Encore raté ! Piètre consolation, sur l’immeuble qui donne sur la Lubyanskaya, derrière un buste du poète, une librairie de livres d’occasion présente quelques livres et affiches des fenêtres Rosta de Maïakovski, livres qu’il fallut quasiment extorquer à un libraire qui semblait vouloir ne rien vendre !

Autre misérable consolation : avoir vu la statue de Maïakovski ! En 1935, Staline décida de canoniser l’écrivain, désormais considéré comme un « poète national », en lui attribuant une place de Moscou, essayant ainsi de se débarrasser d’un révolutionnaire ne correspondant pas vraiment aux nouveaux canons artistiques du régime. Après la guerre, un concours a été lancé afin de désigner le sculpteur qui aurait l’immense privilège de représenter l'écrivain. Dix ans furent nécessaires pour réaliser et ériger, en 1958, la statue en bronze mesurant pas moins de 6 m de haut et reposant sur un socle de 85 tonnes. Réalisme socialiste oblige, Maïakovski est représenté en complet-veston, certes un peu tire-bouchonné, mais poings fermés et visage déterminé. Ce nouvel « hommage », s’il est certes quasiment indéboulonnable, n’empêchèrent pas les nouvelles autorités municipales de débaptiser la place en 1992 laquelle est dénommée désormais « place Triumfalnaya ». Le poète gène toujours !

« Je le sais :
Vous n’aimez pas les phrases creuses.
Quand vous sciez du bois, c’est pour faire des bûches
Et nous,
Que sommes-nous sinon des ébénistes,
A façonner la tête humaine, cette bûche »[2].


[1] Vladimir Maïakovski. « La flûte des vertèbres ». 1915.

[2] Vladimir Maïakovski. « Le poète, c’est un ouvrier ». 1918.

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09 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (12/18). Le métro de Moscou.

Un des plus grands métros du monde – A la décoration des stations internationalement réputée

 

Russie Moscou Métro Maîakovskaïa

Le métro de Moscou n’est pas celui qui transporte le plus de passagers au monde, ni celui qui possède le plus long réseau ou le plus de stations mais, en dehors de stations luxueuses pour lesquelles il est internationalement connu, il est néanmoins le 4e au monde par le nombre de personnes transportées (2,4 milliards de personnes transportées quand Paris en transporte 1,5 et le premier, Tokyo, 3,2). Il est le 6e par la longueur de son réseau (339 km, quand Paris en fait 220 et le premier, Shanghai, 548), et enfin le 9e par le nombre de stations (203, quand Paris en compte 302 et le premier, New-York, 468). C’est somme toute un bilan dont « Monsieur Plus » peut-être satisfait ! Ajoutons encore qu’il compte 12 lignes dont la première a été ouverte en 1935 après Londres (1863), New-York (1870), Chicago (1892), Budapest et Glasgow (1896), Paris (1900), Boston (1901), Berlin (1902), Philadelphie (1907), Newark (1908), Hambourg (1912), Buenos-Aires (1913), Madrid (1919), Barcelone (1924). S’il arrivait ainsi un peu tardivement dans les grandes villes mondiales, il a manifestement su rattraper son retard.

Dans mon métro, je ne suis jamais à l’étroit
Parce que dès l’enfance, c’est comme une chanson
Où en guise de refrain il y a :
Ne bougez pas à droite, avancez à gauche !
L’ordre est éternel, l’ordre est sacré :
Ceux qui sont à droite ne bougent pas,
Mais ceux qui vont de l’avant toujours
Doivent rester du côté gauche[1].

En 1987, prendre le métro se révélait extrêmement simple car il n’y avait pas alors de ticket à acheter et à faire poinçonner ! Il suffisait de glisser une pièce de 5 kopecks (5 centimes de rouble), soit 25 centimes de franc (correspondant à 0,6 € de 2017), dans la fente du portillon automatique. Pas de ticket, pas de contrôleur ! Les choses ont évidemment changé depuis, pas strictement parce que le système économique est devenu capitaliste, mais surtout parce que l’inflation a été galopante et que les kopecks ont finalement disparu de la circulation. Il faut désormais acheter un ticket et il en coûte 55 roubles (soit 0,8 € de 2017) ce qui constitue une augmentation de la valeur nominale du titre de transport de 110 000 % consacrant, de fait, la dévaluation du rouble.

Depuis sa création, les stations sont construites avec des quais d'une longueur de 155 mètres permettant d'accueillir des rames de 8 voitures (Paris, 5). Par contre, la densité des stations est beaucoup plus faible qu’à Paris, une station tous les 1,6 km pour une tous les 0,6 km à Paris. Mais les trains sont très fréquents, l'intervalle moyen entre les trains est de 2’30 mais, aux heures de pointe, il est seulement de 35 secondes en moyenne (un peu plus d’une minute à Paris). Bien sûr, le métro de Moscou est connu pour la décoration de certaines de ses stations : Kievskaya avec des médaillons de mosaïques et des lustres, Komsomolskaya avec marbres et lustres, Mayakovkaya aux formes modern-style, aux murs de marbre gris, flanqués de piliers aux arrêtes en métal poli, Novodoslovodaskaya avec des vitraux, Ploschad Revolyutsii avec 76 statues en bronze des « défenseurs de la nation », Arbatskaya avec sa voûte en ogive, Kurskaya aux allures de temple grec… Les nouvelles stations ne sont pas moins intéressantes comme Dostoyevskaya, ouverte en 2010, avec ses fresques reprenant des scènes d’œuvre majeures de Dostoïevski.

Et la signalétique ? Ah, difficile à saisir d’autant plus qu’écrite en cyrillique ! Moins claire que dans le métro parisien ; aux correspondances on finit par repérer les numéros des lignes, mais on ne sait pas toujours dans quel sens vont partir les rames ! Il y a néanmoins un « truc » : les annonces sont réalisées par une voix masculine pour les trains qui vont vers le centre et par une voix féminine pour les trains qui s’éloignent du centre[2]. Oui, mais quand on est tout près du centre ?

Attention toutefois ! A la station Ploschad Revolyutsii, comme tous les Moscovites, ne pas omettre de caresser le museau, ou la patte, du chien de la statue du partisan accroupi !


[1] Boulat Okoudjava. « Chanson du métro de Moscou ». Sd.

[2] Voir Russiable, le blog pour voyager en Russie. « Comment utiliser le métro à Moscou et quelles stations visiter ».

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07 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (11/18). « Monsieur Plus » toujours actif ?

De la difficulté de passer de la tête de liste à un rang secondaire

 

Russie Moscou Métro Smolenskaïa Entrée

En 1987, nous avions été frappés par la tendance des Soviétiques à jouer les « Monsieur Plus », cette âme charitable d’une entreprise capitaliste de confiserie qui rajoutait alors des cacahuètes, des raisins secs, des bonbons dans les paquets de friandises vendus par l’entreprise au moment des entractes des séances de cinéma. En URSS, tout était toujours « plus », plus grand, plus haut, plus long, plus rapide... Si « beau » et « rouge » sont deux mots équivalents en vieux russe, « plus quelque chose » et « beau » étaient manifestement devenus synonymes.

Cette activité intense d’un « Monsieur Plus » socialiste était évidemment liée à une action de propagande, exactement comme celle du « Monsieur Plus » capitaliste sauf que, dans ce dernier cas, cette dernière est alors considérée comme de la « publicité ». Il fallait montrer que le socialisme était un régime économique et social très supérieur au régime capitaliste et qu’il était capable lui aussi de donner toujours plus de cacahuètes, de raisins secs et de bonbons !

Las, on sait désormais qu’une partie des activités de ce « Monsieur Plus » était inventée ou surestimée. Par exemple, le canal Volga / Baltique était présenté comme le plus long du monde alors même qu’il ne s’agissait pas d’un canal sur toute sa longueur mais d’une mise en relation de fleuves ou de lacs naturels (ce qui n’enlève rien d’ailleurs à la prouesse technique). Quand aux succès des sportifs soviétiques, ils étaient un peu aidés…

Trente ans plus tard, force est de constater que « Monsieur Plus » n’a pas totalement disparu avec le régime socialiste. Ses exploits sont toujours très appréciés, plutôt chez les guides touristiques plus âgés il est vrai, ceux qui, cinquantenaires, ont biberonné au socialisme réel. Cela permet de découvrir des choses étonnantes ; par exemple les Russes se vantent d’avoir inventé le téléphone portable. Peut-être, mais les recherches effectuées sur internet ne m’ont pas confirmé le fait. Dans les énumérations à la Prévert auxquels se livrent certains guides, la principale découverte de Dmitri Mendeleïev (1834 / 1907) serait d’avoir fixé le degré idéal d'alcool de la vodka à 38° ! Taux qui aurait par la suite été fixé à 40° pour faciliter le calcul de taxes sur l'alcool[1] ! Affirmation curieuse, alors que, partout dans le monde, Mendeleïev est surtout connu pour sa très remarquable classification périodique des éléments… à laquelle les Russes semblent préférer la définition stable du degré d’alcool de la vodka.

Il est vrai que pour les Russes la dégringolade de leur pays au cours de ces trois dernières décennies doit être un peu difficile à accepter. Passer d’une très grande puissance mondiale faisant trembler les USA et les puissances « occidentales » à la douzième place par le PIB total, et même à la 51e par le PIB par habitant (14 600 $/habitant, France 44 000 en 2013), c’est dur. Il n’est qu’à observer les Français, qui ont bien du mal à accepter que leur pays soit devenu une puissance économique et politique secondaire, pour se rendre compte de l’ampleur du traumatisme subi. A défaut d’affirmer la suprématie du socialisme sur le capitalisme, l’activité de « Monsieur Plus » permettrait donc d’affirmer auprès des touristes « occidentaux » que la Russie est encore une grande puissance.

Le discours apparait sensiblement différent chez les guides touristiques et accompagnatrices plus jeunes n’ayant pas vraiment connu le système soviétique. Il est moins d’affirmer que la Russie est encore une grande puissance, mais plutôt qu’elle est un pays faisant partie de l’ensemble européen, ouvert sur les échanges internationaux et où les conditions de vie sont similaires. Là encore, ce ne doit pas être toujours simple pour les jeunes Russes d’être au contact de touristes d’Europe de l’Ouest ou des Etats-Unis lesquels sont généralement intimement persuadés que leur régime politique et démocratique est très supérieur, que leurs conditions de vie sont les meilleures et que la Russie est une dictature implacable selon une représentation du monde blanc / noir assez caricaturale mais largement partagée par ces visiteurs.


[1] Selon Wikipédia cette légende s'appuierait sur les faits que Mendeleïev avait été nommé directeur du bureau des poids et des mesures de Saint-Pétersbourg en 1893 et que sa thèse doctorale portait sur la combinaison de l'alcool et de l'eau. Mais le degré alcoolique normalisé de la vodka à 40° a été introduit en Russie dès 1843 (alors que Mendeleïev n'avait que 9 ans) et sa thèse portant sur des combinaisons eau / alcool portait sur des titres beaucoup plus élevés (de l'ordre de 70°). 

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05 janvier 2018

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (10/18). De la lutte antireligieuse au clientélisme religieux.

Un renouveau de la construction d’églises - Les particularités des édifices et du culte orthodoxes

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich Couvent de l'Epiphanie

Après que les Soviétiques eurent détruit nombre d’églises, les Russes se mirent à les reconstruire ! Pour certaines avec bonheur, comme la petite église rouge et blanche de la Vierge de Kazan sur la Place Rouge. Construite en pierre au XVIIIe siècle, elle fut détruite en 1936 et reconstruite par la municipalité de 1990 à 1993. Pour d’autres plus par représailles vis-à-vis du passé soviétique tant l’original était laid ! La cathédrale du Christ-Sauveur a été édifiée entre 1839 et 1883 en mémoire de la victoire de la Russie sur Napoléon Ier dans un style dit « russo-byzantin », avec quelques parentés avec le style de notre Sacré-Cœur parisien. Elle fut détruite par Staline en 1931, non parce qu’il détestait les pastiches, mais parce qu’il souhaitait faire pire : un palais des Soviets de 300 mètres de haut, couronné d’une statue de Lénine en complet-veston de 100 mètres. Interrompu par la Seconde Guerre mondiale, les fondations du projet ont alors été occupées par la plus grande piscine à ciel ouvert du monde. La cathédrale fut finalement reconstruite, quasiment à l’identique (et donc toujours aussi laide), entre 1995 et 2000.

Pour un voyageur de l’Ouest européen, habitué aux architectures religieuses romanes, gothiques voire renaissances ou baroques, les églises orthodoxes russes ne manquent pas d’un certain « exotisme » ! Bien évidemment, il s’agit en tout premier lieu des coupoles en forme de bulbes, posées généralement sur un haut et étroit tambour. Leur origine est bien sûr byzantine, la coupole hémisphérique figurant le ciel où réside l’Être Divin. La neige trop lourde menaçant la structure des dômes classiques, celle-ci est rehaussée par le tambour et le dôme prend la forme d’un bulbe. On raconte que la forme des bulbes évoquerait la flamme d'un cierge ou s'inspirerait de la coiffe traditionnelle des femmes russes, mais l’argument me semble plus poétique ou idéologique que pratique. Leur nombre est souvent impair en raison du dôme central, mais il est toujours symbolique : un dôme représente le Christ ; trois, la Trinité, Dieu le père, Jésus-Christ et le Saint-Esprit ; quatre, les Evangélistes, Matthieu, Luc, Marc et Jean ; cinq,  Jésus avec les Evangélistes (le cas le plus courant) ; sept, les 7 sacrements de l'Église, baptême, onction, eucharistie, confession, mariage, ordination, sacrement des malades ; treize, Jésus avec les douze apôtres ; et parfois 33 pour l'âge du Christ. Ils peuvent être dorés et représentent alors la Gloire de Dieu, la couleur verte symbolise le Saint-Esprit ou un saint particulier, la couleur bleue décorée d’étoiles signifie que l’église est dédiée à la Vierge.

Si les dômes sont l’élément le plus spectaculaire, ils correspondent néanmoins à une architecture particulière des églises orthodoxes : une croix grecque inscrite dans un carré, délimitant ainsi neuf cellules carrées (parfois précédées d’un narthex). Sur ces neufs cellules sont donc généralement placés cinq dômes, un dôme central et un sur chacune des cellules en coin. Si le tambour du dôme central est ouvert sur la nef et souvent percé d’ouvertures, les tambours et dômes secondaires peuvent être strictement décoratifs et non ouverts sur la salle de prière. La structure généralement étroite de l’église orthodoxe, à l’inverse des églises catholiques en forme de croix latine donnant plus d’espace intérieur, est aussi liée à la manière dont se déroule les cérémonies : les fidèles se tiennent debout dans la nef pendant une cérémonie qui dure 2 heures, mais ils peuvent ne rester que 10 minutes.

Enfin, le sanctuaire est séparé de la nef par une cloison recouverte d'icônes placées traditionnellement en cinq rangées superposées, l’iconostase. Elle symbolise la venue du Royaume de Dieu parmi les hommes, afin que les hommes puissent entrer dans le Royaume de Dieu, « elle n’est pas un signe de séparation, mais un trait d’union, de communication entre l’autel et la nef, entre le ciel et la terre, entre l’éternité et le temps, entre le Créateur et la création ». Le sanctuaire est seulement accessible aux prêtres et au tsar par les « Portes Saintes » ou « Portes des tsars », au centre de l’iconostase. Les colonnes qui soutiennent la coupole centrale et les murs souvent aveugles sont généralement couverts de fresques.

D’autres églises, si elles ne furent pas démolies pendant la période soviétique, reçurent différentes affectations comme celle du couvent de l’Epiphanie de la petite ville d’Ouglitch : elle servit de gymnase ! A défaut de préserver les icones et les fresques, cela permettait au moins de conserver le bâti. Peut-être ces églises n’avaient-elles pas toutes un grand intérêt architectural, mais elles faisaient au moins partie du patrimoine historique et paysager. Progressivement toutes ces églises sont restituées au culte orthodoxe.

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17 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (9/18). Les Russes et le passé soviétique.

Des signes toujours très présents du passé soviétique

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich Lénine

Plus de drapeaux et d’étoiles rouges, plus de slogans révolutionnaires, plus de pin’s aux revers des vestons et plus de photographies du premier secrétaire du PCUS. Et plus de statue de Félix Dzerjinski, le fondateur de la Tcheka, le premier service de renseignement soviétique, sur la place Loubianka à Moscou ! Les monuments à Staline avaient déjà disparu depuis les années 50 et, à Moscou, les autres monuments aux gloires du régime communiste ont généralement été exilés dans le parc des statues déchues situé autour de la nouvelle galerie d’art Trétiakov (parc des Arts).

Sur les bâtiments officiels flotte désormais le drapeau de la Fédération de Russie à trois bandes horizontales blanc, bleu et rouge. Ce drapeau avait été utilisé par la marine marchande russe sous le règne de Pierre le Grand (1682 / 1725), il deviendra drapeau national lors du couronnement de Nicolas II en 1896. La couleur rouge signifierait la souveraineté, la puissance, la bleue, la couleur de la Vierge-Mère protégeant la Russie, la blanche, la couleur de la liberté et de l’indépendance.

Mais toute référence au régime communiste n’a pas disparu pour autant, Marx est bien présent sur la place de la Révolution, derrière la place Rouge et devant le Bolchoï, les étoiles rouges à cinq branches sont demeurées sur les toits des tours du Kremlin comme sur cinq des sept sœurs[1] et la très grande bibliothèque de Moscou s’appelle toujours la « Lénina ». Et puis, il était bien difficile d’enlever tous les blasons de l’ex-URSS, en marbre ou en métal, sur les bâtiments officiels de même des faucilles, marteaux, étoiles rouges, kolkhoziennes et ouvriers révolutionnaires, soldats de la Grande Guerre Patriotique présents sur nombre de bas-reliefs d’immeubles, d’entreprises ou des stations de métro. Toute cette quincaillerie prolétarienne à la figuration très réaliste est donc généralement restée en place, contrebalancée toutefois par l’érection de nouvelles églises.

Il faut néanmoins constater des changements subtils dans les visites organisées pour les touristes étrangers. A Saint-Pétersbourg, à Smolny, on ne visite plus le musée Lénine au sein du pensionnat des jeunes filles de la noblesse mais la cathédrale de la Résurrection du couvent ; dans la forteresse Pierre et Paul, les visiteurs sont conduits à la cathédrale où sont enterrés tous les tsars russes depuis Pierre le Grand et non plus dans les cachots de la citadelle qui avaient hébergés Dostoïevski et les révolutionnaires russes ; enfin, la visite du croiseur « Aurore » n’est plus obligatoire ! A Moscou, c’est la visite du mausolée de Lénine qui n’est plus inscrite automatiquement et d’autorité dans les circuits touristiques.

Si, à Moscou, un certain nombre de statues de Marx, Lénine, Dzerjinski et même Pouchkine (qu’avait-il donc fait pour mériter ça ? Ah, non, il est dans une autre section, celle de la littérature !) ont été regroupées dans le parc des statues de la Galerie Trétiakov, dans les villes et villages, à l’exception de Staline qui avait accumulé trop de haine, tout est resté en place et continue à être entretenu et à être régulièrement fleuri. La stèle ornée d’un médaillon de Lénine, au barrage du haut-Svir, précise « Lénine a vécu, Lénine vit, Lénine vivra »… et il n’est manifestement pas judicieux de « rire sous cape » comme le suggère le petit guide « La Russie par ses fleuves »[2] car la stèle est positionnée derrière un petit parterre de fleurs soigneusement jardiné.

C’est que les Russes apparaissent savoir ce qu’ils doivent à leurs parents et à leurs dirigeants, même s’il y eut de graves erreurs, des crimes, dans le développement du pays pour la sortie du féodalisme et dans la lutte contre les nazis qui se sont comportés ici avec une rare violence. Au travers des présentations historiques qui sont faites par les guides et animateurs, c’est Staline et sa clique qui endossent toutes les critiques.

Je m’incline devant l’océan infini de la science,
J’aime mon siècle de raison, mon siècle plein d’expérience…
Mais dommage quand même que nous rêvions comme autrefois d’idoles,
Et que parfois nous nous prenions tous pour des esclaves[3].


[1] Il s’agit de sept gratte-ciels, érigés de 1947 à 1955, aux profils similaires, surnommés les « Sept Sœurs de Moscou ».

[2] Howard Shernoff et Tania Samofalova. « La Russie par ses fleuves ». 2002.

[3] Boulat Okoudjava. « Dommage quand même ». 1990 ?

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15 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (8/18). Le Grand Moscou.

Un développement radioconcentrique – L’exigence d’une nouvelle urbanisation

 

Russie Moscou Colline des moineaux

« Nulle part Moscou ne semble être la ville elle-même ; tout au plus sa banlieue. Le sol humide, les baraques en planches, les longs convois de matières premières, le bétail qu’on pousse à l’abattoir, les cabarets misérables, on rencontre tout cela dans les parties les plus animées. La ville est encore parsemée de maisonnettes en bois, exactement selon la même construction slave que l’on rencontre partout aux environs de Berlin »[1].

Dès 1922 est établi le premier schéma directeur de la Russie soviétique qui vise au développement de la nouvelle capitale du nouvel Etat, basé sur une planification radiale et annulaire de Moscou et la préservation des monuments anciens de la ville.

Mais ce plan, qui ignorait les besoins pressants de logements de la population, a finalement été rejeté. En 1931 est mis à l’étude un nouveau schéma directeur de réaménagement, décidé en 1935, qui organise la déconcentration des industries et des habitants. Le système radioconcentrique de développement est valorisé avec la création d’une immense ceinture verte, composée de forêts et de parcs, laquelle formera la frontière de la ville avec la forêt. Le tout est complété, dans les années d’après-guerre, par la réalisation de voies larges en détruisant le bâti ancien y compris les bâtiments historiques, l’édification de gratte-ciels en périphérie (les « Sept Sœurs de Moscou ») et la construction d’immeubles de 5 à 9 niveaux au long des nouvelles avenues radiales et annulaires. C’est qu’il fallait créer une capitale à la hauteur des ambitions du premier état socialiste, avec un espace urbain semblable aux grandes métropoles européennes, Paris, Londres, Berlin ou Vienne, la monumentalité devenant un moyen de promotion de la capitale et du socialisme[2] !

Par suite de l’accroissement de la population moscovite est réalisée, en 1960, une nouvelle voie rapide périphérique, de 109 km de long, englobant plusieurs anciennes villes ou bourgades de la périphérie de Moscou : la MKAD (voie périphérique automobile de Moscou). En 1997, la MKAD est transformée en autoroute, passant de 2x2 voies à 2x5 voies, en supprimant tous les feux de signalisation et en aménageant les carrefours.

Le schéma directeur de 1935 a dessiné le Moscou d’aujourd’hui mais il semble que les limites de ce développement soient désormais atteintes. Les derniers schémas directeurs envisageaient trois fois moins d’automobiles qu’il n’y en a actuellement. Avec le développement du parc automobile, l’installation des centres commerciaux le long de la MKAD, les modifications des habitudes de consommation, la ville est désormais paralysée par les embouteillages. Par ailleurs, au-delà de la MKAD, l’implantation anarchique de datchas mite le couvert forestier et plus d’un demi-million d’habitants des environs viennent tous les jours travailler dans la capitale. Les racines du « mal moscovite » seraient à rechercher dans la structure radiale et circulaire de l’agglomération : près de la moitié des lieux de travail sont concentrés dans le troisième anneau de transport où ne vivent que 8 % de la population. 

En 2012, une consultation internationale a été lancée par la mairie de Moscou dans l’objectif de créer « les conditions du développement de Moscou en tant que ville mondiale et centre international de la finance, de l'éducation, de l'innovation et du tourisme ». Le jury international a retenu le projet des architectes français Antoine Grumbach et Jean-Michel Wilmotte, associés au russe Sergueï Tkachenko[3]. Ce projet repose sur le constat que de très grandes emprises ferroviaires et de nombreuses friches industrielles sont disponibles dans l’agglomération elle-même. En conséquence, plutôt que de créer des villes satellites nouvelles, la stratégie pour le développement de l’agglomération repose sur la priorité de structurer les axes d’urbanisation existants en s’appuyant sur un plan ambitieux de transports collectifs tout en respectant la fusion entre la ville et la forêt. Plusieurs lignes de trains rapides desserviraient les aéroports et le MKAD de Moscou, combiné à un réseau de métro et de lignes de tramway. En 2016, une ligne de chemin de fer circulaire de 170 km, reliée au réseau du métro, a été inaugurée à Moscou.


[1] Walter Benjamin. « Moscou ». 1927.

[2] Voir Andreï Ikonnikov. « L'architecture russe de la période soviétique ». 1990.

Garik Galstian ; « La mutation sociale et économique de l’espace urbain de Moscou après la chute de l’URSS ». In Natalia Guilluy-Sulikashvili. « L' énigme russe: pouvoir-économie et société ». 2012.

[3] Interview de Jean-Michel Wilmotte et Antoine Grumbach. France Culture. « La grande table ». 16/10/2012.

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13 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (7/18). La circulation automobile.

Moscou, capitale mondiale de l’embouteillage – Un marché automobile chaotique

 

Russie Moscou Centre d'affaires

En 1988, arrivant au pays du « socialisme réel », nous étions curieux de voir ce que cela signifiait et, la première chose qui sautait aux yeux d’Européens de l’Ouest, c’était alors la faiblesse de la circulation automobile composée d‘ailleurs plus de camions et d’autobus que de voitures particulières. Si elles ne congestionnaient pas les rues et boulevards, à l’arrêt les voitures n’encombraient pas davantage les trottoirs du centre ville étant reléguées dans des parkings collectifs surveillés.

Les voitures particulières étaient généralement des modèles soviétiques, des Moskvitch à allure d’Opel Kadett des années 50, des Lada, un modèle dérivé de la Fiat 124, des Volga aux formes carrées et américanisées avec chromes et long capot et enfin des Skoda 1000, une voiture tchécoslovaque à moteur arrière qui rappelait notre Dauphine Renault.

Aujourd’hui il en est tout autrement, du moins à Saint-Pétersbourg et Moscou où la circulation est assez démentielle malgré les imposantes infrastructures autoroutières. Pour le rapport annuel 2013 de la compagnie Tomtom, une entreprise spécialisée dans l'édition de logiciels de planification d'itinéraires et la fabrication de systèmes GPS, Moscou serait en tête des mégapoles mondiales en termes d'intensité des embouteillages sur les routes (Paris n’arrive qu’en neuvième position !). En moyenne, le retard causé par les embouteillages aux heures de pointes serait à Moscou de 74 minutes par heure passée au volant.

A Saint-Pétersbourg et Moscou l’essentiel des marques automobiles sont des marques étrangères, incluant les véhicules de marques étrangères fabriqués en Russie (Ford, Renault, Nissan et Hyundai). Ce sont souvent des véhicules imposants, 4x4 ou SUV, de marques allemandes ou japonaises. Mais le parc automobile moscovite ou saint-pétersbourgeois n’est certainement pas représentatif du marché automobile fédéral. Les véhicules observés dans d’autres villes, grande (Iaroslavl, 600 000 hbts), moyenne (Ouglitch, 33 000 hbts) ou petite (Goritsy, 3 000 hbts) sont d’une toute autre nature, de plus faible cylindrée, de marques russes et plus âgées, c’est que Moscou et sa périphérie (oblast de Moscou) représentent un quart du produit national brut de la Fédération de Russie !

A Moscou, le taux de motorisation automobile pour 1000 habitants est similaire à celui des grandes capitales internationales, mais il est deux fois plus élevé que la moyenne fédérale.

Le marché automobile russe apparaît extrêmement fluctuant dans le temps et serait, en 2017, le cinquième de l’Europe. Le marché automobile russe, dans lequel les grands constructeurs mondiaux avaient massivement investi en période de croissance, a diminué de plus de moitié depuis son record de 2012. L'Alliance Renault-Nissan, avec Avtovaz-Lada, représenterait aujourd’hui un tiers du marché russe des véhicules neufs (suivie de Kia, Hyundai, Renault et Volkswagen) ce qui n’est évidemment pas du tout sensible visuellement dans le parc automobile de Moscou et Saint-Pétersbourg.

Néanmoins, des subsistances de la période soviétique sont parfois encore visibles dans le paysage urbain… comme les grands parkings collectifs dans les quartiers d’immeubles afin de ne pas encombrer les trottoirs de la ville. Ou les très longues rangées de garages individuels, « garajniki », d’ailleurs situés souvent assez loin des quartiers d’habitation. Ces « coopératives de garages » ont été construites dans les années 60 et 70. C’est là que l’on entretient sa Lada qui a la réputation d’être plus souvent en panne qu’en état de marche, cela se fait entre copains, en se donnant des coups de main respectifs. Le garage est un lieu de convivialité, de discussions. C’est aussi en endroit où l’on stocke commodément des objets, des marchandises que l’on achète et revend, voire que l’on installe une petite entreprise d’entretien de véhicules.

Les activités réalisées dans les garajniki, comme celles effectuées dans les jardins potagers des isbas, ne sont pas intégrées dans la comptabilité du PNB russe, car elles ne passent pas par l’intermédiaire du marché formel. Réparer soi-même sa Lada, ou la faire réparer au noir par quelqu’un d’autre, comme faire ses conserves de cornichons, n’est pas comptabilisé et procède d’une économie dite « souterraine » qui peut néanmoins avoir une grande importance économique et sociale.

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11 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (6/18). Les escales.

Des gares maritimes desservies par les transports publics – Des facilités pour acquérir les indispensables souvenirs de voyage

 

Russie Canal Volga_Baltique Goritsi

Dans les programmes des agences de voyage, l’hébergement à Moscou et à Saint-Pétersbourg s’effectue généralement sur le navire ancré au port fluvial. A Moscou, du port fluvial il est très facile de rejoindre la station de métro la plus proche, « Rechnol Vokzal » (ligne vert foncé, n°2), en 10’ à pied. A Saint-Pétersbourg, une ligne de bus conduit à la première station de métro « Proletarskaya » (ligne n°3, jaune). Les voyageurs souhaitant découvrir ces deux villes par leurs propres moyens peuvent donc le faire facilement.

En général, les débarcadères des différentes escales permettent d’accéder directement aux centres villes et aux monuments à visiter, sauf à Goritsy où l’utilisation d’autocars est indispensable pour se rendre au monastère de Kirillo-Belosiorsky  situé à une dizaine de kilomètres.

A bord, les achats hors forfait (boissons au cours des repas ou aux bars, timbres-poste, blanchisserie…) sont effectués avec une carte particulière et donnent lieu à un paiement global, en fin de croisière, avec la carte bancaire. Mais, après la restauration, la seconde préoccupation des passagers est celle de l’achat de souvenirs de voyage, ces petits-riens, souvent assez laids, mais indispensables à la bonne réussite des vacances ! Il est donc nécessaire d’obtenir des roubles pour ces achats ou, plus simplement, pour boire une bière ou un café lors des escales. Le bateau dispose d’une boutique de souvenirs mais le choix de produits, certes de très bonne qualité, est néanmoins limité. Heureusement, dans sa grande sagesse, le marché capitaliste pourvoit désormais aux besoins des consommateurs et il n’est plus besoin de rechercher des magasins Beriozka[1], lesquels ont d’ailleurs disparu. Il y a donc plusieurs possibilités de « chalander » au cours de la croisière.

Par exemple, au cours du tour-de-ville de Saint-Pétersbourg, lors d’un « arrêt technique » pour soulager les vessies des visiteurs, arrêt judicieusement proposé dans une immense boutique de souvenirs en tous genres, souvenirs dont il n’est pas sûr d’ailleurs qu’ils soient tous fabriqués en Russie (mais il existe bien des Tour Eiffel « Made in China » !). Avantages : il y en a pour tous les goûts, tous les prix, lesquels sont largement affichés au dessus-des bacs.

Pour les touristes plus exigeants, adeptes de l’artisanat local, traditionnel, « Made in Russia », l’escale de Mandroga peut permettre de les satisfaire. Dans cet écomusée des artisans vous proposent leurs productions (tissage, broderie, vêtements, couvre-lits, travail sur bois…) exposées dans leurs ateliers situées dans des maisons anciennes.

A Goritsy, une série de stands de vente attendent le chaland à la descente des autocars et, mieux encore, à Ouglitch, l’arrivée dans la ville s’effectue entre deux longues rangées de tentes d’exposition. On y trouve de tout mais les prix ne sont plus affichés et il est alors nécessaire de négocier ; pas de panique, tous les vendeurs possèdent les rudiments indispensables des langues anglaise, française ou allemande (par incompétence, je n’ai pas obtenu d’information sur leur maîtrise du japonais et du chinois, mais ils doivent déjà s’y initier). Enfin, à Iaroslav, capitale locale de l’horlogerie, une boutique de vente de montres, de réveils et d’horloges, est judicieusement placée directement sur le quai de la gare maritime.

D’autres sollicitations existent bien évidemment. Il n’y a pas de visite où, à un moment ou à un autre, on n’omette de vous proposer d’entendre les magnifiques chœurs russes : dans les jardins de Peterhof, dans des annexes du palais du gouverneur à Iaroslav et des églises d’Ouglitch. C’est magnifique, gratuit, vous rend honteux de chanter si mal en France et, si vous êtes sollicités, c’est sans excès afin de vous permettre d’acquérir les œuvres de la chorale entendue.


[1] Les Beriozka étaient une chaîne de magasins d’Etat réservés aux touristes étrangers et dans lesquels il était possible d’acheter toutes sortes de souvenirs, à condition de payer en devises : matriochkas, plateaux laqués, boites de Palekh, coupes de Kokhloma, chapkas, chemises et corsages brodés, manteaux de cuir, bijoux d’ambre, appareils photos, montres, livres, disques... et, bien sûr, vodka et caviar.

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09 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (5/18). Le bateau, un lieu d’observation.

Une traversée de la grande forêt russe – Une présence humaine plus marquée sur les rives de la Volga

 

Russie Vanal Volga_Baltique

Outre le plaisir de visiter deux villes aux remarquables monuments historiques, Moscou et Saint-Pétersbourg, la réalisation d’une croisière sur la voie navigable Volga / Baltique permet d’aller « tâter » un tout petit peu de la Russie rurale et d’essayer de dépasser, autant que faire se peut, les clichés sur ce pays. Le bateau traverse en effet des zones différentes même si, globalement, les berges paraissent toujours être situées dans la grande forêt russe.

« … la route de Saint-Pétersbourg à Moscou, tantôt long steppe, tantôt interminable forêt, n’a pas la moindre colline pour faire une apparence de pittoresque »[1].

En partant de Saint-Pétersbourg, la navigation est un peu plus « pittoresque », même sans colline. Elle s’effectue d’abord sur la Neva, un fleuve lent, large (de 250 à 1300 m), majestueux, aux berges hautes couvertes d’une forêt mélangeant bouleaux et pins. Elle prend sa source dans l’immense lac Ladoga, le plus grand d’Europe, traversé de nuit. Le Svir relie les lacs Ladoga et Onega, sur 215 km et présente des caractéristiques semblables à la Neva, avec une présence humaine faible, marquée par de tous petits hameaux d’une dizaine d’isbas qui semblent perdus au milieu de la forêt de bouleaux et de pins. Les navires remontent généralement au Nord du lac Onega, long de 248 km pour une largeur de 92 km. Une dizaine d’heures de navigation sont nécessaires pour atteindre l’île de Kiji. L’aller, effectué de nuit, par un fort vent glacial du Nord, peut parfois être un peu secoué. Au retour, de jour, les berges sont si éloignées qu’elles ne permettent pas d’observation même à la jumelle.

Les bateaux empruntent successivement le canal Vytegra puis le canal de division des eaux lequel marque, comme son nom l’indique, la distinction entre les bassins de la Baltique et de la Caspienne. Enfin, ils utilisent le lit de la rivière Kovja. La présence humaine sur les berges est toujours assez faible. Les hameaux comportent une ou deux douzaines d’isbas, disposées au long d’une route de terre. Un tiers de ces isbas apparait en bien mauvais état,  vieilles et bancales mais habitées ; un autre tiers sont des isbas anciennes, noires mais entretenues, mais le dernier tiers est composé de maisons de bois, neuves et pimpantes, souvent très colorées. Dans toutes ces maisons, les jardins potagers ont été soigneusement retournés et se préparent vraisemblablement à recevoir les semis de légumes. On aperçoit des routes de terre qui s’enfoncent dans la forêt, et de formidables tas de grumes amoncelés sur la berge qui attendent d’être chargés sur des navires. Les bateaux traversent ensuite le lac Blanc (1 400 km2) avant de descendre le cours de la Sheksna. Les berges s’animent un peu et, derrière les rideaux d’arbre de la berge, on devine de petites villes à la vue de quelques immeubles de logements ou des hangars d’entreprises dont il est souvent difficile de  déterminer si elles sont en activité ou à l’abandon tant leur état est médiocre.

Le réservoir de Rybinsk est une immense retenue artificielle (4 580 km2) commencée en 1935 et mise en eau en 1941. Il permet d’assurer le transfert entre la Volga et la Baltique en toutes saisons alors que les cours d’eau le permettaient difficilement pendant la période d’été et toujours au prix de halages longs et pénibles. Les forêts qui occupaient le site ont été noyées ainsi que les champs cultivés et les villages. La décomposition des matières organiques a entraîné la prolifération d’une algue microscopique donnant à l’eau une couleur marronnasse. Par ailleurs, les fluctuations de niveau de la retenue, liées au stockage de fin d’hiver puis au déstockage pour la navigation ou l’hydroélectricité entraînent la création de marécages à de grandes distances de la retenue compte-tenu des faibles variations d’altitude ainsi que des phénomènes d’érosion des rives[2].

A partir de Rybinsk, la navigation s’effectue désormais sur la Volga dont les rives sont plus urbanisées, même si les forêts de bouleaux sont encore très présentes. Les villages égrènent désormais leurs chapelets d’églises à bulbes dorés, bleus ou verts. Ils sont composés de maisonnettes de bois, souvent neuves, aux couleurs vives. Puis dans le canal de la Volga à la Moskova, les rives deviennent alors très fréquentées. Manifestement, elles sont le terrain de jeu et de repos préféré des Moscovites qui viennent y camper, pique-niquer, bronzer ou tout simplement passer un agréable moment en famille ou entre amis.


[1] Alexandre Dumas. « Voyage en Russie ». 1862.

[2] P. Marchand. « Les variations de niveau des réservoirs de la Volga et leurs conséquences sur l'environnement ». Revue des sciences de l'eau. 1990.

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07 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (4/18). A bord du « Jozina Shashkov ».

Un navire fabriqué en RDA rénové en 2012 – Un design au charme un peu suranné et désuet

 

Russie Zosima Shashkov

« Je me suis si longtemps étendu sur le tzar Pierre que, selon toute probabilité, vous avez oublié en vous occupant de ce grand constructeur de vaisseau, de capitales et de royaumes, celui qui vous raconte son histoire, ses compagnons de voyage, le « Vladimir » sur lequel il a fait la traversée de Stettin à Cronstadt, et le « Cockerill » qui est venu tout exprès du quai Anglais pour nous chercher tous »[1].

Alexandre Dumas père a la plume et l’invention faciles. Ayant rédigé les souvenirs de son voyage en Russie quelques années après l’avoir effectué (1858), son texte comprend de longs développements sur l'histoire du pays, beaucoup moins sur sa géographie, mais de très nombreuses anecdotes toutes plus rocambolesques les unes que les autres. C’est enlevé, fort bien écrit bien sûr, mais l’auteur a manifestement un peu oublié les lieux visités, à moins que la rédaction de leur description ne l’intéressa pas véritablement. Comme la photographie et les smartphones n’existaient pas alors et qu’ils préférait certainement faire de beaux enfants à l’histoire, sa description des villes, monuments et paysages est souvent des plus sommaires : de Saint-Pétersbourg nous connaîtrons surtout la médiocrité des pavés, de Péterhof l’exécrable repas qu’il fit ce jour-là et de Moscou le récit d’un incendie dans lequel il se « grilla les cheveux ».

Faute d’un talent à la Dumas, soyons plus précis…

Les navires ont été spécifiquement construit pour la croisière fluviale en Russie et peuvent donc utiliser les canaux de Moscou. Généralement d’une longueur de 130 mètres environ, d’un tirant d’eau de moins de trois mètres, les bateaux accueillent de 200 à 280 passagers, à une vitesse maximale de 25 km/h. Il semble que de nouvelles commandes de navires soient actuellement en cours. Contrairement à la majorité des bateaux de la compagnie Vodohod qui portent plutôt des noms d’artistes russes, le Jozina Shashkov arbore le nom d’un ministre de la mer et de la flotte de l’URSS. Construit en 1986, il a été entièrement rénové en 2013. De 129 mètres de long et d’un tirant d’eau de 2,9 mètres, il comporte 5 ponts et 147 cabines qui permettent d’accueillir jusqu’à 284 passagers.

Les cabines sont petites et d’un design un peu passé de mode en Europe de l’Ouest, mais parfaitement entretenues et d’une propreté scrupuleuse. Elles possèdent chacune une fenêtre sur l’extérieur, une salle d’eau avec douche et toilettes privées, ainsi que la climatisation. A la disposition des passagers il y a en outre deux restaurants, deux bars, un solarium (s’il fait assez chaud et assez de soleil !), et une boutique de souvenirs.

Le design des bars et salles de restaurant n’est pas non plus de toute première jeunesse mais cela donne à l’ensemble un charme un peu suranné, désuet, tranquille, qui participe à vous mettre en confiance. Le tout est servi par une armée de jeunes gens et jeunes filles parfaitement souriants et manifestant toujours la plus grande bonne volonté… et il leur en faut, certains voyageurs, Chinois des Etats-Unis ou Français, étant particulièrement grognons ou exigeants.

Pendant les temps de navigation, pour éviter que les passagers ne s’ennuient, ce qui pourrait être très préjudiciable à l’évaluation finale du voyage, toutes sortes d’activités sont proposées, de l’initiation à la langue russe à la peinture sur matriochka, en passant par la visite de la passerelle, des conférences sur l’histoire de la Russie, des projections de films, des soirées dansantes ou faisant appel aux talents des participants et, bien sûr, les inévitables soirées folkloriques. Certains passagers arrivent néanmoins à s’occuper tout seul, comme des grands, soit en musardant sur le pont, observant les rives et les passages d’écluses, soit en discutant dans les salons voire même, pour quelques touristes américains d’origine chinoise, à jouer au majong pendant toute la durée du voyage.

Et la nourriture ? Ah, oui, la nourriture. Elément-clef pour les touristes français. Hé bien, un peu à l’image de la déco, sans fioritures inutiles, sans esbroufe, une nourriture honnête, suffisamment variée, équilibrée, flirtant parfois avec les saveurs méditerranéennes, bref, faisant de chaque repas un moment agréable, convivial, détendu… pour peu, bien sûr, que vous partagiez votre table avec de sympathiques compagnons de voyage.


[1] Alexandre Dumas. « Voyage en Russie ». 1862.

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05 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (3/18). Les croisières Volga-Baltique.

Des bateaux propriétés d’agences russes de tourisme – Des programmes de croisière tous semblables 

 

Russie Moscou Gare fluviale

Plusieurs compagnies exploitent des navires sur les fleuves russes. Fondées généralement au début des années 2000, après la privatisation d’Intourist en 1992, elles ont repris des navires soviétiques de croisières fluviales, construits le plus souvent en RDA dans les années 70 et 80, lesquels ont été entièrement rénovés pour répondre aux critères actuels de sécurité et de confort. Vodohod serait le plus important opérateur de croisière en Russie. Fondé en 2004, il exploite plus de 50 navires de passagers dont 12 navires accueillant des passagers internationaux et une douzaine accueillant le marché intérieur russe - généralement baptisés de noms de poètes, écrivains et musiciens russes célèbres.

Suite au naufrage d’un bateau de croisière en juillet 2010, le « Boulgaria », sur la Volga dans la République du Tatarstan, à 800 kilomètres à l'Est de Moscou, naufrage au cours duquel au moins 116 personnes auraient péri, les contrôles de navigabilité ont été renforcés ainsi que les conditions de sécurité.

Toutes les propositions de programme des agences de vente de croisières sont taillées sur le même modèle, c’est qu’elles ne  possèdent pas leurs propres navires et qu’elles réservent des places sur les bateaux propriétés des compagnies de navigation russes.

Ces programmes prévoient généralement deux jours à Moscou et deux jours à Saint-Pétersbourg (parfois un peu plus), et six jours de croisière entre les deux villes avec des escales identiques entre Moscou et Saint-Pétersbourg :

  • Ouglitch est une petite ville fondée au XIIe siècle qui fait partie de « l’anneau d’or de Russie » ; elle possède deux églises importantes, Saint-Dimitri-sur-le-Sang-Versé, bâtie en 1692 à l’endroit où, selon la tradition, le tsarévitch Dimitri, fils d’Ivan le Terrible, fut égorgé en 1591, et la cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur (1710), typique du style architectural de Iaroslav au XVIIIe siècle. Le temps disponible au cours de l’escale permet une promenade en ville et de visiter d’autres églises (couvent de l’Epiphanie).
  • Iaroslavl est une grande ville industrielle située au bord de la Volga possédant un bel ensemble de monuments religieux du XVIe au XVIIe siècle, notamment l’église Saint-Nicolas-les-Rondins (1675) avec une riche iconostase et des fresques exceptionnelles, l’église du prophète Elie (1650), typique du style de Iaroslav (spacieuses galeries ceinturant les églises, cinq coupoles sur haut tambour servant à éclairer la nef, clocher isolé, riche décoration intérieure). Malheureusement les organisateurs, mais aussi certainement la majorité des touristes, semblent préférer une visite spectaculaire (mais à mon avis de peu d’intérêt historique et culturel) avec la reconstitution d’un bal au palais du Gouverneur aux alentours des années 1800, plutôt que la visite des autres églises et monastères de la ville.
  • Goritsy est un petit village célèbre pour abriter, au sein d’imposantes fortifications, le monastère Kirillo-Belosiorsky qui était, au XVIe siècle, le deuxième de Russie par son influence et constituait donc un lieu de pèlerinage important pour les moujiks certes, mais surtout les boyards, princes et Tsars.
  • Kiji, une île située au Nord du lac Onega, est réputée pour ses constructions en bois des XVIIIe et XIXe siècles ; elle est considérée comme un musée à ciel ouvert de l’architecture en bois notamment avec l'église de la Transfiguration, un ouvrage coiffé de vingt-deux bulbes argentés.
  • Mandroga est un village de pécheurs, traditionnel, en bois, implanté en bordure de la Svir et transformé en écomusée mettant en valeur les différentes formes de l’artisanat russe (tissage, travail du bois, poterie...).

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03 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (2/18). De Moscou à Saint-Pétersbourg.

Une liaison de plus de 1300 km – Effectuée majoritairement sur fleuves et lacs

 

Russie Canal Volga_Baltique Ouglich

La voie d’eau qui relie Moscou à Saint-Pétersbourg est longue de 1 321 km quand 650 km séparent les deux villes par la route. De fait, il s’agit de deux voies d’eau complémentaires comportant au total une douzaine de sections. D’une part, la liaison entre la Moskova à la Volga, longue de 128 km et, d’autre part, la voie navigable Volga-Baltique, un ensemble de cours d'eau (Volga, Sheksna, Kovja, Svir et Neva), de réservoirs (Rybinsk), de lacs (Blanc, Ladoga et Onega) et de canaux (canal de la division des eaux de 53 km, canal de Vytégra de 38 km).

Les navires empruntent quelques sections de canaux (150 km environ) ou de fleuves (700 km environ), mais ils naviguent souvent sur de très grandes étendues d’eau constituées par des lacs, dont les deux plus grands lacs d’Europe, les lacs Ladoga (18 000 km2[1]) et Onega (10 000 km2), ou d’immenses réservoirs d’eau artificiels (Rybinsk, 4 500 km2).

Si certaines parties du parcours furent donc creusées, dans des conditions souvent atroces, cette extraordinaire réalisation tient néanmoins davantage à l’érection de quelques barrages entraînant l’immersion de vastes étendues de forêts, de champs cultivés et de villages, ce qui était rendu possible par la faiblesse des amplitudes d’altitude (altitude moyenne de 100 m). Près de 700 villages furent noyés sous la retenue de Rybinsk et 150 000 personnes déplacées.

Le canal de Moscou a été creusé par les prisonniers du camp de travail Dimitrovlag, une structure du Goulag spécialement créée en 1932. Deux cent mille prisonniers y auraient été affectés. Quatre ans et huit mois plus tard, quand le canal fut ouvert au trafic, il en restait cinquante cinq mille.

Grâce au canal, Moscou est reliée par des voies navigables à cinq mers : la mer Blanche, la mer Baltique, la mer Caspienne, la mer d'Azov et la mer Noire, d’où son surnom de « port des cinq mers ». Avec la voie d’eau Moscou / Saint-Pétersbourg, le régime socialiste réalisait, en beaucoup plus grand bien sûr, le rêve de Pierre le Grand de joindre Saint-Pétersbourg à la Volga. Déjà, au début du XIXe siècle, le système de canal Mariinsk permettait à travers rivières, lacs et canaux, de transporter les marchandises, mais pour des gabarits modestes.

Sur cette très remarquable voie d’eau, la navigation apparaît assez faible. Au long d’une semaine de navigation, nous avons croisé chaque jour, en moyenne, deux ou trois navires chargés de bois, un d’hydrocarbures et un autre de sable ou de gravier. Cela apparaît bien peu. Il est très difficile de trouver des statistiques qui permettent de quantifier les tonnages transportés. Si l’on en croit le Conseil maritime du gouvernement russe, 17,6 millions de tonnes de fret (pétrole et bois d’œuvre) auraient emprunté la voie navigable Volga / Baltique en 2004[2]. Si la Fédération de Russie a des projets d’amélioration du trafic fluvial en éliminant un certain nombre de restrictions à la navigation (construction d’une deuxième écluse parallèle sur le site hydro-électrique de Nijne-Svir et travaux de réparation et de rénovation sur le canal de Moscou)[3], de fait, le transport des pondéreux sur la voie navigable n’était vraisemblablement pas l’objectif prioritaire. Avec le gel des canaux en hiver et l’amélioration des transports terrestres Moscou / Saint-Pétersbourg (autoroute, chemin de fer, oléoducs et gazoducs), la voie navigable a pour principal intérêt de permettre le débardage des grumes de l’immense forêt russe.

De son côté, le canal de Moscou avait pour premier objectif d’assurer la fourniture en eau de la capitale (origine de près de la moitié de la consommation en eau de Moscou) et d’éviter que la Moskova ne se transforme en ruisselet en été. Enfin, l’ensemble de cette voie d’eau comprend une dizaine de centrales hydro-électriques positionnées sur chacun des barrages, lesquelles ont joué un rôle-clef dans l’alimentation en énergie électrique du pays.


[1] Pour comparaison, le lac Léman fait 580 km2 !

[2] En 2015, sur la Seine, 21 millions de tonnes, et sur le Rhin, 208 millions de tonnes.

[3] Commission Economique pour l’Europe. « Etat d’avancement du développement du réseau européen de voies navigables d’importance internationale ». 2010.

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01 décembre 2017

Russie - La voie navigable Moscou / Baltique (1/18). De l’URSS à la Fédération de Russie.

Rappels d’histoire récente - La fin de l’URSS et la naissance de la Fédération de Russie.

 

Russie Moscou Place Rouge Mausolée de Lénine

1988 : premier voyage à Leningrad et Moscou. Mais, il s’en est passé des choses depuis trente ans, des évolutions que personne n’imaginait même s’il était évident que le système soviétique était à bout de souffle et qu’il devait se réformer profondément.

Rappelons-en quelques étapes clefs.

En mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev est élu Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique. Il lance une politique de « glasnost » (transparence) pour supprimer les reliquats de stalinisme et de « perestroïka » (restructuration) pour combattre la stagnation économique.

En mai 1989, une première réforme constitutionnelle vise à établir une structure d’Etat indépendante du Parti Communiste en créant le poste de président du Soviet suprême d'URSS (une assemblée fédérale) lequel est désormais investi de réelles fonctions de chef de l'État. Dans le même esprit, le 15 mars 1990, Mikhaïl Gorbatchev est élu, par le Soviet suprême, président de l’URSS avec une nouvelle réforme constitutionnelle qui transfère les pouvoirs dévolus auparavant au président du Soviet suprême au nouveau président de l'URSS. Parallèlement, les Soviets suprêmes des différentes républiques composant l’URSS élisent des présidents Boris Eltsine est alors élu président de la Fédération de Russie laquelle représente les ¾ de l’économie soviétique.

Du 19 au 21 août 1991 a lieu une tentative de coup d’Etat par un « Comité d’Etat pour l’état d’urgence », composé de responsables du PCUS hostiles aux réformes, écartant le président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, retenu en résidence surveillée en Crimée. Boris Eltsine joue alors un rôle-clef dans l’échec du coup d’Etat et, le 25 août 1991, Boris Eltsine suspend les activités du PCUS et confisque ses biens. Le PCUS est purement et simplement dissous le 6 novembre.

Le 21 décembre 1991, l’URSS s’effondre, les républiques qui la constituaient prenant leur indépendance. Gorbatchev démissionne, le CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle créé en 1949) et le Pacte de Varsovie (un pacte de défense mutuelle créé en 1955) disparaissent. La Fédération de Russie, qui constituait le noyau historique et économique de l’URSS, prend sa place dans les institutions internationales notamment le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, et assume le passif financier de l’ancienne URSS. Une union politique et économique, la CEI, est fondée en 1991 pour tenter de maintenir des liens privilégiés entre les pays issus de l’URSS.

À partir de 1992, le gouvernement russe privatise massivement, dans des conditions souvent obscures, permettant la création rapide de très grandes fortunes. En 1994, plus de 50 % du secteur public (112 625 entreprises d'État) avait été privatisé. Les consommateurs, confrontés à une économie de marché, font face à une inflation galopante, 200 % pour le seul mois de janvier 1992, 2 600 % sur l’année 1992, et 1 000 % l'année suivante !

 La planification dirigiste et centralisée de l’économie est abandonnée brutalement au profit d’un mode de fonctionnement s’inspirant des thèses libérales des économistes de l’école de Chicago. La transition très rapide vers une économie de marché capitaliste provoque un effondrement total de l’économie russe. Le PIB est divisé par deux au cours des années 90 et une crise financière majeure, en 1998, plonge une grande partie de la population dans de graves difficultés. De 2000 à 2007, la Russie connaît un redémarrage fort (augmentation du PIB de 7 % en moyenne par an) étroitement lié à la montée des prix des matières premières et plus particulièrement du pétrole et du gaz. L'afflux de revenus qui en découle permet le développement du secteur tertiaire (banque, assurance, distribution) et la croissance de la consommation intérieure. Le développement est plus erratique depuis 2008…

Nouveau voyage en 2017 à l’occasion d’une croisière fluviale entre Saint-Pétersbourg et Moscou. Qu’est-ce-qui a changé en Russie en trente ans aux yeux d’un touriste étranger de passage ?

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23 novembre 2017

Ponte - Dans la courbe du Tibre (12/12). Liste des articles.

Rome Ponte Via Tor di Nona 1

 

Dans la courbe du Tibre - Le Rione Ponte (1/12). Via Giulia - San Giovanni dei Fiorentini - Corso Vittorio Emanuele II - Piazza Sant’ Angelo - Via dei Banchi Vecchi - Chiesa Nueva et Oratoire des Philippins – Via dei Banchi Nuovi, dei Banco di San Spirito,  dei Coronari - Via Tor di Nona - Sainte-Marie-de-la-Paix – Palais Altemps

La Via Giulia, côté Ponte (2/12). L’Oratorio del Gonfalone – Les palais Saccheti et Medici-Clarelli

San Giovanni Battista dei Fiorentini et ses architectes (3/12). Une succession d’architectes prestigieux – La sépulture de Francesco Borromini

Le corso Vittorio Emanuele II (4/12). Une nouvelle voie visant à faire de Rome une capitale « moderne »

La Piazza Sant’ Angelo, de triste mémoire (5/12). Une nouvelle conception de l’urbanisme – Mais une antique conception de la justice

La Via dei Banchi Vecchi (rue des vieilles banques !) (6/12). Le palais Sforza Cesarini – La casa dei Pupazi - Santa Lucia del Gonfalone

La Chiesa Nueva (Santa Maria in Valliccella) et l’oratoire des Philippins (7/12). Saint-Philippe-Néri et la « Congrégation de l'Oratoire »

Via dei Banchi Nuovi, del banco di San Spirito et dei Coronari (8/12). Palais et madonelles.

La piazza San Salvatore in Lauro et la via Tor di Nona (9/12). Une évolution positive : d’un lieu de supplice à un lieu de spectacle !

Santa Maria della Pace (Sainte-Marie-de-la-Paix) (10/12). Image miraculeuse ou commémoration d’une paix italienne ? – Une façade très originale

Le Palais Altemps (11/12). Une illustration du népotisme pontifical – Un élément du Musée National Romain

Liste des articles (12/12).

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2007 / 2016

Liste des promenades dans Rome

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21 novembre 2017

Ponte - Dans la courbe du Tibre (11/12). Le Palais Altemps.

Une illustration du népotisme pontifical – Un élément du Musée National Romain

 

Rome Ponte Palazzo Altemps

A l'époque antique, des ateliers de marbriers et un temple dédié au dieu Apollon occupaient l’emplacement du palais. Au Moyen-âge, il divisait les domaines de deux des grandes familles romaines, les Orsini et les Colonna.

En 1477, à l'occasion de son mariage avec Catherine Sforza, Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV, fit construire ce palais sur des dessins de Baldassare Peruzzi. C’est qu’il venait d’être nommé commandant du Château Saint-Ange et capitaine général de l'Église par son très généreux tonton et qu’il devait désormais loger à Rome.

En 1484, à la mort du pape, le palais fut pillé par la population romaine puis laissé à l’abandon et, quatre ans plus tard, Girolamo devait être assassiné lors d’émeutes à Forli.

La façade est simple, seulement marquée par les corniches saillantes des étages et les angles renforcés de travertin. La magnifique cour intérieure, œuvre de Baldassarre Peruzzi, est entourée de deux étages d’arcades en plein cintre encadrées par des pilastres doriques au premier niveau et ioniques au second.

Le palais change de propriétaire en 1568, il est acheté par le cardinal Mark Sittich von Hohenems, encore une fois par le neveu d’un pape mais de Pie IV de Médicis cette fois. Le nom du cardinal, d’origine tyrolienne, sera italianisé en Altemps d’où le palais tire son nom. Le palais est alors embelli, le belvédère qui forme la tour d’angle avec ses obélisques est ajouté par l’architecte Martino Longhi il Vecchio (1534 / 1591). La famille Altemps sera propriétaire du palais jusqu’à la fin du XIXe siècle, palais dans lequel s’installèrent notamment des académies comme celle d’Arcadie.

Le palais fut ensuite vendu au Saint-Siège qui le mit à disposition du collège pontifical espagnol. En 1982, la municipalité de Rome devint finalement propriétaire des lieux et, après une longue restauration, y installa en 1997 une partie des collections antiques du musée des thermes: la collection égyptienne, mais surtout les collections de sculptures antiques, Mattei, Ludovisi et Altemps dont les pièces de cette dernière retrouvèrent leur place d’origine. On peut y admirer des pièces très célèbres comme la naissance d’Aphrodite, le buste de Antinoüs, l'Hermès Loghios, l'Ares Ludovisi. Le suicide du Galate est probablement la pièce la plus réputée. Le chef Galate est figuré après une bataille perdue contre le roi Attale de Pergame. Fuyant, il préfère tuer son épouse et se suicider plutôt que de tomber entre les mains ennemies.  La sculpture le représente la tête tournée vers ses poursuivants, et se plantant son épée dans la poitrine tout en soutenant sa femme agonisante.

Certaines salles sont encore décorées de fresques et de plafonds peints à la Renaissance. Une pièce du premier étage, dite « la chambre du buffet » (sala délia piattaia), présente une surprenante peinture murale à fresque. L'espace entre les deux fenêtres est occupé par le trompe-l'œil d’un dressoir garni de pièces d'orfèvrerie. Peu « parlante » à priori cette peinture peut néanmoins être riche d’enseignement sur les habitudes sociales et alimentaires au cours de la Renaissance italienne ! [1]

 

Rome / Montpellier / Senlis, 2007 / 2016


[1] Philippe d’Arshot. « Un buffet romain méconnu : Aperçu d’un ensemble d’orfèvrerie de la fin du XVe siècle ». Annales d’histoire de l’art et d’archéologie. N°34. 2012.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur le quartier de Ponte

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