Notes d'Itinérances

15 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (8/12). Santi Nerone e Achileo et Santa Balbina.

Eglises romanes médiévales

 

Rome San Saba Santa Balbina 1

Vous revenez aux thermes de Caracalla par la via di Porta Latina. Près de la Piazzale Numa Pompilio (le successeur de Romulus et deuxième des sept rois de la monarchie romaine), la petite église Santi Nerone e Achileo (Saint Nérée et Achillée) ne paye pas de mine d’autant que ses abords servent manifestement de lieu de séjour à des sans-abris étrangers. Elle a été construite en mémoire des bandages perdus à cet endroit par Pierre fuyant Rome par suite des persécutions engagées par Néron contre les Chrétiens. Ces bandages protégeaient ses blessures occasionnées par les chaînes dont il avait été entravé quand il était prisonnier à Jérusalem. Pour cette raison, l'église avait été enregistrée sous l’appellation « Fasciole » (bande, ruban) ! À la fin du VIe siècle, l'église a été dédiée aux saints Nereus (Nérée) et Achilleus (Achillée), deux soldats chrétiens martyrisés. Une épigraphe composée par le Pape Saint-Damase (305 / 384) précise que Nérée et Achillée étaient inscrits à la milice dans laquelle ils exécutaient les ordres du tyran parce que la terreur les y contraignait. Touchés par la foi, ils se convertirent et abandonnèrent immédiatement leurs armes. Ils furent condamnés à mort, décapités et leurs corps transportés dans les catacombes de Domitilla. Les faits se seraient passés sous Domitien, en l’an 95… ou peut-être sous Dioclétien, en 295 / 298 ! L'aspect actuel de l'intérieur de l’église [1] est dû à la rénovation de 1597. Ses murs sont décorés de grandes fresques représentant des scènes de martyres. Ces images fleurirent à cette époque par suite du rappel du culte des images lors du Concile de Trente (1542 / 1563), la redécouverte des catacombes, l’envoi de missionnaires pour évangéliser les peuples non-chrétiens, et enfin la publication, en 1580, du premier martyrologue, un recueil de brèves notices sur les saints à fêter.

Juste après l’entrée des thermes, à gauche, par la via Ardonina vous montez sur la colline du petit Aventin, avec les thermes à votre gauche et un stade à votre droite. On a peine à le croire mais cette rue pentue, en courbe, a servi de piste automobile pour des grands prix de formule 1 avec les via Guido Bacelli et delle terme di Caracalla, en 1947, 49, 50 et 51 !

L’église Santa Balbina est située au sommet de la colline [2]. L'église actuelle se dresse sur un bâtiment plus ancien qui faisait partie d'une grande villa appartenant à Lucius Fabius Cilo, consul de 193 à 204 et qui était un partisan de l'empereur Septime Sévère. Peut-être existait-il initialement un lieu de culte dans la villa, transformé ensuite en église car la première référence documentaire à l’église date de 595, sous le règne du pape Grégoire Ier, dans une liste de prêtres appartenant à cette église et assistant à un synodeLe bâtiment est à nef unique, avec de profondes niches aménagées dans les murs latéraux, alternativement semi-circulaires ou rectangulaires, délimitées par des pilastres. L'abside abrite une chaire cosmatesque du XIIIe siècle. C’est aujourd’hui un simple lieu de culte sans paroisse, une annexe de la basilique Saint-Pierre de Rome. L’église est dédié à Sainte-Balbina, une sainte assez obscure puisque le martyrologe romain de 2004 se contenterait de la décrire comme vénérée dans sa basilique de Rome. Les légendes sur sa vie et sa mort sont les plus diverses : elle aurait été nonne, ou noyée, ou enterrée vivante, voire décapitée. 

A l’église s’est ajouté, peut-être à la fin du VIe siècle, un monastère qui aurait été occupé par des moines grecs de rite byzantin. Au Moyen-âge, en raison de la situation instable et des nombreuses incursions armées, le couvent fut fortifié et une tour médiévale à créneaux érigée. En 1798, l’église fut occupée par les troupes française puis ensuite abandonnée. En 1854, le couvent a été racheté et transformé en centre de détention pour délinquants juvéniles de sexe masculin. En 1879, l'Istituto di Santa Margherita de Cortona s’y établit pour s’occuper de « peccatrici ravvedute » (pêcheuses repenties), autrement dit pour rééduquer des prostituées. En 1897, l'institution se transforma en orphelinat pour devenir aujourd’hui une maison de retraite pour personnes âgées [3]. Un parcours somme toute assez banal pour ce type de bâtiment et qui rend compte des évolutions démographiques contemporaines. Sur le côté de gauche de l’église, une petite route champêtre et ombragée, la via di Santa Balbina, vous conduit dans la partie habitée du rione et, par la via Ercole Rosa, vers la place Bernini.


[1] L’église ne semble être ouverte que pour des visites privées.

[2] L’église est actuellement fermée pour travaux (2019).

[3] Site Chuch of Rome Wiki.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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13 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (7/12). Parco di Scipioni et via di Porta latina.

Sur le lieu du supplice de Saint-Jean – Un scandale retentissant

 

Rome Celio San Giovanni in Oleo

Le parc des Scipion est le résultat de la fusion, en 1928, de deux sites funéraires antiques, la tombe des Scipion et le columbarium de Pomponius Hylas du Ier siècle. Au XVIIesiècle, la zone était couverte de vignes. Le parc est magnifique avec de grands arbres, pins, cyprès et des bosquets de chênes verts, de lauriers et de myrtes. Comme la majorité des parcs de la ville il est dans un état de semi-abandon, ce qui néanmoins n’est pas sans un certain charme. Heureusement, les résidents de la zone se mobilisent régulièrement pour nettoyer le parc, s’assurer qu’il soit fermé la nuit et que les bancs et jeux d’enfants soient entretenus [1]. Le parc possède une boite à livres [2] et bénéficie d’une adresse Facebook. C’est un très agréable endroit pour un pique-nique suivi de jeux ou d’une petite sieste.

Vous sortez du parc dans la via di Porta latina, juste devant un remarquable petit édifice, l’oratoire de San Giovanni in Oleo (Saint-Jean-Dans-L’huile) ! D'après la tradition, l’oratoire s'élève à l'endroit où Saint-Jean aurait été plongé dans un réservoir d'huile bouillante, d’où cette curieuse appellation. L'histoire se serait passée sous le règne de Domitien ; Jean aurait été conduit enchaîné à Rome et condamné à être plongé dans un chaudron d’huile bouillante d’où il ressortit, non seulement sain et sauf, mais régénéré ! Saint-Jean aurait alors été envoyé en exil sur l’île de Patmos. L'architecture de l'édifice est généralement attribuée à Bramante (1444 / 1514) et à son disciple Antonio da Sangallo le Jeune (1484 / 1546). Mais, pendant le pontificat d'Alexandre VII Chiggi, le bâtiment fut restauré et largement réinterprété en 1658 par Francesco Borromini (1599 / 1667). La structure, de forme octogonale avec des pilastres doriques pliés aux angles, daterait de 1509, mais Borromini ajouta la coupole, la croix, le globe orné de roses et la couronne de feuilles d'acanthe.

L'église San Giovanni a Porta Latina [3] (Saint-Jean-à-la-Porte-Latine) est située un peu plus loin, à droite, en se dirigeant vers les thermes de Caracalla. L’église date du Ve siècle, agrandie en 720, restaurée en 1191 avec la reconstruction d'un nouveau campanile de cinq étages dont les trois derniers présentent d'élégantes fenêtres à meneaux, et avec l'ornementation de 46 fresques représentant des scènes bibliques. En 1657, une nouvelle rénovation est confiée à Borromini qui fait percer les six fenêtres de la nef. Les soldats de la République française ont utilisé l'église comme caserne après l'invasion de 1798, puis elle a été laissée à l’abandon, utilisée comme entrepôt de laine et enfin comme tannerie avant d’être re-consacrée au XIXe siècle. L'intérieur de l'église est divisé en trois nefs, séparées par cinq paires de colonnes de marbre issues pour partie d’un temple de Diane, surmontées de chapiteaux ioniens et d’arcs en plein cintre, et se termine par une abside semi-hexagonale à l’extérieur mais semi-circulaire à l’intérieur. Les fresques sont l'œuvre de quatre ou cinq auteurs qui auraient travaillé ensemble sous la direction d’un maître. Enduites en 1526, les fresques ont été découvertes lors d’une restauration au début du XXe siècle.

En 1578, l'église fut le théâtre d'un scandale retentissant. Située dans une zone dépeuplée et entourée de vignobles, l’église serait devenue le lieu de rencontre d’un cercle secret d’hommes, presque tous de nationalité portugaise, observant des rites liturgiques au cours desquels ils se juraient amour et fidélité. Pris en flagrant par la garde pontificale, onze personnes ont été arrêtées le 20 juillet, jugées pour sodomie et profanation de l’institution du mariage. Huit d'entre eux furent pendus le 13 août à l’extrémité du Pont Saint-Ange, lieu habituel des exécutions, et leurs corps brûlés. Une manifestation de charité chretienne peut-être ? Un frère a été acquitté (pour éviter une implication de l'Église ?) et deux autres ont collaboré avec le tribunal et ont ainsi évité la condamnation à mort [4].

« Ils s’épousoient , masle à masle, à la Messe, avec mesmes cérémonies que nous faisons de nos mariages, faisoient leurs Pasques ensemble, lisoient ce mesme évangile des nopces, et puis couchoient et habitoient ensemble » [5].


[1] Officiellement, le parc est ouvert de l’aube au crépuscule…

[2] Une boîte à livres est un espace où sont déposés des livres. Chacun peut déposer ou prendre un livre.

[3] L’oratoire est fermé mais la basilique est ouverte tous les jours de 7h30 à 12h30 et de 15h00 à 18h00.

[4] Enrico Gregori. « Onze hommes arrêtés pour un cercle secret à l'église de San Giovanni a Porta Latina ». La Repubblica. 20 juillet 2017. 440 ans plus tard, autres temps et autres règles sociales moins barbares.

[5] Montaigne. « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». 

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11 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (6/12). Au début de la via Appia antica.

Sur le chemin de Saint-Pierre jusqu’à l’endroit où il aurait décidé de retourner à Rome et d’affronter son destin

 

Rome San Saba San Cesareo

Le Censeur Appius Claudius Caecus [1] a pris l’initiative de faire construire une route, en 312 avant JC, pour conduire de la Porta Capena (derrière le cirque Maxime) jusqu’à Capoue, soit 195 km. Elle fut ensuite prolongée jusqu’à Brindisi dans les Pouilles. En 1988 a été créé un parc régional pour protéger et valoriser les vestiges archéologiques situés aux abords de la via Appia, mais aussi son paysage de la campagne romaine. L’idée d’un grand parc archéologique dans cette zone date de la fin du XIXe siècle car elle sera constamment menacée par les constructions d’entreprises, de maisons ou de voies de communication surtout depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le parc fait aujourd’hui plus de 3 000 ha, dont 95% sont des propriétés privées.

Le début de la Via Appia antica est peu attrayant, la circulation des automobiles est assez dense et elle est traversée par les ponts d’une voie express (via Cilicia) puis d’une voie ferrée (Aéroport / Trastevere / Ostiense / Termini). A 500 mètres de la Porte Saint-Sébastien, après le pont du Chemin de Fer, sur la droite, un ancien bâtiment industriel permet d’atteindre l’Almone, un affluent du Tibre à la hauteur du quartier de Garbatella. Le long de l’Almone plusieurs moulins à foulon ont été établis dès le XVIIe siècle pour fouler la laine. Par la suite une entreprise de papier s’est installée et a fonctionné jusque dans les années 50. Une petite exposition rend compte de ces utilisations de l’eau de la rivière.

Peu après, sur la gauche, s’élève un monticule de briques sur lequel est construit une maisonnette récente ! Ce serait le tombeau de Geta. Geta (189 / 211) était le fils de Septime Sévère et le frère de Caracalla. Au décès de Septime Sévère, les deux frères (qui se détestaient) deviennent conjointement empereurs. Chacun fourbi ses armes et ses appuis, mais à ce petit jeu Caracalla était le « meilleur ». Il fait assassiner son frère lors d’un rendez-vous chez leur mère. Dans la foulée, il en profite pour éliminer tous les partisans de Geta lesquels se seraient chiffrés au nombre de 20 000 !

A 800 mètres de la Porte Saint-Sébastien, la voie se sépare en deux, à gauche la via Appia antica et, à droite, la via Ardeanita [2]. Au croisement, à gauche, est située une modeste église dénommée étrangement « Quo vadis ? » (« Où vas-tu ? »). L’église a été construite sur le lieu de la rencontre légendaire entre le Christ et Pierre. Pierre fuyait les persécutions de Néron contre les Chrétiens qu’il accusait d’être les auteurs du grand incendie de Rome. Sur la via Appia, il aurait alors rencontré Jésus qui se dirigeait vers Rome. Pierre lui aurait demandé « Quo vadis, Domine? » (« Où vas-tu, Seigneur ? ») et Jésus aurait répondu : « Venio Romam iterum crucifigi » (« Je vais à Rome me faire crucifier de nouveau »), montrant ainsi qu’il faut affronter son destin. Pierre serait retourné à Rome, où il aurait été crucifié sur la colline du Janicule, la tête en bas à sa demande, par humilité.

Au lieu supposé de la rencontre entre le Christ et Pierre a été érigée au IXe siècle une première chapelle transformée en église en 1637 à la demande du cardinal Francesco Barberini, Santa Maria in Palmis [3], le blason en façade porte les armes des Barberini, trois abeilles. Bien que très modeste par ses dimensions, la façade affirme plus nettement encore que San Cesareo di Appia, aperçue au début de la via di Porta San Sebastiano, son pari baroque : fronton triangulaire en fort relief, à ressauts, pilastres colossaux cannelés, chapiteaux en fort relief, corniche brisée avec l’insertion d’un fronton de fenêtre interrompu et à volutes ! L'église abrite une plaque de marbre blanc (copie de celle de la Basilique Saint-Sébastien-hors-les-Murs), qui présente l'empreinte de deux pieds que la tradition populaire associe à ceux du Christ lors de son apparition à Pierre et que le pape Innocent III (1161 / 1216) a décrétée vraie. Il s’agit en réalité d’un ex-voto païen pour assurer le succès d’un voyage. Tout cela n’est donc que légende et tradition, me direz-vous, Hommes de peu de foi, car évidemment aucun élément n’atteste de la véracité des faits. Néanmoins ces légendes, ces traditions, ces mythes, ont participé à l’histoire de notre civilisation et à forger notre culture et il est donc important de les connaître afin de comprendre ce que nous sommes devenus, ce que nous sommes nous-même.

Retour aux thermes de Caracalla par la porte de Saint-Sébastien et la via di Porta latina.


[1] Homme d’État de la République romaine, censeur, par deux fois consul, dictateur, interroi par trois fois, préteur, édile curule par deux fois, questeur, tribun militaire par trois fois, mais aussi premier écrivain latin connu.

[2] A 1 200 mètres à partir de ce croisement, vous pouvez atteindre les fosses ardéatines où furent massacrés 335 civils italiens par les troupes d'occupation nazies à Rome, le 24 mars 1944.

[3] L’église Quo vadis est ouverte tous les jours de 8h à 18h.

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09 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (5/12). La via di Porta San Sebastiano.

Une promenade quasi champêtre à deux pas du forum

 

Rome San Saba Porta San Sebastiano 1 Arc de Drusus

Voilà une promenade agréable, à faire plutôt un matin de printemps, par ciel bleu et une température un peu fraiche. Nous sommes à deux pas de la Rome antique, au centre de la Rome moderne, trépidante, et pourtant, ici, c’est une campagne bucolique qui commence après la piazzale Numa Pompilio. Vous avez alors en face de vous deux ruelles formant une fourche, enserrées entre de hauts murs fermant des jardins de belles villas. Prenez celle de droite, la via di Porta San Sebastiano qui vous conduira en un kilomètre au mur d’Aurélien et à la Porte Saint-Sébastien. Vous remarquez, à droite, le porche d’une petite église entre maniérisme et baroque, San Cesareo de Appia [1].

Un peu plus loin, toujours à droite, la Casina du Cardinal Bessarione est un exemple de Villa de la Renaissance italienne. Au début du XIVe siècle, le lieu fut aménagé en hôpital, puis en monastère, avant de devenir une auberge de campagne à la moitié du XIXe siècle. La façade originale présente deux grandes fenêtres à croisée ainsi qu'une loggia. À l'intérieur, on trouve deux grands salons décorés avec des fresques et aménagés avec des œuvres de style de la Renaissance italienne.

Puis, sur la gauche cette fois, vous avez le tombeau de la famille des Scipion, du IIIe siècle [2]. À l'intérieur, six galeries sont creusées dans le tuf et les sarcophages sont disposés le long des murs ou à l'intérieur de niches. Chaque sarcophage comporte une inscription décrivant le personnage et ses entreprises.

Vous arrivez alors devant ce qui ressemble à un arc de triomphe et qui est dénommé Arc de Drusus. En réalité, si un arc de triomphe a bien été érigé du côté de la Porte Saint Sébastien par le Sénat en l'honneur du général romain Nero Claudius Drusus, fils adoptif d'Auguste et père de Claude, mort en 9 av. J.-C, l’arc actuel est simplement une contre-porte défensive, utilisée par la suite pour soutenir l’aqueduc chargé d’alimenter les thermes de Caracalla.

Derrière l’Arc de Drusus, c’est la Porte Saint-Sébastien, laquelle marque la fin de la ville romaine et le début de la via Appia antica. C’est la porte la mieux conservée de Rome, composée de deux tours semi-cylindriques à base carrée. Sur le montant droit de la porte est gravée la figure de l'archange Michel tuant le dragon, avec une inscription latine en caractères gothiques, rappelant la bataille qui s'est déroulée à proximité, le 29 septembre 1327 (le jour de la Saint-Michel), entre les milices romaines gibelines (soutenant l’Empire) des Colonna contre l'armée guelfe (soutenant la papauté) du roi de Naples Robert d'Anjou (1277 / 1343).  La Porte Saint-Sébastien abrite le Museo delle Mura di Roma [3] comprenant des maquettes de la muraille d’Aurélien et permettant également d’aller marcher sur le chemin de ronde. 

 « Des très beaux musées, ce n’est pas ce qui manque dans la ville : des touristes venus des quatre coins du monde font la queue pour les visiter. Il en existe aussi qui sont incroyablement déserts, et qui ne sont pas forcément connus des Romains. C’est le cas du Museo delle Mure, à la Porta San Sebastiano, il fait partie de ces trésors méritant le détour… » [4].

De la Porte San Sébastien, vous pouvez faire un petit morceau de la via Appia antica ou retourner vers les thermes de Caracalla en traversant le rione voisin, celui du Celio. Vous passez la porte Saint-Sébastien, tournez à gauche en suivant le mur d’Aurélien à main gauche jusqu’à la porte suivante, celle de Porta Latina, puis vous empruntez la via di Porta latina. Ou, vous pouvez revenir sur vos pas jusqu’au tombeau de famille des Scipion, juste avant une porte dans le mur qui vous permet de pénétrer dans le parc des Scipion que vous traversez pour retrouver la via di Porta Latina.


[1] Erigée au VIIIe siècle, reconstruite au XIIe, modifiée en 1603. Elle n’est ouverte que le dimanche matin, entre 10h30 et 12h00. Façade de Giacomo della Porta, mosaïques cosmatesques, plafond à caissons aux armes de Clément VIII Aldobrandini, mosaïques du cœur sur un dessin du Chevalier d’Arpin et fresques du même auteur.

[2] Malheureusement, comme de nombreux sites romains, notamment la Casina du Cardinal Bessarione, le tombeau n’est ouvert que pour des groupes, sur réservation téléphonique (+39 060608).

[3] Musée des murs de Rome. Ouvert du mardi au dimanche de 9h à 14h. Après, c’est l’heure sacrée de la sieste ! Vous pourrez vous y adonner à loisir dans le Parc voisin des Scipion.

[4] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

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07 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (4/12). Les Thermes de Caracalla.

Les thermes les mieux conservés – Un décor remarquable pour des opéras

 

Rome San Saba Thermes de Caracalla 0

Aurelius Antoninus (188 / 217), autrement dit Caracalla, entreprit la construction des thermes à partir de 212 apr. J.-C. Ce sont les empereurs Elagabal et Sévère Alexandre qui achevèrent la construction de cet immense complexe de 11 hectares, un des plus grands de la Rome antique et celui qui est le mieux conservé même si ses richesses furent systématiquement pillées. Les thermes n’étaient pas simplement un établissement de bain mais ils étaient aussi un complexe sportif (palestres), culturel (bibliothèque, œuvres d’art), médical (médecins), voire cultuel (espace souterrain dédié au dieu Mithra) et un espace vert. C’était un lieu de détente, de rencontres et, bien sûr, d'affaires. 

Les Thermes de Caracalla pouvaient accueillir 1 600 personnes. En général, les Romains commençaient par une sudation dans le laconicum (étuve), ils passaient ensuite au caldarium (bains chauds) dans une grande salle circulaire de 34 m de diamètre, située plein Sud, au centre du bâtiment et surmontée d’une coupole, puis ils gagnaient le tepidarium (bains tièdes) dans une salle plus petite, située derrière le caldarium. De là, il rejoignait enfin la salle la plus vaste, 58 m sur 24 m, située au Nord, le frigidarium (salle froide) : la piscine y était sans doute à l’air libre. Pour alimenter en eau les 64 citernes de 80 000 litres chacune qui stockaient l’eau nécessaire au fonctionnement des thermes, on construisit, en 212, l’aqueduc de l’Aqua Antoniniana lequel traversait la via Appia grâce à l'arc dit de Drusus.

A l’origine, les bains publics séparaient les hommes et les femmes qui se baignaient nus, ou à défaut de séparation dans les salles, il leur était attribué des horaires différents : avant 13h pour les femmes, tout le reste de l’après-midi et la soirée pour les hommes ! Il semblerait que, par la suite, la discipline de séparation des sexes se soit relâchée ce qui aurait amené les empereurs, d’Hadrien (76 / 138) à Alexandre Sévère (208 / 235), à interdire la baignade commune des femmes et des hommes. Après avoir été en service durant plus de trois cents ans, les thermes ont cessé d’être utilisés en 537 quand les aqueducs qui approvisionnaient la ville en eau ont été détruits par les Goths.

Les simples murs de briques que nous voyons aujourd'hui étaient autrefois recouverts de marbres, les sols de mosaïques et des statues étaient disposées dans les niches [1]. En 1143, les 22 colonnes de la bibliothèque servirent à l’érection de Santa Maria in Trastevere, Paul III Farnèse (1468 / 1549) puisa largement dans cette réserve de matériaux pour la construction de l'actuelle basilique Saint-Pierre et deux grandes vasques sont allées orner la place du Palais Farnèse, enfin plusieurs des statues sont exposées au Musée archéologique national de Naples. 

« Ces choses là sont bonnes à voir pour servir de signe à un souvenir ; autrement rien de moins curieux. Les grands pans de mur dont j’ai parlé forment quatre salles ; la barbarie des siècles les a dépouillé de tout ce qu’il  a été possible d’emporter » [2].

En 1901 et en 1912 les souterrains des thermes furent dégagés et, en 1938, a été découvert un mitreo, un sanctuaire dédié au culte de Mithra, le plus grand connu à Rome. En 1938, eurent lieu les premières représentations d’opéras dans les thermes de Caracalla mais, en 1940, l’initiative sera arrêtée par suite de la déclaration de guerre et parce que les thermes furent utilisés pour y implanter des potagers ! En 1945, les représentations d’opéras reprirent dans les thermes avec notamment l’Aïda de Verdi. L’afflux de spectateurs s’est toutefois avéré incompatible avec la conservation du site et les spectacles furent à nouveau interrompus en 1993. L’érection d’une nouvelle scène, temporaire et mobile dans les jardins, éloignée des ruines, permit aux spectacles de reprendre à partir de 2002. Par exemple, en juillet et août 2018, 14 soirées lyriques étaient au programme, dédiées notamment à Giuseppe Verdi avec la Traviata et Georges Bizet avec Carmen. En 2019, c’est le retour d’Aïda qui n’avait pas été rejouée depuis 2011 alors qu’il s’agit de l’opéra joué le plus régulièrement depuis l’origine. Seront représentés également La Traviata et Romeo et Juliette de Sergeï Prokofiev [3].


[1] Ouverture des thermes du mardi au dimanche de 9h à 18h30, et le lundi de 9h à 14h

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[3] Voir programme et achat de places sur le site de l’opéra de Rome.

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05 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (3/12). La FAO, abritée sous de bien mauvais hospices.

Le ministère de l'Afrique mussolinienne accueille la FAO ! - Une efficacité toujours à démontrer

 

Rome San Saba FAO 2

Le siège de la FAO-OAA (Food and Agriculture Organization - Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture) est situé entre le Cirque Maxime et les Thermes de Caracalla. Créée le 16 octobre 1945 à Québec, par 44 pays, la FAO a pour but « d’élever le niveau de nutrition et des conditions de vie des populations ». C’est la première des institutions spécialisées créée par les Nations-Unies. Elle devait être hébergée au sein de l’ONU, à New-York, mais la taille de la ville, la concentration de fonctionnaires internationaux, ont plaidé pour un accueil dans un autre pays. L’Italie a été choisie parmi les cinq pays postulants, parce que Rome avait été le siège de l’Institut International d’Agriculture et qu’elle avait un bâtiment à proposer, conçu à l’époque mussolinienne, lequel aurait dû abriter le ministère de l’Afrique italienne. 

Mussolini ne manquait pas d’ambition de ce point de vue ! En juin 1936, l’Érythrée, la Somalie et l’Éthiopie, occupées par l’Italie après des guerres au cours desquelles furent utilisées des armes chimiques et bactériologiques interdites par la convention de Genève, sont réunies au sein de l'Afrique Orientale Italienne. En mai 1937, un ministère de l'Afrique italienne remplace l'ancien ministère des Colonies. Près de deux cent mille Italiens partent s'installer en Afrique orientale alors que cent vingt mille arrivent en Libye. Le budget de l’Etat attribué aux colonies est multiplié par quatre de 1936 à 1938 représentant alors jusqu'à 12,5 % du budget total. Pour gérer ces nouveaux territoires italiens, il fallait une administration conséquente, d’où la construction d’un énorme bâtiment dans une architecture rationaliste, fonctionnaliste, mais à mon avis sans génie, faisant référence à un très quelconque « classicisme néo-romain » comme ce fut le cas au stade des marbres ou dans les bâtiments de l’EUR. 

« Nationalisme et internationalisme, tradition et avant-garde, se confrontent et s’affrontent dans chaque œuvre » [1]

Bref, les ambitions italiennes en Afrique ayant été réduites à zéro à l’issue de la seconde guerre mondiale, cela permettait de libérer le bâtiment qui, terminé en 1952, accueillait alors l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Son siège est un bâtiment massif, composé de parallélépipèdes rectangles, sans charme ni ornements, aux larges baies vitrées, et dont les façades sont recouvertes de plaques de travertin. A l’intérieur, ce vaste immeuble est composé d’interminables couloirs, parfaitement semblables, ouvrant sur des rangées de bureaux à gauche et à droite. Rien ne permet de distinguer les différents couloirs des différents bâtiments et des différents étages les uns des autres. Tous pareils, tous en ligne. Tout un programme !

Lors de ma première visite dans ce « haut lieu » de la réflexion agricole et l’alimentation et, à l’époque, très impressionné par les organisations internationales en général et la FAO en particulier, j’avais eu l’honneur, avec un petit groupe de responsables d’un institut supérieur, d’être invité à déjeuner par un des directeurs de l’institution. C’était d’autant plus saisissant que le restaurant est situé sur la terrasse de l’immeuble et permet d’avoir une vue exceptionnelle sur le cirque Maxime, le forum, les thermes de Caracalla, et tous les toits de Rome d’où émergent clochers et coupoles. Nous devisions en posant des questions sur l’institution. A l’interrogation d’un de mes collègues sur le nombre de personnes qui travaillaient dans l’immeuble, ce responsable nous répondit avec le plus grand sérieux : « Oh, 50% ! ». Nous rîmes… J’avais tort ! J’ai longtemps défendu la FAO parce que je croyais qu’elle permettait de faire contrepoids à une vision exclusivement capitaliste et productiviste de l’agriculture, défendue généralement par les pays anglo-saxons et du Nord de l’Europe. Je crois aujourd’hui que le rapport « résultat / coût » de l’institution est très, très faible. La FAO, au lieu d’être en pointe dans la réflexion, est tout simplement à la traîne parce que sans volonté politique, sans projet, sans dynamique. En privilégiant le consensus mou entre les États, elle aboutit à défendre le plus petit dénominateur commun ! La FAO coûte cher, n’a aucun impact, et surtout pas pour défendre l’agriculture familiale des pays en développement. Il vaudrait mieux faire disparaitre l’ensemble [2].


[1] Jérémie Manguin. « La stratification urbaine à Rome - La place de l’architecture contemporaine dans le centre de Rome ». Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Belleville. 2008.

[2] Le Chinois Qu Dongyu élu Directeur Général, le dimanche 23 juin 2019, a promis d’être « dans le concret » pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde tout en soulignant qu’il fallait « réformer » et « transformer »  pour « faire une FAO nouvelle, plus jeune et plus dynamique » ! Mais l’institution est-elle réformable ?

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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03 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (2/12). Le cirque Maxime et la stèle d'Axoum.

Une visite qui commence par des absences !

 

Rome San Saba Stèle d'Aksoum

Cette visite du quartier de San Saba commencera à la station de métro Circo Massimo. C’est néanmoins un début un peu étrange car il commence par des absences, des vides : le cirque Maxime et la stèle d’Axoum ! Mais ces vides ont aussi des histoires à raconter.

« A la descente du mont Aventin, ne cherchez plus dans la place où était le grand cirque qu’un grand mauvais marais barlong, à qui les restes des fondations des gradins servent de clôture »[1].

Situé dans une vallée naturelle entre les monts du Palatin et de l'Aventin, le cirque Maxime était le plus grand cirque de Rome. Agrandi et plusieurs fois reconstruit, le cirque Maxime pouvait contenir plus de 250 000 spectateurs. La piste sur laquelle couraient les chevaux avait plus d'un kilomètre de long. Datant de l'ère de Tarquin, il n’en reste que très peu de choses : une vaste prairie en cuvette oblongue ! Portiques, murets, gradins ont servi de carrière pour les palais de la papauté et les monuments de la Rome baroque quand ils n’ont pas été tout simplement broyés pour faire de la chaux. Sic transit gloria mundi ! 

Aujourd’hui lieu de promenade familiale, tranquille, voire de pique-nique, dans un état de semi abandon, le cirque Maxime retrouve de temps en temps les foules de sa gloire passée : pour un concert des Rolling-Stone ou pour une grande manifestation politique ou syndicale. Plusieurs manifestations gigantesques (plus de deux millions de personnes) d’opposition à la politique du gouvernement de Silvio Berlusconi s’y sont notamment tenues avec pour mots d’ordre le refus des restrictions budgétaires, des paradis fiscaux, des politiques anticrises. A chaque fois, la vaste pelouse du cirque était pleine, la foule grimpant sur ses gradins et envahissant les rues adjacentes. Le carrefour situé à l’extrémité du cirque Maxime s’appelle « Place de la Porta Capena », car c’est ici qu’était située une des portes de la muraille servienne, plus ancienne et plus petite que la muraille aurélienne. Le lieu est marqué par un petit édifice, le casino La Vignola, construit en 1538. Le rez-de-chaussée comprend un gracieux portique de trois arches en travertin au-dessus duquel court une corniche décorée de métopes et de triglyphes.

Ma Rome « personnelle » comprend un monument qui a complètement disparu du paysage : la stèle [2] géante d’Axoum (ou Aksoum). Cette stèle géante avait initialement été érigée à Axoum, Ethiopie, au sein de l'empire aksoumite qui s’est développé entre le Ier et le VIe siècle de notre ère. Pillée sur les ordres de Mussolini, elle avait été remontée en mars 1937, place de la Porte Capena, devant les nouveaux bâtiments du ministère des Colonies (bâtiments aujourd’hui attribués à la FAO), à côté de la dense circulation de ce carrefour, entre deux sites romains prestigieux, le cirque Maxime et les thermes de Caracalla, et ouvrant sur la perspective du campanile de l’église Sainte-Marie-in-Cosmedin puis la coupole de la basilique Saint-Pierre [3]. Son installation fut célébrée le 31 octobre 1937 pour commémorer, à quelques jours près, le quinzième anniversaire de la marche sur Rome. Cet événement s’ajoutait aux célébrations du bimillénaire d’Auguste lequel avait importé les quatre premiers obélisques de Rome. Le « Duce » voulait avoir aussi « le sien » d’obélisque, pour marquer symboliquement la conquête de l’Éthiopie et l’avènement d’un empire fasciste. Bien qu’en 1932 il s’en était déjà offert un d’obélisque, devant le « Foro Mussolini » (aujourd’hui Foro Italico), mais c’était une fabrication moderne, nationale, en marbre de carrare, et celui-ci ne pouvait donc être « à la hauteur » d’un trésor de guerre pris à un ennemi défait !

La stèle géante d’Axoum, un monolithe brisé en cinq morceaux et âgé environ de 1 700 ans, pèse 160 tonnes et mesure 24 mètres de haut. La transporter à Rome sur 400 kilomètres de pistes éthiopiennes de montagne fut une formidable prouesse… qu’il fallut renouveler partiellement quand il fut décidé de rendre l’obélisque à son légitime propriétaire en juillet 2002 ! Après-guerre, le traité de paix signé par l’Italie prévoyait en effet, au chapitre des réparations de guerre, que les pièces du patrimoine éthiopien qui avaient été pillées lui fussent rendues. Démontée en mars 2003, elle devra attendre plusieurs années avant de faire le voyage de retour et d’être remontée, sur son lieu d’origine, en 2008. Ce sont des avions gros porteurs Antonov qui ont réalisé l’essentiel du transport.


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.

[2] Contrairement à l’obélisque, la stèle présente deux larges faces principales et deux de côté plus petites.

[3] Eloi Ficquet.  « La stèle éthiopienne de Rome - Objet d’un conflit de mémoires ». Cahiers d’Etudes Africaines. N°173/174. 2004.

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01 juillet 2020

San Saba - Entre parcs et jardins (1/12). Le rione de San Saba.

Le Cirque Maxime et la stèle d’Aksoum – La FAO – Les thermes de Caracalla – L’Arc de Drusus et la Porta San Sebastiano – Le Parc des Scipion – San Giovanni in Oleo et San Giovanni a Porta latina - Santi Nerone e Achileo et Santa Balbina - Les Casa Populari de San Saba – L’église San Saba - La Porta Paola et la pyramide

 

Rome San Saba

San Saba est le vingt-et-unième « rione » de Rome, un arrondissement établi à l’intérieur de l’enceinte d’Aurélien. Il est appelé aussi le « petit Aventin » parce que c’est une petite colline située en face de celle de l’Aventin. A l’époque impériale, il accueillait les thermes de Caracalla et une caserne de la légion. Par la suite, la zone fut abandonnée et, au VIIIe siècle, des moine byzantins, fuyant les guerres iconoclastes, y fondèrent une église et un monastère qui donnèrent son nom à la colline. 

Ce n’est qu’au début du XXe siècle que le quartier fut urbanisé et il est aujourd’hui une des zones les moins peuplées de Rome. C’est un havre de paix à deux pas du forum, la circulation automobile est rare, les rues tranquilles, avec de nombreux espaces verts. La piazza Bernini, au sommet de la colline, est un endroit calme, une place de petit village de province !

L’essentiel de l’espace du rione est occupé par les thermes de Caracalla et les jardins qui l’entourent, et de riches et secrètes villas entre la via di Porta San Sebastiano et la via Cristoforo Colombo, la seule avenue passagère du rione. Cette situation est très agréable pour y faire une tranquille flânerie de printemps mais qui n’est pas néanmoins sans inconvénient car, si le tourisme de masse y est absent, les bars et restaurants aussi ! Comptez 6 km pour cette promenade, hors visites de ruines, d’églises, de musées et le début de la via Appia antica (2km supplémentaires A/R). Vous pouvez préparer votre casse-croûte et faire un sympathique et champêtre pique-nique dans le parc des Scipion, sinon il vous faudra attendre la fin de l’itinéraire, au bas de la viale di Piramide Cestia, près de la porte Saint-Paul, où j’ai souvenir d’une table plaisante. Attention certaines églises ou monuments sont rarement ou jamais ouverts, les horaires d’ouverture du musée du mur d’Aurélien sont restreints, et tous les horaires peuvent toujours changer pour des raisons les plus diverses !

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22 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (11/11). Liste des articles.

Rome Celio Navicella

 

Celio – Entre parcs et églises romanes (1/11). 

Il Colosseo - Le Colisée (2/11). L’amphithéâtre Flavien – Des légions romaines indésirables

Santi Quattro Coronati – Les Quatre-Saints-Couronnés (3/11). L’histoire de la papesse Jeanne – Une église fortifiée au moyen-âge

Santo Stefano Rotondo, un catalogue des horreurs dont sont capables les hommes (4/11). Une église ronde – Un panorama d’horreur et de boucherie

La Navicella et le jardin Celimontana (5/11). Un ex-voto romain – Un parc bien tranquille

De la porta Metronia à la porta Latina (6/11). Le mur d’Aurélien, de porte à porte.

Parco di Scipioni et via di Porta Latina (7/11). Sur le lieu du supplice de Saint-Jean – Un scandale retentissant

La via delle terme di Caracalla (8/11). Une promenade archéologique sur les traces des via Appia et Latina

L’église San Gregorio Magno (9/11). D’André à Grégoire, puis aux deux, puis à Grégoire seul – « Restauration » baroque

Santi Giovanni e Paolo et les maisons romaines (10/11). Une église entre une ruelle antique, sur des ruines de villa romaine, et accolée au temple de Claude

Liste des articles (11/11).

Rome / Senlis, 2009 / 2019.

Liste des promenades dans Rome

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19 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (10/11). Santi Giovanni e Paolo et les maisons romaines.

Une église entre une ruelle antique, sur des ruines de villa romaine, et accolée au temple de Claude

 

Rome Celio San Giovanni e Paolo Villa romaine

Le Clivo di Scauro est une ruelle qui longe le côté gauche de l'église Santi Giovanni e Paolo al Celio. C’est l’une des rares rues de Rome à avoir conservé son ancien nom et son tracé antiques. Elle est traversée par une série de sept arches soutenant le mur latéral gauche de l’église. Celui-ci constituait, à la fin de l’empire, la façade d'une insula ou d'un immeuble d'habitation transformé ensuite en maison. Les arches du rez-de-chaussée menaient à des tavernes ou à de petits magasins, tandis qu'au-dessus, s’étageaient les fenêtres de l’immeuble. Cette configuration est un rare témoignage de la survivance d'un ancien édifice résidentiel antique dans le tissu urbain contemporain.

L'édification de la première église Santi Giovanni e Paolo, sur le site d’une résidence luxueuse, comprenant une chapelle chrétienne, commence au début du Ve siècle, peut-être sur la demande d’un sénateur byzantin, Pammaque. Elle est dédiée à Jean et Paul, lesquels auraient été exécutés sous l’empereur Flavius Claudius Julianus (331 / 363), dit Julien l’apostat dans la tradition chrétienne. Mais cela paraît hypothétique, Julien semble avoir développé une politique relativement tolérante vis-à-vis des Chrétiens même s’il a toujours cherché à maintenir la prééminence de l’ancienne religion romaine.

L’église est en construction lors du sac de Rome de 410 par les Wisigoth d’Alaric Ier et gravement endommagée par le tremblement de terre de 442. Le pape Adrian I (772 / 795) a restauré le toit mais elle est mise à sac cette fois par les Normands de Robert Guiscard, en 1084 ! À la suite de ce dernier ravage, elle est entièrement restructurée par le pape Pascal II de Bieda (1050 / 1118). Le campanile a été achevé vers 1150 ; le portique a été érigé en 1158 et la galerie du deuxième étage a été ajoutée en 1216. À droite de l'église se trouve le couvent qui date du début du XIIe siècle, situé, comme le socle du clocher roman, sur les fondations du temple de Claude. Le clocher a été érigé en deux phases : dans la première moitié du XIIe siècle, les deux premiers étages et, dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les étages suivants. Les différents étages sont marqués par des corniches constituées de deux rangées de briques en dents de scie.

L'intérieur de l’édifice [1] est divisé en trois nefs séparées par seize colonnes du IVe siècle et des piliers massifs. Près de l'autel principal, entouré d'une balustrade, sont enterrés les corps des Saints. L'église abrite des œuvres d'artistes comme Antoniazzo Romano et Nicolò Cirignani.

Les Maisons romaines [2] ont été découvertes en 1887 lors de fouilles dans le sous-sol de la basilique Santi Giovanni e Paolo. Selon la tradition, ces bâtiments seraient le lieu du martyre de Jean et Paul. De fait les Maisons romaines sont le résultat de l’évolution de la cité dans le temps, deux maisons distinctes tout d’abord, transformées au milieu du IIIe siècle en domus élégante avec cave à vin, nymphée, auditoire… Les archéologues ont ainsi découvert une vingtaine de fresques réparties dans plusieurs pièces appartenant à au moins cinq immeubles différents datant du Ier au IVe siècle.

Une cour-nymphée montre une peinture murale représentant Proserpine de retour des enfers [3], entourée de putti, à bord d'une embarcation, avec des traces d'une autre scène marine et de mosaïques sous les arcs des fenêtres. Plus tard, entre les IIIe et IVe siècles est créé une sorte d'oratoire qui présente des scènes à thèmes chrétiens ou décoratifs, parmi lesquels des génies ailés, des couronnes, des oiseaux. L’ensemble est complété par une confession, en bordure du Clivo di Scauro avec des sujets chrétiens et des scènes de martyres : décollations des saints Crépin, Crépinien et Benoîte, de figures féminines et d'un orant en état de prière ou reconnaissance.

 

Rome / Senlis, 2009 / 2019.


[1] L'église est ouverte de 8h30 à midi et de 15h30 à 18h00.

[2] Ouverture de 10h à 13h et de 15h à 18h, fermé le mardi et le mercredi.

[3] Prosepine, fille de Cérès déesse de l’agriculture, a été enlevée par Pluton, dieu des enfers. Proserpine passe alors six mois aux Enfers, le chagrin de Cérès causant la mort des plantes sur la terre (l’hiver), puis six mois avec sa mère, la joie de celle-ci redonnant vie aux cultures (l’été).

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17 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (9/11). L’église San Gregorio Magno.

D’André à Grégoire, puis aux deux, puis à Grégoire seul – « Restauration » baroque

 

Rome Celio San Gregorio magno

Dans la pratique, tout le monde l’appelle San Gregorio Magno alors que son titre est Santi Andrea e Gregorio Magno al Celio (Saints André et Grégoire-le-Grand du Celio). Cette double affiliation est issue de son histoire : vers 574 / 575, Saint-Grégoire-le-Grand (540 / 601) a transformé la demeure familiale du mont Cælius en monastère dédié à l’apôtre André et adopté la vie monastique. Devenu pape en 590, c’est sur les moines du monastère du Celio qu’il s’appuyât pour restaurer le christianisme en Angleterre avec de jeunes anglais rachetés sur le marché romain aux esclaves. C’est que, contrairement à la croyance commune, l’esclavage n’a pas disparu en Italie et en Europe avec le triomphe de la religion chrétienne à la fin du IVe et au début du Ve siècle dans l’Empire romain. L’esclavage et le trafic des esclaves se poursuivirent même pendant tout l’empire carolingien, l’église possédant ses propres esclaves, même si cette pratique avait tendance à diminuer [1].

L’église et le monastère furent ensuite abandonnés et, vers 720, le pape Grégoire II (669 / 727) décida de restructurer le monastère et d'édifier les bases de l'actuelle église San Gregorio qui prit alors le nom de son illustre prédécesseur. Le monastère, comme ceux de San Saba ou Santa Balbina, était occupé par des moines grecs de rite byzantin. À l'époque, la vie monastique dans Rome était dominée par des moines de l'Est de la Méditerranée par suite de l’immigration de moines réfugiés et de clercs bien éduqués fuyant les conquêtes de l’islam et les politiques iconoclastes de l’empire byzantin [2]. Par la suite, avec le schisme de 1054 entre les églises de Rome et de Constantinople, les moines orientaux se sont dispersés.

Le cardinal Scipion Borghèse (1577 / 1633) fit reconstruire la façade, c’est que, dans ses fonctions cardinalices, il avait la charge de la restauration des bâtiments d’église. Il s’intéressa notamment à Santa Maria sopra Minerva, Santa Maria della Vittoria, San Gregorio Magno et ses deux oratoires. Généralement, il ne s’agissait pas de « restauration », mais bien d’une modernisation en adoptant les canons esthétiques de son époque. C’était une pratique habituelle notamment en matière de façade ; en effet entre la pose de la première pierre, généralement dans le chœur, et la pose de la façade, il pouvait s’écouler de très nombreuses années par suite de catastrophes naturelles ou sanitaires, de guerres, de difficultés à réunir les fonds nécessaires et certaines églises attendent encore leur façade définitive [3]. Pour San Gregorio Magno, le modèle aurait été la façade de l’église Saint-Louis-des-Français (1589 de Giacomo della Porta) mais le modèle est très largement réinterprété car celle de San Gregorio est de 1633. En 44 ans, la mode avait changé et l’art baroque s’imposait. Le modèle serait plutôt à aller chercher du côté de Santa Bibiana (1624), la première œuvre du jeune Bernini. Plus qu’à une façade d’église cela ressemble à celle d’un palais avec, en rez-de-chaussée, une loggia décorée de pilastres et, à l’étage, des fenêtres. La façade n’est plus plate mais dynamique avec l’avancée de la travée centrale et le fort relief des corniches à ressaut.

La façade précède un atrium avec une loggia à arcades séparées par des pilastres. Par contre, en façade, la loggia est à entablement droit soutenu par des colonnes antiques jumelées. Les fresques du patio, attribuées à Niccolò Circignani, dit « Il Pomarancio » (1530 ? / 1590 ?) illustrent les miracles attribués à Saint-Grégoire-le-Grand. L'intérieur [4], baroquisé en 1725, est divisé en trois nefs séparées par cinq colonnes antiques soutenant quatre arches. 

A l'extérieur de l'église se trouvent plusieurs oratoires accessibles via un petit jardin, médiévales restaurées au début du XVIIe. Saint André, au centre, avec des parois ornées de fresques du XVIIe dont une flagellation du Dominiquin (1608). A gauche, Sainte-Barbara avec une table de marbre sur laquelle Grégoire le Grand servait des repas aux pauvres et des fresques du XVIIe ; à droite, Sainte-Sylvie, du début du XVIIe avec une fresque sur le concert d’anges de Guido Reni.


[1] Marc Bloch. « Comment et pourquoi finit l'esclavage antique ». In « Annales. Economies, sociétés, civilisations ». 2ᵉ année, N°1, 1947.

[2] Jean Darrouzès. « Jean-Marie Sansterre - Les moines grecs et orientaux à Rome aux époques byzantine et carolingienne (milieu du VIe s.-fin du IXe s.) ». In « Revue des études byzantines ». tome 42. 1984.

[3] Il faut l’inconscience, ou une volonté immodérée de « faire moderne », pour qu’un responsable politique  propose aujourd’hui pareille aventure.

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15 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (8/11). La via delle terme di Caracalla.

Une promenade archéologique sur les traces des via Appia et Latina

 

Rome Celio Santa Maria in Tempulo

La via Latina conduit, entre parcs et jardins, à la Piazzale Numa Pompilio et la grande voie des thermes de Caracalla, ouverte en 1917 dans l’objectif d’en faire une promenade archéologique, débouche sur la Piazza di Porta Capena. On a peine à le croire, mais en 1947, 49, 50 et 51, la via des thermes de Caracalla a servi pour des grands prix de formule 1 en montant sur la colline voisine du rione San Saba par les via Guido Bacelli et Antonina [1] ! Il est toutefois préférable d’emprunter, légèrement à droite, la via Valle delle Camene, ombragée, plus tranquille et qui sert manifestement de parking. Celle-ci occupe l'ancien tracé des Via Appia et Latina. 

La vallée autour de l'actuelle avenue des thermes de Caracalla, entre les collines du Celio et de San Saba, était autrefois recouverte de bois, de grottes et de sources d'eau. Cette vallée était considérée comme sacrée car le second roi de Rome, Numa Pompilius, successeur de Romulus, y avait ses réunions nocturnes avec la déesse Egeria laquelle lui donnait les indications nécessaires pour établir les rites les plus agréables à chacune des divinités. Cette zone peut donc être considérée comme le berceau de la religion de la Rome antique.

Le nom de la rue rappelle qu'ici se trouvait le « Fons Camenarum », la source sacrée des Muses. Ses eaux, considérées comme médicinales, étaient utilisées par les vestales pour leurs rituels cultuels et elles venaient en puiser chaque jour pour la ramener à leur temple situé dans le forum. 

Vers le milieu de la voie, sur votre gauche, un bâtiment ancien, c’est l’ancienne église de Santa Maria in Tempulo qui remonte probablement au VIe siècle. Elle aurait été érigée par une communauté religieuse grecque pour servir d’oratoire dédié à Sainte-Agathe sur l’emplacement d’un ancien temple romain, peut-être celui de la source Camenarum. Au XIIe siècle, le monastère Sanctae Mariae qui vocatur Tempuli aurait été habité par des religieuses bénédictines, mais le XIIIe siècle marque la fin de l'usage religieux de l'église. Le bâtiment a été saccagé au XIVe siècle puis transformé au XVIIe en nymphée pour la Villa Mattei (aujourd'hui Villa Celimontana). Le bâtiment devint ensuite une grange jusqu'au début du XXe siècle. Il fut utilisé comme atelier d’artistes notamment de sculpteurs. Dans les années 1990, le bâtiment a été restauré sous la mandature du maire Francesco Rutelli (Parti Démocrate de Gauche) et il sert aujourd’hui de lieu de célébration des mariages civils.

L’église abritait une icône acheiropoïète, c’est à dire une icône qui serait non peinte par la main de l’homme ! L’icône, transférée au monastère de San Sisto, est désormais appelée Madonna di San Sisto ou parfois Madone de Saint-Luc car elle aurait été peinte par l’apôtre Luc auquel plusieurs peintures sont d’ailleurs attribuées en Europe. Elle est aujourd’hui déposée dans l’église Santa Maria del Rosario au monte Mario, au Nord-Ouest de Rome. L'icône, peinte sur une tablette de bois de tilleul, a été nettoyée, étudiée et restaurée en 1960 ; elle est maintenant datée du VIIe ou du VIIIe siècle, avec une provenance située en Syrie ou en Palestine.

Le carrefour situé à l’extrémité du cirque Maxime s’appelle « Place de la Porta Capena », car c’est ici qu’était située une des portes de la muraille servienne, plus ancienne et plus petite que la muraille aurélienne. De fait, la porte était située en face de l’immeuble de la FAO et il en subsiste un gros massif de briques envahit par la végétation. La première mention légendaire de la porte Capena renvoie au VIIe siècle av. JC quand un monument funéraire aurait été élevé en mémoire d’une sœur des Horaces, coupable d’être amoureuse d’un Curiace, et tuée par son frère. La vie des femmes ne valait pas chère [2]… 

De la porte Capena partaient, ensemble, les voies Appia et Latina qui se séparaient à l'actuelle Piazza Numa Pompilio, à droite la via Appia et, à gauche, la voie Latina, qui toutes deux mènent à Capoue. A proximité est édifié le casino La Vignola, construit en 1538. Le rez-de-chaussée comprend un gracieux portique de trois arches en travertin au-dessus duquel court une corniche décorée de métopes et de triglyphes.


[1] Gagnés les quatre fois par Ferrari !

[2] L’utilisation de l’imparfait de l’indicatif en pareil cas est très imparfaite. Présentement, cela peut aussi s’écrire au présent de l’indicatif.

13 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (7/11). Parco di Scipioni et via di Porta Latina.

Sur le lieu du supplice de Saint-Jean – Un scandale retentissant

 

Rome Celio San Giovanni a Porta Latina

Au début de la via di Porta Latina, vous remarquerez de suite un remarquable petit édifice : l’oratoire de Saint-Jean-Dans-L’huile ! D'après la tradition, l’oratoire s'élève à l'endroit où Saint-Jean aurait été plongé dans un réservoir d'huile bouillante, d’où cette curieuse appellation. L'histoire se serait passée sous le règne de Domitien ; Jean aurait été conduit enchaîné à Rome et condamné à être plongé dans un chaudron d’huile bouillante d’où il ressortit, non seulement sain et sauf, mais régénéré ! Saint Jean fut alors envoyé en exil sur l’île de Patmos. L'architecture de l'édifice est généralement attribuée à Bramante (1444 / 1514) et à son disciple Antonio da Sangallo le Jeune (1484 / 1546). Mais, pendant le pontificat d'Alexandre VII Chiggi, le bâtiment a été restauré et partiellement réinterprété en 1658 par Francesco Borromini (1599 / 1667). La structure, de forme octogonale avec des pilastres doriques pliés aux angles, daterait de 1509. À l'origine, il ne comportait pas de coupole, c’est Borromini qui ajouta le toit actuel, la croix, le globe orné de roses et la couronne de feuilles d'acanthe.

Juste avant l’oratoire, à gauche, est située l’entrée du parc des Scipion, résultat de la fusion, en 1928, de deux sites funéraires antiques, la tombe des Scipion et le columbarium de Pomponius Hylas du Ier siècle. Au XVIIe siècle, la zone était couverte de vignes. Le parc est magnifique avec de grands arbres, pins, cyprès et des bosquets de chênes verts, de lauriers et de myrtes. Comme la majorité des parcs de la ville il est dans un état de semi-abandon ; heureusement, les résidents de la zone se mobilisent régulièrement pour faire nettoyer le parc, s’assurer qu’il soit fermé la nuit et que les bancs et jeux d’enfants soient entretenus. Le parc possède une boite à livres [1] et bénéficie d’une adresse Facebook. C’est un endroit agréable pour un pique-nique suivi d’une petite sieste.

L'église San Giovanni a Porta Latina [2] (Saint-Jean-à-la-Porte-Latine) est située un peu plus loin, à droite, en se dirigeant vers les thermes de Caracalla. L’église date du Ve siècle, agrandie en 720, restaurée en 1191 avec la construction d'un nouveau campanile de cinq étages, dont les trois derniers présentent d'élégantes fenêtres à meneaux, et avec l'ornementation de 46 fresques représentants des scènes bibliques. En 1657, une nouvelle rénovation est confiée à Borromini qui fait percer les six fenêtres de la nef. Les soldats de la République française ont utilisé l'église comme caserne après l'invasion de 1798, puis elle a été laissée à l’abandon, utilisée comme entrepôt de laine et enfin comme tannerie avant d’être re-consacrée au XIXe siècle. L'intérieur de l'église est divisé en trois nefs, séparées par cinq paires de colonnes de marbre issues pour partie d’un temple de Diane, surmontées de chapiteaux ioniens et d’arcs en plein cintre, et se termine par une abside semi-hexagonale à l’extérieur mais semi-circulaire à l’intérieur. Les fresques sont l'œuvre de quatre ou cinq auteurs qui auraient travaillé ensemble sous la direction d’un maître. Enduites en 1526, elles ont été découvertes lors d’une restauration au début du XXe siècle.

En 1578, l'église fut le théâtre d'un scandale retentissant. Située dans une zone dépeuplée et entourée de vignobles, l’église serait devenue le lieu de rencontre d’un cercle secret d’hommes, presque tous de nationalité portugaise, observant des rites liturgiques au cours desquels ils se juraient amour et fidélité. Pris en flagrant par la garde pontificale, onze personnes ont été arrêtées le 20 juillet, jugées pour sodomie et profanation de l’institution du mariage. Huit d'entre eux furent pendus le 13 août à l’extrémité du Pont Saint-Ange, lieu habituel des exécutions, et leurs corps brûlés. Une manifestation de charité chrétienne ? Un frère a été acquitté (peut-être pour éviter une implication de l'Église ?) et deux autres ont collaboré avec le tribunal et ont évité la condamnation à mort [3].

« Ils s’épousoient , masle à masle, à la Messe, avec mesmes cérémonies que nous faisons de nos mariages, faisoient leurs Pasques ensemble, lisoient ce mesme évangile des nopces, et puis couchoient et habitoient ensemble » [4].


[1] Une boîte à livres est un espace où sont déposés des livres. Chacun peut y déposer ou prendre un livre.

[2] La basilique est ouverte tous les jours de 7h30 à 12h30 et de 15h00 à 18h00.

[3] Enrico Gregori. « 20 luglio 1578 - Alla chiesa di San Giovanni a Porta Latina arrestati undici uomini per un circolo segreto ». Il Messagiero. 20 juillet 2017. Autres temps, autres mœurs. 

11 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (6/11). De la porta Metronia à la porta Latina.

Le mur d’Aurélien, de porte à porte

 

Rome Celio Mur d'Aurélien Porta Metronia

Du jardin de la villa Celimontana, la via de la Navicella descend en pente douce vers la Porta Metronia. C’est une rue large, bordée d’arbres, peu empruntée, et qui sert essentiellement de parkings aux autocars de tourisme. La porte Metronia est restée longtemps une simple ouverture à la base d’une tourelle, sans importance pour les échanges ou le passage. Elle fut même fermée en 1222 quand le pape Calixte II de Bourgogne (1050 / 1124) l’utilisa pour faire passer un canal d’adduction d’eau. Les quatre arches dans la muraille ont été ouvertes, en deux périodes successives, dans la première moitié du XXe siècle, pour assurer la circulation vers un nouveau quartier en construction autour de la piazza Re di Roma.

Sur le mur intérieur de la porte sont insérées deux plaques, l’une de 1157 et l’autre de 1579, qui se rapportent à des travaux de restauration du mur. Contrairement à toutes les dédicaces de ce type, la première plaque ne fait pas référence au pape régnant à la période considérée, Adrien IV Breakspeare (1100 / 1159), mais elle nomme les sénateurs qui ont pris l’initiative de cette restauration. La seconde plaque respecte les règles habituelles en nommant d’abord le nom du pape, Grégoire XIII Boncompagni (1502 / 1585). Ce petit fait n’est pas anodin et révèle une période particulière de l’histoire de la ville : une lutte pour l’abolition des privilèges féodaux, la participation du peuple romain à la gestion de la cité. Lutte qui a pris notamment l’aspect de la création d’une république en 1146 et, en 1154, d’un interdit sur la ville de Rome par le pape, ce qui entrainait la cessation des fonctions religieuses, des pèlerinages, de l’administration des sacrements, et l’impossibilité pour les morts d’être enterrés dans le sol consacré ! En 1188, les Romains reconnaissaient le pape comme souverain et celui-ci le Sénat de la ville.

À partir de la porte Metronia, il est possible de rejoindre la porte Latina en suivant le mur d’Aurélien à main droite, le long de la via Metronio. Un parc a été réalisé le long du mur avec des bancs et un chemin piéton très utilisé par les joggeurs et les promeneurs de chiens. Ce parc est malheureusement dans le même état que tous les parcs de Rome, à l’image du parc des Scipion, de celui de la Villa Celimontana et tous les autres… à l’exception notable de celui du Pincio. L’état de semi-abandon, voire d’abandon, des jardins publics de Rome (et de la ville de Rome en général) semble procéder de l’état d’esprit d’une très vieille noblesse, autrefois immensément riche mais aujourd’hui fauchée, qui feint d’ignorer l’état de sa demeure par résignation, négligence ou incurie.

« Le Romain, parce qu’il est né et a été élevé au milieu de ruines malmenées par les siècles, ne prend jamais rien durablement au sérieux »[1]

C’est une attitude qui peut être à la fois compréhensive et qui n’est pas dénuée d’agrément dans la mesure où elle semble accepter la réalité des choses, leur déclin et leur disparition future. La fébrilité avec laquelle les pays germaniques s’efforcent de conserver leurs monuments, leurs villes, leur environnement, brillants comme des sous neufs, satisfait dans un premier temps le visiteur curieux, mais il ne m’en laisse pas moins un sentiment de malaise tant cette lutte contre la déchéance est à la fois vaine et suspecte. Trop, c’est trop. Qu’ont-ils donc à cacher ? Si la désinvolture et la légèreté romaines me sont sympathiques, j’ai néanmoins l’impression que les choses ne s’arrangent guère et, qu’hélas, il s’agisse désormais moins de négligence que d’une incurie profonde de la municipalité, voire d’une emprise mafieuse sur la ville.

La porte latine dans le mur d'Aurélien doit son nom à la via Latina qui rejoint la ville de Capoue. La majeure partie de cette porte a été construite sous Flavius Honorius en 401 / 403. C’est une porte constituée d’un arc en plein cintre flanquée de deux tours cylindriques en brique renforcées au VIe siècle par les généraux byzantins Bélisaire et Narcès.Derrière la porte latine, vers les thermes de Caracalla, s’ouvre un quartier charmant de parcs, de jardins et de belles villas.

« Si Rome était une orange, le quartier le plus exquis serait situé entre la via di Porta Latina et la via di Porta San Sebastiano, une portion étroite au cœur de laquelle le fracas ne pénètre pas » [2].


[1] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

[2] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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09 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (5/11). La Navicella et le jardin Celimontana.

Un ex-voto romain – Un parc bien tranquille

 

Rome Celio Villa Celimontana

A la sortie de Santo Stefano Rotondo, sur la gauche, la place de la Navicella (la nacelle, une petite barque) une petite place tranquille et charmante [1]. Au fond de la place, l’arc de Dolabella, en travertin, est l’ancienne porte Celimontana du mur Servien lequel servit ensuite pour soutenir les conduites de l’Aqua Marcia (en 10 ap. JC). Au n°4, le portail du XIe siècle de l’église San Tomasso in Formis est dominé par une petite mosaïque des Cosmas où Jésus est représenté entre deux esclaves, l’un noir l’autre blanc.

« Depuis des siècles une barque de pierre est amarrée à l’île ce dimanche : c’est la fameuse Navicella, qui, par contagion, a donné également son nom à l’église qui lui fait face » [2].

Les vestiges d’une maquette de galère, en marbre blanc, ont été exhumés au XVIe siècle près de la basilique Santa Maria in Domnica. Selon la tradition, les marins de la flotte romaine auraient offert cet ex-voto à la déesse Isis, protectrice des marins. Le sculpteur Andrea Sansovino (1467 / 1529) aurait été chargé d’en faire une copie laquelle a été placée devant l'entrée de l’église. Faute d’adduction d’eau dans la zone, ce n’est qu’en 1931 qu’une branche secondaire de l’Aqua Felice a permis de transformer la sculpture en fontaine. Mais, est-ce à cause des travaux du métro ? Ou les aqueducs sont-ils à nouveau coupés ? Car il n’y a pas une goutte d’eau dans la fontaine !

L'église Santa Maria in Domnica [3], ou della Navicella, a pour origine un lieu de culte chrétien installé dans une partie d’une caserne de vigiles, mais le bâtiment était dans un tel état de délabrement qu’il fut reconstruit en 818 / 822. La façade de la basilique, un portique extérieur aux colonnes de style toscan, est un ajout de 1513 de l’architecte Andrea Sansovino. L'intérieur est constitué de trois nefs séparées par dix-huit colonnes de granit gris d'époque impériale surmontées de chapiteaux corinthiens, avec un remarquable plafond Renaissance à caissons de bois, réalisé sur des dessins de Giulio Romano. L'abside est décorée d’une mosaïque du IXe siècle avec, au centre, une Vierge à l’enfant, entourée d’anges, des apôtres Moïse et Elie, et du pape Pascal Ier à genoux dont le nimbe carré autour de la tête signifie que le pape était encore en vie au moment de la réalisation de l'œuvre. Ce serait l'un des premiers exemples d'une mosaïque représentant une Vierge à l’enfant plutôt qu’un Christ en majesté. En 1932, l'église fut déclarée église paroissiale du rione Celio.

A gauche de l’église s’ouvre le très agréable parc de la Villa Celimontana [4]. La villa, construite en 1582 par la famille Mattei, fut remaniée à plusieurs reprises ; elle est aujourd’hui occupée par la Société géographique italienne. Le jardin aurait été dessiné par les architectes Giovanni et Domenico Fontana à la fin du XVIe siècle. Tous les ans, le Jeudi Gras, la famille Mattei ouvrait son jardin aux pèlerins des sept églises de Rome (Saint-Pierre, Saint-Paul-hors-les Murs, Saint-Sébastien, Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Croix-de-Jérusalem, Saint-Laurent-hors-les-murs et Sainte-Marie-Majeure).

« (…) quiconque, après avoir accompli le pèlerinage, arrive enfin avec des attestations suffisantes à la porte Saint-Paul, y reçoit un billet qui lui donne droit de prendre part à une pieuse fête dans les jardins de la villa Mattei. Là, on offre aux personnes admises, une collation de pain, de vin, un peu de fromage ou des œufs ; les invités prennent place de côté et d’autre dans le jardin (…) » [5].

Dans les jardins de la villa se déroule en été un festival de jazz (Cent concerts du 01/06/2019 au 10/09/2019). L’obélisque du parc date de l'époque de Ramsès II et provient du Temple du Soleil d'Héliopolis. Autrefois au Capitole, il fut donné aux Mattei et installé dans son jardin du Caelius en 1587, puis déplacé à l’endroit actuel en 1817. La légende veut que le globe placé à son sommet contienne les cendres d'Auguste et que l’obélisque ait été élevé au Capitole comme symbole de la liberté par Cola di Rienzo (1313 / 1354), fondateur d’une République romaine en 1347.


[1] Pour cause de creusement de la ligne C du métro, une partie des monuments (arc de l’aqua Marcia et façade de Santa Maria in Domnica) est protégée d’éventuels mouvements du terrain par des échafaudages.

[2] Marco Lodoli. « Nouvelles îles – Guide vagabond de Rome ». 2014.

[3] Toujours pour cause de percement de la ligne C, l’église semble fermée.

[4] Ouverture de 7h00 au coucher du soleil. Autre entrée par le clivio di Scauro. 

07 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (4/11). Santo Stefano Rotondo, un catalogue des horreurs dont sont capables les hommes

Une église ronde – Un panorama d’horreur et de boucherie

 

Rome Celio San Stefano Rotondo

Des Quatre-Saints-couronnés on atteint l’église Santo Stefano Rotondo [1] par la via Celimontana. Comme son nom l’indique, l’église présente la particularité d’être une église circulaire mais aussi l’une des plus vieilles de Rome puisqu’elle a été inaugurée sous le pape Sixte III (432 / 440). L'église a été construite pour abriter les reliques du protomartyr [2] Saint-Étienne en utilisant les matériaux largement disponibles à proximité. La Rome papale s’est nourrie de la Rome antique. 

A l’origine, l’église était composée, outre le tambour central, de trois couronnes concentriques au sein desquelles se développait une croix grecque abritant dans chaque bras une chapelle. C’était un plan original qui réussissait la synthèse de deux formes architecturales et symboliques, le cercle et la croix grecque à quatre bras égaux. Le modèle en aurait été le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Le tambour central comportait vingt-deux fenêtres mais la plupart d'entre elles ont été murées au XVe siècle. Après l’invasion des Normands en 1084, l’anneau extérieur fut supprimé et le noyau central renforcé par un arc. Pendant la Contre-Réforme, Grégoire XIII Boncompagni (1572 / 1585) fit décorer les murs extérieurs de la seconde couronne d’une série de 34 fresques de martyrs de premier plan ! Chaque fresque comporte une inscription relatant la scène représentée, avec le nom de l'empereur qui a ordonné l'exécution, ainsi que des citations de la Bible [3]

L’ensemble constitue un abominable catalogue de ce que les hommes peuvent faire subir à leurs semblables. Plusieurs scènes représentent des crucifixions « classiques » ou, une variante, avec la tête en bas comme celle de Pierre. Mais aussi, les bourreaux leur tranchent les mains, les membres, à la hache ou à l’épée, on leur arrache les seins avec des pinces, leur coupe la langue, les transperce de flèches, d’épées, les ratisse, on les ébouillante, leur verse sur le corps de l’huile brûlante, les plonge dans des chaudrons remplis d’eau ou d’huile bouillantes, on les égorge, les décapite, on les fait brûler, griller, ou mettre mains ou pieds dans les braises, on les lapide, les écrase sous des rochers, les enterre vivants ou les noie, on les jette dans le vide, on les fait mordre par des chiens, manger par des lions ou des panthères… Je n’ai pas tout noté et je dois en oublier.

« Mais St. Stefano Rotondo, voûte humide et moisie d'une ancienne église de la banlieue de Rome, aura toujours du mal à rester en tête de mon esprit en raison des peintures hideuses dont ses murs sont recouverts. Ceux-ci représentent les martyres des saints et des premiers chrétiens, et un tel panorama d'horreur et de boucherie qu'aucun homme ne pouvait imaginer dans son sommeil, même s'il devait manger un cochon entier cru pour le souper » [4] !

Curieuse remarque de Dickens ! Les hommes sont bien assez bêtes et méchants pour exécuter ces idées atroces sans avoir eu à manger un cochon entier et cru ! Le XXe siècle n’a pas cessé de nous en donner des exemples plus monstrueux les uns que les autres. Il est vrai que les martyrs du siècle passé étaient si nombreux, si modestes, sans ambition sinon de vivre simplement, qu’ils n’ont pas connu de gloire posthume et qu’ils sont restés très majoritairement parfaitement anonymes. 

De ce catalogue des horreurs, un seul supplice est curieusement absent bien que très largement utilisé : le viol. Parce qu’il est trop fréquent et ne présente pas un caractère exceptionnel ? Ou, plus prosaïquement parce que la « décence » empêcherait de l’illustrer dans une église ?


[1] Ouverte du mardi au dimanche de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h (en hiver) et de 15h à 18h (en été). 

[2] Premier martyr de la chrétienté.

[3] Au printemps 2019, par suite de la construction de la ligne C du métro qui devrait passer quelque part en dessous de l’église, les murs étaient recouverts d’échafaudages pour éviter des dommages pendant les travaux. A la vitesse à laquelle progresse le percement de la ligne C il est difficile d’imaginer dans combien de mois (d’années ?), les fresques pourront être à nouveau visibles. Alors par sagesse, ou par lucidité, les autorités compétentes ont réalisé des copies des fresques sur toile, mais de taille plus réduite.

[4] « These represent the martyrdoms of saints and early Christians ; and such a panorama of horror and butchery no man could imagine in his sleep, though he were to eat a whole pig raw, for supper ». Charles Dickens. « Pictures from Italy ». 1846. 

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04 juin 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (3/11). Santi Quattro Coronati – Les Quatre-Saints-Couronnés.

L’histoire de la papesse Jeanne – Une église fortifiée au moyen-âge

 

Rome Celio SS Quattro Coronati

Du Colisée, allez à l’église des Quatre-Saints-Couronnés par la rue éponyme. En arrivant derrière l’abside de l’église, au croisement avec la via dei querceti (rue des chênes… aux temps lointains où le Celio était recouvert d’une forêt), au coin de la rue sur votre gauche, il y a une petite chapelle, en avancée sur la rue, fermée par un portail en fer dont la partie haute est ajourée. Sur le mur du fond est dessinée une vierge à l’enfant qui pourrait dater du XVe siècle. C’est une des plus ancienne madonelle de Rome.

Outre son ancienneté et sa situation dans une petite chapelle, cette madonelle présente un autre intérêt. Selon la légende, c’est à cet endroit que la papesse Jeanne aurait donné naissance à un fils ! L’histoire de l’existence d’une femme qui serait devenue pape traverse tout le Moyen-âge [1]. Vers 850, une jeune fille, originaire de Mayence, nommée Jeanne, réussit à entrer dans le clergé romain en se faisant passer pour un homme. Remarquée par sa piété et son érudition, elle est nommée cardinal puis élue pape. Mais en se rendant de la basilique de Saint-Jean-de-Latran à la basilique Saint-Pierre, au croisement des rues Santi Quatro Coronati et dei querceti, la jeune femme, prise de douleurs, accouche d’un fils ! Découvrant la supercherie, la mère et l’enfant auraient été mis à mort par la foule. La chapelle et la madonelle participeraient à purifier un lieu où se seraient passés des évènements scandaleux, une supercherie impie et un assassinat.

Cette histoire (une « fake news » dirait-on aujourd’hui !), dont l’authencité n’était pas mise en cause au moyen-âge, a été utilisée comme argument dans les débats sur la monarchie pontificale, la légitimité de la Curie ou la primauté romaine dans l’église chrétienne. Elle est intéressante par ce qu’elle révèle de ces débats savants mais aussi sur la manière dont cette histoire s’est répandue dans le peuple romain, puis concrétisée avec l’édification de cette petite chapelle.

Les quatre saints de l’église voisine seraient des soldats chrétiens ayant refusé de sacrifier à Esculape, le dieu de la médecine. Ils ont été condamnés par l'empereur Dioclétien (284 / 305) à être exécutés, ce qui a été fait en leur enfonçant une couronne de fer dentelée dans le crâne ! Une méthode de mémorisation à déconseiller aux parents et enseignants car fort peu pédagogique. Le sanctuaire d’origine, fondé au IVe siècle dans l’abside d’une villa romaine, fit place à une grande basilique au IXesiècle dans la crypte de laquelle ont été déposés les corps des martyrs dans quatre sarcophages anciens. Cette basilique fut détruite en 1084 lors de l’invasion des Normands (en fait, pour l’essentiel, des mercenaires musulmans !) de Robert Guiscard et du grand incendie qui suivit. C’est que le pape Grégoire VII Aldobrandeschi (vers 1015-1020 / 1085) avait appelé à l’aide les Normands alors qu’il était assiégé dans le château Saint-Ange par les troupes de l’empereur romain-germanique Henri IV, celui-là même qu’il avait précédemment humilié à Canossa pour une querelle d’investiture d’évêques. Les « Normands » pénétrèrent dans Rome par la Via Appia, pillant au passage San Giovanni a Porta Latina, Santi Giovanni e Paolo, Les Quatre-Saints-Couronnés, et Saint-Clément. Derrière cette église la via dei Normanni rappelle cette dramatique histoire. C’est que, si les « Normands » firent fuir les troupes impériales et libérèrent le pape, le résultat fut néanmoins pire que le mal car ils se livrèrent au sac de Rome notamment de la zone du Celio, de l’Aventin et du Latran, entraînant un dépeuplement durable de cette zone. 

Le pape Pascal II Raniero de Bieda (1050 / 1118) fit ensuite construire une basilique plus petite avec deux cours, la première correspond à la cour originale et la seconde à une partie de la nef de la basilique antérieure. Les fresques de l’abside (1630) illustre l’histoire des quatre soldats chrétiens. Au XIIIe siècle, un cloître à la décoration cosmatesque est ajouté et l’ensemble est fortifié avec l’érection d’un palais baronnial [2] afin de protéger le quartier du Latran. 


[1] Boureau Alain. « La papesse Jeanne. Formes et fonctions d'une légende au Moyen Âge ». In « Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres ». N°3. 1984.

Boccace. « De Jeanne, pape anglais ». In « Des dames illustres », chapitre 94. 1353.

[2] Visite à découvrir : le palais baronnial et ses fresques du XIIIe siècle. La salle gothique est située au premier étage de la Tour principale ; elle était le lieu le plus prestigieux du palais cardinalice érigé par Stefano Conti. Ici se déroulaient les banquets, les réceptions et se rendait la justice.

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31 mai 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (2/11). Il Colosseo - Le Colisée.

L’amphithéâtre Flavien – Des légions romaines indésirables

 

Rome Celio Colosseo

Son vrai nom est amphithéâtre Flavien [1] ! Construit en cinq années, de 75 à 80, il s’appelle Colosseo parce que l’empereur Hadrien avait fait transporter à ses côtés, tirés par vingt quatre éléphants, la statue de Néron précédemment située dans l’atrium de la Domus aurea : une œuvre colossale, en bronze, de 35 mètres de haut, soit les deux tiers  de la hauteur du Colisée (50 m) ou celle d’un immeuble de douze étages ! Les différentes classes sociales étaient soigneusement séparées et chacun des 60 000 spectateurs gagnait sa place sans jamais croiser les autres catégories de public. Les fêtes d’inauguration de l’amphithéâtre durèrent cent jours pendant lesquels on aurait tué pas moins de 5 000 animaux dans des chasses ou des combats : des oiseaux, des grues, quatre éléphants, des lions, des léopards, un tigre, des lièvres, des cochons, des taureaux, des ours, un sanglier, un rhinocéros, un buffle et un bison d’Europe… Dans cette liste étrange, il ne manque que les gladiateurs et les ratons-laveurs !

Avec l’interdiction des duels de gladiateurs en 435, puis celle des combats de fauves en 523, il devenait difficile d’y organiser des manifestations drainant suffisamment de public ! Le Colisée devint un lieu d’habitation, un cimetière, puis une forteresse médiévale. Avec la fin des guerres entre grandes familles romaines, il servit de carrière de pierres pour la construction de palais, d’églises et de basiliques. Il fallut faire référence aux martyrs chrétiens soi-disant tombés dans son arène pour arrêter le pillage. En 1749, Benoît XIV Lambertini (1740 / 1758) a estimé que le Colisée était un lieu sacré car les premiers chrétiens y auraient été martyrisés, ce qui n’a jamais été prouvé. Il interdit l'utilisation du Colisée comme carrière et consacra l'édifice à la Passion du Christ en plantant une croix au milieu de l’arène. Hitler lors de sa visite à Rome, en 1938, jugea « qu’il faudrait le reconstruire et l’utiliser, mais qu’aujourd’hui, hélas, il fallait tenir compte des finances publiques » [2] ! Une remarque aussi absurde qu’étrange de la part d’un dictateur qui ruinera l’Allemagne et l’Europe.

Une année, en arrivant au pied du Colisée, nous avons la surprise d’y être accueillis par des légionnaires romains ! Ils ne semblent pas être en campagne n’ayant ni leur bouclier, ni leur javelot. Peut-être ne sont-ils là que pour assurer la sécurité de l’Urbs alors que le forum est envahi par les différents peuples de l’Empire, Celtes, Germains, Gaulois, Daces, Traces, Macédoniens, Lusitaniens, voire même Numides ? Ces derniers se livrant plutôt à du petit commerce de parures de fantaisies et de bimbeloterie. Il apparaît toutefois qu’il y a un peu de relâchement dans la discipline de la Légion : certains centurions, en ce jour de petites pluies éparses, ont adopté des chaussures un peu fantaisistes en lieu et place de leurs galigae de cuir clouté. S’ils paraissent au repos, ils n’en sont pas moins très serviables avec les représentants de tous les peuples qui viennent porter leur tribut à la capitale de l’Empire. Ils se prêtent très volontiers à une petite cérémonie au cours de laquelle ils posent à côté d’un de ces allogènes pendant qu’un autre leur tire le portrait. Est-ce un moyen d’arrondir leur solde de quelques sesterces ? Est-ce toléré par César ? L’Empire n’aurait-il plus les moyens d’entretenir son armée ?

Hé bien non, ce n’est pas toléré par César et, en avril 2012, César s’est fâché. Il a envoyé sa police contrôler ces centurions qui ne disposent pas d’une licence les autorisant à exercer de petits boulots annexes. Le contrôle a dégénéré en bataille entre centurions et policiers. Il semble que les légionnaires n’ont pas utilisé les fameuses règles stratégiques qui ont fait leur gloire mais seulement une bousculade plus ou moins agrémentée d’horions. L’échauffourée aurait fait un blessé léger dans les troupes romaines. Le maire de Rome, Gianni Alemanno, ex membre du parti fasciste Mouvement « Social » Italien, membre du « Peuple de la Liberté » du bateleur de foire Berlusconi, n’a rien voulu entendre. « Dura lex, sed lex » (« La loi est dure, mais c’est la loi ») aurait-il déclaré, en s’efforçant de paraître impérial, mais n’est pas César qui veut. Bon, il est vrai que ce Disneyland au pied du Colisée n’est pas nécessairement heureux, mais il serait plus judicieux de lutter contre les causes de ces petits boulots (mafia, spéculation financière, détournements frauduleux, crise économique, désindustrialisation, chômage…), plutôt que de s’attaquer aux victimes de la crise.


[1] Ouverture tous les jours mais avec une file d’attente d’un heure voire beaucoup plus ! Pour l’éviter prendre préalablement son billet en ligne ou aux billetteries de l’entrée du forum ou de l’entrée du Palatin.

[2] Ranuccio Bianchi Bandinelli. « Quelques jours avec Hitler et Mussolini ». 1995.

Enrico Caria. « Ranuccio Bianchi Bandinelli, l'uomo che non cambiò la Storia ». 2016.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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28 mai 2020

Celio - Entre parcs et églises romanes (1/11). Une promenade tranquille avec pique-nique ?

Le Colisée – Santi Quattro Coronati – Santo Stefano Rotondo – La Navicella, Santa Maria in Domnica et la villa Celimontana – Porta Metronia et Porta Latina – San Giovani in Oleo et San Giovani a Porta Latina – La via delle terme di Caracalla - San Gregorio Magno – Santi Giovanni e Paolo et les maisons romaines

 

Rome Celio

A l’exception notable des environs du Colisée, le rione du Celio est un quartier calme, comprenant de nombreux parcs et jardins. C’est un quartier qui avait été plus ou moins abandonné en 1084 suite aux attaques des Normands et à l’insécurité de cette période. Puis, il s’est un peu urbanisé entre le Colisée et la basilique Saint-Jean-de-Latran. Pour le reste, il s’agit essentiellement de grands parcs, liés à des propriétés de villas ou de domaines de monastères.

Le rione du Celio est particulièrement riche en églises romanes, dont plusieurs étaient occupées et servies, avant 1054, par des moines grecs de rite byzantin.

Comptez 6 bons kilomètres pour cette promenade, hors visites d’églises, de musées et de parcs.

Toujours à l’exception des alentours du Colisée, il s’agit d’une promenade tranquille au cours de laquelle vous n’aurez pas à faire la queue pour visiter un monument, ni même à bousculer vos voisins pour admirer une fresque. Cette situation est très agréable pour y faire une flânerie de printemps mais, néanmoins, elle n’est pas sans inconvénient car, si le tourisme de masse y est absent, les bars et restaurants aussi ! 

Vous pouvez toutefois préparer votre casse-croûte et faire un sympathique et champêtre pique-nique dans les parcs de la villa Celimontana ou dans celui des Scipion. A défaut, à mi-parcours environ, quand vous longez la muraille d’Aurélien, entre les portes Metronia et Latina, vous avez un restaurant au croisement des rues Panonia, Numidia et Taurasia (spécialités romaines), mais aussi un peu plus haut dans la via Licia (restauration de quartier, simple et rapide).

Attention certaines églises ou monuments ne sont jamais ou rarement ouverts, ou dans des conditions très restrictives et, comme partout à Rome, tous les horaires peuvent toujours changer pour des raisons les plus diverses !

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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