Notes d'Itinérances

23 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (12/24). L’abbaye bénédictine de San Vito (Saint-Guy).

Une architecture curieuse dans un site agréable

 

Pouilles San Vito Abbazia di San Basilio Maseria

À trois kilomètres au Nord-ouest de la ville, au lieu-dit « San Vito » (Saint-Guy), se dresse l'ancienne abbaye bénédictine du même nom, fondée au Xe siècle. Son église abriterait les reliques de Saint-Guy, saint patron de Polignano.

Selon la légende locale, la princesse Fiorenza de Salerne aurait été sauvée d'une tempête sur la rivière Sele par Saint-Guy, à proximité de l’endroit où aurait été martyrisé le saint par l’empereur Dioclétien, en Campanie, six siècles plus tôt. Le saint lui aurait alors demandé que ses restes, ainsi que ceux de son précepteur Modestus, et de la femme de celui-ci, Crescencia, martyrisés en même temps que lui, soient déplacés au « castrum polymnianense ». Des moines disciples de Saint-Basile, accompagnés de la princesse Fiorenza, seraient arrivés porteurs des reliques en 801. La princesse aurait alors acquis les fermes du castrum pour y installer les moines et les reliques.

L’endroit devint rapidement un lieu de pèlerinage pour demander l’intercession de San Vito, notamment contre les piqures de tarentules. Cette araignée de l’Italie méridionale est connue pour provoquer une morsure très douloureuse qui perdure pendant de longues heures accompagnée d’un important gonflement à l’endroit de la piqûre, de maux de tête et de fièvre. Grace à l’importante fréquentation de pèlerins l’abbaye s’enrichit et fut profondément transformée entre 1600 et 1700 avec notamment la création d’un grand escalier et d’une remarquable loggia en hauteur, de cinq arches, face à la mer. L’abbaye est composée d’un bâtiment rectangulaire, haut et massif, auquel est accolée l’église, à trois nefs. Le clocher est une tour baroque finement travaillée. Le porche de la façade de l’église donne sur une petite cour avec un puits. L’ensemble est entouré d’un haut mur contre lequel, à l’intérieur, ont été construit des locaux d’habitation.

« L’abbaye de San Vito est entourée d’une bonne muraille qui suffit pour la mettre à l’abri des insultes des Barbaresques sans lui ôter l’agrément d’une maison ouverte Nous fûmes surtout frappés de la beauté et de la hardiesse de l’escalier principal par lequel on arrive à une terrasse en portiques qui a vue sur la mer et précisément au dessus d’un petit port où abordent tous les bateaux des pêcheurs »[1].

En 1866, l'Etat a vendu l'abbaye au marquis de La Greca, dont les descendants sont encore partiellement propriétaires des bâtiments, alors que l'église appartient au ministère du Fonds des édifices religieux. L'abbaye est ouverte le dimanche pendant les heures des offices.

Bien. Mais j’ai souvenir qu’en Sicile on prétend que le jeune Vito, après s'être converti au christianisme, aurait été contraint de fuir pour échapper à la persécution de l'empereur Dioclétien (toujours l’affreux Dioclétien ! Au moins, voilà un élément qui ne change pas). Au cours de sa fuite il aurait trouvé la mort dans l’éboulement de la montagne qui surplombe la ville actuelle de San Vito lo Capo. Toujours selon cette légende, San Crescentia aurait identifié le lieu du martyr et y aurait élevé une chapelle. Avec la multiplication des miracles attribués à San Vito et San Crescentia, il fallut agrandir la chapelle pour accueillir les nombreux fidèles venus en pèlerinage. Nouveau problème… Le corps de Saint-Guy aurait également été donné par le pape à l’abbatiale de Saint-Denis, au Nord de Paris. Puis, vers 925, un os du bras de Saint-Guy aurait été attribué par le roi de France au duc de Bohême lequel fit construire une chapelle à l’origine de la magnifique cathédrale Saint-Guy de Prague. Enfin, le reste du corps aurait été confié à une abbaye de Westphalie…  Cela fait beaucoup de saints-Guy qui se promènent en Europe !

Après tout, l’essentiel n’est pas là car, au pied du bâtiment massif de l’abbaye, il existe un joli petit port naturel, creusé dans le tuf, qui héberge les bateaux de pêche traditionnels, des barques à rames, d’une longueur de cinq mètres environ, aux coques peintes de couleurs vives, soit vert foncé avec des bords et des bancs rouge, soit en bleu ciel avec des décorations blanches. La pêche se pratique à la palangre (une série de hameçons sur une ligne) pour la dorade, le rouget, ou avec des nasses pour le poulpe, la seiche,  ou encore au lamparo. Au Nord du petit port, des restaurants proposent des plats de poissons fournis par les pêcheurs locaux.


[1] Jean-Claude Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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21 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (11/24). Polignano a Mare… à user en période de basse saison touristique.

Une jolie petite ville dans un site remarquable – Une église délicieusement baroque

 

Pouilles Polignano a Mare

Oh, la jolie petite ville propre à figurer sur tous les dépliants touristiques pour attirer les étrangers !

« Polignano a Mare est un village de pêcheurs entouré par les eaux bleues et luxuriantes de la mer Adriatique, de bas buissons rabougris et d'arbres à feuilles persistantes, ainsi que des bandes précieuses de plage, de rochers escarpés, de criques et de promontoires qui couvrent la terre »

STOP ! Je veux bien accepter les eaux bleues, les buissons rabougris et les rochers escarpés, mais le village de pécheurs, non, car des pêcheurs à Polignano il doit y en avoir beaucoup moins que de vendeurs d’objets touristiques ou de serveurs de restaurants ! En effet les ¾ de la valeur ajoutée produite sur la commune de Polignano provient des services (commerces, administrations).

« Voilà autre chose que je déteste : l’authenticité. Le vrai restaurant. Les vraies gens. Les vraies choses. La vraie vie. Rien de plus faux. La vie est un concept d’ailleurs »[1].

Le « vrai » village de pécheur… J’ai bien essayé de trouver quelques statistiques sur les « vraies » activités de la pêche à Polignano a Mare, mais sans succès. Quand j’ai réussi à identifier des données chiffrées sur les activités du secteur primaire (agriculture, pêche et mines), elles étaient toujours globalisées. Il suffit d’aller au très agréable petit port de Polignano, à trois kilomètres au Nord-ouest de la ville, au lieu-dit San Vito, pour comprendre qu’il y a longtemps qu’il ne s’agit plus d’une « vraie » ville de pécheurs même s’il doit en subsister quelques-uns. Cela n’enlève d’ailleurs rien à la beauté et au spectaculaire du site, il n’y a pas besoin d’en rajouter dans « l’authenticité »[2] !

Le bord de la falaise est généralement bâti mais, de temps à autres, de courtes impasses permettent d’admirer la côte. Le plateau calcaire sur laquelle est bâtie la cité est rongé par les vagues, creusant des grottes suffisamment profondes pour s’insinuer jusqu’au centre de la ville. Mais si les dessous sont spectaculaires, le dessus n’en est pas moins intéressant, avec ses ruelles étroites, ses maisons anciennes, ses passages couverts, la place centrale et sa très jolie Chiesa Matrice di Santa Maria Assunta. L’église a été fondée en 672, consacrée à l’assomption de Marie en 1295 et reconstruite en 1580. De l'ancien édifice il reste seulement la façade latérale réalisée en pierre calcaire. Dans les années 1600 l'église a connu d’autres modifications importantes avec la construction de la chapelle de San Vito. Dans l'ensemble l'édifice conserve les caractères du style roman des Pouilles bien que datant de la Renaissance avec d’évidents remaniements de la période baroque. L’intérieur de l’église présente de nombreuses œuvres d’art intéressantes, mais elle est surtout très délicieusement baroque : plafond peint d’une assomption de la Vierge, remarquable tribune peinte du buffet d’orgue du XVIIIe siècle… avec beaucoup de grâce et sans les habituelles surcharges inutiles.

La ville offre d’autres surprises, comme ces écrits sauvages disséminés sur des portes ou des murs de la ville, des maximes de philosophes ou des poèmes :

Il Mattino

Sorge il mattino in compagnia dell’alba
Dinanzi al sol che di poi grande apparare
Su il estremo orizzonte a render lieti
Gli animali e le piante e di campi e l’onde[3] 

Le Matin

Il émerge le matin en compagnie de l'aube.
Devant le soleil qui, ensuite, apparait grand
Sur l'extrême horizon, sont rendus joyeux
Les animaux, les plantes, les champs et les vagues.

 

L’autre surprise c’est d’entendre, sur un des promontoires spectaculaires de la falaise, un accordéoniste jouer une rengaine de la fin des années cinquante, « Nel blu dipinto di blu » plus connue sous le nom de « Volare ». C’est que le chanteur, Domenico Modugno, est un enfant du pays et qu’il y possède même sa statue inaugurée en 2009 ! La ritournelle est connue et les touristes, étrangers ou italiens, la reprennent en chœur aux plus grands bénéfices de l’accordéoniste de rue !


[1] Dany Laferrière. « Je suis un écrivain japonais ». 2008.

[2] En 1783, le voyageur Jean-Claude Richard de Saint-Non décrit ainsi la ville : « Polignano est aussi baroque et aussi laide que sale » !

[3] Guiseppe Marini (1729 / 1799). « Le jour ». 1763.

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19 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (10/24). Bari, une basilique « bricolée » devenue un modèle.

Une grande basilique érigée entre les quatre murs d’un ancien palais – Devenue ensuite un modèle pour d’autres églises

 

Pouilles Bari San Nicola Façade

Le palais archiépiscopal, adossé au flanc droit de la cathédrale, est l’antithèse stylistique de celle-ci étant une des marques du style  baroque dans la ville. Entre 1730 et 1750 se développa à Bari une phase architecturale importante grâce aux initiatives de l'évêque Muzio Gaeta junior et aux interventions de l’architecte napolitain Domenico Antonio Vaccaro. Le palais acquit ainsi un raffinement baroque avec sa façade et ses salons intérieurs. L'édifice présente un plan rectangulaire avec des avant-corps latéraux reliés par une vaste terrasse fermée par une riche balustrade décorée avec des bustes et des stucs. Des corniches scandent les différents étages sur lesquels s'ouvrent de nombreuses fenêtres avec d’élégantes corniches curvilignes aux premiers et seconds niveaux et simplement rectilignes au troisième.

La basilique San Nicola apparaît comme un remarquable exemple de l’architecture normande, proportions massives, aux formes géométriques simples, une maçonnerie en appareil régulier, lisse, avec des dessins géométriques autour des ouvertures. La fondation de la basilique est liée au vol des reliques de Saint-Nicolas (270 / 345) dans le temple où était enterré le saint à Myre (aujourd’hui Demré), au Sud-ouest de l’Anatolie en 1087. Par suite de la menace des Turcs seldjoukides sur la ville de Myre, alors dans l’empire byzantin, plusieurs villes italiennes ayant Saint-Nicolas pour patron, se proposèrent de récupérer et protéger les reliques du saint. Les marins de Bari furent les plus rapides, profitant de la confusion lors de l’assaut de Myre par les Turcs pour dérober les reliques et, le 9 mai 1087, les ramener à Bari[1]

Il convenait de donner à ces reliques un cadre digne de leur importance. Pour ce faire, il fut choisi, en 1105, de réutiliser la résidence du « catepano » (le gouverneur gréco-byzantin de l'Italie méridionale entre 968 et 1071), ce qui explique notamment une forme rectangulaire approximative (un côté nord plus long d’environ deux mètres) et une partie de la décoration : fenêtres géminées, galeries à arcades, portail des taureaux, sculptures d’éléphants. La tour de droite, primitivement à fonction défensive, est l'élément le plus ancien (peut-être de la première moitié du IXe siècle), la tour de gauche serait légèrement postérieure dans le temps (fin IXe siècle) de même que les parties inférieures de la façade qui constitueraient le mur d'un bâtiment byzantin préexistant. Les grands arcs latéraux n'étaient pas fermés à l'origine mais permettaient de pénétrer dans le palais, enfin, au-dessus de ces grands arcs, la galerie actuellement couverte était autrefois un chemin de ronde. L’ironie de la reconstitution de l’histoire du monument c’est que la basilique Saint-Nicolas a servi de modèles à la construction d’autres églises apuliennes (les cathédrales de Bari, Bitonto, Ruvo…) alors qu’elle est le résultat d’une adaptation à un bâtiment préexistant[2] !

A l’intérieur l’église est en croix latine avec trois nefs assez étroites. A l'origine, la nef centrale avait une couverture en bois, qui fut cachée au XVIIe siècle par un riche plafond à caissons, décoré de toiles peintes par Carlo Rosa entre 1661 et 1673. Les peintures évoquent la vie de saint-Nicolas dans la nef centrale et le paradis dans le transept.

La crypte comprend une chapelle où se trouve la tombe de Saint-Nicolas sous l’autel. Les fidèles sont nombreux à s’y recueillir, notamment des représentants des églises orthodoxes dans lesquelles l’image de Saint-Nicolas est très appréciée. Dans un angle de la crypte est dressée la colonne miraculeuse, datant du onzième siècle, que Saint-Nicolas aurait ramené de Rome où il aurait séjourné ! Mais comment Saint-Nicolas, mort au IVe siècle, a-t-il pu ramener une colonne de Rome pour la dresser dans sa nouvelle basilique ? C’est là que doit résider le miracle. La dévotion pour le Saint est grande, une femme encore jeune, la tête couverte d’un voile, prie longuement à genoux devant la grille qui protège la tombe du saint. Puis, après nombre signes de croix et prières, elle va toucher la colonne miraculeuse soigneusement enfermée dans une solide cage de barreaux métalliques.


[1] Patrick J. Geary, « Le vol des reliques au Moyen Age: Furta Sacra ». Compte-rendu de Michel Zimmerman dans la Revue de l'histoire des religions, 1995.

[2] Franco Schettini. « La basilica di San Nicola di Bari ». Compte-rendu de Labande-Mailfert Yvonne dans les Cahiers de civilisation médiévale. 1969.

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17 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (9/24). A Bari, la manie de faire table rase du passé.

Une ville rasée – Un palais détruit

 

Pouilles Bari Castello Façade

Bari est le chef-lieu de la province des Pouilles. Avec un peu plus de 300 000 habitants, la ville est composée d'un centre historique ancien où les petites ruelles se faufilent de placettes en placettes, entre maisons, églises et la basilique Saint-Nicolas, et d'une cité nouvelle qui arbore un quadrillage de rues rectilignes à la romaine. C’est Joachim Murat, beau-frère de Napoléon et roi de Naples, qui engagea la construction de ce nouveau quartier appelé́ « Murattiano ».

Les trois principales attractions architecturales de la ville sont le château, la cathédrale et la basilique Saint-Nicolas.

La construction du château de Bari, en 1131, est attribuée au roi normand Roger II de Sicile. Toutefois il s’élève sur des structures plus anciennes, les unes de l’époque byzantine (aile Ouest) et les autres sur un lieu de culte du XIe siècle (aile Nord). Fréderic II de Hohenstaufen fit reconstruire le château, entre 1233 et le 1240, lequel avait subi les dommages de la guerre qui avait opposé Guillaume Ier de Sicile, dit « le Mauvais », à ses barons normands mais aussi à la révolte des habitants de Bari en 1156. Pour les uns, c’est Guillaume le Mauvais qui aurait fait raser le château ainsi que toute la ville de Bari (sauf la basilique Saint-Nicolas) pour punir les habitants de leur révolte et avoir ouvert la ville aux armées byzantines alliées des barons rebelles. Pour les autres ce sont les habitants eux-mêmes qui se seraient fait un plaisir de démolir la citadelle normande, symbole de leur oppression. Evidemment, avec un pareil surnom, Guillaume Ier de Sicile a généralement endossé la responsabilité de l’affaire alors que sa réputation désastreuse aurait été bâtie par son biographe Hugues Falcand qui lui aurait été très hostile. Le nouveau château frédéricien répond aux standards du genre : massif, quasi rectangulaire avec deux tours d’angle carrées aux angles de l’enceinte côté ville, une vaste cour intérieure sur laquelle s’ouvrent des salles d’apparat.

Dans la première moitié du XVIe siècle le château subit des transformations radicales à la demande d'Isabella d'Aragon, épouse de Jean Galéas Sforza, duc de Milan, et de leur fille Bona Sforza, duchesse de Bari, pour l’adapter aux exigences d’une demeure princière (perron à double rampe dans la cour), mais aussi une nouvelle ceinture de remparts pour en améliorer les caractéristiques de défense militaire avec l’arrivée des armes à feu.

La cathédrale actuelle a été érigée entre les XIIe et XIIIe siècles, sur le site des ruines de la cathédrale byzantine impériale détruite en 1156 par Guillaume Ier de Sicile. Construite entre 1170 et 1292, en réutilisant les pierres de la cathédrale précédente, c’est un bâtiment imposant, en style roman apulien. Le bâtiment a suivi le modèle de la basilique San Nicola en utilisant des murs existants, non mis à bas, sur un plan comportant trois nefs avec un léger transept. A l’extérieur, de profondes arcades entourent le bâtiment principal. La façade, à double pente soulignée par une bande lombarde, est animée par une rosace et intègre un portail du XVIIIe siècle. L’intérieur est très sobre, composé d’une double rangée de colonnes sur le sommet desquelles est fixée une série d'arcades surmontées par une fausse galerie qui surplombe la nef principale. Evidement baroquisée au XVIIIe siècle pour répondre aux nouveaux canons esthétiques, les restaurations de la seconde moitié du XXe siècle ont cherché à restaurer les structures romanes… ce qui est encore une façon de s’adapter aux évolutions du goût !

« Les apports valables de toutes les époques à l'édification d'un monument doivent être respectées, l'unité́ de style n'étant pas un but à atteindre au cours d'une restauration. Lorsqu'un édifice comporte plusieurs états superposés, le dégagement d'un état sous-jacent ne se justifie qu'exceptionnellement et à condition que les éléments enlevés ne présentent que peu d'intérêt, que la composition mise au jour constitue un témoignage de haute valeur historique, archéologique ou esthétique, et que son état de conservation soit jugé suffisant »[1].

Ne convient-il pas, au contraire, de laisser aux monuments l’ensemble des traces de leur vie passée qui permettent de rendre compte de son histoire, comme de celle de la société qu’ils représentent ?


[1] Conseil International des Monuments et des Sites. « Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites (charte de Venise 1964) ». Article 11. 1965.

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15 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (8/24). La cathédrale et le château de Trani.

L’un des exemples les plus importants de l'architecture romane apulienne

 

Pouilles Trani Cattedrale San Nicola

En arrivant dans la région de Trani, Jean-Claude, Richard de Saint-Non remarque les cabanes des paysans, lesquelles annoncent les trulli d’Alberobello et sont cousines des bories provençales, des capitèles occitanes ou des clocháns irlandaises.

« L’usage de tous les Vignerons & de tous les Habitants de cette Campagne, est de se bâtir des huttes, çà & là, dans leurs héritages. La forme pyramidale de ces huttes les fait ressembler de loin à autant de monuments & semble couvrir le Pays de Tombeaux antiques. Une seule ouverture par où entre le jour, un trou rond pratiqué au milieu de la voûte faite en entonnoir pour laisser sortir la fumée & pour tout meuble un banc circulaire autour du foyer. Voilà la forme & la distribution de ces petits réduits sauvages, qui ressemblent parfaitement aux huttes des Tartares ! »[1].

Ces « trullis » rudimentaires sont toujours présents dans les environs de Trani, dans les champs d’oliviers, de vigne, voire des surfaces labourées, même si leur nombre a certainement beaucoup diminué avec la mécanisation agricole.

La légende veut que Trani ait été fondée par un Grec, Tirenum, le fils de Diomède, ex-roi d'Argos et l'un des héros grecs de la guerre de Troie. Toutefois, le témoignage le plus ancien de l'existence d'un noyau habité identifiable à Trani remonte à la Tabula Peutingeriana (IIIe siècle ap J.C)[2] pour ensuite remonter à la période de la destruction de Canossa par les Sarrasins en 813, Trani devenant alors le siège épiscopal. La ville de Trani est encore une très bel exemple d’architecture romane apulienne avec sa cathédrale et son château frédéricien.

La cathédrale est considérée comme l'un des exemples les plus importants de l'architecture romane apulienne, témoin de la splendeur de Trani au Moyen-Âge. Elle est disposée dans un site remarquable, un promontoire isolé au bord de la côte. En mer, son très haut clocher (60 mètres) doit être visible de très loin. Elle est dédiée à San Nicola Pellegrino (Saint-Nicolas-Pèlerin), un jeune garçon grec mort à Trani en 1094 lors d’un pèlerinage. Elle a été érigée entre le XIe et le XIIIe siècle avec une très jolie pierre de couleur blanc-rosé. Elle est flanquée d’un élégant clocher qui présente les particularités d’être posé sur un grand arc formant un passage sous le clocher (ce qui est peu courant dans l'architecture romane) et d’avoir une succession de fenêtres de plus en plus grandes et nombreuses qui fait penser aux clochers romans lombards. Le sol de l’église est surélevé et l’on atteint le portail par un escalier à deux rampes donnant accès à une grande terrasse. La façade est décorée d’une rosace avec des représentations d’animaux. L’intérieur est à trois nefs soutenues par 22 colonnes, avec un important transept.

« La très grande église est très belle intérieurement, elle a été bâtie par les Normands, qui l’ont enrichie d’un assez grand nombre de colonnes antiques. La construction intérieure, quoique gothique, est d’un genre noble ; mais le portail n’a point été fini »[3].

Le Castello Svevo est l’autre monument important de Trani. Sa construction a commencé en 1233 sous Frédéric II et il a été achevé en 1249. Par la suite, le château a changé plusieurs fois d'usage au cours des années et les changements les plus importants lui ont été apportés par l'architecte Pierre d'Angicourt, sous les règnes de Charles d'Anjou I et II. Toutefois, extérieurement, il a conservé l’allure des châteaux frédériciens.

Le palais Cacetta, au long du port, construit de 1449 à 1453 pour le marchand Simone Cacetta, comporte des influences gothiques ce qui est peu fréquent dans la région. La façade principale conjugue l’austérité romane apulienne de la structure avec la finesse de la décoration gothique : une haute façade lisse et un portail avec un arc ogival entouré d’une corniche décorée de feuilles d’acanthe ainsi que de fines fenêtres gothiques ouvragées.


[1] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

[2] La Tabula Peutingeriana est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain au IVe siècle.

[3] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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13 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (7/24). Progrès » dans les tueries de masse - Hannibal et la bataille de Cannes.

Une des plus grandes batailles de tous les temps – A-t-on réussi à faire mieux depuis ?

 

Pouilles Hannibal

La bataille de Cannes est une bataille fameuse de la deuxième guerre punique. Elle eut lieu le 2 août 216 av. J.C, près de la ville de Cannes, à 14 km de Barletta.

Bon, la deuxième guerre punique… c’est loin tout ça. Pas sûr même que les jeunes générations en aient entendu parler ! Voyons, voyons… Les éléphants d’Hannibal qui traversent les Alpes dans la neige, cela vous dit peut-être quelque chose ?

Hannibal Barca était un général carthaginois, parti avec son armée de Carthage (au nord de l’actuel Tunis), il commence par s’assurer du territoire hispanique, puis il se dirige vers Rome (- 218), traverse les Alpes, bat les armées romaines dans le Tessin, puis à La Trébie (dans la vallée du Po, à l’ouest de Plaisance) et les écrase au lac Trasimène (au sud de Cortone, en Toscane). En trois heures, 15 000 soldats y périrent massacrés ou noyés dans le lac !

Dans l’espoir de rallier des peuples italiques, les Apuliens et les Lucaniens, plutôt que d’aller attaquer Rome bien défendue par ses fortifications, Hannibal poursuit sa marche vers le Sud. Il rencontre une nouvelle fois les armées de la république romaine à Cannae, sous le commandement des consuls Caius Terentius Varro et Lucius Aemilius Paullus.

« Il faut être fou. Sinon il enchaînera les batailles – certaines gagnées, d’autres perdues – et au bout du compte, les forces s’équilibreront. Il faut risquer davantage. Alors il demande que l’on étire la ligne de front. (…) Et ce sont ses propres lieutenants qui s’inquiètent à trop étirer, la ligne de front risque de se briser, et alors, ce sera la déroute. Oui, c’est le risque, mais il demande que l’on étire encore. Et la ligne sur laquelle se tiennent les Carthaginois est bien plus longue que celle des Romains, mais plus fine et aussi plus fragile »[1].

Le piège devait se refermer sur les légions romaines. Le centre des armées carthaginoises, composé de mercenaires celtes et ibères tint bon, les deux ailes se replièrent sur les Romains. 45 000 morts côté Romain !

« Des litres et des hectolitres de sang nourrissent la terre. Il y en a tant qu’elle ne parvient plus à boire. Quarante cinq mille hommes qui se vident en même temps. Quarante cinq mille corps sectionnés, ouverts, ça pue. (…). Quarante cinq mille corps qui mettent des jours, des semaines à se décomposer. Elle est là sa victoire : laide comme une boucherie sans nom. C’est le plus grand massacre de l’Histoire. Jamais aucune bataille ne fera autant de morts en si peu de temps »[2].

Y’a pas à dire, mais l’homme est quand même un animal particulièrement intelligent pour se tuer, s’assassiner, se décimer, se détruire, se trucider, s’occire, se massacrer, s’exterminer, s’éventrer, se démanteler, s’étriper, se découper en rondelles, et ce depuis longtemps. La meilleure preuve c’est la richesse du vocabulaire pour le dire. 45 000 morts en une journée, c’est quand même pas mal quand on pense que, malgré les moyens des techniques modernes, il fallut une nuit entière, 800 bombardiers et 2 500 tonnes de bombes pour n’assassiner « que » 25 à 35 000 personnes à Dresde, le 13 février 1945. Heureusement, la vanité humaine a permis de faire mieux et de ne pas laisser un aussi beau palmarès à une guerre bimillénaire. Le bombardement d’Hiroshima, le 6 août 1945, réussit à faire plus de 100 000 morts en quelques minutes, quasiment toutes civiles, vieillards, femmes et enfants. Record non encore égalé. Mais il ne faut pas se décourager de la nature humaine et les hommes ne manquent pas d’avoir tenté quelques tentatives d’amélioration au Cambodge, au Rwanda ou en Bosnie... J’en oublie certainement. C’est désespérant tant la nature humaine semble toujours capable de faire pire.

Et Hannibal dans tout ça ? Après avoir erré dans le sud de l’Italie, être allé sous les murs de Rome, les Romains évitant les attaques frontales, il finit par se réembarquer pour Carthage, 13 ans après son entrée dans la péninsule, les Romains menaçant désormais directement Carthage.


[1] Laurent Gaudé. « Ecoutez nos défaites ». 2016.

[2] Idem.

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11 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (6/24). Barletta – Un très étrange Colosse.

Une représentation d’un empereur inconnu – Arrivée mystérieusement à Barletta

 

Pouilles Barletta Colosso

Sur le côté de la basilique du Saint-Sépulcre, le colosse de Barletta est une imposante statue de bronze de plus de cinq mètres de haut, datée du IVe siècle ou du début du Ve. Elle représente un empereur romain portant sa veste militaire et le diadème décoré de deux rangées de perles. Il pourrait représenter plusieurs empereurs, Valentinien Ier, Théodose le grand, Valentinien III, Marcien, Théodose II, Honorius ou d’autres ! Bref, quelque empereur de la fin du IVe siècle ou du début Ve dans la très longue liste concernant cette période[1].

L’incertitude est toute aussi grande sur la date de l’arrivée de la statue à Barletta. La tradition veut qu’elle serait liée au naufrage d’un navire vénitien revenant de la quatrième croisade (1202 / 1204) celle qui, plutôt que d’aller conquérir les Lieux Saints, participa au pillage éhonté de Zara puis de Constantinople et enfin au partage de l’Empire byzantin entre les Croisés. Une autre hypothèse suggère que le colosse serait une prise de Frédéric II lors de son déplacement dans son duché de Ravenne en 1231. En effet une statue colossale aurait été découverte en 1231 / 1232 à Ravenne lors de fouilles ordonnées par l'empereur et il est donc possible qu'il l'ait fait transporter dans ses terres d'Italie du Sud pour être réemployé dans un projet de prestige.

Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'en 1309 les Dominicains ont utilisé une partie de la statue déposée à la douane de Barletta, ses jambes, pour les fondre et fabriquer des cloches pour la nouvelle église de Siponto. La statue fut finalement récupérée pour orner la place réalisée devant la basilique du Saint Sépulcre entre 1442 et 1459. C’est vraisemblablement à cette occasion qu’elle a été reconstituée en rajoutant les parties manquantes et en la complétant, dans la main droite, d’une petite croix. Le résultat est curieux, l’empereur apparaît un peu « court sur pattes », ce qui est peut-être moins dû au non respect des proportions en hauteur qu’à celle de la largeur de ses mollets puissants !

« En observant cette figure, on voit que quoique mauvaise, elle tient encore un peu du style Grec, de celui du bas-Empire & rien du goût Gothique des Princes Barbares qui ont régné à Bénévent. La statue fut trouvée sans jambes ; celles qu’on y a ajouté sont détestables. Elle est habillée à la Romaine, la main droite s’étant trouvé élevée, on y a ajouté une croix, & dans l’autre qui est étendue on a imaginé d’y placer la boule du Monde. Si cette Figure, qui a vint pieds de haut, étoit plus élevée & placée à son avantage elle auroit assez de noblesse, mais ainsi posée à terre, sans Piédestal, elle devient du plus mauvais effet possible »[2].

En 1923, la place fut réaménagée et le Colosse déplacé sur le côté de la basilique du Saint Sépulcre ce qui ne met pas davantage en valeur cette statue exceptionnelle faute de recul car elle est face à une route passante, le Corso Vittorio Emanuele.

« Concluons que si le Colosse de Barletta représente Honorius, ce ne fut point pour ce motif que les habitants d'un petit port du littoral des Pouilles le firent, au XVe siècle, restaurer et placer devant l'un des côtés de l'église du Saint-Sépulcre, près du Castello dominant la mer. Sans doute fut-ce plutôt parce que cet empereur cuirassé, robuste et au visage résolu, brandissant, telle une massue, la croix que le restaurateur avait mise dans sa main droite, semblait ainsi menacer l'ennemi, en l'occurrence les nouveaux barbares agresseurs qu'étaient les Turcs du Grand Sultan de Constantinople, les Infidèles, dont les navires commençaient d'apparaître en Mer Adriatique » [3].


[1] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

[2] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

[3] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

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09 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (5/24). Barletta et les cathédrales romanes des Pouilles.

De très nombreuses cathédrales romanes avec des caractéristiques régionales

 

Pouilles Barletta Cattedrale Santa Maria Maggiore

Au XIe siècle les Normands occupent tout le Sud de l’Italie. Le commerce et les relations avec les villes maritimes de l’Adriatique telles que Venise deviennent florissants. Avec les croisades (1095 / 1291), Brindisi devient le plus important port d’embarquement pour la Terre Sainte.

A cette époque commence la construction de la plupart des grandes églises romanes des Pouilles : Otrante et Tarente (1071), Saint-Nicolas de Bari (1081), Trani (1099), Santa Maria Maggiore à Barletta (1144), San Francesco à Trani (1172), Foggia (1172)…

Les mêmes principes de construction sont utilisés dans les Pouilles comme dans toute l’Europe des XIe et XIIe siècles mais avec des différences régionales. Dans les Pouilles, ces églises ont généralement un aspect massif, avec une haute façade lisse sur laquelle sont soulignés les trois nefs du bâtiment, un seul porche central, peu prononcé mais très décoré, surmonté d’une belle rosace. La structure interne est simple, rectangulaire, à trois nefs, sans transept ou chapelles rayonnantes autour du chœur.

La cathédrale Santa Maria Maggiore de Barletta illustre en partie ce modèle même si elle est le résultat d’une construction qui s’est échelonnée de 1150 jusqu’à la fin du XVIIe siècle. La façade, haute et lisse, est séparée en trois parties verticales, la partie centrale comprend une grande fenêtre circulaire, entourée de sculptures d’animaux et sous laquelle a été ouverte une fenêtre à la fin du XIIe siècle. Les deux parties latérales ont conservé leur décoration d’origine.

La partie romane correspond à la partie antérieure de la cathédrale avec les trois premières travées, aux piliers monolithes. La nef fut poursuivie selon le modèle du gothique français avec l’intervention de l’architecte Pierre d’Angicourt au début du XIV; elle se termine par une abside gothique à plan pentagonale avec des chapelles rayonnantes.

La basilique du Saint-Sépulcre est également une construction composite qui évolue du roman normand vers un gothique primitif, avec des influences Bourguignonnes complétées de la tradition locale avec le système de couverture typique des Pouilles, des toits pyramidaux en pierres planes, ou « chiancarelle ». L'actuelle façade, compartimentée et couronnée d'un imposant fronton, a été réalisée après 1700 après la démolition du portique d'époque médiévale. A gauche, seul reste le soubassement du clocher effondré suite au tremblement de terre de 1456.

« Le château de Barletta qui a de la réputation, & qui passe pour un des quatre Vhâteaux célèbres de l’Italie, n’est qu’un gros massif de Bâtiment quarré avec de mauvais fossés secs, qui n’a rien de remarquable que la dureté & la beauté de la pierre dont il est bâti, ainsi que toute la ville et le Port »[1].

Curieuse remarque car le château est aujourd’hui assez impressionnant et il n’a pourtant pas subi de modifications importantes depuis la fin du XVIIIe siècle ! Faut-il y voir l’habituelle condescendance des Français pour les œuvres étrangères ?

Les premières fortifications ont été érigées par les Normands. Frédéric II a résidé à plusieurs reprises dans le château qu’il a étendu et complété. En 1269, Charles Ierd'Anjou (1227 / 1285), roi de Naples et de Sicile, fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille, fait agrandir le château, améliore les défenses par des tours d'angles circulaires et aménage une chapelle. Après la prise du château par les Français en 1528, Charles Quint fait renforcer les défenses avec la création des bastions d'artillerie triangulaires par l'architecte Evangelista Menga, c’est qu’il convenait désormais d’avoir des châteaux moins hauts, trop fragiles face aux nouvelles armes, pour privilégier des structures basses, solides, entourées de grandes surfaces vides pour mieux contrôler les ennemis.

Du château Frédéricien, il ne reste donc pas grand-chose…


[1] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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07 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (4/24). Stupor Mundi en bande dessinée !

Une lutte entre démarche scientifique analytique et croyance religieuse basée sur des textes sacrés

 

Pouilles Stupor Mundi

En 2016, est parue une bande dessinée peu ordinaire tant par l’histoire que par le dessin, « Stupor Mundi » de Nejib[1]. L’action se déroule dans le Castel del Monte, à l’époque de Frédéric II, et met en scène un savant bagdadi, Hannibal Qassim El Battouti, un personnage de fiction inspiré librement de Ibn al-Haytham, ou Alhazen (965 / 1039), scientifique arabe, qui serait l’inventeur de la chambre noire (« camera oscura »).

Néjib aurait trouvé par hasard le point de départ de sa bande dessinée : par un petit trou dans les volets fermés il constate la projection de l’image du décor extérieur sur une surface transparente, l'image inversée (gauche  / droite) et renversée (haut / bas). C’est le principe de la chambre noire : en restreignant la lumière extérieure de façon que ses rayons lumineux, émanant du décor, n'entrent que par un seul point dans une chambre noire, l'écran interceptant cette lumière ne recevra que les rayons issus, en ligne droite d'un seul point du décor placé en face de la paroi comportant le trou. Ainsi fonctionnent les appareils-photos.

Partant de cette idée, Neijib se renseigne sur le sujet et découvre qu’elle a été théorisée et mise en pratique par le père de l’optique moderne, Alhazen. La mise en œuvre de recherches sur la chambre noire et des tentatives de fixation des images sur une support servent alors de ligne directrice au scenario qui est construit autour de l’affrontement entre savants, les uns développant une pensée analytiques et rationnelle, les autres refusant toute remise en cause des textes sacrés, bible ou coran, laquelle aboutirait à affaiblir leur pouvoir sur les esprits et la société.

Nejib imagine que Frédéric II a rassemblé dans le Castel del Monte d’éminents savants et des érudits de son époque, médecins, bibliothécaires, alchimistes, astrologues, géomètres. L’idée est très séduisante et donne ainsi une fonction à ce château qui correspond bien à ses caractéristiques architecturales : un lieu entièrement consacré aux choses de l’esprit. Tout ce qui a trait aux aspects matériels, boucher, boulanger, maréchal-ferrant… étant effectué dans les maisons qui entourent le château. Cette communauté intellectuelle va donc accueillir Hannibal Qassim El Battouti, chassé de Bagdad par des religieux intolérants, afin qu’il puisse poursuivre des recherches qui intéressent tout particulièrement l’empereur.

L’histoire se déroule après le retour de la sixième croisade de Frédéric II, autour de 1240 : en effet, en 1239, disparaît Hermann von Salza, grand-maître de l’ordre des Chevaliers teutoniques et conseiller de Frédéric II, et en 1246 la construction de Castel del Monte est attestée. Tout le règne de Frédéric II est traversé par les querelles entre l’empereur et les papes, l’un souhaitant s’affranchir de la tutelle de l’église, les autres voulant maintenir leur prééminence sur l’empereur et les pouvoirs temporels. Déjà, en 1077, suite à la querelle des investitures des évêques, Henri IV avait dû faire pénitence et amende honorable devant le pape, à Canossa. Mais la crise s’amplifia avec Frédéric Ier de Hohenstaufen (Frédéric Barberousse, 1122 / 1190, le grand-père de Frédéric II) et le pape Alexandre III, crise qui entraîna des guerres sanglantes en Italie, les partisans de l’empereur (les gibelins) s’opposant, parfois au sein d’une même commune, aux partisans du pape (les guelfes). La querelle prit même des allures grotesques avec la controverse sur le protocole de soumission selon lequel l’empereur devait conduire le cheval du pape par la bride et lui tenir le pied à l’étrier !

Le récit mêle étroitement des personnages réels (Frédéric II, Hermann von Salza, le pape Innocent IV), des faits réels (la lutte entre l’empereur et le pape, l’intérêt de Frédéric II pour les sciences, le Castel del Monte, la découverte des principes de l’optique), avec des personnages de fiction (Hannibal Qassim El Battouti, sa fille et son serviteur, des érudits de la cour de Frédéric II) et des faits imaginés (la construction d’une chambre noire au Castel del Monte et des expériences de fixation des images), l’ensemble dans une période charnière, le Moyen-âge qui est alors à son apogée (gothique classique) mais les contacts avec la civilisation arabe permet progressivement de redécouvrir les textes des philosophes grecs.

Le récit est bien sûr une occasion pour souligner les dangers de toutes les idéologies fondamentalistes qui prétendent tout expliquer sur la base de livres saints, lesquelles en prennent les déclarations au pied de la lettre, sans en rechercher les adaptations à notre monde réel.


[1] Nejib. « Stupor Mundi ». 2016.

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05 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (3/24). Le très étonnant Castel del Monte.

Ni forteresse, ni séjour princier, ni résidence de chasse, alors quoi ?

 

Pouilles Castel del Monte

Voilà bien le plus étrange et le plus mystérieux des châteaux ! Il est pourtant d’une apparence des plus élémentaires : forme géométrique simple, répétée, murs très peu décorés, surfaces lisses sans excroissances. Il n’y a là ni couloirs secrets, ni escaliers dérobés, ni souterrains, ni lieux impénétrables, ni grotte cachée – il est construit directement sur le rocher -, il apparaît plutôt comme un pur diamant, parfaitement taillé, limpide et de la plus belle eau.

C’est que la fonction du château demeure totalement inconnue, à quoi pouvait-il bien servir ? [1]

Une forteresse ? Certes, il possède de hauts murs d’enceinte, des tours à chacun de ses angles, des ouvertures réduites vers l’extérieur. Mais il ne présente pas les caractéristiques que l'on retrouve habituellement dans les édifices militaires de l’époque : un bastion extérieur, des douves, un pont-levis, une herse, des meurtrières, des créneaux, des entrepôts pour les armes et la nourriture, Dans ses tourelles les escaliers en colimaçon montent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre alors que, pour des raisons guerrières, ils devraient tourner dans l’autre sens pour gêner les assaillants qui portent leur épée dans la main droite ! Et ces escaliers sont éclairés de meurtrières trop étroites pour y tirer à l’arc. Il n’aurait pas pu soutenir bien longtemps un siège.

Alors, une résidence de chasse de l’empereur ? Le château est isolé et la région avait la réputation d’être très giboyeuse. Mais il ne possède pas d’écuries pour y loger les chevaux des chasseurs et de leur suite ! Il ne possède même pas de cuisines !

Une résidence princière d’où gouverner l’empire ? Pour cela le château comprend un très bel ensemble de pièces, les unes pouvant servir d’antichambre, les autres de salle de réception. Il était à l’origine somptueusement décoré de marbres colorés, il comprend aussi de petites salles pour la toilette judicieusement reliées à un système de distribution d’eau à partir de réservoirs situés dans le haut des tours. Mais l’absence d’écuries pour y loger les chevaux de la cour comme des messagers, l’absence de cuisines pour nourrir l’empereur et sa cour, l’absence de chapelle pour y célébrer les offices religieux, et le fait qu’il soit assez isolé, n’inclinent pas à imaginer qu’il avait à remplir prioritairement cette fonction.

Certes, toutes sortes d’études astronomiques et astrologiques permettent d’en souligner une caractéristique : celle d’être un calendrier céleste, En mesurant ses limites extérieures, ses axes et ses proportions, on constate que l'axe Ouest / Est qui passe par le portail dérive de 2°5 de la direction idéale correspondant à l'angle donné par l'inclinaison de l'axe terrestre. Dans la cour, l'ombre de l'arête murale rejoint le bas du côté opposé de l'octogone à chaque équinoxe…

Les dimensions du château, extérieures comme intérieures, mettraient également en évidence l’utilisation du nombre d’or (1,618) qui intervient dans la construction des pentagones réguliers. Frédéric s’intéressait aux mathématiques et à la géométrie et aurait rencontré Leonardo Fibonacci (1175 / 1250) lequel introduisit en Europe les équations du second degré développées par les Arabes et dans lesquelles concoure le nombre d’or.

« Lorsque, ô Seigneur Frédéric, prince très glorieux, [...] maître Jean de Palerme, m'ayant rencontré, me proposa la question, qui n'appartient pas moins à la géométrie qu'au nombre, de trouver un nombre carré qui, augmenté ou diminué de cinq, fait toujours naître un nombre carré. [...] Ayant d'ailleurs appris [...] que Votre Majesté avait daigné lire le livre que j'avais écrit sur les nombres, et qu'il Lui plaisait parfois d'entendre les subtilités relatives à la géométrie, je me suis rappelé la question que je viens d'énoncer et qui m'avait été proposée à Votre cour par Votre philosophe. J'en ai pris le sujet, ai entrepris de composer le présent ouvrage, et ai voulu l'intituler Le Livre des nombres carrés »

Les historiens s’interrogent encore sur la fonction de cet extraordinaire château !


[1] UNESCO. « Liste du patrimoine mondial de l’Humanité ».

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03 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (2/24). Les châteaux de Frédéric II en Apulie.

Des résidences pour une royauté itinérante et pour contrôler les territoires

 

Pouilles Trani Château de Frédéric II

Roi itinérant, allant d’une région à une autre sur son très vaste territoire, en butte à l’indiscipline de ses vassaux, à la volonté d’indépendance des cités lombardes, à l’hostilité du pape, Frédéric II devait marquer son territoire par des résidences fortifiées, des châteaux, des palais à partir desquels il manifestait sa présence et exerçait son autorité.

En Apulie, outre Foggia dont il fit sa capitale, il fit construire plusieurs résidences  à Lucera, Castel del Monte, Gravina, Gioia del Colle, mais aussi une chaîne de forteresses chargées de surveiller la côte adriatique, Monte San Angelo, Barletta, Trani, Bari, Brindisi, Oria, renforcées de tours côtières à Ostuni, Lecce…

Le premier séjour de Frédéric II en Apulie date de 1221 et, à partir de 1223, il commence la construction d'un château à Foggia, château dont il ne reste rien suite à un tremblement de terre en 1731. Le choix de Foggia, plutôt que la Sicile avec Palerme qu’il connaissait bien pour y avoir passé sa jeunesse, s’explique certainement par des raisons stratégiques. A partir de la Capitanate, proche de la Campanie et des Abruzzes, il était plus facile et plus rapide d’envoyer ses armées contre les cités d’Italie du Nord, ou tout simplement de suivre les activités du pape à Rome ! Enfin, « à l'époque, le pays était encore boisé et fertile, agréable à vivre à cause de l'alternance des montagnes, chaînes de collines et plaines à proximité de la mer »[1].

Autour de la ville, et de plus en plus loin, s'élevaient des châteaux de plaisance, des pavillons de chasse et des demeures plus rustiques, ou des « domus » comme à Apricena ou Gravina, à des distances raisonnables afin de se rendre commodément d’un lieu à un autre. 250 « castra » et « domus » impériales auraient été recensées en 1246 en Apulie et Basilicate ! Frédéric II, comme les rois, empereurs et seigneurs de son époque, se déplace de château en château. Louis IX à la même période s’il a une capitale, Paris, est également en fréquents déplacements pour assurer son autorité sur ses vassaux, soit par des conflits armés, soit par des actes juridiques. Les châteaux étaient alors peu ou pas meublés, la suite des seigneurs transportait tout le nécessaire de la cour dans de grands coffres ; à l’arrivée, on transportait les coffres, déballait leur contenu, accrochait des tentures, le mobilier étant constitué des coffres servant aussi de siège, de bancs et de tables faites de planches sur des tréteaux.

Le réseau des châteaux et domus de Frédéric II se répartit sur l’ancien réseau routier des voies romaines, notamment les voies Rome / Brindisi,  voies appienne (par Tarente) et trajane (par Bari). Les voies romaines étaient encore utilisées au temps de Frédéric II et y placer châteaux, forteresses et domus était aussi un moyen de contrôler les routes commerciales, mais aussi d’affirmer la présence de l’empereur.

Les châteaux frédériciens ont des airs de famille, carrés avec des tours d’angle, réguliers, géométriques et symétriques. Ils sont généralement calqués sur le modèle des castrum romain : une forme carrée avec des tours d'angle rondes, carrées ou polygonales. Ils ne ressemblaient donc pas au Louvre de Saint-Louis avec son donjon central, ses nombreuses tours rondes ; par exemple, à Trani, sur la façade côté mer construite du temps de Frédéric II, un grand mur lisse terminé par de massives tours carrées aux angles de l’enceinte. Ces châteaux sont plutôt de taille modeste, mêlant une fonction défensive (murs, tours) et une fonction résidentielle (vaste cour intérieure, disposition des salles).

Toutefois, leur aspect militaire apparaît peu imposant, peu de meurtrières, absence de herse, de créneaux, c’est que leur mission n’était pas d’être inexpugnables comme pouvaient l’être les châteaux français de la même époque qui servaient de refuge aux seigneurs contre les armées en campagne, les  bandes de mercenaires, ou les troupes des condottiere. Le royaume de Sicile de Frédéric II craignait peu ces attaques d’autant qu’il était protégé par une armée impériale permanente, il s’agissait surtout d’assurer la maîtrise des voies de communication et le contrôle des villes.


[1] Suzanne Haldenwang. « Frédéric II et la Pouille ». Bulletin de l'Association Guillaume Budé. Année 2000 Volume 1 Numéro 1.

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01 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (1/24). Les Pouilles et « La Stupeur du monde ».

Une région à la très grande richesse historique - Frédéric II de Hohenstaufen

 

Allemagne Frédéric II de Hohenstaufen

Ayant tâté de la Basilicate (le creux de la semelle de la botte italienne) et découvert l’exubérance du baroque du Mezzogiorno à Matera mais aussi, en limite des Pouilles, à Martina Franca, il devenait indispensable d’y retourner pour admirer ces monuments. Les Pouilles, « Puglia » en italien (La Pouille, au singulier !), c’est cette région de la botte italienne qui s’étend du niveau de l’éperon jusqu’au talon. C’est une région qui est bien mal servie par son nom français, lequel renvoie inévitablement à une image de pauvreté, de désolation, d’indigence.

C’est effectivement très mal se représenter une région qui, avant de se livrer aux joies exubérantes du baroque, s’était couverte d’impressionnantes églises romanes et de nombreux châteaux, une région donc pas « pouilleuse » du tout, mais au contraire riche de ses productions agricoles, de ses routes commerçantes, de ses monuments, de son histoire. C’était aussi l’occasion d’aller à la rencontre de Frédéric II de Hohenstaufen (1194 / 1250), roi de Germanie, empereur des Romains, roi-consort de Jérusalem, qui reçut les surnoms de « Stupor Mundi » (la « Stupeur du monde » !) et de « prodigieux transformateur des choses » ! L’Apulie, ancien nom de la région des Pouilles, a été la région préférée de Frédéric II et plus particulièrement la Capitanate, à savoir la contrée qui relie l'Apulie à la Campanie, au niveau de l’éperon de la botte italienne.

« … parmi tous les autres pays, nous avons choisi notre possession de Sicile pour qu'elle soit notre propriété réservée, et nous avons fait du royaume entier notre palais et le lieu privilégié de notre séjour, de telle sorte que, bien que nous resplendissions de la gloire du titre des Césars, nous n'avons cependant pas tenu pour indigne d'être nommé un « homme d'Apulie ».

Mais que venait faire en Apulie un empereur germanique ?

L’Europe médiévale est issue du découpage de l’Empire de Charlemagne par ses trois petits-fils. Le traité de Verdun de 843 attribue la partie orientale (l’ancêtre de l’Allemagne) à Louis le Germanique, la partie occidentale (l’ancêtre de la France) à Charles le Chauve, et la partie médiane (allant de la Frise à la Toscane en passant par la Lorraine !) à Lothaire avec, pour ce dernier, le titre d’Empereur des Romains. L’objectif de la royauté germanique sera de reconstituer l’Empire et de récupérer le titre d’Empereur. Ainsi Louis III (830 / 882) reprend la Lotharingie en 880, Otton Ier (912 / 973) se fait couronner Roi d’Italie (961), puis « Empereur et Auguste » par le pape (962) fondant ainsi concrètement le Saint empire Romain-germanique bien que cette dénomination apparaisse plus tardivement.

Par son père, Frédéric II était le petit-fils de Frédéric Ier de Hohenstaufen (Frédéric Barberousse) empereur des Romains et, par sa mère, de Clément de Hauteville, premier roi normand de Sicile. D’abord roi de Sicile, Frédéric fut élu roi de Germanie (1211), puis couronné par le pape comme empereur des Romains (1220). L’empire n’avait pas de capitale et Frédéric II se déplaçait de région en région afin d’affirmer sa présence, assurer sa puissance et rendre la justice. Mais, de la lignée des rois normands de Sicile, ayant passé sa jeunesse à Palerme, Frédéric II préférait son royaume de Sicile qui, outre l’île, comprenait le sud de la péninsule.

Frédéric II parlait plusieurs langues : le latin, le sicilien, le provençal, l’allemand et peut-être le grec et l'arabe. Il s’intéressait aux arts, à la poésie, à l’architecture, aux sciences, à la médecine et aux mathématiques… mais aussi à la fauconnerie pour laquelle il écrivit un ouvrage de référence. Il fut en lutte quasi continue contre la papauté, excommunié deux fois, et considéré par Grégoire IX comme « l’antéchrist » ! La mort de Frédéric II, provoqua finalement la dissolution du premier Empire des Allemands (« Reich des Deutschen »)[1].


[1] Sur Frédéric II voir notamment : Jean-Yves Frétigné, « Histoire de la Sicile », 2009, et Sylvain Gouguenheim. « Frédéric II – Un empereur de légende », 2015.

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29 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (15/15). Liste des articles.

Finlande Helsinski Cathedrale

 

Avant-propos (1/15). Hypothèse d'étude - Une exigence de vérification

Considérations générales sur les voyages aériens (2/15). Du transport aérien - De celui pour la Finlande

Tallin / Flash-back (3/15). Tallin, Estonie - Un monde autrefois inaccessible

Tallin / Travelling avant (4/15). Les murailles de Tallin - Rêves et réalités

Eléments sur l'Estonie (5/15). Des architectures intéressantes - Une agriculture quasi inexistante - La permanence de certaines frontières dans le temps

Première approche de la Finlande (6/15). Espoo, base de vie - Impressions à vérifier

Un territoire totalement urbanisé ! (7/15). Des prétendus dangers de la "nature finnoise" - Pas plus de moustiques que de nature !

Scandinavie et art culinaire : deux termes antinomiques ? (8/15). Il est possible de survivre !

Comportements, coutumes et usages de la population finlandaise (9/15). Caractérisation et comparaison - Masochisme et hédonisme

Quelques éléments sur l’architecture finlandaise jusqu’au XIXe siècle (10/15). Alvar Aalto - Carl Ludvig Engel

L'architecture finlandaise au XXe siècle (11/15). Eliel Saarinen - Johan Siegfried Sirèn - Raimi et Réima Pietilä

Architectures finlandaise et parisienne (12/15). Réflexions toutes personnelles sur les évolutions de l'architecture

Une découverte majeure : être luthérien et drôle n’est pas incompatible ! (13/15). Des périls de la littérature scandinave – Aarto Pasilina

En conclusion provisoire… (14/15). Pour un Français, il est possible de survivre en Finlande !

Liste des articles (15/15).

 

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Montpellier, janvier 2005 / novembre 2011.

27 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (14/15). En conclusion provisoire…

Pour un Français, il est possible de survivre en Finlande !

 

Finlande Helsinski Musee-d-art-moderne

Nous terminions notre étude de 2001 par la constatation que la culture scandinave semblait marquée par la présence de la nature, une nature difficile, exigeant une lutte incessante de l’homme pour survivre, et d’autre part une morale luthérienne rigoureuse qui pèse chaque action de manière tyrannique, Comment s’étonner alors que l’échappatoire à ce quotidien difficile ne se fasse pas dans le merveilleux ?

A contrario les cultures méditerranéennes, essentiellement urbaines, étaient plus enclines à l’hédonisme, au plaisir des corps, du jeu, dans une morale un peu souple, voire à géométrie variable.

Là encore, force est de constater que ce constat paraît moins net en Finlande. Si l’on en juge par l’œuvre de Paasilinna, il semblerait même que l’on puisse être luthérien et drôle, ce qui bouleverse bien des hypothèses et des études scientifiques !

Une fois encore, malgré la brièveté de cette étude, les résultats sont néanmoins importants faisant largement oublier les désagréments causés par les conditions de transport. En effet, même si les données comparées présentent des résultats qui paraissent ici moins nets qu’en Norvège et en Suède, un certain nombre d’éléments soulignent néanmoins la pertinence de notre hypothèse de travail, à savoir que la Finlande n’est pas la France.

Toutefois, les différences en termes d’alimentation, d’architecture, de littérature, apparaissent d’une ampleur plus faible, permettant de penser que les troubles et les malaises, observés chez les voyageurs français en Suède et Norvège seront ici plus atténués. Certes, celui-ci ne comprendra pas l’idiome utilisé par les populations locales, paraît-il très curieux et rare, mais comme il ne comprend pas plus le norvégien, le suédois et tous ces jargons insolites comme l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol… Certes, il arrivera à peu près à s’alimenter pour survivre, mais il ne trouvera pas plus de cassoulet, de choucroute, de couscous, de vin rouge, enfin de toutes ces nourritures de base normales et décentes. Nous avons toutefois pu montrer que nous pouvons réduire à presque rien les désagréments d’un voyage dans ce pays, pourtant si exotique pour un voyageur français, si l’intrépide globe-trotter ingère régulièrement sa dose de Paasilinna permettant même de s’abstraire d’une trousse de secours bourrée d’euphorisants.

Nous n’avons toutefois pas pu trancher une autre question qui découle directement du constat de la possibilité pour un Français de survivre en Finlande : la Finlande fait-elle bien partie de la Scandinavie ?

Cette question nous conduit à proposer, dans un souci scientifique d’exhaustivité et de rigueur, de conduire, à l’avenir, une nouvelle campagne d’étude dans le dernier des pays dits « scandinave », le Danemark… A suivre donc, mais quand ?

 

Montpellier, janvier 2005 / novembre 2011.

 

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25 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (13/15). Une découverte majeure : être luthérien et drôle n’est pas incompatible !

Des périls de la littérature scandinave – Aarto Pasilina

 

Finlande Pasilina

Les résultats obtenus dans nos différentes approches de terrain apparaissent plus contradictoires et complexes que nous ne l’avions imaginé. Aussi une dernière étude par les textes de référence de la littérature est-elle indispensable.

« Un livre n’est jamais qu’une espèce de boîte pleine de pages et le lecteur ne sait presque jamais ce qui l’attend. Il doit prendre un risque »[1]

Et quels risques ! Nous avions en mémoire les terribles périls encourus à la lecture de Knut Hamsun, Henrik Ibsen, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, ou Tarjei Vesass ! Pour tout dire, je craignais le pire avec la littérature finnoise dans une spirale infernale partant d’un peu de spleen, en passant successivement par tous les échelons de la descente aux enfers : la gueule de bois, la mélancolie, la tristesse, le cafard, le découragement, l’abattement, l’accablement, la prostration, l’asthénie, la neurasthénie, la dépression, pour finir inévitablement en tentatives de défenestration… heureusement, habitant un rez-de-chaussée, les conséquences peuvent en être mieux maîtrisées !

Hé bien, ce spécimen finlandais existe ! Et au lieu de sombrer dans le pessimisme et l’alcool, je me suis esclaffé tout seul passant pour un doux dingue aux yeux de ceux qui ne savaient pas en quelle compagnie j’étais. Un coup de blues ? Paasilinna ! Un peu de langueur ? Paasilinna ! Une déception ? Paasilinna vous dis-je ! Paasilinna, c’est le meilleur des antidépresseurs et, à ce titre, l’achat de ses ouvrages devrait être remboursé par la Sécurité Sociale. Cela ne coûterait pas plus cher et serait au moins aussi efficace. Ayant suivi dernièrement une cure assidue de Paasilinna, je peux témoigner que l’usage de Paasilinna, même répété, est sans effets secondaires nocifs. Certes, j’ai pu constater une légère accoutumance, pouvant même déboucher sur une subtile dépendance après la lecture de quatre ou cinq ouvrages, mais il suffit de poursuivre le traitement pour manifester une euphorie soutenue et de bon aloi. Seul petit problème, la production de Paasilinna est limitée à environ un ouvrage tous les trois ou quatre ans. Vous risquez donc d’épuiser rapidement le stock et de vous retrouver en état de manque. Rien de grave cependant car, contrairement aux médicaments courants, vous pouvez utiliser plusieurs fois la même pilule, ou vous souvenir de quelques passages particulièrement ironiques ou décalés pour retrouver votre bonne humeur.

Une histoire de Paasilinna part généralement d’une situation très ordinaire de la vie courante dans laquelle il se produit un fait nouveau, mais à priori banal, un lièvre accidenté par une voiture, la rencontre d’un repris de justice en cavale, l’aide apportée à une personne âgée… Mais cette rencontre aura les conséquences les plus inattendues, avec un effet boule de neige, comme par exemple la déroute d’un exercice militaire, la démonstration que la politique agricole la moins coûteuse consiste à détruire les exploitations agricoles et, plus extraordinaire et plus rare, la punition des « méchants » par eux-mêmes et, à contrario, des « gentils » qui tirent profit des malversations et des malveillances des précédents ! Le fait est assez rare, frisant même le miracle, pour être souligné.

Les romans de Paasilinna se déroulent dans les vastes espaces, dits naturels, du nord de la Finlande (« Le lièvre de Vatanen », « La forêt des renards pendus », « La cavale du Géomètre »…). Ils soulignent l’importance des activités de pêche dans les lacs, de cueillette des baies ou des champignons dans les vastes forêts enneigées… Mais ce n’est manifestement plus qu’un rappel nostalgique d’une époque aujourd’hui disparue (cf. chapitre précédent sur la prétendue « nature finnoise ») quand les Finnois étaient encore bûcherons, agriculteurs, chasseurs, dans la vaste nature. Voulez-vous une autre preuve de l’urbanisation accélérée et généralisée de la Finlande ? C’est pourtant Paasilinna lui même qui nous l’offre. En effet, au cours de notre périple, nous n’avons jamais réussi à rencontrer les prétendus dieux tutélaires de la Finlande dont Paasilinna nous parle pourtant abondamment[2] : Uko Yujimana, le Dieu de l’orage, Sampsa Pellervoinen le dieu à l’abondante crinière, dieu de l’agriculture et de l’élevage, mais aussi chargé de lutter contre le froid et de faire revenir le printemps, Ronkoteus, dieu du seigle et Vrankannos de l’avoine, Tapio , l’esprit de la forêt, Nyrkytär sa femme, Ahti, l’esprit des eaux.


[1] Manuel Vasquez Montalban. « Le Labyrinthe grec ». 1991.

[2] Arto Paasilinna. « Le fils du dieu de l’orage ». 1984.

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23 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (12/15). Architectures finlandaise et parisienne.

Réflexions toutes personnelles sur les évolutions de l'architecture

 

Finlande Helsinski Temppeliaukon Kyrka

A Helsinki, il ne faut pas manquer la Temppeliaukon Kyrka des frères Tuomo et Timo Oskarai Suomalainen : une église circulaire, creusée dans un de ces affleurements granitiques de la ville, et recouverte d’un dôme en lentille plate porté par de fines poutres de béton, rayonnantes, laissant largement filtrer la lumière. L’intérieur, aux parois de roche brute, présente une ambiance douce grâce à la maîtrise de la lumière et un mobilier de bois. L’opéra de Hyvämäki, Karhunen et Parkkinen (1993) a des formes douces et sans prétentions renvoyant bien à l’idée que l’on se fait du fonctionnalisme nordique.

Et puis, et puis… nous en avons raté beaucoup d’autres, soit par manque de temps, soit parce que nous les avons vainement cherchés : la fondation Sara Hildénin construite par Pekka Ilveskoski à Tempere, la maison de la culture d’Helsinki de Alvar Aalto… sans parler, à Espoo, du centre commercial d’Aarne Ervi, du centre culturel d’Arto Sipinen, de l’Institut de technologie d’Alvar Aalto (encore), du centre des congrès des Pietilä…

Bref, peut-on aligner à Paris, pareille floraison architecturale dans la seconde moitié du XXe siècle ?

Paris a connu une certaine effervescence architecturale dans cette fin de siècle, et de très nombreuses réalisations sont le fait de grands architectes étrangers : le centre Beaubourg (1977) est une œuvre de Renzo Piano et Richard Rogers (l’un est Italien, l’autre Anglais), l’aménagement intérieur du musée d’Orsay (1982) est de Gae Aulenti (Italienne), la place de Catalogne (1985) de Ricardo Bofill bien sûr (Espagnol et Catalan !), la Cité des Sciences de La Villette (1986) est d’Adrien Fainsilber (Anglais), la pyramide du Louvre (1988) de Ieoh Ming Pei (Américain d’origine chinoise), la Grande Arche de la Défense (1989) de Johan Otto von Spreckelsen (Danois), l’Opéra Bastille (1989) de Carlos Ott (Canadien), l’American Center (1994) de Franck O Gehry (Américain naturellement), la Maison de la culture du Japon (1997) de Masa Yuki Yamanaka (Japonais comme il se doit)…C’est tout à l’honneur de la France d’avoir permis à ces architectes d’y réaliser des réalisations prestigieuses, mais que sont les architectes « français » devenus ?

Faut-il parler de la tour Maine-Monparnasse (1973) de Eugène Beaudoin, Urbain Cassan, Louis Hoym de Marien et Jean Sabot ? Passons vite, car leurs architectes sont aujourd’hui bien oubliés et regardons plutôt du côté du Palais omnisports de Bercy (1983) qui est de Pierre Parat, Michel Andrault et Ayden Guvan, l’Institut du Monde Arabe (1987) est de Jean Nouvel, le ministère des Finances (1989) de Paul Chemetov, Borja Huidobro et Yves Lietard, la Fondation Cartier (1994) de Jean Nouvel également, la Cité de la Musique (1995) de Christian de Portzamparc, la Bibliothèque nationale de France (1998) de Dominique Perrault… On peut donc raisonnablement penser que Paris n’a pas à rougir devant Helsinki en termes de richesse et d’innovation architecturale.

Mais peut-on remarquer des différences ? Est-on architecte de la même manière à Paris et à Helsinki ?

Une observation somme toute assez superficielle laisse à penser que les édifices contemporains récents sont peut-être plus monumentaux, plus « grandioses », plus imposants à Paris. Mais ce n’est pas le propre des architectes français dans la mesure où les réalisations d’architectes étrangers à Paris sont toutes autant monumentales, même si elles s’intègrent, voire se fondent, dans le tissu urbain (cf. la pyramide du Louvre et même le centre Beaubourg pourtant si décrié à l’origine). C’est plutôt l’histoire de la ville, sa taille, ou la taille de ses projets qui explique cette différence dans la dimension et la monumentalité.

Alors quoi ? En dehors d’un aspect plus modeste, plus discret, l’architecture finlandaise apparaît plus fonctionnelle, avec une recherche de formes simples et très pures. En conclusion, un Français ne sera certainement pas étonné, encore moins stressé, et même au contraire plutôt séduit, par l’architecture contemporaine finlandaise, même s’il lui semble qu’il y a moins de monumentalité et plus de fonctionnalité. Dans quelle mesure l’architecture finlandaise a-t-elle participé au renouveau de l’architecture dans la seconde moitié du XXe siècle ?

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21 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (11/15). L'architecture finlandaise au XXe siècle.

Eliel Saarinen - Johan Siegfried Sirèn - Raimi et Réima Pietilä

 

Finlande Helsinski immeuble

Et puis, il y eut la gare d’Helsinki (1910 / 1914) de Eliel Saarinen !

C’est une gare certes assez modeste par sa taille mais qui tranche nettement avec les productions courantes de la même époque : des formes simples mais affirmées, liées à la structure et à la fonction de la gare : une façade en avancée avec fronton curviligne dans le prolongement de la halle couvrant les voies. Le porche est encadré de statues massives, rectilignes, représentant un homme tenant un globe entre ses mains.

Pour apprécier toute la modernité de cette architecture, il suffit de faire une comparaison avec d’autres réalisations de la même période : la gare de Limoges (1925 / 1929), lourde, pataude, éclectique, tout à la fois médiévale, classique et byzantine, cachant soigneusement ce qui en faisait la modernité, à savoir sa plate-forme en béton recouvrant l’ensemble des voies. Ou encore la gare de La Rochelle (1910 / 1923) au style médiévalo-classique.

Les seuls parallèles possibles de l’œuvre de Saarinen le sont avec des projets de futuristes italiens qui sont restés à l’état d’ébauche (Antonio Sant’Elia 1913 / 1914[1]). La gare d’Helsinki n’est pas un palais moderne, mais une entrée dans la ville et une porte ouverte sur le monde ainsi que le souligne la statuaire d’Emil Wilkström.

« ... la gare (...) loin de ruiner le mythe du voyage, en est devenue un évident symbole : un sas magique dressé dans la ville comme une promesse de l’au-delà »[2]

Le parlement de Johan Sigfrid Sirén (1931) apparaît moins novateur même s’il serait un excellent exemple de fonctionnalisme nordique. C’est un édifice carré, massif, de granit rose, précédé d’une colonnade aux hautes et fines colonnes d’ordre colossal. Cette colonnade imposante fait immanquablement penser aux pires monuments soviétiques même si l’œuvre de Sirén est très dépouillée et très pure, à l’inverse des œuvres soviétiques surchargées de travailleurs, ouvriers et paysans, d’épis de blé et de roues dentées, de feuilles de laurier et d’étoiles rouges. Fonctionnel peut-être, mais pas véritablement très inventif.

Aux mêmes dates se construisaient les bâtiments du Bauhaus à Dessau (1925 / 1926 - Walter Gropius), l’Asile de l’Armée du Salut à Paris (1929 / 1933 - Le Corbusier et Pierre Jeanneret) ou la Casa del Fascio à Côme (1932 / 1936 – Guiseppe Terragni) qui sont autrement novateurs. Un point de détail intéressant : les entrées latérales du bâtiment présentent des jambages inclinés, comme à l’hôtel de ville dessiné par Carl Ludvig Engel. Je ne peux pas croire à une simple coïncidence, alors est-ce un clin d’œil malicieux ?

Mais la Finlande n’en est pas restée là ! Il y eut aussi une floraison d’architectes après Aalto. A Tempere, la bibliothèque centrale n’est pas sans intérêt.

 « La bibliothèque de Tampere était un magnifique bâtiment neuf d’aspect très original. Sorjonen essaya de se souvenir du nom de l’architecte, mais sans succès. Il se dit que, lorsqu’il serait vieux, il souffrirait certainement de troubles de la mémoire, vu le nombre de choses qui disparaissaient déjà de son esprit »[3]

Pour mémoire, elle est de Raili et Reima Pietilä (1986). La bibliothèque centrale est effectivement originale avec ses formes arrondies et ses toits de cuivre brun. Elle semble avoir servi d’aire d’atterrissage d’urgence à une soucoupe volante qui serait restée perchée sur sa terrasse, un peu en biais. En opposition avec les rondeurs basses de la bibliothèque centrale, la Kalevan Kirkko dresse de hautes parois composées de formes incurvées successives qui l’ont fait appeler « le silos des âmes ». Si l’extérieur fait un peu penser à un silo à céréales dont toutes les cellules n’auraient pas été construites, l’intérieur est remarquable d’élévation et de lumière. Les formes incurvées des murs sont séparées par de hautes fenêtres qui dispensent une lumière douce. Elles délimitent une vaste salle, sans aucun obstacle, très haute, de forme irrégulière, légèrement incurvée, au plafond plat. Bien que d’une conception très différente, c’est également une œuvre de Raili et Reima Pietilä (1966).


[1] Centre Georges Pompidou. « Le temps des gares ». 1978.

[2] Jean-Didier Urbain. « L’idiot du voyage - Histoires de touristes ». 1993.

[3] Arto Paasilinna. « La cavale du géomètre ». 1994.

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19 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (10/15). Quelques éléments sur l’architecture finlandaise jusqu’au XIXe siècle.

Alvar Aalto - Carl Ludvig Engel

 

Finlande Helsinski Bibliotheque-universitaire

L’addition des deux termes « architecture » et « Finlande » ne manque jamais de donner comme résultat : Alvar Aalto, aussi sûrement que 1 + 1 = 2. Chacun a en mémoire ses magnifiques bâtiments aux lignes des plus sobres sans toutefois jamais être sèches, avec l’utilisation de matériaux chaleureux comme la brique et le bois.

Adolescent, j’avais eu l’occasion de visiter à Wolfsburg, la ville de Volkswagen, le centre culturel dessiné par Aalto. Le bâtiment m’avait laissé une impression profonde, car c’était la première fois que je visitais un bâtiment contemporain imaginatif, séduisant, aux formes résolument nouvelles.

Quelques unes des œuvres d’Aalto à Helsinki, vues plus que visitées, laissent l’impression d’un artiste aux facettes diversifiées. Le Palais Finlandia (1971), tout de marbre blanc revêtu sur sa longue façade aux formes anguleuses laisse assez froid. La librairie académique (1969) située sur l’esplanade apparaît moins originale avec ses cinq rangées de fenêtres bien régulières entourées d’un parement couleur bronze, même si l’intérieur est vaste et clair.

Mais un voyage en Finlande permet surtout de découvrir qu’il y eut de nombreux autres architectes intéressants, avant et après Aalto.

Bien avant, avec l’architecture traditionnelle en bois, de maisons, d’églises, de palais aux façades fortement colorées en bleue, vert ou jaune. Puis avec le style dit « Impérial » dont Carl Ludvig Engel (1778 / 1840) est le plus prolixe représentant. Le Sénat, la bibliothèque universitaire, l’église orthodoxe de la Sainte Trinité, l’hôtel de ville, la cathédrale d’Helsinki ont été dessinés par Engel, mais aussi le plan de la ville et l’observatoire de Turku, l’église luthérienne d’Hamina… et je dois en oublier beaucoup. Engel compose des bâtiments à l’architecture très palladienne où il manque rarement un portique à colonnes ioniques, surmonté d’un fronton triangulaire. A défaut, ce seront des colonnes corinthiennes pour les bâtiments les plus prestigieux comme la cathédrale d’Helsinki, ou un attique très sobre pour un bâtiment plus utilitaire comme la bibliothèque universitaire. Il se permet parfois des fantaisies sans relation aucune avec l’œuvre de Palladio comme des entrées à jambages inclinés (hôtel de ville d’Helsinki) comme dans les temples aztèques !

Certes, les bâtiments de Carl Ludvig Engel n’expriment pas un génie révolutionnaire, mais ils ne manquent pas d’un charme transalpin accentué par la coloration de leurs façades, ou jaune ou vert clair à Helsinki, mais avec un bleu très soutenu, souligné de pilastres, de frises et d’encadrement de fenêtres blancs pour l’église d’Hamina.

Hamina offre également l’exemple d’une petite ville fortifiée, à plan symétrique, sur les modèles de la Renaissance italienne : un octogone parfait, aux rues se coupant à angles droits, avec huit grandes artères transversales aux différents axes, se recoupant au centre et délimitant une place circulaire. Au centre est construit un hôtel de ville carré, à quatre façades identiques, dominé d’une tour octogonale terminée elle même par un colonne cannelée surmontée d’un tailloir dorique carré.

A la fin du XIXe siècle, en Finlande comme dans le reste de l’Europe, les choses se sont un peu gâtées en matière d’architecture. Il fallait souligner la puissance de la nouvelle bourgeoisie et, comme tous les nouveaux riches, celle-ci a voulu faire plus, toujours plus, tout en affirmant son caractère prétendument national. Cela a donné lieu, hélas, aux habituelles horreurs lourdingues médiévalo-gothico-byzantino-renaissance-baroques qui parsèment l’Europe. En Finlande, ce style se décline avec des murs de granit, des tourelles, des créneaux et des mâchicoulis dans un style dénommé très mal à propos : « national finlandais » tant on retrouve les mêmes ingrédients d’Angleterre à Moscou en passant par Bruxelles, Paris, Berlin et Vienne. Le plus « bel » exemple de ce style de mauvais décor de théâtre étant le musée national d’Helsinki, auquel a d’ailleurs participé un certain Eliel Saarinen qui sera plus inspiré par la suite.

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17 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (9/15). Comportements, coutumes et usages de la population finlandaise.

Caractérisation et comparaison - Masochisme et hédonisme

 

Finlande sauna

S’il fallait caractériser la population finlandaise, en peu de mots ou en une image, c’est bien sûr le nom et l’image du sauna qui viendrait immédiatement à l’esprit. Le même exercice appliqué à la population française impliquerait nécessairement d’utiliser plusieurs mots : la baguette de pain, le camembert et le litre de vin rouge dans une image plus riche et plus complexe… à quoi, il conviendrait même d’ajouter le béret basque. Mais notre honnêteté de scientifique nous amène à constater que ce dernier élément relève de plus en plus du folklore et qu’il n’est plus totalement significatif. Aussi, avons-nous préféré l’écarter pour conserver la nécessaire objectivité de notre étude.

De ces constats nous pouvons tirer deux conclusions :

1- Un objet et un seul permet de représenter symboliquement la Finlande. Mais comment faut-il l’interpréter ? Cet objet n’est pas sans signification idéologique profonde : d’une part il symbolise la propreté extrême liée à un décrassage systématique et, d’autre part, les séances de sauna manifestent avec évidence d’une recherche désespérée par les populations locales d’une « nature » originelle perdue : les participants exhibant tous la même tenue traditionnelle et très conformiste dénommée « naturiste ». 

L’usage du sauna souligne également le poids excessif des obligations sociales, en effet le sauna ne peut s’utiliser qu’à plusieurs individus car d’autres individus sont nécessaires pour vous frapper à coup de branches de bouleau. Je n’insiste pas sur le côté terriblement sadomasochiste de cette pratique !

2- A contrario, le symbole de la France nécessite la présence de trois objets différents, mais complémentaires, pour être caractérisé. Là encore, ce n’est pas sans signification idéologique : d’une part celui de l’attachement des Français aux démarches systémiques dans lesquelles les différents éléments s’associent pour former un tout cohérent et harmonieux.

Outre l’amour des Français pour la bonne chère, cette image souligne également la richesse de notre vie sociale. L’ensemble « baquette de pain + camembert + litre de vin rouge » ne va pas sans une très grande convivialité et un partage festif. Là, il ne s’agit pas de supporter les autres pour se faire souffrir, mais bien au contraire d’une grande fête du plaisir vécue en communauté.

Etre « net » d’un côté, être « bien » de l’autre, recherche d’une nature perdue d’un côté, communion avec cette même nature de l’autre, obligations sociales d’un côté, rencontres festives de l’autre, masochisme d’un côté, hédonisme de l’autre… Ce ne sont plus des différences entre ces deux populations, mais bien deux pôles qui s’opposent complètement. Etonnez-vous après que les Français soient un peu déboussolés en Finlande !

La réciproque, par contre, n’est pas obligatoire, les Finlandais sont peut-être un peu désorientés en France par notre jovialité naturelle, notre bonne humeur et notre affabilité notamment vis-à-vis des étrangers, toutes qualités si unanimement reconnus par tous les autres peuples de la planète, mais cela ne saurait nécessairement durer. Je ne doute donc pas que la qualité, la bonhommie et la richesse de notre vie sociale doivent bien vite faire oublier aux Finlandais la rudesse de leurs relations interpersonnelles d’origine. Certes, et toujours par pure honnêteté intellectuelle, je dois bien reconnaître qu’il y a bien quelques pisse-froid qui nous trouvent arrogants, désagréables et râleurs, mais ces gens là nous connaissent manifestement très mal, d’ailleurs ce sont des étrangers[1] !


[1] « Les Français détiennent la première place pour ce qui est de l’égoïsme et de la hargne dans les moments de crise ». Lawrence Durell. « Le carrousel sicilien ». 1979. Montaigne disait déjà, en 1580 : « (les François), qui ne peuvent appeler gracieux ceux qui supportent malaysement leurs desbordements et insolence ordinaire. Nous faisons en toutes façons ce que nous pouvons pour nous y faire decrier ». « Journal de voyage – 1580 / 1581 ». Voilà donc plus de cinq siècles que nous sommes des voyageurs désagréables ? Quelle belle constance !

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15 juillet 2017

Approche de la Scandinavie, la Finlande (8/15). Scandinavie et art culinaire : deux termes antinomiques ?

Il est possible de survivre !

 

Finlande Naantali Restaurant

L’approche de la culture scandinave par l’intermédiaire de l’art culinaire avait très rapidement montré ses limites en Norvège et en Suède, d’une part avec une restauration de base très largement composée de « chinois-pizzeria-kebbab » donc non-autochtone, d’autre part pour ce qui semblait être des « vrais » restaurants locaux par des prix à faire reculer un touriste français moyen.

Ce constat semble beaucoup moins net en Finlande. Certes les « vrais » restaurants sont une denrée plutôt rare et les prix apparaissent toujours excessifs aux yeux d’un Français mais du moins avons-nous pu faire plusieurs repas très honorables. Ils surprennent néanmoins par des mélanges sucrés salés assez systématiques : porc à la gelée de groseille, rollmops sucrés, poulet pané accompagnés de quartiers d’oranges, de tranches d’ananas, de grains de raisin, mais aussi de carottes, de choux fleur, d’oignons crus et de confiture d’airelle… Pour faire bon poids, on ajoute là dessus un peu d’acidité avec de petits oignons au vinaigre. Le tout était présenté avec une recherche de composition de couleurs, façon « nouvelle cuisine ».

Autre exemple intéressant, celui du lunch de ce magnifique restaurant de bois de Naantali. Imaginez un grand bâtiment, tout à la fois saloon et datcha, peint en jaune clair ! Saloon pour l’occupation de l’espace : une grande salle au plafond élevé, entourée de tables situées sur des estrades, avec des balcons de bois. Datcha pour la décoration : cadres ovales avec des bouquets de fleurs, maquettes de bateaux, voilages aux fenêtres, bouquets de fleurs. Pour un prix très honorable, chacun pouvait accéder à de magnifiques buffets, buffet froid avec toutes sortes de salades et de charcuteries, buffet de poissons avec bien sûr hareng et saumon accommodés de différentes façons, buffet de viandes chaudes, porc et bœuf généralement en sauce et, suprême luxe, des fruits frais !

Voilà pour le côté positif, mais celui-ci ne doit pas masquer la réalité des repas traditionnels dont on trouve une description dans le premier repas servi au fils du dieu de l’orage, Rutja, descendu dernièrement en Finlande pour évangéliser les Finnois, et dont l’œuvre de Paasilinna porte témoignage. Ce dîner se serait composé de tartines de pain beurré agrémentées d’une tranche de fromage et deux tranches de jambon, d’un œuf à la coque, de fruits et de thé. Son second repas, toujours si l’on en croit Paasilinna, aurait été une soupe de cervelas avec pommes de terre, beurre et deux cubes de bouillon de bœuf. Il n’y a donc rien d’étonnant que, par la suite, Rutja ait pris l’habitude d’aller manger dans un grand restaurant d’Helsinki où il sifflait régulièrement une bouteille entière de vin au cours du repas. On peut d’ailleurs se demander si ce dieu finnois là n’aurait pas quelques ascendances méditerranéennes.

Il faut aussi prendre en compte l’équipement culinaire particulièrement sommaire de notre base de vie : très peu de vaisselle, moins encore de casseroles et de plats de cuisson, laissant à penser que les seules nourritures qui pouvaient y être préparées étaient des pizzas surgelées et des tartines de pain. Il fallut développer des trésors d’imagination pour réussir néanmoins à s’assurer d’une alimentation normale et décente avec un équipement aussi sommaire.

Enfin, dernier élément d’information, sur le port de Tallin est implanté un vaste hangar dans lequel sont présentés toutes sortes d’alcools, les Finlandais ayant l’habitude de venir y faire régulièrement des razzias d’alcools. En dehors des bières, vodka et whisky, les vins français représentés étaient très, très quelconques… Plus « Postillon » que Saint-Emilion.

Notre axe d’investigation par l’alimentation a donc montré ses limites et ne confirme pas totalement notre hypothèse. Si les habitudes culinaires des Finlandais et des Français apparaissent assez différentes, il semble néanmoins que ces derniers pourraient y survivre, ce qui semblait plus difficile en Norvège et Suède. Resterait à analyser quelles sont les interrelations entre alimentation et comportements, attitudes, allures, agissements, voire coutumes, usages et traditions pour comprendre pourquoi nos compatriotes conservent quand même un sentiment global de dépaysement.

« … l’ambiance, j’en suis persuadé est l’ingrédient essentiel au développement du goût. Le goût ne vient pas de la bouche, il dépend entièrement de l’esprit »[1]


[1] Romesh Gunesekera. « Récifs ». 1994.

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