Notes d'Itinérances

17 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (16/19). Considérations sur le « moteur à bananes ».

Rappels sur le voyage d’Albert Londres – Réalités actuelles du « moteur à bananes »

 

Mali Bamako Pont des Martyrs

Au Centre d’Apprentissage Agricole de M’Pessoba, les enseignants abandonnés par leur ministère de tutelle continuent malgré tout à assurer comme ils le peuvent leur apostolat. Telle est la réalité du terrain ! Par quel miracle peut-on assurer un enseignement professionnel et technique pour quatre-vingt-dix élèves internes, sans électricité, sans eau, avec trois enseignants, sans autre personnel, sans matériel technique et pédagogique et sans documentation ? Et pour les préparer à quoi ? Et l’on voudrait que, dans cette situation de misère, les agriculteurs maliens soient plus productifs et plus imaginatifs pour trouver des solutions inédites aux problèmes alimentaires et d’emploi ? Face aux agricultures productivistes des pays développés ?

De Bamako, nous ne verrons pas grand-chose, embarqués dans le même jeu de rendez-vous qu’à Dakar avec l’ensemble des représentants des acteurs du milieu rural. Heureusement la ville est moins grande et nous perdons moins de temps dans les embouteillages. Entre rencontres, interviews, entrevues et séances de travail, je réussis à dérober deux petites heures, un dimanche après-midi, pour faire une brève visite de la ville : le quartier de la présidence qui domine la ville (intérêt limité sauf pour la vue sur la cité et le fleuve), le musée (une belle réussite architecturale mais malheureusement une collection assez pauvre [1]) et le pont des Martyrs sur le Niger (spectaculaire par ses embouteillages perpétuels) !

La traversée du centre-ville, en longeant le marché, permet de constater les permanences et les évolutions du petit commerce. En 1927, Albert Londres effectue une enquête de quatre mois qui le conduira à travers l’Afrique occidentale et équatoriale française de Dakar à Brazzaville, en passant par Bamako et Tombouctou (Mali), Ouagadougou et Bobo-Dioulasso (Burkina-Faso), Bouaké (Côte d’Ivoire), Porto-Novo et Abomey (Bénin), Pointe Noire (Gabon) et enfin Brazzaville (Congo). A son retour il fait paraître son témoignage dans « Terre d’ébène ». Il décrit le marché de Bamako.

« ... les femmes étaient accroupies devant les petits tas de choses qu’elles avaient à vendre : trois morceaux de sucre, quatre bananes, six noix de kola, une calebasse de lait, cinq ou six mille mouches... »[2]

Près de quatre-vingt ans plus tard, ce sont toujours des femmes qui opèrent ce petit commerce sur les trottoirs mais, grande innovation, on constate plutôt une spécialisation dans le négoce, chacune d’elle ne vend plus qu’un seul type de produit, toujours en très petite quantité. Comme dans les vitrines des Grands Magasins, chacune s’efforce de présenter ses articles de la manière la plus attrayante possible. C’est évidemment plus difficile quand vous ne possédez pour toute vitrine qu’un bout de carton, un mouchoir ou une natte et pour toute marchandise qu’une vingtaine de tomates. Cela exige donc beaucoup plus de créativité. Pour attirer l’œil du chaland il faut monter le plus haut possible un tas de tomates, l’une sur l’autre, dans un équilibre précaire. Les vendeuses semblent ainsi dire aux acheteurs potentiels, « Voyez comme mes tomates sont fermes et de bonne qualité pour supporter les trois ou quatre qui lui sont posées dessus ! ».

A sa parution, en 1929, « Terre d’ébène » [3] suscita de violentes polémiques car le reportage allait à contre-courant de l’imagerie d’Épinal selon laquelle la France, grande et généreuse, assurait en Afrique une « mission civilisatrice ». Albert Londres dénonçait tout ce qui aurait dû être fait et qui ne l’était pas. Il constatait notamment que « L’Afrique noire française dort » et qu’il faut y investir massivement en utilisant non pas « le moteur à bananes » (le travail forcé des Africains !) mais les machines, les camions, les grues. Si, aujourd’hui, « le moteur à bananes » ne fonctionne plus pour le profit des puissances coloniales, c’est toujours le travail très peu rémunérateur des Africains qui continue à gonfler les profits du commerce international des matières premières, et l’image d’Epinal de la France assurant une mission de développement en Afrique est mise à mal !


[1] Après d'importants travaux de rénovation, le musée a été inauguré en octobre 2003. C'est aujourd'hui le deuxième plus grand musée du continent, après celui de l'Afrique du Sud (note de 2019).

[2] Albert Londres. « Terre d’ébène ». 1929.

[3] Son reportage paraît d'abord dans le « Le Petit Parisien », sous forme de feuilleton entre octobre et novembre 1928, dans une chronique intitulée Quatre mois parmi nos Noirs d'Afrique. Le reportage est ensuite publié en 1929 avec le sous-titre « La traite des Noirs ».

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15 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (15/19). La grande misère de la formation professionnelle agricole.

Le centre agricole de M’Pessoba – Détails désolants

 

Mali Entre Ségou et Koutiala

Sur le chemin du retour, nous avons l’occasion d’admirer une très belle construction de terre crue, plus modeste que la mosquée de Djenné mais néanmoins spectaculaire. A mi-chemin entre Koutiala et Ségou, nous recherchons le Centre d’Apprentissage Agricole de M’Pessoba dont nous avions repéré un panneau de signalisation à l’aller. Comme notre chauffeur ne sait pas lire et qu’il n’ose pas l’avouer, il nous demande de l’aider pour retrouver ce panneau indicateur au prétexte qu’il n’est pas facile de le faire en conduisant. Sa dignité de chauffeur est ainsi sauve et cela nous permet d’arriver plus efficacement à bon port.

Nous finissons par repérer le petit panneau indicateur qui nous engage sous une magnifique allée de nims [1], ces grands arbres des pays sahéliens. De chaque côté sont érigées de petites cases en parpaing, couvertes d’un toit de tôle. Les fenêtres constituées de simples ouvertures avec des volets de fer sont noircies par les fumées des feux entretenus dans la pièce principale laquelle ne possède pas de cheminée. Les volets métalliques à lamelles sont garnis de fleurs de coton pour en obstruer les fentes. Devant chaque porte est positionnée une petite plate-forme de ciment sur laquelle sèche généralement du manioc râpé. Autour des cases, c’est un fouillis de matériel abandonné, de ferraille, de petits auvents de bois protégeant de grosses calebasses conservant l’eau, au milieu duquel divaguent poulets, brebis et chèvres. 

Nous nous adressons à une femme qui s’affaire pour préparer un repas et à une jeune fille qui balaye la case avec des rameaux de branchages pour savoir où trouver le directeur. Chance, c’est la femme du directeur-adjoint qui va prévenir son mari, lequel devait d’ailleurs faire une petite sieste réparatrice au vu de son air endormi et de ses vêtements fripés lorsqu’il sort de la maison en s’aidant d’un manche de pelle comme béquille car il s’est blessé. Il nous conduit sur le côté de la maison, à l’ombre d’un grand manguier, pendant que sa femme et ses enfants s’affairent, qui pour chercher des sièges, qui pour prévenir d’autres personnes. Nous nous installons sur un coin de terre battue où passent des poulets coureurs et des brebis aux pattes entravées tambourinant une vieille tôle abandonnée sur le sol. Bientôt arrivent deux autres personnes, le surveillant général et un enseignant, ce dernier ayant pris la précaution de se munir d’un stylo à bille et d’un cahier. 

Le Centre d’Apprentissage Agricole de M’Pessoba propose une formation préparant à un certificat d’aptitude agricole, d’une durée de quatre années, la dernière année étant un stage. Si le centre bénéficie d’une ferme de 55 hectares pour y réaliser des observations et applications pédagogiques pour les élèves, il n’y a plus ni animaux ni matériel et ce sont des retraités, titulaires d’une pension misérable, qui utilisent les parcelles de culture pour survivre. Le transformateur électrique de l’établissement est en panne ce qui ne permet plus de disposer de l’électricité, avec pour conséquence de ne plus pouvoir utiliser la pompe d’alimentation en eau du puit ! Le téléphone n’est plus qu’un lointain souvenir et même le courrier n’arrive à destination que s’il est confié de la main à la main aux bons soins du chauffeur de l’autocar Ségou / Koutiala. Les programmes de formation n’ont pas été redéfinis, les derniers documents officiels datant de 1984, le centre ne possède aucun matériel pédagogique et il ne dispose que de trois enseignants affectés à l’établissement pour encadrer trois promotions de trente élèves ! En fait, sans directeur, nous avons devant nous l’ensemble de l’équipe pédagogique ! Nous repartons avec l’impression déplaisante d’abandonner ces malheureux enseignants à leur triste sort sans même pouvoir leur apporter un appui ou un réconfort. 

La nuit tombe vite en Afrique et il n’est généralement pas recommandé de rouler de nuit les routes étant utilisées par des piétons, des cyclistes ou des charrettes sans signalisation lumineuse. Il n’est pas rare que des troupeaux y divaguent, sans parler des obstacles fixes, branches d’arbre, camions en panne, pierres… ou tout simplement trous béants dans la chaussée. C’est à la nuit tombée que nous arrivons à Bamako.

« La nuit surgit trop vite sous les tropiques, après un crépuscule fugace et inintéressant comme le baiser d’un couple divorcé par consentement mutuel »[2]


[1] Le margousier (Azadirachta indica), ou neem (graphie anglaise du bengali nim), est un arbre originaire d'Inde appartenant à la famille des Meliaceae (Wikipédia).

[2] Antonio Lobo Antunes. « Le cul de Judas ». 1983.

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13 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (14/19). Enquêtes à Koutiala

Évolutions du lycée agricole de Koutiala – La Compagnie Malienne de développement des Textiles

 

Mali Mahou

Koutiala semble être une grosse bourgade de peu d’intérêt, si ce n’est qu’elle constitue un marché régional actif. Au matin, nous avons prévu de nous rendre au lycée agricole de Koutiala. En contre-bas de la route, il est composé de bâtiments d’un seul niveau, couverts de tôles, alignés parallèlement les uns aux autres. Tout semble bien calme, mais la rentrée scolaire ne devant avoir lieu que la semaine prochaine c’est somme toute assez normal. Quelques hommes - des ouvriers d’entretien de l’établissement ? - se préparent un thé sur un petit kanoun de terre cuite. Personne n’ayant été prévenu de notre visite nous attendons l’arrivée des autorités de l’école ce qui ne tarde d’ailleurs pas.

Le surveillant général du lycée, un homme de belle prestance, avec une petite moustache grisonnante et habillé d’un magnifique boubou mordoré, nous invite à le suivre dans son bureau. Celui-ci, fort simple, ouvert à tous vents, est néanmoins complété d’un ordinateur, placé sous une housse pour le protéger de la poussière, et d’un énorme frigidaire, d’un modèle un peu ancien, sur lequel ont été fixées des ferrures permettant de fermer l’appareil avec des cadenas ! Au mur sont collées des feuilles de statistiques dont les plus anciennes datent de la création de l’école, mais elles sont très régulièrement mises à jour : nombre d’élèves par filière et par année. Lors des présentations le Secrétaire général ne manque pas de souligner qu’il a été l’étudiant de « Monsieur » Sébillotte à l’Institut National Agronomique, une des gloires de la grande école française d’agronomie !

Créé en 1986, à l’initiative du ministère des enseignements supérieur et secondaire et de la recherche scientifique, le lycée de Koutiala devait être le premier de six lycées agricoles, un par grande région, mais il est le seul à avoir été construit. A l’origine, il était prévu qu’il forme des exploitants agricoles « modernes » (que faut-il entendre par là ? Mystère) qui devaient, au terme de leur formation de quatre années, être installés sur un terrain donné par l’État et être dotés de matériel agricole et d’une aide financière de démarrage. Lancée de manière improvisée, sans étude des débouchés ni des besoins, cette expérience se solda rapidement par un échec l’État n’ayant pas respecté ses engagements en postes et en financements ! C’est d’ailleurs à mon avis un moindre mal, le projet copié sur des exemples européens aurait eu un coût exorbitant pour un impact négligeable : quelques agriculteurs « modernes » formés chaque année !

A la suite de cet échec, l’établissement avait redéfini ses objectifs, avec beaucoup plus de sagesse et une meilleure connaissance des besoins locaux, en proposant de former des cadres moyens en agro-pastoralisme et en mécanisation agricole. Un lycée agricole français lui fournira le matériel pour créer un atelier de mécanique, permettant l’ouverture d’un CAP de construction mécanique. Les diplômés ont trouvé facilement des emplois dans la région où ils se sont installés comme artisans indépendants. Pour assurer ces deux formations, le lycée dispose de 23 enseignants fonctionnaires et de 19 vacataires avec une capacité d’accueil de 320 élèves externes. Désormais l’établissement est sous la tutelle du ministère de l’Éducation.

Nous continuons notre enquête auprès de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT) car Koutiala est situé au centre d’une zone de production cotonnière. La CMDT a eu son heure de gloire quand le prix du coton était rémunérateur. Aujourd’hui, malgré sa bonne qualité, le coton africain n’arrive plus à lutter contre le coton américain au coût de revient faible du fait de l’intensification, de la mécanisation, d’une politique de subventions élevées des agriculteurs américains et enfin de la dévaluation du dollar en regard du francs CFA indexé sur l’Euro ! Au Mali, la filière coton est un secteur important en termes d’emplois car, outre la production agricole, cela concerne aussi les usines d’égrenage, les filatures, les huileries et l’industrie phytosanitaire. Pour beaucoup de paysans, la vente du coton constitue le seul moyen d’accéder à des ressources monétaires et donc d’acquérir des biens de consommation ou des petits équipements. Autour de la filière, la CMDT a donc développé tout un système d’encadrement des producteurs pour qu’ils améliorent techniquement leur production par l’utilisation d’intrants, engrais et produits phytosanitaires. Pour ce faire et accompagner les producteurs de coton, de nombreuses sessions de formation sont mises en place mais dont les contenus relèvent plus de la bonne recette à appliquer. 

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11 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (13/19). Où la formation ne fait vraiment pas partie des priorités !

L’Office du Niger – La Direction de l‘Appui au Milieu Rural - La Chambre Régionale d’Agriculture

 

Mali Ségou Office du Niger

Pour nous, rien de tout cela bien sûr, même si nous ne sommes pas plus attendus à Ségou que Mungo Park ! Nous arrivons par la rive Sud ; il n’y a plus de murailles de terre qui ceinturent la ville mais de grandes avenues ombragées le long desquelles sont alignés des bâtiments coloniaux et les bâtisses des différents services publics régionaux au milieu de parcs arborés de caÏlcedrats et de manguiers. 

Le bâtiment de l’Office du Niger[1], dans lequel nous devrions avoir notre première rencontre, est un immeuble colonial imitant l’architecture de terre, avec contreforts massifs et murs surmontés de pinacles pointus. Toutefois, l’intérieur est plutôt de style défraîchi : vastes bureaux obscurs aux peintures fanées et salies, meubles dépareillés permettant de rendre compte de l’évolution des styles du mobilier de bureau depuis trente ans. 

L’annonce de la visite d’une mission étrangère nous vaut une brève rencontre avec le secrétaire général de l’Office, habillé d’un boubou impeccable. Il nous confirme qu’il n’avait pas été prévenu et s’excuse de n’être pas disponible car une grande réunion a lieu dans le bâtiment. La porte entrouverte de la salle de conférence nous permet d’ailleurs de constater qu’il y a effectivement du monde et que l’ambiance est vive. On peut comprendre l’animation qui règne à l’Office du Niger ! Celui-ci a expulsé, il y a quelques mois, quatre mille sept cent vingt-trois paysans des terres qu’ils cultivaient au prétexte du non-paiement de la redevance pour l’utilisation des terres. Cinq mille paysans cela représente près de quarante mille personnes qui se retrouvent sans ressources et sans domicile ! D’autant que, depuis, les parcelles ont été regroupées et attribuées au bénéfice de commerçants ou de fonctionnaires pour y développer « une agriculture plus productive » (sic). Les plus chanceux de ces anciens paysans deviendront, peut-être, des paysans sans terre, salariés ou métayers d’un propriétaire qui résidera à Ségou ou à Bamako ?

Faute de rencontre à l’Office du Niger, nous allons au second rendez-vous de notre liste : la Direction régionale de l‘Appui au Milieu Rural. Un ou deux carrés de bâtiments plus loin, elle est logée dans une construction basse, couverte de tôles. Nous sommes les premiers surpris d’apprendre que nous sommes attendus par le responsable de la section « Formation et animation rurale » qui nous reçoit fort aimablement dans une salle de réunion laquelle sert aussi de couloir. Si l’ensemble est plus défraîchi encore qu’à l’Office du Niger, du moins apercevons-nous dans la salle voisine une batterie d’ordinateurs qui parait très fréquentée. De fait, nous apprenons peu de choses sur les formations mises en place pour les paysans par le service régional. Les « encadreurs » locaux, chargés d’aider et de conseiller les agriculteurs et agricultrices, proposent bon an mal an à peu près toujours les mêmes thèmes pour les sessions de formation, des thèmes qui concernent toujours des techniques culturales « modernes ». Notre interlocuteur complète ses informations en précisant qu’un nombre important de ces formations n’est d’ailleurs pas assuré faute de financements de l’État.

Troisième rendez-vous à la Chambre Régionale d’Agriculture où nous ne sommes guère attendus. Nous finissons par trouver un interlocuteur qui nous précise qu’il doit rédiger pour le lendemain des documents comptables et qu’il est obligé de les faire à la main car son ordinateur est en panne. De toute façon, la personne en question n’a rien à nous dire sur les formations d’agriculteurs ce qui abrège l’entretien !

Compte-tenu de l’impréparation locale de la mission, cela nous permettra d’arriver plus tôt à Koutiala, une petite ville située sur la route de Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso, afin de nous assurer d’y trouver un hébergement. Notre chauffeur nous conduit d’ailleurs sans coup férir à un Motel plutôt agréable composé de cases rondes, dispersées sous de très grands arbres et entourées de haies arbustives. Les chambres sont simples mais vastes et propres, la douche et le climatiseur fonctionnent. Que demander de plus ? 


[1] L’Office du Niger est un périmètre de culture irriguée aménagé. Avec ses 100 000 ha, l’Office du Niger compte aujourd’hui parmi les plus grands aménagements hydro-agricoles du continent africain et contribue fortement à la sécurité alimentaire du Mali avec une production annuelle d’environ 500 000 tonnes de riz (Wikipédia).

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09 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (12/19). Ségou et Mungo Park.

Ségou, la capitale du royaume Bambara - Le voyage de M Mungo Park – La déplorable réputation d’anthropophages des Blancs

 

Mali Palais d'Ahmadou à Ségou

La première étape pour nos rencontres est située à Ségou. Pour qui a lu les ouvrages de Maryse Condé, Ségou, l’ancienne capitale du royaume Bambara, est une étape magique. Maryse Condé situe l’action de son roman au moment où « Ségou était à l’apogée de sa gloire. Sa puissance s’étendait jusqu’aux marches de Djenné, la grande cité marchande sur la rive du Bani. On la craignait jusqu’à Tombouctou, à la lisière du désert. Les peuls du Macina étaient ses vassaux et lui payaient annuellement de lourds tribus de bétail et d’or »[1].

Vers le milieu du XVIIIe siècle le Royaume de Ségou s’était rendu indépendant. En 1670, le Roi de Ségou battit l’empereur du Manding (Sud-ouest du Mali actuel) et imposa sa souveraineté sur le Macina (centre du Mali) et Tombouctou. Mais, au début du XIXe, le royaume Bambara est à son tour soumis par le grand conquérant mandingue El Hadj Omar qui prend Ségou en 1860. Enfin, les troupes coloniales françaises, en lutte contre El Hadj Omar, occupèrent à leur tour la ville le 6 avril 1890.

Difficile de venir à Ségou sans penser également au premier européen qui la contempla sans jamais pouvoir y entrer ! C’est en juillet 1796 que Mungo Park, commandité par l’« African Association » de Londres, venant du Nord après plusieurs mois de captivité chez les maures d’Ouled Amar, découvre Ségou, sur la rive de la Joliba, appellation locale du fleuve Niger. 

« La capitale du Bambara, Ségou, où j’arrivais alors, consiste proprement en quatre villes distinctes. Toutes sont entourées de grands murs de terre. Les maisons sont construites en argile ; elles sont carrées et leurs toits sont plats ; quelques-unes ont deux étages, plusieurs sont blanchies »[2]

Il est le premier Européen à s’enfoncer si profondément au Soudan et à constater que le fleuve Niger, dont on connaissait l’existence en Occident depuis l’antiquité, ne coulait pas d’Est en Ouest, mais au contraire d’Ouest en Est ! Cette découverte est néanmoins amère ; il a été dépouillé de tous ses biens par les Maures et est épuisé par sa captivité et sa fuite au travers du désert. Enfin, il est terriblement déçu de n’être pas reçu par le Roi Mansong qui refuse qu’il puisse traverser le fleuve et pénétrer dans la ville. Il faut dire que les Royaumes Noirs avaient alors tout à craindre des Blancs qui installaient des comptoirs sur les côtes africaines et commençaient à pénétrer le continent notamment le long des fleuves. Mungo Park pouvait donc être perçu comme un espion préparant une invasion des royaumes du Kaarta (Est du Sénégal) ou Bambara. Mais pire encore, les populations pensaient que les Européens étaient anthropophages. Les esclaves, vendus par les Rois africains aux Anglais, Français ou Portugais, ne réapparaissaient jamais et cela ne pouvait s’expliquer, aux yeux des populations locales, que parce qu’ils avaient été mangés par les Blancs ! 

Ce n’est pas seulement pour avoir été le premier européen à contempler Ségou, mais c’est aussi pour ses propos que Mungo Park mérite le respect. Malgré la déplorable réputation des Blancs, Mungo Park sera toujours secouru, notamment par les femmes. A Ségou, c’est l’aide désintéressée d’une femme qui lui permettra de survivre en lui donnant un poisson grillé pour dîner et une natte pour y passer la nuit. Tout ce qu’il pourra offrir à sa généreuse hôtesse, ce sont deux des quatre derniers boutons de cuivre de son costume ! Dans son récit de voyage Mungo Park souligne à de nombreuses reprises la bonté et la générosité des femmes, comme des plus pauvres et des plus démunis des Africains, les esclaves, qui ont partagé avec lui le peu de nourriture qu’ils possédaient eux-mêmes ou l’ont aidé à survivre. Ce qui lui fait écrire : 

« …quelle que soit la différence qui existe entre le Nègre et l’Européen dans la conformation de leurs traits et dans la couleur de leur peau, il n’y en a aucune dans les douces affections et les sentiments que la nature leur inspire à l’un et à l’autre ».


[1] Maryse Condé. « Ségou – Les murailles de terre ». 1984.

[2] Mungo Park. « Voyage dans l’intérieur de l’Afrique ». 1799.

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07 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (11/19). Au Mali, une situation encore plus préoccupante.

Place de l’agriculture dans l’économie malienne - L’inadaptation de l’enseignement agricole  aux besoins de qualification de la main d’œuvre

 

Cameroun La daba

Si la mission était parfaitement préparée au Sénégal par les services de l’ambassade de France, ce n’est pas le cas au Mali : l’assistant technique français ayant pris son poste au Service de Coopération et d’Action Culturelle (SCAC) seulement quelques jours avant notre arrivée. C’est un responsable malien de notre connaissance qui a suppléé aux carences françaises et a eu l’amabilité de préparer nos premières rencontres au ministère de l’Agriculture et de nous fournir les principales pistes pour d’autres rendez-vous avec les acteurs maliens du secteur agricole et de la formation professionnelle. 

Nous allons donc devoir rencontrer un ensemble de responsables agricoles, nationaux et locaux, sans que ces réunions aient être préparées et les personnes prévenues à l’avance ! Heureusement, en Afrique, vos interlocuteurs ne s’offusquent généralement pas d’être dérangés sans être annoncés et le meilleur accueil est toujours réservé aux étrangers. Nous avons aussi le temps de louer un véhicule pour effectuer des déplacements en région, une Mercedes s’il vous plait, d’un certain âge certes mais avec chauffeur ! Pour le reste, à Dieu va ! Il va falloir improviser et innover.

Le Mali est un pays beaucoup plus agricole encore que le Sénégal. Les productions agricoles (coton, céréales, élevage) y représentent près de la moitié de la production nationale et les quatre cinquièmes de la population active travaille dans le secteur, répartis dans un million de petites exploitations familiales. Au Mali, comme au Sénégal, la croissance démographique (solde des naissances sur les décès) est élevée avec un taux de croissance annuel de 2,7% entraînant une très forte augmentation des besoins alimentaires de la population.

A la lecture des dossiers qui nous ont été confiés par le responsable malien [1], nous apprenons que le dispositif de formation professionnelle agricole malien n’apparait pas être dans un meilleur état que celui du Sénégal. Les dernières études du ministère de l’Agriculture soulignent que pour un nombre total d’exploitations agricoles d’un million, le nombre d’élèves et d’étudiants de l’enseignement agricole « s’élève » (est-ce véritablement le bon vocable ?) à 2 000, tous niveaux et tous établissements confondus ! Soit 2 pour 1000, on est très, très loin d’un objectif de formation de masse ! Pour assurer la formation de ces 2 000 élèves, les établissements d’enseignement agricole disposent, en tout et pour tout, de 77 salles de cours, 9 tracteurs, 10 corps de charrue, 4 semoirs tractés, 5 couveuses, 3 éclosoirs, 6 véhicules de liaison, 9 véhicules 4x4 (dont le rapport souligne que 5 sont en panne !), 1 minibus et 2 bus (là aussi en panne), 12 276 ouvrages répertoriés en bibliothèques, 104 ordinateurs dont seulement 29 en libre-service pour les étudiants. Ce tableau, déjà très sombre, masque une très grande disparité entre établissements puisque sur les 104 ordinateurs et sur les 12 276 ouvrages, 82 ordinateurs et 8 991 ouvrages se trouvent dans les établissements agricoles relevant de l’éducation nationale. Ce constat est d’autant plus alarmant que la formation technique professionnelle exige bien sûr plus de situations pédagogiques d’apprentissage avec des travaux pratiques de laboratoire ou de terrain, des visites d’étude et des stages en situation professionnelle. 

Globalement, le système d’enseignement agricole malien reste marqué par la seule formation initiale du personnel de l’administration publique. Ce qui est d’autant plus paradoxal que les possibilités d’embauche des jeunes diplômés dans la fonction publique sont désormais extrêmement faibles par suite de la contraction des effectifs de l’Etat. En conséquence, les jeunes diplômés connaissent un taux élevé de chômage, une difficulté d’insertion professionnelle, le recours à des formations complémentaires pour avoir plus de chance de trouver un emploi dans d’autres secteurs. Les études faites par les services maliens soulignent l’absence de toute formation continue du personnel enseignant, le très faible niveau d’équipement des établissements et l’insuffisance de moyens logistiques qui « laissent planer le doute sur la capacité des dispositifs actuels à satisfaire qualitativement les besoins de plus en plus croissants du secteur rural en ressources humaines capables de relever les nombreux défis auxquels ce secteur doit faire face » ! Tout cela souligne que les structures de formation agricole ne se sont absolument pas adaptées aux évolutions des besoins en emplois et en qualification de l’agriculture malienne.


[1] Documents de la Cellule de Planification et de Statistiques du ministère de l’Agriculture. 2002 à 2004.

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05 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (10/19). Des situations très contrastées !

 Le Centre Interprofessionnel de Formation Agricole - De nouveaux éléphants blancs - Les Groupements Paysans de Méckhé

 

Sénégal Meckhé UGPM

Face à la relative faillite du système public de formation professionnelle agricole, la France a aidé au développement de nouveaux centres de ressources, intervenant en appui aux producteurs ruraux, à la demande de leurs organisations professionnelles ou de leurs groupements. C’est ainsi qu’elle a participé, en 1995, au lancement du Centre Interprofessionnel de Formation Agricole (CIFA) qui a une structure juridique d’association à but non lucratif et qui regroupe des organismes professionnels agricoles, des ONG, des fournisseurs de matériel agricole, d’engrais ou de produits de traitement, ainsi que des organismes publics d’appui au développement et de formation. 

Le CIFA est situé à une dizaine de kilomètres au Nord de la ville de Saint-Louis, dans des bâtiments bas, éparpillés dans un site boisé. Il pilote des actions d’appui et de professionnalisation des agriculteurs et des responsables paysans en organisant des rencontres entre professionnels, des formations en gestion ou en politiques agricoles et en développement local. Outre ces actions d’appui, il anime également un réseau d’information grâce à l’existence d’un centre de documentation. Si les bâtiments sont en bon état, les locaux fonctionnels et bien équipés, y compris en informatique, le CIFA semble plutôt, à ce jour, sur une pente qui pourrait le conduire à la situation de l’école d’agriculture de Saint-Louis ! Il ne comprend plus que deux formateurs et les financements français se sont arrêtés. Le CIFA survit encore sur la base de sa réputation passée. Deviendra-t-il un de ces « éléphants blancs » [1] dont l’Afrique est si coutumière, même si celui-ci reste de taille très modeste en regard des grands projets de développement hydraulique des années 70 ?

Les expériences passées ne semblent d’ailleurs pas servir à grand-chose. Certains donateurs étrangers n’en continuent pas moins à produire de nouveaux « éléphants blancs ». Dernièrement, la République de Chine (Taiwan) s’est s’engagée dans un important programme de construction de 17 centres polyvalents de formation de producteurs ruraux, un pour chacune des régions du Sénégal. Les premiers centres ne sont pas plutôt construits qu’ils posent déjà d’insolubles problèmes car rien n’a été prévu pour le financement de leur fonctionnement : ni personnel, ni budget ! Qu’importe, le nouveau président du Sénégal, Abdoulaye Wade, très libéral, a pensé qu’ils pourraient être laissés en gestion privée. Mais quel « entrepreneur » privé voudra investir ses fonds dans le fonctionnement de centres de formation destinés à des agriculteurs incapables de payer des contributions susceptibles de couvrir les coûts de formation ? Je ne parle même pas de bénéfice ou de profit. Le programme n’en continue pas moins et, à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Louis, nous longeons un de ces magnifiques centres avec salles de cours, amphithéâtre, bureaux. Il tombera vraisemblablement en ruine aussi vite qu’il aura été construit car chacun viendra bientôt s’y fournir en matériaux de construction. Ce ne sera pas perdu pour tout le monde… sans parler bien sûr des innombrables discours d’inauguration auxquels ils vont pouvoir donner lieu.

Si certains pays étrangers font encore à peu près n’importe quoi, il est rassurant de constater que les groupements paysans sénégalais ont, eux, « la tête sur les épaules ». A Méckhé, une bourgade entre Saint-Louis et Thiès, nous rencontrons l’Union des Groupements Paysans. Par un hasard heureux, l’ensemble des membres du bureau de l’association est réuni dans la cour de leur concession, à l’ombre d’un grand arbre. Notre arrivée impromptue ne trouble personne car les responsables du groupement viennent d’accueillir une délégation de parlementaires belges ! Ils enchaînent donc aisément avec nous. Le président souligne qu’ils ont mis eux-mêmes en place de petites sessions de formation, en priorité pour les jeunes qui reviennent au village après avoir suivi des études ou essayé de trouver des petits boulots à Dakar. Leur objectif est de leur donner une qualification dans des métiers dont la communauté villageoise a le plus grand besoin, électrification simple, mécanisation agricole, charpente, maçonnerie, et qui sont susceptibles de leur procurer des revenus et leur permette d’être indépendants. Pour cela, le groupement a construit deux salles de classe, mais les cours ont lieu aussi dans les villages, et le président n’est aucunement intéressé par les activités futures, et très largement hypothétiques, du centre polyvalent taïwanais voisin ! Sagement, le groupement paysan préfère rester maître de ses choix d’actions, sans dépenses inutiles.


[1] Éléphant blanc : réalisation d'envergure et prestigieuse, souvent d'initiative publique, mais qui s'avère plus coûteuse que bénéfique, et dont l'exploitation ou l'entretien devient un fardeau financier (Wikipédia).

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03 janvier 2020

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (9/19). Réalité désespérante et discours irréaliste.

Le Centre de Formation de Techniciens de l’Élevage et des Industries Animales – Une situation qui contredit un discours « moderniste »

 

Sénégal Saint-Louis

Pour étudier le fonctionnement de l’enseignement agricole public, rendez-vous a été pris avec le directeur du Centre National de Formation de Techniciens de l’Élevage et des Industries Animales lequel dépend du ministère de l’Élevage. Ce centre prépare, en trois ans, une vingtaine d’élèves par promotion à un brevet de technicien. L’école est située le long du fleuve, rive gauche, dans des bâtiments qui ont dû connaître leur heure de gloire il y a une trentaine d’année, mais qui manifestement n’ont plus jamais eu d’entretien depuis. Les peintures sont sales, lépreuses, les fils électriques pendent des plafonds. 

Dans le bureau du directeur, où celui-ci nous conduit pour nous recevoir dignement, le climatiseur est démonté et trône sur une table depuis pas mal de temps à en juger par la poussière accumulée. Il est vrai que l’orifice où il était placé n’a pas été obstrué et que cela ne favorise pas la lutte contre les courants d’air et la poussière. Des piles instables de dossiers s’accumulent un peu partout, sur les tables, les fauteuils, au sol. Si un téléphone et un fax sont posés bien en vue sur le bureau, le fax ne fonctionne plus et le téléphone par intermittence. Bref, c’est la désolation. 

Cette situation n’empêche d’ailleurs manifestement pas les gens de s’y amuser car une sono braille à pleins poumons dans une des salles du rez-de-chaussée ; mais nous sommes samedi et les élèves, ou leurs professeurs, ont bien le droit d’organiser des petites fêtes. 

Au milieu de cette débâcle manifeste, le directeur nous tient un discours très dynamique et musclé sur la « nouvelle race » d’entrepreneurs qu’il forme dans son école, même s’il reconnaît que les moyens ne sont pas tout à fait au niveau souhaitable : absence totale de budget d’entretien, indigence du budget de fonctionnement, enseignants non remplacés, absence de moyens pédagogiques ou techniques ! Miracle (ou mirage ?) de la formation dans l’indigence d’une « nouvelle race » d’entrepreneurs ?

De fait, la situation de l’enseignement agricole public sénégalais apparaît plutôt médiocre : la formation agricole a changé 10 fois de ministère de tutelle en 40 ans et les différents centres de formation ne sont pas rattachés à un même ministère. On a droit à tout : l’agriculture, l’élevage, la formation professionnelle, l’éducation nationale et même l’enseignement supérieur, ce qui ne facilite aucunement la coordination de ces différentes formations. Les enseignements dispensés s’adressent majoritairement aux niveaux technicien ou supérieur, alors que la grande masse des producteurs est analphabète. Comble de l’ironie, la majeure partie des écoles agricoles est située dans des centres urbains ! Les enseignants n’ont aucune formation pédagogique, aucune formation continue, les contenus sont inadaptés à une agriculture sénégalaise confrontée à la libéralisation de l’économie, la concurrence internationale et la décentralisation des institutions politiques.

Néanmoins, tout n’est pas totalement désespéré ! En effet, à contrario de ce constat, le Sénégal s’est doté d’une Stratégie Nationale de Formation Agricole et Rurale (SNFAR), définie dès 1999, après une analyse sans concession de sa politique agricole et éducative en milieu rural. Sur le volet éducation et formation, quatre grandes orientations ont été proposées : généraliser l’éducation de base en milieu rural et assurer à tous les ruraux l’accès à l’alphabétisation, répondre aux besoins de formation professionnelle des ruraux, renforcer les formations secondaires et supérieures entre elles et avec celles destinées aux ruraux, réguler l’ensemble des institutions publiques et privées de formation agricole et rurale. 

Ces orientations ont débouché sur la création, en 2003, d’un Bureau pour la Formation Professionnelle Agricole auprès du ministère de l’agriculture. Celui-ci s’efforce depuis d’apprendre à connaître les nombreuses initiatives et actions de formation agricole et rurale éparses dans tout le pays, qu’elles soient publiques, des différents ministères concernés, mais surtout privées, associatives ou confessionnelles. Le responsable du bureau aimerait pouvoir favoriser la capitalisation de ces différentes expériences, coordonner les initiatives et accompagner les acteurs de terrain dans le développement de leurs activités. Intéressée par l’initiative, la France a placé un coopérant auprès de cette structure pour l’aider dans ses activités et son développement. Si cela constitue un bon début, on est encore bien loin de l’ampleur des enjeux et il reste à connaître quel sera l’importance des moyens mis à disposition pour atteindre les objectifs ambitieux qui avaient été proposés !

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23 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (8/19). Souvenirs de Saint-Louis du Sénégal.

Le développement du transport aérien transcontinental – La Langue de Barbarie - Souvenir du naufrage de « La Méduse »

 

Sénégal Saint Louis Hôtel de la Poste

Saint-Louis est toujours une étape mythique car la ville était une des escales de l’Aéropostale quand fut créée la ligne Toulouse / Casablanca / Dakar en 1925. Épopée légendaire qui m’avait fasciné étant enfant et, plus encore, à l’adolescence avec la lecture des œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry. La ville connut son heure de gloire en 1928 quand l’escale de l’aéropostale devint la tête de pont du passage vers l’Amérique latine. Ce sont des hydravions qui furent choisis afin de vaincre l’Atlantique et assurer le passage du courrier, car ils permettaient d’effectuer éventuellement un relais au milieu de l’océan avec un navire ravitailleur. La baie de Dakar ne présentant pas de plan d’eau suffisamment important et calme pour permettre le décollage des appareils, c’est Saint-Louis et l’embouchure du fleuve Sénégal qui furent sélectionnés, et plus particulièrement la Langue de Barbarie, pour y positionner l’hydrobase aérienne.

La Langue de Barbarie est, en effet, un long cordon de dunes le long du littoral, du Nord vers le Sud, sur 40 kilomètres de long pour 200 à 400 mètres de large [1]. Elle enserre l’embouchure du fleuve Sénégal qui s’écoule entre la côte et elle. La Langue de Barbarie s’est essentiellement développée depuis les années 1850 suite, peut-être, à un changement d’incidence des courants marins avec la côte et à la diminution de la houle. Toujours est-il que le fleuve Sénégal offre ainsi un magnifique plan d’eau peu agité pour l’amerrissage des hydravions, entre côte et Langue de Barbarie. L’Aéropostale y construisit une hydrobase, à deux kilomètres au Sud de Saint-Louis, à savoir un quai parallèle à la rive, en avancée dans le fleuve. C’est donc de là, que le 12 mai 1928, à 10h48, Mermoz, Gimié et Dabry, arrachent du fleuve leur Laté 28, « Comte de La Vaulx », avec 130 kilos de courrier, pour 3 200 kilomètres à parcourir au-dessus de l’océan avant l’arrivée à Natal au Brésil. Plus tard, avec la mise en service régulière de la ligne, via Dakar cette fois et son aéroport, le courrier ne mettra plus que sept jours entre Paris et Rio quand il en mettait de 11 à 18 par voie maritime. 

L’hôtel dans lequel nous sommes logés est situé dans la Langue de Barbarie, à deux pas de l’endroit où était située l’hydrobase. Il est composé de petits bungalows, tournés vers la plage, et d’une grande tente nomade sous laquelle sont servis les petits déjeuners et les repas. L’ensemble est simple et a un petit air de vacances sous les tropiques !

Saint-Louis c’est aussi la dernière étape du calvaire des naufragés de « La Méduse », du moins pour ceux qui survécurent. « La Méduse » est cette frégate commandant la flottille chargée, en 1816, de transporter au Sénégal le nouveau gouverneur, accompagné d’un bataillon d’infanterie, pour reprendre possession des anciens comptoirs français restitués par l’Angleterre en vertu du traité de Paris signé en 1814 après la défaite de Napoléon. Le commandement du navire et de la flottille avait été donné par Louis XVIII à un ancien officier de la marine royale, Hugues Duroy de Chaumareys, plus connu pour sa fidélité à la personne du roi que pour ses compétences maritimes. Non seulement il fit naviguer le navire trop près des côtes ce qui aboutit à l’échouage du bateau sur le banc d’Arguin, par grand beau temps, mais surtout il abandonna navire, équipage et soldats, à leur triste sort, sauvant en priorité sa peau avec celle du gouverneur. 

Des 152 matelots et soldats embarqués sur un radeau faute de places suffisantes dans les canots, seuls 15 survécurent à la faim, la soif, la folie, les attaques de requin quand ce n’était pas des attaques des hommes entre eux. Les plus « chanceux » qui avaient pu prendre place dans des canots durent néanmoins faire aussi d’effroyables marches au long de la côte pour rejoindre Saint-Louis, soumis à la soif, à la faim et aux attaques des Maures [2].


[1] « … craignant une inondation de Saint-Louis, le Président Sénégalais Abdoulaye Wade ordonna d’ouvrir artificiellement une brèche à 7 km de Saint-Louis avec l’aide de techniciens marocains. Depuis la brèche ne cesse de s’élargir, vers le sud, séparant en deux et grignotant de plus en plus largement La Langue de Barbarie, d’une dizaine de mètres en 2003 à plusieurs kilomètres aujourd’hui. Cette nouvelle brèche s’est transformée en quelques années en véritable nouvelle embouchure. Certes elle permet aux eaux du fleuve de s’évacuer plus rapidement lors des crues mais l’environnement en a été fortement perturbé. Plus proche de l’estuaire, l’île Saint-Louis est beaucoup plus vulnérable aux marées et donc à la hausse du niveau des océans ». Site de Saint-Louis. 2019.

[2] A.Corréard, H.Savigny. « Relation du naufrage de la frégate La Méduse ». 1817. 

M D’Anglas de Praviel, « Relation nouvelle et impartiale du naufrage de la frégate La Méduse ». 1818.

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21 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (6/19). Une formation de masse pour les producteurs et productrices !

Un saupoudrage inopérant – C’est en termes d’éducation de masse qu’il faut raisonner

 

Sénégal Ziguinchor

Alors que l’environnement de l’agriculture subsaharienne est en train de changer rapidement depuis ces dix dernières années 80 / 90 (privatisation, dérégulation, décentralisation, ouverture au marché mondial, organisation des producteurs) les soutiens aux dispositifs de formation agricole ont presque disparu des budgets des gouvernements nationaux comme des organisations internationales [1].

Si un enseignement technique agricole avait été créé au lendemain des Indépendances, avec généralement l’appui des anciennes puissances coloniales, il visait à former les cadres dont les jeunes États avaient besoin afin de faire fonctionner l’appareil administratif et encadrer les paysans pour qu’ils cultivent les cultures d’exportation pourvoyeuses de devises (café, coton, cacao…). Mais depuis le milieu des années 80 toute réflexion sur les dispositifs nationaux de formation agricole et rurale a disparu des séminaires et des colloques internationaux comme des projets de développement. Pire, c’est même tout le secteur agricole et le milieu rural qui ont généralement disparu de la réflexion internationale !

Aujourd’hui, les enjeux démographiques et économiques sont tels que la formation professionnelle agricole et rurale devrait se situer parmi les priorités des États et des agences internationales de coopération, d’autant qu’elle devrait être massive, concernant la très grande majorité des producteurs et productrices agricoles. Elle devrait être le pivot autour duquel se réfléchiraient et se déclineraient les autres dispositifs d’enseignement et de formation professionnelle pour le milieu rural : ingénieurs et techniciens, enseignants et formateurs, responsables d’organisations professionnelles, cadres et agents publics et privés d’appui au secteur agricole et rural, prestataires de services. Le tout en lien avec les différents organismes en milieu rural : dispositifs de conseil et de vulgarisation, instituts de recherche agronomique, organismes professionnels agricoles et associations paysannes. 

Évidemment, posée ainsi, la question fait peur quand on sait que les États d’Afrique subsaharienne n’arrivent déjà pas à assurer l’éducation primaire de leurs jeunes citoyens ! 

L’effort à consentir pour éduquer et former la grande masse de la population rurale de ces pays est immense et explique en partie, mais en partie seulement, que les gouvernements nationaux, comme les institutions internationales, tergiversent espérant quelque miracle peut-être ? Mais les miracles sont rares et la situation se dégrade de plus en plus : il n’y a que peu d’espoir qu’une révolution industrielle soit capable d’absorber le surplus de main d’œuvre de ces pays dans le demi-siècle à venir alors que leur population aura quasiment triplé ! Il faudra donc bien compter sur le milieu rural lui-même pour accueillir des nouvelles générations de plus en plus nombreuses, non seulement pour les nourrir mais aussi pour leur donner du travail et leur permettre d’avoir des revenus suffisants. 

L’importance des enjeux et des moyens nécessaires à la mise en œuvre d’une formation de masse (en temps et en accompagnement technique et financier) dépasse largement les possibilités d’une seule coopération bilatérale, qui en agissant isolément n’obtiendrait que du saupoudrage des actions. Les coopérations des différents États doivent inscrire résolument leur action dans un cadre international. Le temps des projets locaux ou régionaux conduits de manière isolée par chaque bailleur de fonds est révolu.

L’autre impératif est national, les actions de coopération et l’expertise d’accompagnement en matière de formation agricole et rurale ne devraient plus intervenir en dehors d’un cadre stratégique national résultant d’un consensus entre l’État-Nation, la région, les exploitants agricoles ; une des premières tâches devrait consister en l’appui à l’élaboration de ce cadrage. Pour élaborer ce cadrage, il n’est plus possible aujourd’hui de poursuivre les appuis à la formation des exploitants agricoles sans répondre à la question : quelle agriculture et quels agriculteurs pour demain ? La meilleure formation professionnelle, quelle qu’elle soit, ne permettra pas à un exploitant vivant avec sa famille sur un demi hectare de relever les défis économiques, sociaux et écologiques. 


[1] Pierre Debouvry. « Les enjeux de la formation agricole à moyen terme ». CINAM. 1996.

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19 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (7/19). Début 2000, un intérêt renouvelé de la coopération française.

 

Considérations sur le milieu de la coopération internationale – De nouvelles orientations en matière de formation agricole

 

Paris Ministère de la Coopération

Le milieu français de la coopération internationale est assez fermé, il convient de montrer patte blanche pour s’y introduire. Le prix à payer pour s’insinuer dans ce cercle est généralement d’avoir été assistant technique ou chef d’un projet de coopération financé par un organisme national, international ou, à défaut, une ONG. En dehors de ce parcours, peu de salut. A la rigueur, vous serez admis à effectuer quelques missions à l’étranger, sur des thèmes très ciblés et parfaitement circonscris à une compétence bien particulière, le tout dans le cadre d’un projet dans lequel vous ne serez qu’un intervenant ponctuel, toléré, sans pouvoir participer aux orientations du projet lui-même. 

Ces difficultés sont décuplées lorsqu’il s’agit d’éducation et de formation, sujets jugés généralement peu sérieux aux yeux de spécialistes de la coopération. Jusqu’alors, l’essentiel c’était de disposer d’une « bonne technique », et celle-ci n’a évidemment aucun besoin d’un intermédiaire « pédagogique », d’aucun vecteur particulier pour se développer sinon « d’encadreurs » chargés de la faire utiliser par leurs destinataires, les paysans analphabètes. Tout s’est longtemps passé comme si la formation professionnelle ne servait pas à grand-chose dans le développement rural !

En ce début du XXIe siècle, après une chute vertigineuse de l’aide publique au développement, s’opère une critique de la vision ultralibérale et anglo-saxonne qui a dominé ces vingt dernières années et selon laquelle le développement économique et social de l’Afrique sera tiré par la seule ouverture au marché international. 

En 2000, les ministères français des Affaires étrangères et de l’Agriculture lançaient un groupe de travail sur la question de la formation professionnelle agricole et rurale dans les projets bilatéraux de coopération internationale. En 2004, le ministère des Affaires étrangères approfondit sa réflexion dans l’objectif de formuler des axes d’interventions prioritaires et concrets en matière d’appui de la coopération française à l’enseignement technique et à la formation professionnelle agricoles dans les pays d’Afrique subsaharienne. Un groupe de travail réunissant des spécialistes du thème est constitué́ pour soutenir cette réflexion et une mission de terrain au Sénégal et au Mali est réalisée pour approfondir l’analyse en se mettant à l’écoute des différentes catégories d’acteurs concernées afin de mieux cibler les accompagnements utiles [1]. L’intérêt de cette mission, c’est qu’elle repositionne le rôle de l’agriculture et du rural dans le développement en Afrique et qu’elle redonne une place aux politiques publiques. C’est tout le mérite des services français concernés d’en avoir saisi les enjeux.

C’est donc pour recueillir les avis et analyses des responsables sénégalais, que nous courons de rendez-vous en réunions, d’un ministère à une administration étrangère, sans oublier de s’entretenir avec les représentants des organisations paysannes, au milieu des embouteillages permanents de Dakar qui rendent tous déplacements interminables. Ils sont d’autant plus hasardeux que le chauffeur ne connaît pas les différentes adresses, pas plus d’ailleurs que les passants interrogés car les noms de rue ne sont généralement pas signalés et, le seraient-ils, cela reste à l’usage des personnes qui savent lire. Il faut dire aussi que la ville de Dakar s’est développée à une vitesse folle depuis mon dernier passage en 87 ! L’aéroport, situé autrefois très loin de la ville, est aujourd’hui enserré au milieu de nouveaux quartiers. C’est que, outre la forte expansion démographique urbaine et l’exode des ruraux qui, las d’être dans la misère, espèrent grappiller quelques miettes dans la métropole, un certain nombre d’administrations internationales, autrefois situées à Abidjan, se sont repliées sur Dakar, expliquant la croissance de la circulation. Tous ces déplacements interminables se font bien entendu sous un ciel de plomb fondu.

« On y mijote. On y est sur le gaz comme un morceau de gîte à la noix dans son pot au feu. Le diable peut venir vous tâter au bout de sa fourche, on n’est jamais assez cuit »[2].


[1] Ministère des Affaires étrangères. « Étude pour la relance des interventions de l’expertise française en matière de formation professionnelle agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne ». 2004.

[2] Albert Londres. « Terre d’ébène ». 1929.

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17 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (5/19). L’indispensable formation professionnelle.

Augmenter la productivité pour lutter contre la pauvreté, tout en assurant un développement durable

 

Cameroun EFSC Guider

La question fondamentale en Afrique subsaharienne est de savoir comment passer d’une agriculture extensive à une agriculture plus productive alors que le modèle d’intensivité des agricultures des pays développés montre ses limites, voire sa nocivité ? Enfin, les conditions pédoclimatiques (sol et climat) sont extrêmement différentes et imposent des solutions adaptées, sans même évoquer les conditions historiques et sociales ! Conclusion, en Afrique subsaharienne, non seulement il est impératif d’être plus productif, mais il faut l’être autrement que dans les pays au climat tempéré : ce qui implique de grandes capacités d’analyse, de raisonnement et d’inventivité !

Quelles que soient les avancées de la recherche agronomique, accompagnées (allez, soyons fous !) de la mise en œuvre de politiques nationales et internationales favorables aux producteurs ruraux africains, peut-on penser qu’un développement durable puisse être réalisé sans la participation active des producteurs ruraux eux-mêmes ? Les paysans africains ne sont évidemment pas plus sots que les experts du Fonds Monétaire International mais, analphabètes pour une large part ou ayant une formation scientifique et technique rudimentaire, ils ont très difficilement accès, voire pas du tout, aux informations techniques, études scientifiques, analyses ou critiques qui pourraient leur permettre de faire des choix raisonnés en rapport avec les problèmes cruciaux qu’ils rencontrent et pour lesquelles il faudrait qu’ils trouvent rapidement des solutions. Longtemps, la théorie dite « de la tâche d’huile » permettait de penser que, par effet d’imitation, les nouvelles techniques de production pouvaient se diffuser « naturellement » dans la population. C’est peut-être possible… mais cela demande du temps ! Face à la très rapide croissance démographique de ces pays, accompagnée d’une forte poussée de l’urbanisation, de l’ouverture brutale des marchés à la concurrence internationale, et en tenant compte des conditions particulières de production en Afrique subsaharienne, il faudrait que cela puisse se faire vite, très vite, pour éviter la paupérisation de la grande masse de la population rurale et d’éventuels effets « baril de poudre ».

Augmenter la productivité pour lutter contre la pauvreté, tout en assurant un développement durable, passe nécessairement par un immense effort d’éducation de base et de formation professionnelle de la grande masse des producteurs ruraux[1]. Or, en Côte d’Ivoire par exemple, malgré une amélioration du taux de scolarisation (10% en 1960, 70% en 1990), l’État a de plus en plus de mal à maintenir l’actuel taux d’alphabétisation compte-tenu de l’expansion démographique. 30% de non scolarisés représentent 150 000 analphabètes de plus chaque année, lesquels sont généralement situés en zone rurale. Si les modes d’apprentissages traditionnels agricoles ne parviennent pas à répondre suffisamment vite aux évolutions économiques, sociales et écologiques, qu’en est-il aujourd’hui des dispositifs existants de l’enseignement technique et professionnel agricole ? Ces dispositifs de formation, héritiers des options étatiques des années 60, ont été ruinés par les plans d’ajustement des années 80. Centralisés mais fragmentés entre plusieurs ministères de tutelle, cloisonnés par niveaux, sans relations avec le système éducatif primaire, les acteurs du milieu rural et de la recherche, et avec un déséquilibre des flux de formation au bénéfice quasi exclusif des formations supérieures au détriment des formations professionnelles de base, ils apparaissent dans l’incapacité de préparer la majorité des nouvelles générations à affronter les enjeux de productivité des 30 prochaines années. 

Du coté des appareils d’État, les fonctionnaires sont vieillissants, proches de la retraite, les effectifs n’ont pas ou peu été renouvelés depuis les plans souvent drastiques d’ajustement structurel dont la plupart des pays ont fait l’objet. Les cadres connaissent souvent mal leurs agricultures, et sont peu porteurs de visions d’avenir. Les organisations professionnelles agricoles, bien qu’encore faibles, se construisent progressivement et contribuent à faire évoluer le dialogue entre les États et la profession : elles contribuent notamment dans quelques pays à l’élaboration de cadres de politiques agricoles. Dans ce contexte, les efforts en matière de développement des capacités ou encore de formation du « capital humain » dans le secteur agricole apparaissent plus que jamais indispensables.


[1] Alain Maragnani, Pierre Debouvry, Martin Weiss. « Les enjeux de la formation professionnelle agricole : exemple de l’Afrique de l’Ouest ». In Conférence internationale « Les réformes de l’enseignement technique et de la formation professionnelle dans l’économie de la connaissance ». CIEP. 16 / 18 décembre 2003.

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15 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (4/19). L’appui à l’agriculture - De la vulgarisation à la participation.

De l’appui encadré à l’appui participatif – Un désengagement des États et des organisations internationales

 

Cameroun ETA Maroua

Aux Indépendances les pays africains ont généralement hérité d’une agriculture à deux visages ; pour une faible part une agriculture productiviste sur de grands domaines, mécanisée, pour des produits d’exportation sur un marché international et, pour une large part, une agriculture paysanne, avec une main d’œuvre nombreuse, une utilisation faible d’intrants (matériel, engrais, produits phytosanitaires, aliments du bétail…), pour des produits agricoles de consommation courante, généralement en autoconsommation familiale.

L’objectif des politiques agricoles était alors d’améliorer la productivité de cette agriculture paysanne en s’appuyant sur des structures d’encadrement : la recherche agronomique, la vulgarisation agricole, la commercialisation des produits agricoles et alimentaires, le crédit. La recherche agronomique devait permettre d’obtenir des améliorations génétiques des plantes et des animaux, de mettre au point de nouvelles techniques culturales, de conduite des troupeaux et de conservation des produits plus performantes. Ces innovations étaient ensuite diffusées aux paysans par des intermédiaires, les vulgarisateurs. Chargés d’encadrer le milieu rural, ils avaient une formation technique qui devait leur permettre de jouer le rôle d’intermédiaire entre la recherche et le producteur, afin de faire adopter par les paysans une ou plusieurs innovations techniques dans l’objectif d’augmenter les quantités produites et les revenus des familles paysannes. La vulgarisation s’est le plus souvent réalisée autour de produits et secteurs spécialisés (coton, cacao, arachide, ou périmètres irrigués, coopératives de commercialisation ou de crédit), multipliant les interventions de vulgarisateurs dépendants parfois de ministères différents. 

La crise financière de la fin des années 80 dans les pays d’Afrique subsaharienne a contribué à développer une critique des politiques agricoles suivies depuis les Indépendances en accusant les démarches productivistes et technocratiques, privilégiant des projets ambitieux, préconisant un « développement par le haut » en s’appuyant sur des structures de vulgarisation lourdes, contraignantes, coûteuses et peu efficaces. Une « nouvelle » approche du développement agricole est alors préconisée : le développement participatif [1]. Celui-ci est présenté comme l’alternative privilégiant un « développement par le bas », valorisant les savoirs paysans, basée sur les échanges directs entre producteurs comme méthode de diagnostic des problèmes, d’échange d’expériences, de diffusion des améliorations validées, mais aussi de formulation de projets communs. La diffusion des connaissances ne se fait plus à sens unique, du milieu scientifique vers les producteurs, mais par des échanges réciproques entre les différents acteurs du milieu rural. Cette approche souligne l’existence de savoirs paysans qu’il faut recenser, analyser, valoriser, faire circuler et diffuser. La démarche participative implique néanmoins l’idée que l’action est conduite avec un appui extérieur pour aider à transformer le milieu rural et permettre aux paysans, in fine, d’améliorer leurs capacités de production comme leurs revenus [2].

Il pourrait être naïf d’imaginer que les populations paysannes, largement analphabètes, sans accès à l’information scientifique, technique, réglementaire ou financière, ayant des revenus limités, préoccupés par la survie familiale, puissent facilement et rapidement enclencher seules leur propre développement. Ce n’est donc pas la moindre des contradictions que de voir se développer dans les années 90, les interventions extérieures aux communautés rurales, actions d’animation, d’appui, notamment des Organisations Non Gouvernementales, au nom de la démarche participative et de l’autonomie paysanne contre celles de l’État-Nation.

Cette démarche sera très largement reprise, préconisée et même financée par les institutions internationales notamment le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. Tout le monde va se mettre à « faire du participatif ». Un très curieux « hasard » historique et politique au moment où le modèle libéral, devenu hégémonique, renvoie justement sur les individus la responsabilité de leur développement dans le cadre du marché et coupe tous les crédits publics [3] !


[1] Voir Jean-Pierre Chauveau. « Le "modèle participatif" de développement rural est-il "alternatif" ? ». In « Le bulletin de l'APAD ». n° 3. 2006. (note de 2019).

[2] Voir Jean-Pierre Chauveau, Philippe Lavigne Delville, « Développement participatif ».  In Casillo i. avec Barbier R, Blondiaux L, Chateauraynaud F, Fourniau J-M, Lefebvre R, Neveu C et Salles D (dir.). « Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation ». GIS Démocratie et Participation. 2013. (note de 2019).

[3] Marie-France Lange. « Les formations de base en milieu rural - Des expériences locales aux politiques nationales - L'exemple du Tchad ». 1990.

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13 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (3/19). Les autres missions de l’agriculture.

Protéger les ressources naturelles, accroître les ressources en devises, assurer aux producteurs un niveau de revenu décent

 

Bénin Zoungué

En Afrique subsaharienne, l’agriculture assure également de plus en plus mal ses autres missions [1] : protéger et améliorer les ressources naturelles, accroître les ressources en devises de l’État par les produits d’exportation, assurer à ses acteurs un niveau de revenu décent et en progression.

La protection et l’amélioration des ressources naturelles n’est plus assurée. Par suite des évolutions démographiques, la densité de population en zone rurale continue à augmenter même si l’exode rural vers les villes reste très important. Cette augmentation du nombre de personnes qui s’efforcent de vivre de la production agricole entraîne une remise en culture plus fréquente des sols, or ces sols, généralement pauvres et lessivés, ont besoin de longs temps de repos (la jachère) pour pouvoir reconstituer leur fertilité. Les temps de jachère, qui étaient de 20 à 25 ans au début du XXe siècle, sont réduits à moins de cinq ans à la fin de ce siècle avec pour conséquences une baisse de la productivité des cultures et une accentuation de l’érosion des sols. Cette augmentation de la densité de population en milieu rural participe à la destruction des ressources naturelles, à une baisse de la biodiversité, à un appauvrissement et à l’érosion des sols. Ce phénomène de densification s’accompagne également de transformations profondes en matière de gestion du foncier. D’un mode d’appropriation communautaire et non aliénable, le foncier évolue vers sa parcellisation et sa privatisation, participant à la création d’un marché foncier et à l’apparition de paysans sans terre. 

L’agriculture contribue à l’exportation de produits agricoles et alimentaires et devrait permettre également d’obtenir des ressources en devises pour les budgets des États. L’agriculture des pays d’Afrique subsaharienne est largement insérée dans les échanges internationaux, ceux des cultures de rente développées avec la colonisation. En Afrique subsaharienne, 70% des recettes d’exportation de produits agricoles et alimentaires proviennent de seulement neuf produits (café, cacao, banane, arachide, coton, caoutchouc, thé, sucre et tabac). Mais « le marché mondial ne fonctionne pas de façon libérale loyale »[2] : d’une part les pays développés protègent leur marché intérieur avec des barrières non tarifaires (contingentement, normes techniques et sanitaires, législation favorisant les entreprises nationales), d’autre part ils subventionnent les exportations de leurs produits agricoles et alimentaires (céréales, viande de poulet). L’augmentation constante des importations alimentaires, notamment céréalières, concurrence dangereusement les produits locaux et obère les perspectives de développement des exportations agricoles. Enfin les producteurs et productrices africains sont confrontés à la volatilité des prix des produits tropicaux et à l’irrégularité des achats. 

Enfin, l’agriculture devrait assurer à ses producteurs et productrices un niveau de revenu décent et en progression. Mais, conséquence des différents phénomènes évoqués précédemment, le secteur rural concentre généralement la pauvreté, voire l’extrême pauvreté. Plus de 1,3 milliards de personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans le monde et les ¾ d’entre elles vivent dans le milieu rural. Dans toutes les régions du monde, le nombre de travailleurs pauvres a eu tendance à décliner, sauf en Afrique subsaharienne où il a augmenté. Éradiquer la pauvreté, c’est d’abord le faire en milieu rural !

Dans son nécessaire développement, l’agriculture de l’Afrique subsaharienne présente des spécificités diverses, géographiques (climatiques et pédologiques), historiques (développement des cultures de rente), démographiques (chute rapide de la mortalité alors que la natalité reste élevée), économiques (absence d’autres secteurs susceptibles d’absorber la main d’œuvre), financières (marchés internationaux dominants). Du fait des évolutions démographiques rapides et de l’extension du système marchand, l’agriculture africaine doit relever de nombreux défis dans une période historiquement très courte et les conditions du métier d’agriculteur devraient connaître à court et moyen termes des changements importants.


[1] Pierre Debouvry, Anne-Marie Granié, Alain Maragnani, Jean Metge. « Formations rurales : méthode et outils ». 2003.

Pierre Debouvry. « Développement du capital humain du secteur agricole - Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations paysannes (PSAOP) ». République du Sénégal – Banque mondiale. 2004.

[2] Haut Conseil de la Coopération Internationale. « Les priorités de la coopération pour l’Afrique subsaharienne et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) ». Rapport. Avril 2002.

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11 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (2/19). En 2000, une situation alimentaire et démographique délicate.

La place de l’agriculture – Une sécurité alimentaire de moins en moins bien assurée 

 

Sénégal démographie

[1] Quel constat peut-on faire pour le secteur agricole et alimentaire en Afrique subsaharienne ? Il est dramatique car, dans tous ces pays, l’agriculture a de plus en plus de mal à assurer ses missions fondamentales : la couverture des besoins alimentaires de la population et l’insertion sociale des nouvelles générations ! La conséquence, ce sont des risques de plus en plus grands de famines, de pauvreté, d’accentuation de l’exode rural vers des villes qui n’offrent toutefois que peu d’emplois. 

Si l’on prend le cas du Sénégal, l’agriculture continue à y jouer un rôle primordial dans la vie économique et sociale. Le secteur agricole occupe les deux tiers de la population active alors que sa part dans la production nationale est en constante régression : elle est désormais inférieure à 17% contre 19% dans la période 1960 / 1965. Le secteur primaire (agriculture, élevage, pêche et forêt) a enregistré un taux de croissance moyen annuel de 1,3% sur la période 1990 / 1995, inférieur à la croissance démographique estimée à 2,8% par an sur la même période. La croissance de la population sénégalaise résulte en effet d’une vigoureuse natalité : le taux de natalité est estimé à 41 pour 1 000 c’est-à-dire 41 naissances d’enfants vivants par an pour 1 000 habitants. En regard, le taux moyen de la mortalité s’est effondré et s’établit autour de 13 pour 1 000. La différence entre ces deux pourcentages donne une croissance moyenne de la population s’élevant à 28 pour 1 000 par an. A ce rythme, la population du pays double tous les 27 ans !

La croissance démographique n’est pas due à une augmentation de la natalité, mais à la baisse de la mortalité grâce aux progrès de la médecine, de l’alimentation, de l’hygiène, un phénomène qu’ont connu les pays européens dans la seconde moitié du XIXe siècle. Au contraire de ces pays où, à cette époque, l’excédent de population a pu être absorbé par l’industrie naissante, quoique souvent dans des conditions abominables, et où l’agriculture a connu une augmentation de sa productivité avec les progrès de la biologie, de la chimie et de la mécanisation, tel n’est pas le cas aujourd’hui des pays africains dominés par l’industrie et la finance des pays développés. En conséquence, le secteur agricole sénégalais ne produit pas assez de denrées alimentaires pour nourrir sa population. La production vivrière stagne (à l’exception du maïs) et, si la production de riz a été multipliée par 2,4 depuis les années 60, les importations ont, elles, été multipliées par près de 10 !  Les importations céréalières par habitant ont été multipliées par trois en quarante ans. « Ainsi, près de 30% de la population sénégalaise n’atteint pas le minimum de ration alimentaire recommandé de 1.400 Kcal par jour et par habitant »[2]. Seule la pêche assure des ressources en devises importantes pour l’État car la production cotonnière ne progresse plus, tandis que l’arachide traverse une crise profonde.

Au Sénégal comme dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les années 80 marquent un tournant décisif dans la politique agricole nationale, tournant caractérisé par le désengagement de l’État, la suppression des subventions à l’agriculture, la libéralisation des échanges, de la distribution et des prix. La dévaluation enfin du franc CFA, en 1994[3], renchérit les coûts des produits importés et accroit les difficultés des paysans peu préparés à ce nouveau contexte.

La situation démographique et alimentaire des pays d’Afrique subsaharienne risque encore d’empirer au début de ce troisième millénaire. Compte-tenu des chiffres d’accroissement des populations rurales et urbaines, il sera de plus en plus difficile de faire face aux problèmes de sécurité alimentaire et d’insertion des jeunes dans le marché du travail : dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne la moitié de la population a, ou aura, bientôt moins de 15 ans et le nombre de jeunes qu’il faudrait insérer dans la vie active devra doubler dans les trente prochaines années. 

L’agriculture remplit de plus en plus mal son rôle de couverture des besoins alimentaires et d’emploi des nouvelles générations.


[1] Population du Sénégal : 1 million en 1900, près de 20 millions en 2030 (estimation). 

Pierre Debouvry. « Sénégal - Développement du capital humain du secteur agricole - Programme d'appui aux services agricoles et aux organisations paysannes (PSAOP) ». République du Sénégal – Banque mondiale. 2004.

[2] Extrait de la lettre de politique du développement institutionnel du secteur agricole, 1999.

[3] Le 11 janvier 1994 les chefs d'État et de Gouvernement des pays de la Zone franc décidaient de dévaluer de 50 % la parité du franc CFA par rapport au franc français. La valeur du Franc CFA passait de 0,02 FRF à 0,01 FRF.

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09 décembre 2019

Mali et Sénégal - Formation agricole et rurale (1/19). Les crises africaines au tournant des années 2000.

L’Afrique, un baril de poudre !

 

Cameroun Mokolo

Au lendemain des Indépendances africaines, dans les années 60, il n’y a pas eu de rupture avec le modèle économique qui avait été précédemment mis en place et développé par les puissances colonisatrices, Belgique, France, Grande-Bretagne. L’indépendance juridique a conservé intacte la dépendance économique[1]. Les spécialisations en matière d’industries extractives comme de productions agricoles restent les mêmes ; il s’agit d’exporter des produits bruts (aluminium, cuivre, diamant, or, pétrole, uranium, café, coton, cacao, arachide, huile de palme) qui répondent à la demande du marché international, par l’intermédiaire des anciennes puissances coloniales qui se chargent de leur transformation. 

Dans les années 1970 / 1980, dans un objectif de développement économique et social, les différents pays d’Afrique subsaharienne s’efforcent de mettre en place des infrastructures de base (voies de communication, énergie, télécommunications) et un système de service public (santé, enseignement, administration) mais aussi de développer les structures de production (barrages, périmètres irrigués, usines) pour répondre à l’augmentation de la demande des pays développés mais aussi partiellement de leur consommation intérieure. La crise économique qui éclate au cours de la décennie 1980 entraîne un ralentissement de l’économie mondiale et casse la dynamique de développement des pays d’Afrique subsaharienne. Leurs économies, fragiles, dépendantes, s’effondrent, la dette des États africains devient insupportable. Les années 80 marquent l’échec du modèle économique internationalisé issu de la période des Indépendances des années 60.

Les États africains et leurs créanciers font alors appel aux institutions financières internationales, Fond Monétaire International et Banque Mondiale, pour faire face à la crise de la dette et renflouer leurs budgets. Ces institutions imposent alors l’idée que la sortie de crise sera assurée grâce l’économie de marché et une « bonne gouvernance » passant par la mise en œuvre de Plans d’ajustement structurel. Ces plans, tous taillés sur le même modèle, impliquent une stabilisation financière et une transformation structurelle ; la première étant obtenue par la réduction des déficits budgétaires (baisse des dépenses sociales, diminution de la fonction publique, arrêt des subventions aux entreprises publiques), la seconde par une déréglementation économique (privatisation des entreprises, libéralisation des échanges). Les années 1980 / 1990 marquent l’hégémonie du modèle libéral qui impose aux États africains la disparition de toutes contraintes sur l’économie - interventions de l’État et édiction de règles - lesquelles seraient contraignantes pour le développement économique et donc pour le développement social lui-même. Les pays africains entrent dans une crise profonde, les États soumis aux restrictions des institutions financières ne peuvent plus répondre aux besoins économiques et sociaux des populations. En réaction, des émeutes sociales explosent un peu partout sur le continent[2] et aboutissent à des changements démocratiques fragiles avec la mise en place de conférences nationales, la fin des partis uniques, des élections démocratiques (Afrique du Sud, Bénin, Cameroun, Congo, Côte d’ivoire, Mali, Niger). Mais nombreux aussi sont les pays en guerre ou confrontés à la violence civile. Depuis 1998, il y a même une recrudescence de conflits à grande échelle dans cette partie du monde. En 1999, l’Afrique est le théâtre de plus de la moitié des conflits armés se déroulant dans le monde[3] !

Au tournant des années 2000, l’Afrique apparaît comme une poudrière prête à exploser…


[1] M'Bokolo. « L'Afrique et le XXe siècle : dépossession, renaissance, incertitudes ». In « Politique étrangère », n°3-4. 2000.

[2] Bénin, grève massive des étudiants et des fonctionnaires en décembre 1989 et janvier 1990, troubles sociaux au Cameroun en 1989, Côte d’ivoire troubles au printemps 1990, Gabon également au printemps 1990, Guinée au cours de l’année 1990…

[3] Début 2000 : Congo depuis 1996, Éthiopie / Érythrée 1961/1993, Côte d’Ivoire 2002, Liberia depuis 1989, Rwanda et Burundi 1994, Sierra Leone depuis 1991, Sud Soudan 1983, Somalie depuis 1991, Tchad 1978/1994…

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06 décembre 2019

Campo Marzio - Entre Corso et Tibre (18/18). Liste des articles.

Rome Campo Marzio Palais de Florence

 

 

Rome / Montpellier / Senlis, décembre 2008 / juin 2018

Liste des promenades dans Rome 

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04 décembre 2019

Campo Marzio - Entre Corso et Tibre (17/18). La via di Campo Marzio.

Deux plaques en façades qui rappellent des moments-clefs de l’histoire italienne

 

Rome Campo Marzio Via di Campo Marzio Madonelle

La via di Campo Marzio s’ouvre avec une jolie madonelle sur le bâtiment de droite : la tête entourée d’étoiles, les pieds reposant sur un croissant de lune, elle est insérée dans une niche ovale entourée de putti ailés, protégée par une draperie et éclairée par un fin lampadaire. Au n°2, Giuseppe Verdi, une plaque rappelle que Verdi a habité cette maison :

GIUSEPPE VERDI
ABITÒ IN QUESTA CASA
L'INVERNO DEL 1859
QUANDO PRIME LE SCENE DI ROMA
UDIRONO LE MELODIE DEL BALLO IN MASCHERA
INTANTO CHE DALLE ALPI AI DUE MARI
VOCI DI POPOLO
ACCLAMANDO ALLA GLORIA DI LUI
NEL SUO NOME ESPRESSERO
LE RIDESTE SPERANZE D'ITALIA
E ADDITARONO IL RE LIBERATORE" [1].

L’opéra « Un bal masqué » est inspiré de l’assassinat du roi de Suède Gustave III, au cours d’un bal masqué, en 1792. Destiné au théâtre San Carlo de Naples, le livret y a été refusé par les censeurs au prétexte qu’on n'assassine pas un roi sur scène ! L'action fut alors transposée par Verdi à Stettin et le roi de Suède devint un duc de Poméranie. Mais le crime de lèse-majesté demeurait ! C’est pourquoi l'action se déroule finalement à Boston dans la jeune démocratie américaine et que le roi de Suède, devenu duc de Poméranie, termine finalement en gouverneur ! L’opéra fut créé le 17 février 1859, au Teatro Apollo de Rome. Le théâtre Apollo était situé sur les quais du Tibre, non loin de la via di Campo Marzio, à l’emplacement des anciennes prisons papales de Tor di Nona et avait été construit en 1795 par plusieurs architectes dont le célèbre Guiseppe Valadier pour la façade. La première du Bal Masqué fut un immense succès. Du parterre, des balcons, des loges chacun crie « Viva Verdi ! ». Mais « VERDI » est aussi l’acronyme d’un slogan patriotique : « Vittorio Emanuele RDItalia » ! Il faut dire qu’un mois avant, le 9 janvier, Victor-Emmanuel IIroi de Sardaigne, avait prononcé devant le parlement du Piémont ces paroles : « Respectueux des traités, nous ne sommes cependant pas insensibles au cri de douleur qui monte vers nous de tant de parties de l’Italie »… signifiant ainsi qu’il était prêt à organiser l’unité de l’Italie autour de sa personne.

Côté droit, au numéro 84, au-dessus d’une porte du XVIIIe siècle, une autre plaque indique :

DA QUESTA CASA OVE ABITAVA USCÌ PER ANDARE AL MARTIRIO ED ALLA MORTE ANTONIO BUSSI COMBATTENTE DELLA LIBERTÀ FUCILATO DAI NAZIFASCISTI IL 7-3-1944 - GLI ABITANTI DEL RIONE A PERENNE RICORDO POSERO [2].

Antonio Bussi, était un employé, membre du Parti Communiste Italien, alors interdit et clandestin, et il organisait la diffusion du journal du PCI « L'Unità » dans son quartier [3]. Arrêté puis emprisonné pendant la période d’occupation de Rome par les nazis (10 septembre 1943 / 4 juin 1944), il fut fusillé le 7 mars 1944 au Fort Bravetta, une des constructions fortifiées qui entourent Rome, située à la périphérie Ouest de la capitale. Le 5 Mars 1944, un groupe de partisans de Torpignattara avait attaqué le siège local du mouvement fasciste à Quarticciolo. Au cours de l’attaque un soldat allemand ayant été tué, les autorités nazies exécutèrent dix prisonniers en représailles : Antonio Bussi, Concetto Fioravanti, Vincenzo Gentile, Giorgio Labò, Paul Lauffner, Francesco Lipartiti, Antonio Nardi, Mario Mechelli, Augusto Pasini, Guido Rattoppatore

Ce sont au total 66 résistants qui seront fusillés par les Allemands, ou par la Polizia Africa Italiana (PAI), pendant la période d'occupation à Forte Bravetta. Roberto Rossellini fera un film sur l’un d’entre eux, le père Don Giuseppe Morosini, fusillé le 3 avril 1944, dans son film « Rome ville ouverte » [4].


[1] « Giuseppe Verdi habitait dans cette maison l’hiver 1859 lorsque les premières scènes (d’opéra) de Rome entendirent les mélodies du Bal masqué, alors que des Alpes aux deux mers les voix du peuple acclamèrent celui dont la gloire de son nom redonna espoir et montrèrent le roi libérateur ». Traduction personnelle.

[2] « De cette maison est parti pour aller au martyr et à la mort, Antonio Bussi, combattant de la liberté, fusillé par les nazis fascistes le 7-3-1944 - Les habitants du quartier ont posé cette plaque en mémoire ».

[3] Luisa Severi e Dario Scatolini. « Forte Bravetta 1932-1945 - Storie memorie territorio ». Provincia di Roma. 2000.

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02 décembre 2019

Campo Marzio - Entre Corso et Tibre (16/18). Piazza in Campo Marzio et l’église Santa Maria in Campo Marzio.

Un miracle au champ de mars - Mais aussi une légende extraordinaire

 

Rome Campo Marzio Santa Maria in Campo Marzio

De la via dei Portoghesi, on atteint, à gauche, la petite place du Champ de Mars (in Campo Marzio). Ce n’est pas une « vraie » place, la piazza in Campo Marzio étant plutôt constituée de deux élargissements triangulaires de rues, mis bout à bout, et sur lequel vous remarquerez une guérite de carabinier. C’est que le cloitre de l’église Santa Maria in Campo Marzio est une annexe de la Chambre des députés.

L’église Santa Maria in Campo Marzio a été fondée au VIIIe siècle quand, selon la tradition, un groupe de sœurs fuyant la persécution iconoclaste [1] se serait réfugié à Rome en emportant trois précieuses reliques dont une « Madonna Avvocata » [2] qui aurait été peinte par Saint-Luc. Le char transportant les reliques s’étant embourbé sur le Champ de Mars, les contemporains y virent une intervention divine et le pape attribua à la communauté une petite église voisine. 

Entre 1562 et 1564, une nouvelle église était construite, laquelle fut entièrement reprise un siècle plus tard. C’est aujourd’hui une église à plan en croix grecque, couverte d’une coupole ovale posée sur un haut tambour et surmontée d’une lanterne. Au XVIIe, le monastère fut agrandi sous la direction de Carlo Maderno et Francesco Peparelli. Santa Maria in Campo Marzio est actuellement une église catholique orientale, de rite antiochien. La messe y est dite chaque dimanche en araméen, la langue du Christ, mais aussi en arabe et en italien !

Une légende court sur la piazza in Campo Marzio. 

Autrefois, aurait existé, sur cette place, une statue avec, inscrit sur l’index droit, la phrase « Percute hic » (« Frappe ici »), l’index désignant le front de la statue. Bien évidemment nombreux auraient été ceux qui auraient essayé de frapper la tête à l’endroit désigné, mais ce fut sans succès. C’est le moine et savant Gerbert d’Aurillac, le futur pape Sylvestre II (999 / 1003) qui aurait trouvé la solution : frapper l’endroit marqué par l’ombre de l’index au sol à midi. La nuit suivante il serait revenu, avec un fonctionnaire pour les uns, une servante pour les autres, et aurait frappé le sol à l’endroit indiqué par l’ombre à midi. La terre se serait alors ouverte et ils se seraient retrouvés dans un palais d’or, rempli de richesses et de statues. Mais, au moment de ramasser l’or et les bijoux, les statues se seraient animées, les auraient menacés et ils auraient dû fuir sans rien pouvoir emporter. Le fabuleux trésor entraperçu serait celui d’Auguste [3] !

Outre son côté merveilleux, l’histoire est intéressante par le souvenir qu’elle manifeste des richesses de l’empire romain mais surtout par le rôle qu’elle fait jouer à Gerbert d’Aurillac. Il faut avouer que le personnage n’était pas banal : philosophe (il introduisit la lecture d’Aristote), mathématicien, astronome, mécanicien (il construisit des horloges), musicien (il mit en évidence la division en tons et demi-tons). Il contribua à l'introduction en Occident des chiffres arabes, de la numération décimale, des tables d'opération (division et multiplication) ! Jusque vers l’an mil la numération utilisée était celle créée par les Romains laquelle n’était pas des plus commodes pour faire des opérations de calcul : essayez d’additionner MCVXII et MCCIX ou de multiplier XXVII par XIV ! Sans compter que Gerbert d’Aurillac joua un rôle politique de tout premier plan au niveau européen. Entre autres, il a soutenu l’élection d’Hugues Capet comme roi des Francs lors de l’assemblée élective qui s’est tenue à Senlis en 987. 

Ce savant, qui dominait les connaissances de son époque, était nécessairement un peu suspect et on lui attribua facilement des savoirs occultes, voire même pour certains une alliance avec le diable.


[1] En 730, l’empereur Léon III de l’Empire romain d’Orient interdit l’usage des représentations du Christ, de la Vierge Marie et des saints, et ordonna leur destruction.

[2] L’icône serait aujourd’hui conservée à la Galerie Barberini et daterait du XIIe siècle. Elle représente la Sainte Vierge intercédant auprès du Christ en faveur du genre humain. 

[3] Stefano Del Lungo. « Topografia di Roma e de l'Italia antica - l'orologio di Augusto (regio ix) ». Bollettino telematico dell'arte. Istituto di Storia dell'Arte Medioevale e Moderna del Università di Roma La Sapienza. Sd.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur Campo Marzio entre Corso et Tibre

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30 novembre 2019

Campo Marzio - Entre Corso et Tibre (15/18). Sant’Agostino et la Madone des pèlerins.

Une église ouverte aux courtisanes et prostituées – Un Caravage dans l’ancienne chapelle d’une courtisane

 

Caravage San Agostino Madonna di Loreto

Au pied de la tour Frangipane, la courte via Pianellari débouche sur la placette de l’église Sant’ Agostino in Campo Marzio, une des premières églises Renaissance à Rome (1479 / 1482). La façade, inspirée par celle de la Basilique Santa Maria Novella à Florence, a été conçue par Léon Battista Alberti et construite en 1483 par Jacopo da Pietrasanta. Dans cette façade très simple, voire austère, les deux volutes latérales du second niveau apparaissent étranges, voire incongrues ; c’est qu’elles ont été ajoutées plus tardivement, entre 1746 et 1750, lors de la construction du cloître du couvent. Petite particularité (mais qui n’est pas la spécificité de Sant’ Agostino) : le travertin de sa façade est tout simplement issu du Colisée lequel servait alors de carrière de pierre pour les nouvelles constructions de la Rome papale. Mais, spécificité unique à Rome, l’église admettait les courtisanes et les prostituées ! Certaines y seraient même enterrées. Fiammetta Michaelis (1465 / 1512), amante de Cesare Borgia, cardinal, condottiere, assassin et mécène, fils du pape Alexandre VI Borgia (1431 / 1503), aurait été inhumée, en 1512, dans la première chapelle à gauche qui lui appartenait [1]. Toutes traces de sa sépulture ont disparu, comme celles de Giulia Campana et de ses filles Pénélope et Tullia d'Aragona également écrivain, poétesse et philosophe. 

Par la suite, la famille Cavalletti de Bologne acquit cette chapelle. Par testament Ermete Cavalletti, mort en 1602, avait émis le souhait qu’un tableau d’autel soit réalisé représentant Notre-Dame-de-Lorette. Petit détour d’histoire religieuse : la maison dans laquelle le Saint-Esprit serait apparu à la Vierge Marie avait été enchâssée dans une église, au IIIe siècle, par Sainte-Hélène, mère de l’empereur byzantin Constantin et grande importatrice de reliques à Rome. Menacée par la prise des lieux saints par les musulmans au XIIIe siècle, la maison fut miraculeusement transférée en Dalmatie, puis, en 1294, dans la Marche d’Ancône où elle aurait été accueillie par une femme dénommée Lorette.

« Dans la première chapelle, à gauche en entrant, on trouve de magnifiques ouvrages de Michel-Ange de Caravage. Cet homme fut un assassin ; mais l’énergie de son caractère l’empêcha de tomber dans le genre niais et noble, qui de son temps faisait la gloire du Chevalier d’Arpin »[2].

Le tableau du Caravage montre, en bas à droite, deux simples pèlerins, pieds nus et modestement vêtus, adorant la Vierge et l’enfant Jésus. La Vierge, en haut à gauche, sur la marche et dans l’embrasure d’une porte, présente l’enfant qu’elle porte dans ses bras. Le tableau est composé sur cette diagonale majeure bas-droite / haut-gauche (ligne des corps, bras de l’enfant Jésus, axes des regards). On part des pieds souillés du pèlerin pour aller au regard de la Vierge et la tête de Jésus. Une série de lignes parallèles successives croise cette diagonale sans la rompre, mais au contraire en la renforçant : culotte de l’homme et épaule de la femme, bâtons des pèlerins, et tête penchée de la Vierge. Rien de majestueux là-dedans : ni trône, ni angelots, ni étoiles, ni rayons de lumière, ni représentation de la maison de Nazareth et de son transfert miraculeux… une scène ordinaire si elle ne rendait pas compte à la fois de la ferveur populaire et de la simple bonté de la Vierge et de son enfant. « On » raconte que les contemporains auraient été choqués par la représentation triviale des pieds des pèlerins… Ce ne serait pas si sûr.

L’église possède d’autres richesses… Une fresque de Raphaël (troisième pilier gauche de la nef, 1512) représentant le prophète Isaïe montrant un rouleau sur lequel est écrit sa prophétie annonçant la naissance du Christ et qui semble influencée par les fresques de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. La Madone de la naissance de Jacopo Sansovino (1486 / 1570) dont la tradition populaire veut qu’elle soit adaptée d’une statue antique représentant Agrippine tenant dans ses bras le petit Néron (!). La Vierge et l’enfant avec Sainte-Anne est également de Sansovino et lui aurait apporté la gloire. Sainte-Anne était notamment l’objet de vénération des poètes qui venaient lui réciter des poèmes ou les accrocher à la statue… Belle tradition !


[1] « La Fiammetta avait encore une belle fin, et j'ai vu à Sant ‘Agostino sa chapelle ». In « Ragionamento del Zoppino fatto frate, e Lodovico puttaniere, dove contiensi la vita et genealogia di tutte le cortigiane di Roma », 1539. D’après Guillaume Apollinaire ce « Dialogue d’un boiteux devenu Frère, et Ludovico, putassier, où sont contenues la vie et la généalogie de toutes les courtisanes de Rome » est attribué à tort au poète l’Arétin.

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