Notes d'Itinérances

16 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (24/24). Liste des articles.

Pouilles Martina Franca Piazza Maria immaculata

 

 

Monopoli / Senlis, septembre 2016 / mai 2017.

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14 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (23/24). Quel avenir pour la culture des oliviers dans les Pouilles ?

Une bactérie tueuse – Un traitement qui passe par l’élimination des arbres malades ?

 

Pouilles oliviers 3

Les principaux lieux de culture de l'olivier en Italie sont les régions des Pouilles, la Sicile et la région calabraise. Loin derrière viennent ensuite les régions de Toscane, l'Ombrie et la Ligurie. Les Pouilles avec la Sicile fournissent, à elles seules, la moitié des olives produites en Italie. L'Italie est le deuxième producteur au monde d'huile d'olive, après l'Espagne et avant la Grèce, avec une part de marché d'environ 20%.

L'huile d'olive italienne bénéficie de nombreuses appellations d'origine contrôlées, une trentaine environ, selon les régions. Dans les Pouilles, sont utilisés trois cultivars dominants, la Cellina, cultivée surtout dans le Salento, la Coratina, propre à la province de Bari, et la Cerignola, qui donne surtout des olives de table. Si l’Italie est un grand producteur d’huile d’olive elle est aussi l’un des plus grands consommateurs et importateurs car sa production ne couvre pas sa consommation. C’est donc peu dire que l’olivier a modelé le paysage des Pouilles qui compterait de 50 à 60 millions d’arbres, dont une grande partie centenaires voire pour certains millénaires !

Depuis 2013, une bactérie décime les oliveraies de cette région d’Italie. On note d’abord une brûlure-dessèchement des feuilles. La périphérie des feuilles passe du jaune au brun foncé, puis le brunissement se propage vers l’intérieur de la feuille pour finalement aboutir à la dessiccation. Dans les stades plus avancés, on observe le dessèchement des rameaux des oliviers suivi de la mort des arbres. Dans la même zone, la brûlure-dessèchement des feuilles concerne aussi l’amandier et le laurier rose. Cette bactérie est Xylella fastidiosa, dont le nom dérive de « xylème » et fait référence au fait que cette bactérie se limite aux tissus vasculaires qui assurent le transport de la sève brute dans la plante, le xylème. « Fastidiosa » signifie « fastidieuse » car il s’agit d’une bactérie difficile à cultiver en laboratoire par suite de ses exigences nutritionnelles. Les vaisseaux du xylème transportent la sève brute composée d’eau et de nutriments puisés dans le sol par les racines. La sève brute est conduite jusqu’aux feuilles où à lieu la photosynthèse qui va permettre d’obtenir la sève élaborée qui va alors nourrir les tissus de l’arbre. Quand la plante est colonisée, les bactéries adhérent entre elles formant un biofilm qui arrive à obstruer la circulation de la sève à travers les vaisseaux et bloque alors la nutrition de la plante. La bactérie est transmise par l’intermédiaire de Phileanus spumarius, ou cicadelle écumeuse, un insecte piqueur-suceur qui se nourrit de la sève des végétaux grâce à son rostre qui pénètre dans les vaisseaux de la plante. Les cicadelles accumulent les bactéries dans leur œsophage et transmettent ainsi la maladie aux arbres dont elles consomment la sève.

A la suite de la découverte de la Xylella dans le Sud des Pouilles, l’Italie avait mis en place un plan drastique d’endiguement de la maladie avec  la création d’une zone d’exclusion de 50 mètres de large, au nord de la ville de Lecce, au-dessus d’un territoire de 20 kilomètres qui comporte un million d’arbres considérés comme perdus. La cicadelle ne faisant que des vols de 5 mètres, il était prévu d’abattre tous les arbres malades et les plantes environnantes au sein de ce cordon sanitaire. Suite à une plainte des agriculteurs et des écologistes anti-abattage, la justice s’est d’abord opposée à la création de la zone tampon, puis le conseil d'Etat (février 2016) a autorisé l'abattage des arbres sous certaines conditions. Les arbres infectés ne montrant aucun symptôme pendant un à deux ans, il est désormais possible que de nombreux oliviers situés au-delà de la zone tampon soient déjà infectés et que la maladie se répande. Tout laisse supposer que la situation va empirer en Italie, où plus d’un million d’oliviers ont péri desséchés en 2016. La surveillance de la maladie, les abattages d’arbres infectés n’ont jamais vraiment eu lieu selon un rapport de mai 2016 de la Commission européenne, qui a en outre noté que les Pouilles n’ont déboursé que la moitié des 10 millions prévus pour aider la recherche scientifique sur la maladie.

La diffusion de cette maladie est aussi une conséquence de la mondialisation. En avril 2015, Xylella fastidiosa a été repérée sur le marché de Rungis dans un caféier importé du Costa Rica. En juillet 2015, elle a été découverte en Corse, puis en région PACA, en octobre. En 2017, 12 amandiers d’une plantation voisine d’Alicante, au sud de Valence, étaient infestés. On peut aussi imaginer que le réchauffement climatique fait migrer du Sud vers le Nord des insectes vecteurs de maladies...

 

Monopoli / Senlis, septembre 2016 / juillet 2017.

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12 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (22/24). Lecce – San Matteo, Santa Chiara et Santa Croce.

Un baroque aux décorations échevelées

 

Pouilles Lecce San Matteo Façade

L’église San Matteo a été construite sur les dessins de l’architecte leccese Achille Larducci, un neveu du grand architecte baroque romain Francesco Borromini (1599 / 1667). La première pierre de l’église a été posée en 1667 par l'évêque Luigi Pappacoda et l’église a été achevée en 1700. Contrairement aux autres églises baroques de la région dont les façades jouent généralement assez peu sur les effets de surfaces avec courbes et contre-courbes, la façade de San Matteo est caractérisée par un contraste de lignes. Au niveau inférieur une surface convexe alterne avec une surface supérieure concave selon le chef-d’œuvre de Francesco Borromini, l’église romaine San Carlo alle Quattro Fontane.

Le niveau inférieur est séparé en trois parties par deux colonnes dégagées, posées devant un pilastre sur un haut piédestal quadrangulaire. Le portail central est surmonté d’une niche décorée d’une coquille et protégée par un fronton curviligne interrompu permettant de loger le blason de l’ordre des Franciscains, deux bras croisés, l’un nu, celui du Christ, l’autre couvert d'une manche de bure, celui de Saint-François. Les parties latérales basses sont décorées d’une niche sur un mur traité en pointe de diamant.

Le niveau supérieur est séparé par une corniche à redent en très fort relief. Il présente, au centre, une baie serlienne couronnée d’une moulure continue, incurvée au milieu, et deux niches latérales richement décorées. La sinuosité de la corniche sommitale, par suite de la forme concave de la façade, est encore accentuée par des différences de niveaux. L'intérieur est à une seule nef, elliptique, composée d’une série d’arcs en plein cintre abritant chacun un autel, séparés par des pilastres géants cannelés, posés sur des piédestaux accueillant chacun une statue des douze apôtres réalisées en 1692 par Placido Buffelli.

Si le neveu a manifestement essayé de reproduire les formes savantes, dynamiques qui caractérisent l’œuvre de Borromini, l’église San Matteo reste néanmoins marquée par les caractéristiques locales du style baroque : l’importance donnée aux reliefs, l’exagération des proportions et la surcharge décorative.

La façade de l’église Santa Chiara joue également sur les effets de profondeur mais en plans successifs avec un avant-corps. Au premier niveau, la façade est séparée en cinq parties verticales par des pilastres cannelés et deux colonnes dégagées et cannelées lesquelles encadrent le portail. Au tympan du portail, une couronne de fleur, en haut-relief et portée par deux putti, est placée sous le blason de l’ordre des Clarisses. Les parties latérales, encadrées par les pilastres sont ornées de niches. Le niveau supérieur de l’avant-corps répète l'agencement du premier niveau, mais sur une hauteur moitié moindre, avec une large fenêtre centrale, encadrée par des doubles pilastres cannelés. Cette façade paraît inaboutie car dépourvue de tout pignon ou volute au-dessus de la corniche du second niveau.

A l’intérieur, le bâtiment a une forme octogonale allongée, prolongée d’un chœur plus étroit qui accueille un autel monumental. Les murs sont à deux niveaux, le niveau bas est divisé successivement par des pilastres cannelés d’ordre corinthien, entre lesquels des arcs accueillent des autels très ouvragés et très dorés, ornés de colonnes torses. Le niveau supérieur comporte de grandes fenêtres et des niches abritant des statues.

Tout le répertoire du baroque y passe, colonnes dégagées, doubles pilastres, haut piédestal, moulure incurvée, corniche à redents, niches, haut-relief, volutes… J’en oublie. Ce serait bien pire encore s’il fallait décrire l’église Santa Croce objectif principal de tous les touristes. il faudrait encore enrichir le vocabulaire en parlant de colonnes jumelées, d’encorbellement, de console, d’oculus, de cariatides zoomorphes et anthropomorphes et nommer tous les êtres fantastiques qui peuplent la façade, sirènes, griffons, lions, dragons, pélicans, salamandres, sphinx, serpents… Je cale ! De fait, trop, c’est trop, et bien qu’amoureux du baroque, je m’étonne mais n’apprécie plus.

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10 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (21/24). Lecce - La place de la Cathédrale (Piazza del Duomo).

Une concentration de la vie ecclésiastique et religieuse, symbole du pouvoir de l’archevêque

 

Pouilles Lecce Piazza del Duomo

La politique de grands travaux d’embellissement des évêques de Lecce, contribuant à assoir leur autorité sur la ville, est particulièrement sensible avec la place de la cathédrale.

La place, modifiée et complétée à plusieurs reprises, remonte au temps de l'évêque Girolamo Guidano (1420 / 1425). Elle est entourée de bâtiments formant une cour monumentale, carrée, ne comportant qu'une seule ouverture au Nord. Elle est délimitée par la cathédrale et son campanile à l’Est, elle est fermée au Sud par le palais archiépiscopal, rebâti en style baroque et, à l’Ouest, par le palais du Séminaire.

On accède donc à la cour après avoir traversé les Propylées, un passage relativement étroit, en entonnoir, réalisé par Emanuele Manieri (1714 / 1780) ouvert dans les bâtiments anciens. Les piliers, surmontés de balustrades et de statues, permettent d’accéder aux rues principales de la ville.

Dans la cour, une première église avait été construite dès 1144, puis une seconde en 1230, et enfin une troisième, entièrement rebâtie de 1659 à 1670, en style baroque, par l'architecte Giuseppe Zimbalo, à la demande de l'archevêque Luigi Pappacoda, La cathédrale s’insère dans la place et possède en conséquence deux façades : la première à l’Ouest, la principale, en continuité de la nef centrale est assez sobre dans sa décoration par rapport à la seconde, sur le côté Nord, qui fait face aux propylées par où arrivent les fidèles et qui, pour cette raison, est richement décorée et ornée de statues.

Le Clocher, l’un des plus haut d’Europe aves ses 70 mètres, fut construit par Giuseppe Zimbalo de 1661 à 1682, toujours sur une commande de l'évêque Luigi Pappacoda, à la place d'une tour abattue en 1574. Si, par sa très haute taille, le clocher rappelle à tous l'hégémonie de l'évêque sur la ville et son territoire, curieusement il est peu baroque ! A base carrée, il est composé de cinq niveaux de tailles décroissantes, complété au sommet d'une coupole octogonale. Chaque niveau est simplement souligné d’un balcon pourtournant et de sa balustrade. Les seules décorations sont, au troisième niveau et à chaque angle du balcon des pinacles pyramidaux et, au quatrième niveau et à chaque angle du balcon, des vases fleuris. Enfin, au sommet, se découpe la silhouette métallique de Sant’Oronzo, le saint patron de la ville après la peste de 1656. Le tout presque de facture classique…

Le palais archiépiscopal, rebâti en style baroque en 1649, a été restructuré par l'architecte Emanuele Manieri en 1761 notamment par l’adjonction de la façade actuelle. Celle-ci est caractérisée, au premier niveau, par une galerie d’arcs en plein cintre décorés de demi-colonnes qui dissimule en partie les deux escaliers latéraux. Au second niveau, au centre, trois niches accueillent des statues (statue de la Vierge au milieu) et le pignon qui comporte une horloge de 1761. Les parties latérales, au-dessus de la galerie, forment une terrasse décorée d’une balustrade supportant des bustes.

Le palais du Séminaire a été bâti par Giuseppe Cino entre 1694 et 1709. La façade monumentale comprend une structure à deux étages, avec un traitement décoratif important, et un troisième étage supérieur plus simple conçu par Manieri. Les deux étages bas sont agrémentés par des pilastres d’ordre géant encadrant des fenêtres au décor foisonnant. Au centre de la façade, le portail d'accès est surmonté d'un imposant balcon en encorbellement avec trois fenêtres en arc.

Cette place a été réalisée par les trois plus grands architectes de la ville (Giuseppe Zimbalo, Giuseppe Cino et Emanuele Manieri) et elle constitue le chef d'œuvre du baroque de Lecce tant par ses dimensions, par l'harmonie de l'ensemble que par la richesse de sa décoration.

Elle était au centre de la vie ecclésiastique de Lecce avec la cathédrale, l’évêché, le séminaire et faisait ainsi contrepoids au centre de la vie laïque de la ville représenté par la place Sant’Oronzo. Une eau-forte du prêtre Pompeo Renzo de Lecce, en date de 1634, représente la foire dite des « Paniers » qui se déroulait sur la place du Duomo, foire au cours de laquelle étaient vendus des jouets et des fruits d’automne.

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08 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (20/24). Martina Franca - Piazza Santa Immaculata et église Santo Domenico.

Lecce, le baroque triomphant.

 

Pouilles Lecce Palazzo Marrese

 « Lecce, ville de pierre tendre où le baroque en s’ordonnant, comme la poésie dans l’hexamètre, ne s’était pas énervé »[1].

A la Renaissance, Lecce devient la capitale officielle de la Terre d'Otrante. Avant, Lecce était une ville moyenne construite autour d'un château restructuré et renforcé par Charles Quint en 1539 / 1549 avec l’édification de quatre bastions, de courtines, le tout entouré d’un profond fossé. La ville connut alors une période d'essor et d'agrandissement, impulsé notamment par les autorités religieuses de la ville. Lecce était en effet la ville catholique la plus orientale de la Méditerranée et la présence de l’église catholique y est massive : en 1630, on dénombre 17 couvents d’hommes et 8 de femmes, et le clergé constituait 12% de la population.

En 1639 est nommé à Lecce un archevêque « de choc », Luigi Pappacoda (1595 / 1670) qui devait exercer son ministère à Lecce pendant 21 ans. Luigi Pappacoda remit de l’ordre dans un diocèse dont ses prédécesseurs ne semblaient pas s’être beaucoup préoccupé, participant à réformer les mœurs du clergé, à améliorer leur préparation culturelle et doctrinale, à limiter les prêtres mariés, tout en défendant l’autonomie de l’église contre les autorités laïques et les prétentions de la noblesse.

Cette volonté politique avait certainement besoin de s’affirmer également au travers de réalisations monumentales, prestigieuses à une époque où « l’enjeu, pour chaque évêque est clair : être le serviteur de la plus belle cathédrale possible, et pour certains, de la plus belle cathédrale tout court »[2]. Il s’agissait de conforter une autorité, une présence sur la ville et son territoire.

Luigi Pappacoda sut s’entourer de compétences, notamment Guiseppe Zimbalo, l'un des architectes les plus brillants de l'époque, petit-fils lui-même d'un autre maître d'œuvre qui avait travaillé sur la basilique de Santa Croce de Lecce, chef d’œuvre de l’art baroque du XVIIe siècle. Guiseppe Zimbalo participa à la réalisation de nombreux bâtiments parmi les plus représentatifs du style baroque de Lecce : la restauration de la cathédrale (1659 / 1670) commandée par Pappacoda, l’érection de son clocher de 70 mètres situé juste à côté (1661 / 1682), la réalisation de la plupart des travaux de décoration de la façade et de la rosace (1646) de la basilique de Santa Croce poursuivant ainsi les travaux de son grand-père, l’église du Rosaire, le palais des Célestins (1659 / 1695) siège actuel du gouvernement provincial et situé à côté de la basilique de Santa Croce, et la colonne de Sant'Oronzo (Saint Horace, patron de la ville, 1666) sur la place du même nom.

D’autres églises furent ensuite érigées comme Santa Chiara (1687 / 1691) ou San Matteo (1667 / 1700) et les familles nobles leccese mirent un point d’honneur à arborer leur richesse et leur pouvoir en construisant de nouveaux palais (palais Marrese, Guarini, Palmieri…), et ceci jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, ce qui aboutit à un ensemble urbain homogène de style baroque.

Les deux siècles, XVIIe et XVIIIe, ont ainsi participé, à Lecce, au développement d’un style original même si l’on peut trouver des similitudes avec les baroques espagnols, napolitains et siciliens. Il se caractérise notamment par des façades avec des décrochements de surfaces, des consoles de balcons à la décoration foisonnante, des encadrements de fenêtre complexes et une ornementation riche, fastueuse, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des bâtiments.

Bien sûr, cette exubérance décorative ne pouvait qu’étonner, voire heurter, un voyageur français de la fin du XVIIIe siècle influencé par le goût pour l’antique, la recherche d’équilibre, de simplicité, de rigueur qui se développaient alors dans les arts du royaume !

« Toutes les maisons, toutes les églises sont belles, ou bien elles y sont toutes laides, car s'il n'y en a pas une qui ne soit très bien construite et très décorée, il n'y en a pas une aussi qui ne soit de bon goût ».[3]


[1] Roger Vailland. « La loi ». 1957.

[2] Gérard Labrot. « Sisyphes chrétiens – La longue patience des évêques bâtisseurs du royaume de Naples (1590 / 1760) ». 1999.

[3] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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06 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (19/24). Martina Franca - Piazza Santa Immaculata et église Santo Domenico.

Un baroque sans excès 

 

Pouilles Martina Franca San Domenico Façade

Une très jolie place succède à la place du Plébiscite, la piazza Maria Immaculata, ou place des arcades. Elle est bordée de deux côtés par une colonnade en hémicycle occupée par des cafés et restaurants.

Cette structure enveloppante, semi-elliptique, a été construite en 1854 par l'architecte de Tarente, Davide Conversano, pour répondre à l'initiative audacieuse d'un prêtre, Giacomo Fedele, qui avait commandé, sur ses propres deniers, la création d’un espace public destiné aux activités commerciales. L’architecte a proposé une place semi-circulaire composée d’une succession de treize arcades afin de permettre l’installation d’autant de commerces, la place devenant ainsi le « centre commercial » de la ville. Bien que la réalisation des arcades et des immeubles qui y sont superposés soient de facture néo-classique, l’ensemble s’inscrit néanmoins tout à fait harmonieusement dans l’environnement baroque grâce à sa forme arrondie et la couleur de ses pierres.

De là partent des rues étroites bordées de palais aux façades décorées de balcons en ferronnerie torsadée, de porches et de fenêtres encadrés de volutes élégantes, d’armoiries… En allant ainsi à l’aventure dans les ruelles de Martina Franca, on croise l’église San Domenico (1753). Le projet en avait été confié au moine dominicain Antonio Cantalupi. Celui-ci a travaillé avec deux maîtres maçons Calmerio l'Ancien et Michele Cito. Le premier, plus connu, était marié à une habitante de la ville et avait travaillé sur les chantiers de Lecce.

La façade de San Domenico est divisée verticalement en trois parties marquées par deux niveaux successifs de doubles pilastres : quatre pilastres au premier niveau dont les chapiteaux sont décorés de têtes de chérubins entourées de feuilles d’acanthe et de guirlandes de fruits, deux pilastres au second niveau dont les chapiteaux sont plus traditionnellement de feuilles d’acanthe.

Les deux niveaux sont séparés par une moulure à redans en très fort relief qui, par le jeu de l’ombre sur la façade, a tendance à souligner la séparation horizontale au dépend des séparations verticales qui paraissent moins accentuées.

Au centre, au premier niveau, le portail d'entrée est entouré d’une moulure simple, au relief peu prononcé, mettant ainsi en valeur l'entablement très travaillé. Celui-ci comprend, au centre, le blason du Vatican à deux clés croisées entouré latéralement par deux grandes volutes sur lesquelles sont assis deux anges soufflant dans des trompes. Le blason est surmonté, dans un cadre richement sculpté, de l'emblème des Dominicains (un chien avec une torche dans sa bouche[1]), le tout dominé par deux putti tenant une couronne sculptée en ronde-bosse. Par sa position dominante et sa taille, le blason des Dominicains écrase celui du Vatican ! Les deux parties latérales du premier niveau, très étroites, sont simplement décorées chacune d’une petite niche.

La partie supérieure de la façade, plus étroite, ne comporte que deux doubles pilastres encadrant une fenêtre à la forme complexe, avec un cadre très élaboré composé de moulures en fort relief, de feuilles d'acanthe, le tout surmonté d'un chérubin ailé inséré au milieu d’un fronton curviligne interrompu, puis d’un cartouche à volutes. Cette fenêtre remplace la rosette traditionnelle des façades romanes ou gothiques situées généralement en haut des façades d’églises.

Et enfin, au sommet, une dernière touche de style baroque avec un fronton curviligne interrompu pour encadrer une croix métallique posée au faîte de la façade.

La façade de San Domenico est certainement le meilleur exemple de l’art baroque de la ville, très proche par sa structure monumentale comme par les détails de son ornementation, du baroque de la ville de Lecce. Les chapiteaux des colonnes sculptées de bustes de chérubins, entourés de feuilles d'acanthe et de guirlandes de fruits, rappellent ceux du Palais du Séminaire de Lecce.


[1] Ce symbole proviendrait d’un rêve qu’aurait fait la mère de Saint-Dominique avant sa naissance, celui d’un chien courant autour d’une globe et embrasant le monde avec une torche allumée dans sa gueule. Le symbole du chien est couramment utilisé chez les Dominicains en jouant sur les mots « domini canes » (Dominicano - Les chiens du seigneur).

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04 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (18/24). Martina Franca, le baroque charmant.

Un baroque acceptable pour des Français biberonnés au cartésianisme et au classicisme

 

Pouilles Martina Franca Basilica San Martino Détail

Martina Franca est une petite ville qui s’est adonnée assez tardivement aux joies du baroque, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. A Martina Franca, l’église de San Domenico est de 1753, celle du Carmel de 1758, la porte de San Stefano de 1764 et la basilique San Martino de 1767. Ces dates correspondent à un moment charnière, celui où le style rococo jette ses derniers feux sur l’Europe et où c’est un nouveau style qui va émerger, le style néo-classique, avec les exemples du Panthéon (1757) ou du Petit Trianon (1768). Connaissant l’incompréhension que manifestent en général les Français pour l’art baroque, je fais néanmoins l’hypothèse que Martina Franca est une ville qui sera susceptible de les charmer, voire les séduire. En effet, les palais et monuments baroques y sont de taille relativement modeste et le visiteur n’est jamais « sonné » par l’ampleur des sculptures, décorations et accessoires divers qu’il a sous les yeux. De plus, toutes les façades des maisons et palais de la ville sont peintes en blanc ce qui leur donne un air de simplicité et de modestie qui contredit l’affectation et l’emphase qu’exprime assez souvent l’art baroque.

Mais le baroque n’a pas tout submergé et la ville sait aussi réserver quelques surprises.

L’entrée dans la vieille ville s’effectue généralement par la porte Saint-Etienne (San Stefano) qui communique avec la partie urbaine développée au XIXe siècle. C’est désormais une porte « de prestige » qui a remplacé la porte médiévale défensive. Le cintre est soutenu par deux pilastres avec des chapiteaux composites qui maintiennent l'entablement et une corniche en très fort relief. Au sommet du fronton aux formes curvilignes se dresse la sculpture équestre de Saint-Martin. Aux angles supérieurs de la porte, deux volutes supportent des pot-à-feu. La statue équestre du patron de la ville, Saint-Martin, commémore l'intervention miraculeuse du saint qui, le 16 Juin 1529, aurait sauvé la ville des redoutables mercenaires d'origine balkanique, les Cappelletti, dirigés par le condottiere Fabrizio Maramaldo au service de la royauté espagnole. Saint-Martin aurait alors fait apparaître une armée de cavaliers qui aurait terrorisé les assaillants[1].

Derrière la porte Saint-Etienne, le Palazzo Ducale forme le troisième côté de la Piazza Roma. Servant actuellement d'hôtel de ville, il a été construit par un architecte bergamote, Giovanni Andrea Carducci, pour Petracone V Caracciolo en 1668, sur l'emplacement de l'ancien château des Orsini (fin XIVe siècle). La façade est des plus simple, rythmée seulement verticalement par des pilastres et horizontalement par un long balcon. Sa décoration fait curieusement référence au maniérisme tardif de la Renaissance, à la Giulio Romano, et non au baroque alors en pleine expansion en Italie !

Sur la place suivante, du Plébiscite, la basilique San Martino est une magnifique réalisation du baroque tardif, mais elle n’en impose pas du fait d’une façade relativement étroite et, il faut bien le dire, parce qu’on l’aborde en général par le côté et non de face. La partie la plus ouvragée est bien évidemment le haut-relief de Saint-Martin, patron de la ville, au-dessus du portail principal.

« Le voici (Saint-Martin), au-dessus du portail de l’église homonyme, à cheval sur sa monture blanche cabrée, coupant de son épée en deux moitiés son manteau, devant le mendiant dont le pied prend appui sur la volute d’ornement »[2].

Tout y est, niche de forme concave, fronton curviligne interrompu, moulures à enroulements, volutes de feuillages, feuilles d’acanthe, putti, un vrai festival. Ce qui étonne toutefois c’est que Saint-Martin a perdu un pied…

« Dans les années 1920, l’archiprêtre fit enlever les attributs du cheval, scandalisé par leur volume. Le pied gauche du cavalier fut emporté avec la virilité du palefroi »[3] !

Voilà un petit exemple concret de la manière dont l’intolérance, l’incompétence et la bêtise participent à la dégradation des œuvres culturelles du passé !


[1] Fabrizio Maramaldo semble être une victime coutumière des apparitions de saints ! Ses troupes se seraient déjà débandées devant l’apparition de San Secondo, à Asti, en 1526 !

[2] Dominique Fernandez. « La perle et le croissant – L’Europe baroque de Naples à Saint-Pétersbourg ». 1995.

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02 septembre 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (17/24). Le baroque dans les Pouilles.

Du style roman au style baroque sans intermédiaire ?

 

Pouilles Lecce Santa Croce Façade Détail

Le dernier représentant de la Maison angevine meurt en 1480 et « ses droits » sur le royaume de Naples passent alors au royaume de France où règne Louis XI. La royauté française va alors essayer de faire valoir « ses droits » pendant près de 80 ans en menant dans toute la péninsule italienne une série de guerres meurtrières, ravageant les régions, décimant les populations, guerres qui seront terriblement onéreuses, et qui se termineront finalement avec le traité de Câteau-Cambresis en 1559 et l’abandon de toute prétention de la royauté française sur ces régions[1] !

Dès 1504, les Espagnols étaient quasiment passés maîtres des Pouilles ruinées par la guerre. Ils y restèrent jusqu’en 1707, le royaume de Naples étant devenu un vice-royaume espagnol. Cet événement politique aura des répercussions économiques et culturelles sur la région des Pouilles. Répercussions économiques avec la mainmise de la noblesse espagnole sur les fiefs du royaume, le renforcement du système féodal, le développement du système des latifundia, l’introduction de l’élevage intensif du mouton, des ponctions fiscales élevées, le tout entraînant l’appauvrissement de la région et son dépeuplement. Répercussions culturelles aussi avec le renforcement du rôle de l’église, l’introduction de pratiques religieuses développées en Espagne, mais aussi le développement d’œuvres d’assistance. Dans le même temps, pour se protéger des incursions des pirates sarrasins, les Espagnols construisent ou renforcèrent châteaux et remparts.

La Renaissance ne donnera pas lieu dans les Pouilles à de nombreuses constructions, il faudra attendre les XVIIe et XVIIIe siècles pour que de nouveaux édifices soient érigés, églises, cloitres et palais. L’éclosion du baroque sera amplifiée dans les régions sinistrées à la suite de tremblements de terre, comme celui de 1627, qui détruisirent de nombreux monuments et exigèrent leur réfection ou leur reconstruction.

« le trentiesme du mois de Juillet dernier passé, jour du Vendredy, à l'heure de Midy, il y eut en ce pays un tremblement de terre lequel en ceste ville fut de peu d'effect, & dura un Credo: mais en la Province de la Pouille, laquelle est à quatre journées d'icy, & sur la mer Adriatique, fut de telle force que le tremblement dura l'espace de quatre heures, duquel est advenu que sept ou huict villages sont tous ruinez : c'est à dire, toutes les maisons tombées tout à faict, les gens qui se trouvèrent dedans morts & accablez dans icelles, le nombre desquels arrive à plus de huict ou neuf mille personnes, & la plus grande partie estoient femmes & petits enfans, parce que les hommes en ce temps-là estoient aux champs »[2].

L’art baroque se développera au XVIIe siècle dans les Pouilles comme dans tout le croissant européen qui va de l’Espagne à la Russie en ignorant (partiellement) la France et l’Angleterre. Il le fit selon une forme originale, empruntant ses éléments au baroque italien mais surtout au baroque espagnol caractérisé par l’exubérance de ses ornementations plus que par la recherche de formes savantes et dynamiques. A Lecce et Martina Franca, cette évolution sera favorisée par l’utilisation d’une pierre calcaire très tendre, d’un bel ocre rose, permettant une grande richesse de l’ornementation.

« On attribue à la nature particulièrement tendre des pierres extraites des carrières d’Apulie les caractéristiques de la sculpture baroque à Lecce et Martina Franca. Presque aussi malléables, quand on les sort au grand jour, que du beurre, dont elles ont d’ailleurs la couleur chaude et dorée, elles se prêtent à un travail de dentelle et de fignolage, avant de sécher et de durcir »[3].

Ce sont surtout ces deux villes qui connurent alors les fastes du baroque avec l’érection de très nombreux palais et églises. Ailleurs, l’art baroque a plutôt inspiré les opérations de rénovation extérieure (façades) ou de décoration intérieure de ces bâtiments.


[1] Abandon tout provisoire bien sûr, comme dans tous les traités de paix de cette époque. La France ne cessera par la suite de s’intéresser aux régions italiennes !

[2] Claude Armand. « Récit du tremblement de terre arrivé à la Pouille, Province du Royaume de Naples ». 7 août 1627.

[3] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

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31 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (16/24). Les trulli d’Alberobello.

Des constructions qui remontent dans la nuit des temps – Un temps où la main d’œuvre ne coûtait rien

 

Pouilles Alberobello Trulli

Les trulli sont des habitations de pierre, réalisées sans mortier (pierre sèche), selon une technique héritée de la préhistoire et toujours utilisée dans la région[1]. Les habitations sont composées de plusieurs cellules rectangulaires chacune surmontée d’un toit conique de pierres sèches. La plus grande de ces cellules,  dont l'entrée est couverte d'un fronton, est à usage de lieu de vie ; une, deux, voire davantage, cellules plus petites servent de chambre, de cuisine et s'ouvrent sur la pièce centrale par des arcs clavés.

Les foyers, fours et alcôves sont réalisés dans l’épaisseur des murs qui atteignent 1,5 à 1,8 mètres.

Les toitures sont assises directement sur les murs avec des dalles de pierre à chaux de 5 à 7 cm d'épaisseur (« chianche »  ou « chiancarelle ») par simple recouvrement et rétrécissement permettant ainsi de passer de la forme rectangulaire à la forme circulaire, voire ovale, du toit. Sur ces dalles qui servent d’assise sont posées une seconde couches de pierres, plus petites, qui assurent l’écoulement de l’eau. Les toits coniques se terminent par un pinacle décoratif (« cucumeo »  ou « tintinule »)  ayant pour fonction d'éloigner les mauvais esprits. Des dispositifs ingénieux collectent les eaux de pluie et les guident vers un réservoir creusé sous la maison.

En hiver, les murs restent froids et condensent l'humidité issue de la respiration humaine et des activités de cuisine ; en été les murs accumulent la chaleur et la restituent longuement. Les habitants laissaient donc la porte ouverte pendant la journée pour que l'humidité, ou la chaleur, s'en aillent et ils passaient plus de temps dehors que dedans.

Les trulli sont présents dans la Valle d'Itria, la partie sud du haut plateau de Murgie (« Murgia »), sur les communes d'Alberobello, Locorotondo, Cisternino et Martina Franca. Le paysage rural est marqué par l’importance des murs en pierre sèche (« parietoni ») qui entourent les champs de vignes, les oliveraies et bordent les chemins. L’habitat, dispersé, est composé de trulli. Alberobello est l’une des rares agglomérations urbaines de pierres sèches en Europe, mais aussi l’une des mieux conservées. En 1928, le quartier de Monti fut déclaré Monument national, en 1930, les quartiers de Monti et d'Aja Piccola d’Alberobello ont été déclarés Zone monumentale par un décret législatif. Enfin, une  loi (N° 1089/1939) fixe les contraintes de construction dans un périmètre de protection.

On considère généralement que le village actuel date du milieu du XIVe siècle, quand cette région fut donnée en fief au comte de Conversano par Robert d'Anjou, prince de Tarente, en remerciement des services rendus pendant les Croisades. Le comte et ses héritiers peuplèrent la région en y faisant venir des hommes de leurs autres fiefs et en les autorisant à construire des maisonnettes connues sous le nom de caselle. La  tradition veut que ce type de construction en pierres sèches ait été imposée aux nouveaux venus afin que les maisons puissent être démontées rapidement soit pour déposséder aisément les récalcitrants, soit pour éviter de payer les taxes sur les maisons, ce qui aurait été le cas en 1644, quand le roi de Naples envoya ses inspecteurs des impôts.

Mais une analyse historique et technique suggère plutôt que ce type de construction constituait la réponse la plus simple aux conditions locales et que ce n'est que plus tard qu'elle sera exploitée à des fins punitives ou fiscales. A la moitié du XVIe siècle, la région de Monti possédait une quarantaine de trulli  et il faudra attendre 1620 pour que le hameau se développe quand le comte Gian Girolamo Guercio, ordonna la construction d'une boulangerie, d'un moulin et d'une auberge. A la fin du XVIIIe siècle, le village comptait désormais plus de 3 500 habitants. Enfin, en 1797, la population parvint a se libérer du joug féodal de la famille Acquaviva en obtenant de Ferdinand IV, roi des Deux Siciles, le statut de ville royale.

Les trulli cessèrent d'être construits quand le coût de la main-d'œuvre commença à augmenter au XXe siècle, le coût de la manutention des centaines de tonnes nécessaires à une seule habitation devenant prohibitif. A la fin des années 90, refaire le toit d'un trullo coûtait 3 millions de lires (environ 1 500 euros), en 2009 il en coûtait 15 000 euros. A l'heure actuelle, 30% des trulli ont une finalité commerciale, majoritairement en rapport avec le tourisme, 40% sont abandonnés et seuls 30% sont encore à usage d'habitation.


[1] UNESCO. Liste du patrimoine mondial. « Les trulli d’Alberobello ». 

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29 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (15/24). Monopoli, un carrefour très fréquenté.

Les invasions se suivent et ne se ressemblent pas – Un miracle qui tombe à point nommé

 

Pouilles Monopoli Le port 1

Le nom de la ville provient du grec « monos-polis » (« ville unique »). Monopoli a subit successivement l’influence des Lombards, puis de Byzance. En 1044 elle fut conquise par les Normands puis passa sous le gouvernement des Angevins en 1266. Au XVIe siècle elle fut occupée alternativement par les Espagnols et les Vénitiens. L'occupation vénitienne, débutée en 1484, a marqué une période de croissance économique et de développement des activités maritimes grâce à sa situation géographique entre Bari et Brindisi, dans une zone sous influence économique et navale de la Sérénissime, mais aussi avec la forte demande pour les produits de l'arrière-pays.

Cible des incursions de pirates sarrasins, la ville fut équipée d’importantes fortifications. En Avril 1528, alors que la ville était victime de la peste, 400 soldats vénitiens en reprirent possession. En 1529, c’est une armée espagnole de 5 000 soldats sous les ordres du condottiere Fabrizio Maramaldo qui assiégea la ville pendant trois mois sans succès. Devenue possession personnelle de l'empereur Charles Quint en 1530, la ville réussit à racheter sa liberté avec le concours de ses habitants.

Le renforcement des murs d’enceinte, en 1552, coïncide avec l’occupation de la ville par les Espagnols. Après la domination autrichienne de 1713, la ville fut annexée en 1734 au royaume des Deux Sicile, puis au royaume d'Italie en 1860. Quelle marmelade !

La promenade dans les ruelles de la vieille ville est des plus agréables. Le symbole de la ville est le château de Charles V de Habsbourg (Charles Quint, 1500 / 1558), une fortification d'origine aragonaise restaurée à des fins défensives en 1552. Il est situé sur les murs d’enceinte de la ville, sur un promontoire appelé « la pointe du stylo », et domine le petit port. En octobre 2016, les murs des maisons entourant le port étaient décorés de très beaux portraits de marins et travailleurs monopolitani.

Les fondations de la basilique Santa Maria della Madia remontent à 1107 et furent édifiées sur un ancien lieu de culte païen. Après avoir monté les murs, le bâtiment n'a pas pu être achevé en raison de la difficulté à se procurer des poutres pour monter le toit. La légende veut que l'évêque, dans ses prières, confia ses problèmes à la Vierge Marie. Miraculeusement, dans la nuit du 16 décembre 1117, est apparue dans le port une icône byzantine portée sur un radeau composé de solides madriers. Les madriers du radeau furent utilisés pour achever la construction de la Cathédrale où l’on put installer l’icône miraculeuse, la « Madonna della Madia ».

La cathédrale fut reconstruite en 1741 dans un style baroque tardif. La structure de la façade est relativement simple ; elle est composée de deux étages superposés, séparés par une corniche à redans, surmontés d’un attique curviligne, et découpée en trois parties verticales séparées par des pilastres jumelés. Mais sur cette base très sobre et « classique » se rajoutent courbes et contre-courbes, volutes, pot-à-feu, fenêtres aux formes complexes, frontons interrompus des fenêtres. L’intérieur comprend une nef centrale et des bas-côtés séparés par de massifs piliers cruciformes revêtus de marbres colorés. La chapelle de la Madonna della Madia est curieusement située en hauteur, dans le chœur de l’église, derrière l’autel, afin que tous les participants à la messe puissent admirer l’icône. On accède à la chapelle par de grandes volées d’escaliers situées sur le côté. L'église est richement décorée de stucs, de marbres colorés, vrais et faux, de corniches imposantes, de chapiteaux dorés,  de peintures, de sculptures, de guirlandes… comme le style baroque finissant l’aimait.

Le complexe monastique de Santo Domenico possède une église Renaissance (probablement achevée autour de 1580) avec une abside de style gothique angevin. Depuis 1881, l'église est dédiée au culte des saints Côme et Damien qui y sont représentés par des mannequins habillés, grandeur nature, et dont la chasuble est couverte d’exvotos anatomiques en argent. C’est que les frères Côme et Damien, martyrisés en Syrie au début du IVe siècle, sont considérés comme des médecins guérissant bénévolement les infirmités des hommes comme des bêtes. Le culte d'origine orientale est probablement l'héritage de la domination byzantine à Monopoli. La nef centrale de l’église présente un magnifique plafond en bois peint, du XVIIIe siècle. Il est composé de trois médaillons entourés d’anges portant des couronnes de fleurs et, côté façade, d’une tribune sur laquelle sont disposés des anges musiciens. Le médaillon central est décoré d’une représentation de la Madone au rosaire, entourée de Sainte-Catherine de Sienne et de Saint-Dominique.

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27 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (14/24). Monopoli - « Le DJ non e un juke-box ».

Les désillusions des voyages, suite – Vivre c’est désormais être hyperactif !

 

Pouilles Monopoli Calacorvino

La découverte de la péninsule italienne est un lent travail de patience. Il convient d’y revenir souvent pour en apprécier les innombrables richesses culturelles.

La découverte de nouvelles régions s’accompagne nécessairement de la recherche d’hébergements adéquats : à proximité des principales ressources culturelles de la région, des centres urbains dans lesquels sont situés en général les monuments remarquables, le tout à un prix maîtrisé. Au moment du choix, la priorité donnée à ces trois critères conduit parfois à en oublier d’autres non moins importants, comme le calme ou l’espace !

La ville de Monopoli est bien située, permettant d’atteindre facilement un ensemble de villes littorales, au Nord, Bari et Barletta, et au Sud, Brindisi et Lecce, ainsi qu’à l’intérieur, Putignano, Alberobello, Martina Franca…

Un bon point de départ donc pour rayonner dans une zone à découvrir. Sauf que, déception, le logement situé en périphérie de Monopoli, dans un centre d’hébergement, est petit et assez mal foutu avec une cuisine enfermée dans un placard qui, ouvert, empêche le passage. Par contre, gros avantage, situé en bout d’immeuble, on peut y entendre la mer. Enfin… la nuit uniquement ! Mais encore faut-il que le vent vienne de l’Est, sinon c’est le bruit de l’autoroute qui domine. Et, autre condition : uniquement quand le frigo veut bien s’arrêter de ronronner. Mais ces deux conditions sont parfois remplies au même moment et comme c’est agréable alors de s’endormir en écoutant la mer !

Entendre la mer ? Oui, mais le soir seulement, en journée, vous n’y pensez pas ! Toute l’animation du centre a pour seul objectif de couvrir le bruit de la mer et de vous proposer mille activités au cas où vous ne sauriez pas quoi faire. Désormais, il ne suffit plus d’être hyperactif dans son emploi, il faut aussi l’être pendant ses congés, c’est à cette aulne que l’on vous apprécie et que l’on juge la réussite de vos vacances ; la société moderne est dynamique, rapide, évolutive, à vous de montrer que vous êtes un « homme » moderne (un homme ou une femme, bien sûr, je ne prétends pas « gendrer » l’aptitude à s’adapter aux règles sociétales !). Bref, il faut bouger, marcher, sauter, courir, nager, plonger, skier, surfer, grimper, escalader, jouer au ballon… que sais-je encore ?

Cela commence donc à 10h00 du matin sonnantes, avec un premier baratin dans une sono tonitruante : « Bon giorno a tuti… », suivi du programme des activités du jour, gymnastique, jeux, les titres et les horaires des films, les menus des restaurants… et l’appel à la première animation de la matinée, la gym aquatique ! Heureusement, nous sommes fin septembre, et il ne reste qu’une vingtaine de véhicules sur le parking quand le centre doit compter dans les 400 appartements lesquels sont donc inoccupés aux 9/10 ! C’est dire que personne ne se présente à la séance en question. Cela n’empêche pas le gentil et dynamique animateur de la sono de continuer à jouer son rôle et d’appliquer son programme d’animation, choix des disques et prise de paroles avec bons mots et petites histoires. Il est payé pour cela !

Piscine avec animation donc et sono toute la journée, mais sans le plaisir de voir de belles anatomies, il n’y a plus que des résidents du 3eme âge, lesquels sont d’ailleurs aussi bruyants que des enfants !

A dire vrai, le second jour, faute de résidents à « animer », le gentil DJ de la résidence finira par abandonner toute prétention à dynamiser le lieu, en se contentant de brancher sa sono sur une radio locale. Nous n’avons pas nécessairement gagné au change. Le gentil DJ ne pourra donc pas nous montrer toutes ses compétences mais je ne suis pas si sûr qu’il aime non plus avoir un auditoire trop nombreux et attentif : sur la porte de la cabine de sonorisation il a apposé une affichette spécifiant « Le DJ non e un juke-box » (le DJ n’est pas un juke-box) ! Animer, d’accord, mais c’est lui le professionnel qui sait ce qui vous convient en matière de musique.

Conclusion, foin des farniente avec de bons livres, nous n’avons plus qu’à fuir pour aller visiter la région et montrer que nous sommes, nous aussi, des hommes et femmes modernes, en mouvement permanent.

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25 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (13/24). Conversano et le Mystère de la Passion.

Stimuler la passion du peuple pour le Christ – Une procession pour la semaine sainte

 

Pouilles Conversano Chiesa della Passione Confrérie

Conversano est une petite ville, peu touristique, dans une région riche en oliviers et en cerisiers. Les origines de la ville remonteraient au VIIIe siècle avant notre ère. Le château médiéval, situé à l’entrée de la vieille ville, aurait lui-même été construit par les Normands en 1054 sur des fondations mégalithiques des quatrième et sixième siècles. Il subira ensuite des modifications défensives puis de nombreux remaniements pour en faire une demeure luxueuse pour les comtes Acquaviva d'Aragon.

La construction de la cathédrale a débuté à la fin du XIe siècle pour être achevée au XIVe siècle. Elle témoigne de l’art roman d’Apulie et de sa permanence au court de la période de l’art gothique. Elle subit des modifications intérieures importantes à l’époque du baroque mais, détruite par le feu en 1911, elle a été restaurée dans sa forme initiale. Elle a conservé sa grande façade d’origine, plane et tripartite, avec une belle rosace et un portail encadré de deux colonnes reposant sur des lions.

En se promenant dans les ruelles on peut remarquer la façade baroquisante de la modeste église de la Passion, un portail entouré de deux statues et surmonté d’une fenêtre à la forme en poire. L’église, édifiée en 1655 à l’initiative de deux prêtres convers, Don D'Ambrosia et Don Quagliarella, dans le but de « stimuler la passion du peuple en souvenir de la Passion de Christ » possède l’insigne privilège de conserver les onze statues portées en procession lors des Mystères, le jour du vendredi Saint… C’est du moins ce qu’apprend aux passants qui la lisent une plaque accolée sur la façade. Un homme, encore jeune bien que prématurément vieilli par les conditions de vie et de travail, la bouche édentée, nous propose de visiter l’église dont il possède la clef du portail. A l’intérieur c’est une église modeste où nous remarquons surtout une magnifique bannière mauve, brodée, de la « Confraternité de la Passion ». Notre guide improvisé nous révèle alors, avec fierté, qu’il est le porte-bannière de cette confrérie lors des processions de la Semaine Sainte et il nous montre des photos de la manifestation où on le reconnaît dans un magnifique costume… Il a alors une toute autre allure !

C’est qu’à Conversano, comme dans d’autres villes des Pouilles, les cérémonies de la Semaine Sainte sont importantes. Ces « défilés des Mystères » (« Processione dei Misteri ») constituent des survivances de pratiques introduites vers 1600 lors de la domination espagnole sur le Sud de l'Italie et ressemblent à celles pratiquées à Grenade ou à Séville.

Le soir du Jeudi Saint, les fidèles se rendent à l'église de Santa Maria pour embrasser et remercier la statue du Christ noir, une statue miraculeuse, en bois et papier mâché du XVIIe siècle. Cette cérémonie est suivie d’une nuit de veille. A l'aube, vers 4h00, le Christ noir est porté en procession pour parcourir les rues de Conversano, à pas lents, au rythme de marches funèbres et de Miserere chantés en alternance. Le répertoire musical est riche, lamento, miserere, stabat mater, composé aux XVIIe et XVIIIe siècles. La procession débouche à midi sur la Piazza Conciliazione où l'évêque, du balcon du Palazzo dell'Episcopio, bénit le peuple[1]. La tradition veut que le Christ arrive toujours devant la statue de Notre-Dame des Douleurs, qui part de l'église du Carmel, en fin de matinée, à la recherche de son Fils dans les rues de Conversano.

L’après-midi une nouvelle procession comprend les onze statues, portées à dos d’homme sur des brancards, illustrant des phases de la Passion du Christ : Jésus priant au jardin des Oliviers, le Christ à la colonne, le Christ flagellé et couronné d’épines (« Ecce Homo »), le Christ portant la croix, le Christ en croix (« calvario » »), les Saintes Femmes (Marie, Véronique et Marie-Madeleine ?), le Christ mort (« Cataletto ») où les Christ est allongé sur une civière… Ces statues anciennes, notamment du XVIIIe siècle, en papier mâché avec des détails en terre cuite, sont portées par les membres de confréries qui sont habillés de costumes propres à chaque groupe. Au cortège se joignent des pénitents, portant de lourdes croix et marchant pieds nus.

Un document de 1690 fait référence à l’existence de la Confraternité de la Passion, reconnue en 1777 avec la rédaction de ses règles, rénovée et officialisée en décembre 2000.


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23 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (12/24). L’abbaye bénédictine de San Vito (Saint-Guy).

Une architecture curieuse dans un site agréable

 

Pouilles San Vito Abbazia di San Basilio Maseria

À trois kilomètres au Nord-ouest de la ville, au lieu-dit « San Vito » (Saint-Guy), se dresse l'ancienne abbaye bénédictine du même nom, fondée au Xe siècle. Son église abriterait les reliques de Saint-Guy, saint patron de Polignano.

Selon la légende locale, la princesse Fiorenza de Salerne aurait été sauvée d'une tempête sur la rivière Sele par Saint-Guy, à proximité de l’endroit où aurait été martyrisé le saint par l’empereur Dioclétien, en Campanie, six siècles plus tôt. Le saint lui aurait alors demandé que ses restes, ainsi que ceux de son précepteur Modestus, et de la femme de celui-ci, Crescencia, martyrisés en même temps que lui, soient déplacés au « castrum polymnianense ». Des moines disciples de Saint-Basile, accompagnés de la princesse Fiorenza, seraient arrivés porteurs des reliques en 801. La princesse aurait alors acquis les fermes du castrum pour y installer les moines et les reliques.

L’endroit devint rapidement un lieu de pèlerinage pour demander l’intercession de San Vito, notamment contre les piqures de tarentules. Cette araignée de l’Italie méridionale est connue pour provoquer une morsure très douloureuse qui perdure pendant de longues heures accompagnée d’un important gonflement à l’endroit de la piqûre, de maux de tête et de fièvre. Grace à l’importante fréquentation de pèlerins l’abbaye s’enrichit et fut profondément transformée entre 1600 et 1700 avec notamment la création d’un grand escalier et d’une remarquable loggia en hauteur, de cinq arches, face à la mer. L’abbaye est composée d’un bâtiment rectangulaire, haut et massif, auquel est accolée l’église, à trois nefs. Le clocher est une tour baroque finement travaillée. Le porche de la façade de l’église donne sur une petite cour avec un puits. L’ensemble est entouré d’un haut mur contre lequel, à l’intérieur, ont été construit des locaux d’habitation.

« L’abbaye de San Vito est entourée d’une bonne muraille qui suffit pour la mettre à l’abri des insultes des Barbaresques sans lui ôter l’agrément d’une maison ouverte Nous fûmes surtout frappés de la beauté et de la hardiesse de l’escalier principal par lequel on arrive à une terrasse en portiques qui a vue sur la mer et précisément au dessus d’un petit port où abordent tous les bateaux des pêcheurs »[1].

En 1866, l'Etat a vendu l'abbaye au marquis de La Greca, dont les descendants sont encore partiellement propriétaires des bâtiments, alors que l'église appartient au ministère du Fonds des édifices religieux. L'abbaye est ouverte le dimanche pendant les heures des offices.

Bien. Mais j’ai souvenir qu’en Sicile on prétend que le jeune Vito, après s'être converti au christianisme, aurait été contraint de fuir pour échapper à la persécution de l'empereur Dioclétien (toujours l’affreux Dioclétien ! Au moins, voilà un élément qui ne change pas). Au cours de sa fuite il aurait trouvé la mort dans l’éboulement de la montagne qui surplombe la ville actuelle de San Vito lo Capo. Toujours selon cette légende, San Crescentia aurait identifié le lieu du martyr et y aurait élevé une chapelle. Avec la multiplication des miracles attribués à San Vito et San Crescentia, il fallut agrandir la chapelle pour accueillir les nombreux fidèles venus en pèlerinage. Nouveau problème… Le corps de Saint-Guy aurait également été donné par le pape à l’abbatiale de Saint-Denis, au Nord de Paris. Puis, vers 925, un os du bras de Saint-Guy aurait été attribué par le roi de France au duc de Bohême lequel fit construire une chapelle à l’origine de la magnifique cathédrale Saint-Guy de Prague. Enfin, le reste du corps aurait été confié à une abbaye de Westphalie…  Cela fait beaucoup de saints-Guy qui se promènent en Europe !

Après tout, l’essentiel n’est pas là car, au pied du bâtiment massif de l’abbaye, il existe un joli petit port naturel, creusé dans le tuf, qui héberge les bateaux de pêche traditionnels, des barques à rames, d’une longueur de cinq mètres environ, aux coques peintes de couleurs vives, soit vert foncé avec des bords et des bancs rouge, soit en bleu ciel avec des décorations blanches. La pêche se pratique à la palangre (une série de hameçons sur une ligne) pour la dorade, le rouget, ou avec des nasses pour le poulpe, la seiche,  ou encore au lamparo. Au Nord du petit port, des restaurants proposent des plats de poissons fournis par les pêcheurs locaux.


[1] Jean-Claude Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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21 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (11/24). Polignano a Mare… à user en période de basse saison touristique.

Une jolie petite ville dans un site remarquable – Une église délicieusement baroque

 

Pouilles Polignano a Mare

Oh, la jolie petite ville propre à figurer sur tous les dépliants touristiques pour attirer les étrangers !

« Polignano a Mare est un village de pêcheurs entouré par les eaux bleues et luxuriantes de la mer Adriatique, de bas buissons rabougris et d'arbres à feuilles persistantes, ainsi que des bandes précieuses de plage, de rochers escarpés, de criques et de promontoires qui couvrent la terre »

STOP ! Je veux bien accepter les eaux bleues, les buissons rabougris et les rochers escarpés, mais le village de pécheurs, non, car des pêcheurs à Polignano il doit y en avoir beaucoup moins que de vendeurs d’objets touristiques ou de serveurs de restaurants ! En effet les ¾ de la valeur ajoutée produite sur la commune de Polignano provient des services (commerces, administrations).

« Voilà autre chose que je déteste : l’authenticité. Le vrai restaurant. Les vraies gens. Les vraies choses. La vraie vie. Rien de plus faux. La vie est un concept d’ailleurs »[1].

Le « vrai » village de pécheur… J’ai bien essayé de trouver quelques statistiques sur les « vraies » activités de la pêche à Polignano a Mare, mais sans succès. Quand j’ai réussi à identifier des données chiffrées sur les activités du secteur primaire (agriculture, pêche et mines), elles étaient toujours globalisées. Il suffit d’aller au très agréable petit port de Polignano, à trois kilomètres au Nord-ouest de la ville, au lieu-dit San Vito, pour comprendre qu’il y a longtemps qu’il ne s’agit plus d’une « vraie » ville de pécheurs même s’il doit en subsister quelques-uns. Cela n’enlève d’ailleurs rien à la beauté et au spectaculaire du site, il n’y a pas besoin d’en rajouter dans « l’authenticité »[2] !

Le bord de la falaise est généralement bâti mais, de temps à autres, de courtes impasses permettent d’admirer la côte. Le plateau calcaire sur laquelle est bâtie la cité est rongé par les vagues, creusant des grottes suffisamment profondes pour s’insinuer jusqu’au centre de la ville. Mais si les dessous sont spectaculaires, le dessus n’en est pas moins intéressant, avec ses ruelles étroites, ses maisons anciennes, ses passages couverts, la place centrale et sa très jolie Chiesa Matrice di Santa Maria Assunta. L’église a été fondée en 672, consacrée à l’assomption de Marie en 1295 et reconstruite en 1580. De l'ancien édifice il reste seulement la façade latérale réalisée en pierre calcaire. Dans les années 1600 l'église a connu d’autres modifications importantes avec la construction de la chapelle de San Vito. Dans l'ensemble l'édifice conserve les caractères du style roman des Pouilles bien que datant de la Renaissance avec d’évidents remaniements de la période baroque. L’intérieur de l’église présente de nombreuses œuvres d’art intéressantes, mais elle est surtout très délicieusement baroque : plafond peint d’une assomption de la Vierge, remarquable tribune peinte du buffet d’orgue du XVIIIe siècle… avec beaucoup de grâce et sans les habituelles surcharges inutiles.

La ville offre d’autres surprises, comme ces écrits sauvages disséminés sur des portes ou des murs de la ville, des maximes de philosophes ou des poèmes :

Il Mattino

Sorge il mattino in compagnia dell’alba
Dinanzi al sol che di poi grande apparare
Su il estremo orizzonte a render lieti
Gli animali e le piante e di campi e l’onde[3] 

Le Matin

Il émerge le matin en compagnie de l'aube.
Devant le soleil qui, ensuite, apparait grand
Sur l'extrême horizon, sont rendus joyeux
Les animaux, les plantes, les champs et les vagues.

 

L’autre surprise c’est d’entendre, sur un des promontoires spectaculaires de la falaise, un accordéoniste jouer une rengaine de la fin des années cinquante, « Nel blu dipinto di blu » plus connue sous le nom de « Volare ». C’est que le chanteur, Domenico Modugno, est un enfant du pays et qu’il y possède même sa statue inaugurée en 2009 ! La ritournelle est connue et les touristes, étrangers ou italiens, la reprennent en chœur aux plus grands bénéfices de l’accordéoniste de rue !


[1] Dany Laferrière. « Je suis un écrivain japonais ». 2008.

[2] En 1783, le voyageur Jean-Claude Richard de Saint-Non décrit ainsi la ville : « Polignano est aussi baroque et aussi laide que sale » !

[3] Guiseppe Marini (1729 / 1799). « Le jour ». 1763.

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19 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (10/24). Bari, une basilique « bricolée » devenue un modèle.

Une grande basilique érigée entre les quatre murs d’un ancien palais – Devenue ensuite un modèle pour d’autres églises

 

Pouilles Bari San Nicola Façade

Le palais archiépiscopal, adossé au flanc droit de la cathédrale, est l’antithèse stylistique de celle-ci étant une des marques du style  baroque dans la ville. Entre 1730 et 1750 se développa à Bari une phase architecturale importante grâce aux initiatives de l'évêque Muzio Gaeta junior et aux interventions de l’architecte napolitain Domenico Antonio Vaccaro. Le palais acquit ainsi un raffinement baroque avec sa façade et ses salons intérieurs. L'édifice présente un plan rectangulaire avec des avant-corps latéraux reliés par une vaste terrasse fermée par une riche balustrade décorée avec des bustes et des stucs. Des corniches scandent les différents étages sur lesquels s'ouvrent de nombreuses fenêtres avec d’élégantes corniches curvilignes aux premiers et seconds niveaux et simplement rectilignes au troisième.

La basilique San Nicola apparaît comme un remarquable exemple de l’architecture normande, proportions massives, aux formes géométriques simples, une maçonnerie en appareil régulier, lisse, avec des dessins géométriques autour des ouvertures. La fondation de la basilique est liée au vol des reliques de Saint-Nicolas (270 / 345) dans le temple où était enterré le saint à Myre (aujourd’hui Demré), au Sud-ouest de l’Anatolie en 1087. Par suite de la menace des Turcs seldjoukides sur la ville de Myre, alors dans l’empire byzantin, plusieurs villes italiennes ayant Saint-Nicolas pour patron, se proposèrent de récupérer et protéger les reliques du saint. Les marins de Bari furent les plus rapides, profitant de la confusion lors de l’assaut de Myre par les Turcs pour dérober les reliques et, le 9 mai 1087, les ramener à Bari[1]

Il convenait de donner à ces reliques un cadre digne de leur importance. Pour ce faire, il fut choisi, en 1105, de réutiliser la résidence du « catepano » (le gouverneur gréco-byzantin de l'Italie méridionale entre 968 et 1071), ce qui explique notamment une forme rectangulaire approximative (un côté nord plus long d’environ deux mètres) et une partie de la décoration : fenêtres géminées, galeries à arcades, portail des taureaux, sculptures d’éléphants. La tour de droite, primitivement à fonction défensive, est l'élément le plus ancien (peut-être de la première moitié du IXe siècle), la tour de gauche serait légèrement postérieure dans le temps (fin IXe siècle) de même que les parties inférieures de la façade qui constitueraient le mur d'un bâtiment byzantin préexistant. Les grands arcs latéraux n'étaient pas fermés à l'origine mais permettaient de pénétrer dans le palais, enfin, au-dessus de ces grands arcs, la galerie actuellement couverte était autrefois un chemin de ronde. L’ironie de la reconstitution de l’histoire du monument c’est que la basilique Saint-Nicolas a servi de modèles à la construction d’autres églises apuliennes (les cathédrales de Bari, Bitonto, Ruvo…) alors qu’elle est le résultat d’une adaptation à un bâtiment préexistant[2] !

A l’intérieur l’église est en croix latine avec trois nefs assez étroites. A l'origine, la nef centrale avait une couverture en bois, qui fut cachée au XVIIe siècle par un riche plafond à caissons, décoré de toiles peintes par Carlo Rosa entre 1661 et 1673. Les peintures évoquent la vie de saint-Nicolas dans la nef centrale et le paradis dans le transept.

La crypte comprend une chapelle où se trouve la tombe de Saint-Nicolas sous l’autel. Les fidèles sont nombreux à s’y recueillir, notamment des représentants des églises orthodoxes dans lesquelles l’image de Saint-Nicolas est très appréciée. Dans un angle de la crypte est dressée la colonne miraculeuse, datant du onzième siècle, que Saint-Nicolas aurait ramené de Rome où il aurait séjourné ! Mais comment Saint-Nicolas, mort au IVe siècle, a-t-il pu ramener une colonne de Rome pour la dresser dans sa nouvelle basilique ? C’est là que doit résider le miracle. La dévotion pour le Saint est grande, une femme encore jeune, la tête couverte d’un voile, prie longuement à genoux devant la grille qui protège la tombe du saint. Puis, après nombre signes de croix et prières, elle va toucher la colonne miraculeuse soigneusement enfermée dans une solide cage de barreaux métalliques.


[1] Patrick J. Geary, « Le vol des reliques au Moyen Age: Furta Sacra ». Compte-rendu de Michel Zimmerman dans la Revue de l'histoire des religions, 1995.

[2] Franco Schettini. « La basilica di San Nicola di Bari ». Compte-rendu de Labande-Mailfert Yvonne dans les Cahiers de civilisation médiévale. 1969.

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17 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (9/24). A Bari, la manie de faire table rase du passé.

Une ville rasée – Un palais détruit

 

Pouilles Bari Castello Façade

Bari est le chef-lieu de la province des Pouilles. Avec un peu plus de 300 000 habitants, la ville est composée d'un centre historique ancien où les petites ruelles se faufilent de placettes en placettes, entre maisons, églises et la basilique Saint-Nicolas, et d'une cité nouvelle qui arbore un quadrillage de rues rectilignes à la romaine. C’est Joachim Murat, beau-frère de Napoléon et roi de Naples, qui engagea la construction de ce nouveau quartier appelé́ « Murattiano ».

Les trois principales attractions architecturales de la ville sont le château, la cathédrale et la basilique Saint-Nicolas.

La construction du château de Bari, en 1131, est attribuée au roi normand Roger II de Sicile. Toutefois il s’élève sur des structures plus anciennes, les unes de l’époque byzantine (aile Ouest) et les autres sur un lieu de culte du XIe siècle (aile Nord). Fréderic II de Hohenstaufen fit reconstruire le château, entre 1233 et le 1240, lequel avait subi les dommages de la guerre qui avait opposé Guillaume Ier de Sicile, dit « le Mauvais », à ses barons normands mais aussi à la révolte des habitants de Bari en 1156. Pour les uns, c’est Guillaume le Mauvais qui aurait fait raser le château ainsi que toute la ville de Bari (sauf la basilique Saint-Nicolas) pour punir les habitants de leur révolte et avoir ouvert la ville aux armées byzantines alliées des barons rebelles. Pour les autres ce sont les habitants eux-mêmes qui se seraient fait un plaisir de démolir la citadelle normande, symbole de leur oppression. Evidemment, avec un pareil surnom, Guillaume Ier de Sicile a généralement endossé la responsabilité de l’affaire alors que sa réputation désastreuse aurait été bâtie par son biographe Hugues Falcand qui lui aurait été très hostile. Le nouveau château frédéricien répond aux standards du genre : massif, quasi rectangulaire avec deux tours d’angle carrées aux angles de l’enceinte côté ville, une vaste cour intérieure sur laquelle s’ouvrent des salles d’apparat.

Dans la première moitié du XVIe siècle le château subit des transformations radicales à la demande d'Isabella d'Aragon, épouse de Jean Galéas Sforza, duc de Milan, et de leur fille Bona Sforza, duchesse de Bari, pour l’adapter aux exigences d’une demeure princière (perron à double rampe dans la cour), mais aussi une nouvelle ceinture de remparts pour en améliorer les caractéristiques de défense militaire avec l’arrivée des armes à feu.

La cathédrale actuelle a été érigée entre les XIIe et XIIIe siècles, sur le site des ruines de la cathédrale byzantine impériale détruite en 1156 par Guillaume Ier de Sicile. Construite entre 1170 et 1292, en réutilisant les pierres de la cathédrale précédente, c’est un bâtiment imposant, en style roman apulien. Le bâtiment a suivi le modèle de la basilique San Nicola en utilisant des murs existants, non mis à bas, sur un plan comportant trois nefs avec un léger transept. A l’extérieur, de profondes arcades entourent le bâtiment principal. La façade, à double pente soulignée par une bande lombarde, est animée par une rosace et intègre un portail du XVIIIe siècle. L’intérieur est très sobre, composé d’une double rangée de colonnes sur le sommet desquelles est fixée une série d'arcades surmontées par une fausse galerie qui surplombe la nef principale. Evidement baroquisée au XVIIIe siècle pour répondre aux nouveaux canons esthétiques, les restaurations de la seconde moitié du XXe siècle ont cherché à restaurer les structures romanes… ce qui est encore une façon de s’adapter aux évolutions du goût !

« Les apports valables de toutes les époques à l'édification d'un monument doivent être respectées, l'unité́ de style n'étant pas un but à atteindre au cours d'une restauration. Lorsqu'un édifice comporte plusieurs états superposés, le dégagement d'un état sous-jacent ne se justifie qu'exceptionnellement et à condition que les éléments enlevés ne présentent que peu d'intérêt, que la composition mise au jour constitue un témoignage de haute valeur historique, archéologique ou esthétique, et que son état de conservation soit jugé suffisant »[1].

Ne convient-il pas, au contraire, de laisser aux monuments l’ensemble des traces de leur vie passée qui permettent de rendre compte de son histoire, comme de celle de la société qu’ils représentent ?


[1] Conseil International des Monuments et des Sites. « Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites (charte de Venise 1964) ». Article 11. 1965.

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15 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (8/24). La cathédrale et le château de Trani.

L’un des exemples les plus importants de l'architecture romane apulienne

 

Pouilles Trani Cattedrale San Nicola

En arrivant dans la région de Trani, Jean-Claude, Richard de Saint-Non remarque les cabanes des paysans, lesquelles annoncent les trulli d’Alberobello et sont cousines des bories provençales, des capitèles occitanes ou des clocháns irlandaises.

« L’usage de tous les Vignerons & de tous les Habitants de cette Campagne, est de se bâtir des huttes, çà & là, dans leurs héritages. La forme pyramidale de ces huttes les fait ressembler de loin à autant de monuments & semble couvrir le Pays de Tombeaux antiques. Une seule ouverture par où entre le jour, un trou rond pratiqué au milieu de la voûte faite en entonnoir pour laisser sortir la fumée & pour tout meuble un banc circulaire autour du foyer. Voilà la forme & la distribution de ces petits réduits sauvages, qui ressemblent parfaitement aux huttes des Tartares ! »[1].

Ces « trullis » rudimentaires sont toujours présents dans les environs de Trani, dans les champs d’oliviers, de vigne, voire des surfaces labourées, même si leur nombre a certainement beaucoup diminué avec la mécanisation agricole.

La légende veut que Trani ait été fondée par un Grec, Tirenum, le fils de Diomède, ex-roi d'Argos et l'un des héros grecs de la guerre de Troie. Toutefois, le témoignage le plus ancien de l'existence d'un noyau habité identifiable à Trani remonte à la Tabula Peutingeriana (IIIe siècle ap J.C)[2] pour ensuite remonter à la période de la destruction de Canossa par les Sarrasins en 813, Trani devenant alors le siège épiscopal. La ville de Trani est encore une très bel exemple d’architecture romane apulienne avec sa cathédrale et son château frédéricien.

La cathédrale est considérée comme l'un des exemples les plus importants de l'architecture romane apulienne, témoin de la splendeur de Trani au Moyen-Âge. Elle est disposée dans un site remarquable, un promontoire isolé au bord de la côte. En mer, son très haut clocher (60 mètres) doit être visible de très loin. Elle est dédiée à San Nicola Pellegrino (Saint-Nicolas-Pèlerin), un jeune garçon grec mort à Trani en 1094 lors d’un pèlerinage. Elle a été érigée entre le XIe et le XIIIe siècle avec une très jolie pierre de couleur blanc-rosé. Elle est flanquée d’un élégant clocher qui présente les particularités d’être posé sur un grand arc formant un passage sous le clocher (ce qui est peu courant dans l'architecture romane) et d’avoir une succession de fenêtres de plus en plus grandes et nombreuses qui fait penser aux clochers romans lombards. Le sol de l’église est surélevé et l’on atteint le portail par un escalier à deux rampes donnant accès à une grande terrasse. La façade est décorée d’une rosace avec des représentations d’animaux. L’intérieur est à trois nefs soutenues par 22 colonnes, avec un important transept.

« La très grande église est très belle intérieurement, elle a été bâtie par les Normands, qui l’ont enrichie d’un assez grand nombre de colonnes antiques. La construction intérieure, quoique gothique, est d’un genre noble ; mais le portail n’a point été fini »[3].

Le Castello Svevo est l’autre monument important de Trani. Sa construction a commencé en 1233 sous Frédéric II et il a été achevé en 1249. Par la suite, le château a changé plusieurs fois d'usage au cours des années et les changements les plus importants lui ont été apportés par l'architecte Pierre d'Angicourt, sous les règnes de Charles d'Anjou I et II. Toutefois, extérieurement, il a conservé l’allure des châteaux frédériciens.

Le palais Cacetta, au long du port, construit de 1449 à 1453 pour le marchand Simone Cacetta, comporte des influences gothiques ce qui est peu fréquent dans la région. La façade principale conjugue l’austérité romane apulienne de la structure avec la finesse de la décoration gothique : une haute façade lisse et un portail avec un arc ogival entouré d’une corniche décorée de feuilles d’acanthe ainsi que de fines fenêtres gothiques ouvragées.


[1] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

[2] La Tabula Peutingeriana est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain au IVe siècle.

[3] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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13 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (7/24). Progrès » dans les tueries de masse - Hannibal et la bataille de Cannes.

Une des plus grandes batailles de tous les temps – A-t-on réussi à faire mieux depuis ?

 

Pouilles Hannibal

La bataille de Cannes est une bataille fameuse de la deuxième guerre punique. Elle eut lieu le 2 août 216 av. J.C, près de la ville de Cannes, à 14 km de Barletta.

Bon, la deuxième guerre punique… c’est loin tout ça. Pas sûr même que les jeunes générations en aient entendu parler ! Voyons, voyons… Les éléphants d’Hannibal qui traversent les Alpes dans la neige, cela vous dit peut-être quelque chose ?

Hannibal Barca était un général carthaginois, parti avec son armée de Carthage (au nord de l’actuel Tunis), il commence par s’assurer du territoire hispanique, puis il se dirige vers Rome (- 218), traverse les Alpes, bat les armées romaines dans le Tessin, puis à La Trébie (dans la vallée du Po, à l’ouest de Plaisance) et les écrase au lac Trasimène (au sud de Cortone, en Toscane). En trois heures, 15 000 soldats y périrent massacrés ou noyés dans le lac !

Dans l’espoir de rallier des peuples italiques, les Apuliens et les Lucaniens, plutôt que d’aller attaquer Rome bien défendue par ses fortifications, Hannibal poursuit sa marche vers le Sud. Il rencontre une nouvelle fois les armées de la république romaine à Cannae, sous le commandement des consuls Caius Terentius Varro et Lucius Aemilius Paullus.

« Il faut être fou. Sinon il enchaînera les batailles – certaines gagnées, d’autres perdues – et au bout du compte, les forces s’équilibreront. Il faut risquer davantage. Alors il demande que l’on étire la ligne de front. (…) Et ce sont ses propres lieutenants qui s’inquiètent à trop étirer, la ligne de front risque de se briser, et alors, ce sera la déroute. Oui, c’est le risque, mais il demande que l’on étire encore. Et la ligne sur laquelle se tiennent les Carthaginois est bien plus longue que celle des Romains, mais plus fine et aussi plus fragile »[1].

Le piège devait se refermer sur les légions romaines. Le centre des armées carthaginoises, composé de mercenaires celtes et ibères tint bon, les deux ailes se replièrent sur les Romains. 45 000 morts côté Romain !

« Des litres et des hectolitres de sang nourrissent la terre. Il y en a tant qu’elle ne parvient plus à boire. Quarante cinq mille hommes qui se vident en même temps. Quarante cinq mille corps sectionnés, ouverts, ça pue. (…). Quarante cinq mille corps qui mettent des jours, des semaines à se décomposer. Elle est là sa victoire : laide comme une boucherie sans nom. C’est le plus grand massacre de l’Histoire. Jamais aucune bataille ne fera autant de morts en si peu de temps »[2].

Y’a pas à dire, mais l’homme est quand même un animal particulièrement intelligent pour se tuer, s’assassiner, se décimer, se détruire, se trucider, s’occire, se massacrer, s’exterminer, s’éventrer, se démanteler, s’étriper, se découper en rondelles, et ce depuis longtemps. La meilleure preuve c’est la richesse du vocabulaire pour le dire. 45 000 morts en une journée, c’est quand même pas mal quand on pense que, malgré les moyens des techniques modernes, il fallut une nuit entière, 800 bombardiers et 2 500 tonnes de bombes pour n’assassiner « que » 25 à 35 000 personnes à Dresde, le 13 février 1945. Heureusement, la vanité humaine a permis de faire mieux et de ne pas laisser un aussi beau palmarès à une guerre bimillénaire. Le bombardement d’Hiroshima, le 6 août 1945, réussit à faire plus de 100 000 morts en quelques minutes, quasiment toutes civiles, vieillards, femmes et enfants. Record non encore égalé. Mais il ne faut pas se décourager de la nature humaine et les hommes ne manquent pas d’avoir tenté quelques tentatives d’amélioration au Cambodge, au Rwanda ou en Bosnie... J’en oublie certainement. C’est désespérant tant la nature humaine semble toujours capable de faire pire.

Et Hannibal dans tout ça ? Après avoir erré dans le sud de l’Italie, être allé sous les murs de Rome, les Romains évitant les attaques frontales, il finit par se réembarquer pour Carthage, 13 ans après son entrée dans la péninsule, les Romains menaçant désormais directement Carthage.


[1] Laurent Gaudé. « Ecoutez nos défaites ». 2016.

11 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (6/24). Barletta – Un très étrange Colosse.

Une représentation d’un empereur inconnu – Arrivée mystérieusement à Barletta

 

Pouilles Barletta Colosso

Sur le côté de la basilique du Saint-Sépulcre, le colosse de Barletta est une imposante statue de bronze de plus de cinq mètres de haut, datée du IVe siècle ou du début du Ve. Elle représente un empereur romain portant sa veste militaire et le diadème décoré de deux rangées de perles. Il pourrait représenter plusieurs empereurs, Valentinien Ier, Théodose le grand, Valentinien III, Marcien, Théodose II, Honorius ou d’autres ! Bref, quelque empereur de la fin du IVe siècle ou du début Ve dans la très longue liste concernant cette période[1].

L’incertitude est toute aussi grande sur la date de l’arrivée de la statue à Barletta. La tradition veut qu’elle serait liée au naufrage d’un navire vénitien revenant de la quatrième croisade (1202 / 1204) celle qui, plutôt que d’aller conquérir les Lieux Saints, participa au pillage éhonté de Zara puis de Constantinople et enfin au partage de l’Empire byzantin entre les Croisés. Une autre hypothèse suggère que le colosse serait une prise de Frédéric II lors de son déplacement dans son duché de Ravenne en 1231. En effet une statue colossale aurait été découverte en 1231 / 1232 à Ravenne lors de fouilles ordonnées par l'empereur et il est donc possible qu'il l'ait fait transporter dans ses terres d'Italie du Sud pour être réemployé dans un projet de prestige.

Ce qui est sûr, par contre, c'est qu'en 1309 les Dominicains ont utilisé une partie de la statue déposée à la douane de Barletta, ses jambes, pour les fondre et fabriquer des cloches pour la nouvelle église de Siponto. La statue fut finalement récupérée pour orner la place réalisée devant la basilique du Saint Sépulcre entre 1442 et 1459. C’est vraisemblablement à cette occasion qu’elle a été reconstituée en rajoutant les parties manquantes et en la complétant, dans la main droite, d’une petite croix. Le résultat est curieux, l’empereur apparaît un peu « court sur pattes », ce qui est peut-être moins dû au non respect des proportions en hauteur qu’à celle de la largeur de ses mollets puissants !

« En observant cette figure, on voit que quoique mauvaise, elle tient encore un peu du style Grec, de celui du bas-Empire & rien du goût Gothique des Princes Barbares qui ont régné à Bénévent. La statue fut trouvée sans jambes ; celles qu’on y a ajouté sont détestables. Elle est habillée à la Romaine, la main droite s’étant trouvé élevée, on y a ajouté une croix, & dans l’autre qui est étendue on a imaginé d’y placer la boule du Monde. Si cette Figure, qui a vint pieds de haut, étoit plus élevée & placée à son avantage elle auroit assez de noblesse, mais ainsi posée à terre, sans Piédestal, elle devient du plus mauvais effet possible »[2].

En 1923, la place fut réaménagée et le Colosse déplacé sur le côté de la basilique du Saint Sépulcre ce qui ne met pas davantage en valeur cette statue exceptionnelle faute de recul car elle est face à une route passante, le Corso Vittorio Emanuele.

« Concluons que si le Colosse de Barletta représente Honorius, ce ne fut point pour ce motif que les habitants d'un petit port du littoral des Pouilles le firent, au XVe siècle, restaurer et placer devant l'un des côtés de l'église du Saint-Sépulcre, près du Castello dominant la mer. Sans doute fut-ce plutôt parce que cet empereur cuirassé, robuste et au visage résolu, brandissant, telle une massue, la croix que le restaurateur avait mise dans sa main droite, semblait ainsi menacer l'ennemi, en l'occurrence les nouveaux barbares agresseurs qu'étaient les Turcs du Grand Sultan de Constantinople, les Infidèles, dont les navires commençaient d'apparaître en Mer Adriatique » [3].


[1] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

[2] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

[3] Emilienne Demougeot. « Le Colosse de Barletta ». Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité. 1982.

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09 août 2017

Richesse des Pouilles et de l'Apulie (5/24). Barletta et les cathédrales romanes des Pouilles.

De très nombreuses cathédrales romanes avec des caractéristiques régionales

 

Pouilles Barletta Cattedrale Santa Maria Maggiore

Au XIe siècle les Normands occupent tout le Sud de l’Italie. Le commerce et les relations avec les villes maritimes de l’Adriatique telles que Venise deviennent florissants. Avec les croisades (1095 / 1291), Brindisi devient le plus important port d’embarquement pour la Terre Sainte.

A cette époque commence la construction de la plupart des grandes églises romanes des Pouilles : Otrante et Tarente (1071), Saint-Nicolas de Bari (1081), Trani (1099), Santa Maria Maggiore à Barletta (1144), San Francesco à Trani (1172), Foggia (1172)…

Les mêmes principes de construction sont utilisés dans les Pouilles comme dans toute l’Europe des XIe et XIIe siècles mais avec des différences régionales. Dans les Pouilles, ces églises ont généralement un aspect massif, avec une haute façade lisse sur laquelle sont soulignés les trois nefs du bâtiment, un seul porche central, peu prononcé mais très décoré, surmonté d’une belle rosace. La structure interne est simple, rectangulaire, à trois nefs, sans transept ou chapelles rayonnantes autour du chœur.

La cathédrale Santa Maria Maggiore de Barletta illustre en partie ce modèle même si elle est le résultat d’une construction qui s’est échelonnée de 1150 jusqu’à la fin du XVIIe siècle. La façade, haute et lisse, est séparée en trois parties verticales, la partie centrale comprend une grande fenêtre circulaire, entourée de sculptures d’animaux et sous laquelle a été ouverte une fenêtre à la fin du XIIe siècle. Les deux parties latérales ont conservé leur décoration d’origine.

La partie romane correspond à la partie antérieure de la cathédrale avec les trois premières travées, aux piliers monolithes. La nef fut poursuivie selon le modèle du gothique français avec l’intervention de l’architecte Pierre d’Angicourt au début du XIV; elle se termine par une abside gothique à plan pentagonale avec des chapelles rayonnantes.

La basilique du Saint-Sépulcre est également une construction composite qui évolue du roman normand vers un gothique primitif, avec des influences Bourguignonnes complétées de la tradition locale avec le système de couverture typique des Pouilles, des toits pyramidaux en pierres planes, ou « chiancarelle ». L'actuelle façade, compartimentée et couronnée d'un imposant fronton, a été réalisée après 1700 après la démolition du portique d'époque médiévale. A gauche, seul reste le soubassement du clocher effondré suite au tremblement de terre de 1456.

« Le château de Barletta qui a de la réputation, & qui passe pour un des quatre Vhâteaux célèbres de l’Italie, n’est qu’un gros massif de Bâtiment quarré avec de mauvais fossés secs, qui n’a rien de remarquable que la dureté & la beauté de la pierre dont il est bâti, ainsi que toute la ville et le Port »[1].

Curieuse remarque car le château est aujourd’hui assez impressionnant et il n’a pourtant pas subi de modifications importantes depuis la fin du XVIIIe siècle ! Faut-il y voir l’habituelle condescendance des Français pour les œuvres étrangères ?

Les premières fortifications ont été érigées par les Normands. Frédéric II a résidé à plusieurs reprises dans le château qu’il a étendu et complété. En 1269, Charles Ierd'Anjou (1227 / 1285), roi de Naples et de Sicile, fils du roi de France Louis VIII et de Blanche de Castille, fait agrandir le château, améliore les défenses par des tours d'angles circulaires et aménage une chapelle. Après la prise du château par les Français en 1528, Charles Quint fait renforcer les défenses avec la création des bastions d'artillerie triangulaires par l'architecte Evangelista Menga, c’est qu’il convenait désormais d’avoir des châteaux moins hauts, trop fragiles face aux nouvelles armes, pour privilégier des structures basses, solides, entourées de grandes surfaces vides pour mieux contrôler les ennemis.

Du château Frédéricien, il ne reste donc pas grand-chose…


[1] Jean-Claude, Richard de Saint-Non. « Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile ». 1783.

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