Une forteresse à la forme inhabituelle – Abritant néanmoins une agréable résidence

 

Rome Borgo Château Saint Ange

Plus que le Colisée ou la basilique Saint-Pierre, le château Saint-Ange a longtemps représenté la ville de Rome à mes yeux d’enfants… Peut-être parce qu’il était dessiné en couverture d’un livre sur Rome possédé par mes parents, ouvrage paru dans la collection « Pays et cités d’art » dans les années 30 chez Nathan ? Son imposante masse circulaire en font un édifice inhabituel, voire mystérieux. Il est tout à la fois un tombeau, une citadelle, un palais, une prison et désormais un musée. C’est une figure très singulière de Rome, située entre les grandeurs impériales de la Rome antique et les fastes baroques de la Rome papale, celle d’une Rome moyenâgeuse et guerrière.

Avant de devenir le Château Saint-Ange, c’était un mausolée : celui de l’empereur Hadrien, commencé en 130 sur son ordre et achevé neuf ans plus tard par son fils adoptif et successeur au trône impérial, Antonin le Pieux. Le mausolée d’Auguste, situé rive gauche du Tibre, ne disposait alors plus de place dans sa chambre funéraire pour recueillir les cendres des empereurs romains.

Le mausolée d’Hadrien (mole Adriana), situé rive droite, est d’une composition similaire à celui d’Auguste et lui fait pendant : une base carrée, de 89 mètres de côté et de 15 mètres de haut, surmontée d'une partie cylindrique d'une vingtaine de mètres de hauteur, se terminant par un tumulus enfermant une chambre funéraire. Au sommet du tumulus un quadrige de bronze était conduit par une représentation de l’empereur. Le mausolée a accueilli les urnes cinéraires des empereurs romains d’Hadrien jusqu'à Caracalla (217 ap. JC). En 270, Aurélien, entourant Rome d'une nouvelle enceinte, incorpora le mausolée dans les murailles et en fit une forteresse.

L’archange Michel apparait au pape Grégoire Ier, dit « le Grand » (590 / 604), le 8 mai 590 au sommet du mole Adriana, remettant son épée au fourreau.A cette date,la peste ravage Rome  où sont organisées des processions de pénitence. Le geste de l’archange est alors interprété comme annonçant la fin de l’épidémie et signifiant que les prières des Romains seront exaucées. Pour commémorer l'événement, on édifia une chapelle et une statue de l'archange au sommet du mole Adriana qui prit alors l'appellation de château Saint-Ange.

Durant les luttes du Moyen Âge qui opposent les familles romaines nobles, l'édifice est transformé en château fortifié avec notamment la construction de quatre tours d’angle.

« On voit dans l’histoire que les chefs de faction qui tout à tour s’emparaient du pouvoir se regardaient comme bien établis dans Rome lorsqu’ils étaient maîtres de ce fort ; souvent il fut occupé par les papes »[1].

La puissante famille des Orsini possède la forteresse lorsqu’en 1277 Giovanni Gaetano Orsini est élu pape sous le nom de Nicolas III. Celui-ci décide alors de transférer partiellement le siège apostolique du Palais du Latran à celui du Vatican jugeant le lieu plus sûr grâce notamment à la forteresse du Château Saint-Ange. Il décide également de relier ces deux édifices en réalisant un couloir surélevé (« Passeto di Borgo ») permettant ainsi aux papes de se réfugier facilement dans la forteresse. Ce fut notamment le cas, en 1494, pour Alexandre VI Borgia (1492 / 1503) lorsque Rome fut occupée par le Roi de France Charles VIII et, en 1527, pour Clément VII Médicis (1523 / 1534) qui dût fuir devant les troupes de Charles Quint. Le pape Nicolas V Parentucelli (1447 / 1455) rajoute, au-dessus de la partie antique du mole, un étage en brique. Alexandre VI Borgia fait appel à l’architecte militaire Antonio da Sangallo le Vieux pour réaliser les quatre avant-postes octogonaux et le fossé dans lequel furent détournées les eaux du Tibre. Alexandre VI fit également aménager des appartements peints de grotesques par le Pinturicchio, appartements ensuite occupés par Clément VII Médicis et Paul III Farnèse (1534 / 1549). Une nouvelle statue de bronze de l’archange Michel, œuvre de Peter Anton von Verschffelt, est érigée au sommet de l’édifice, en 1753, en remplacement d’un marbre datant de 1544. Par la suite, le château Saint-Ange perdit son intérêt militaire et il servit de prison pontificale.  Benvenuto Cellini, sculpteur et orfèvre, Cagliostro, aventurier et suspect de pratiquer la franc-maçonnerie, Giordano Bruno, moine jugé hérétique ou Béatrice Cenci, parricide d’un aristocrate violent et immoral, y auraient séjourné ou y auraient été interrogé par le terrible tribunal papal.