L’amphithéâtre Flavien – Des légions romaines indésirables

 

Rome Celio Colosseo

Son vrai nom est amphithéâtre Flavien [1] ! Construit en cinq années, de 75 à 80, il s’appelle Colosseo parce que l’empereur Hadrien avait fait transporter à ses côtés, tirés par vingt quatre éléphants, la statue de Néron précédemment située dans l’atrium de la Domus aurea : une œuvre colossale, en bronze, de 35 mètres de haut, soit les deux tiers  de la hauteur du Colisée (50 m) ou celle d’un immeuble de douze étages ! Les différentes classes sociales étaient soigneusement séparées et chacun des 60 000 spectateurs gagnait sa place sans jamais croiser les autres catégories de public. Les fêtes d’inauguration de l’amphithéâtre durèrent cent jours pendant lesquels on aurait tué pas moins de 5 000 animaux dans des chasses ou des combats : des oiseaux, des grues, quatre éléphants, des lions, des léopards, un tigre, des lièvres, des cochons, des taureaux, des ours, un sanglier, un rhinocéros, un buffle et un bison d’Europe… Dans cette liste étrange, il ne manque que les gladiateurs et les ratons-laveurs !

Avec l’interdiction des duels de gladiateurs en 435, puis celle des combats de fauves en 523, il devenait difficile d’y organiser des manifestations drainant suffisamment de public ! Le Colisée devint un lieu d’habitation, un cimetière, puis une forteresse médiévale. Avec la fin des guerres entre grandes familles romaines, il servit de carrière de pierres pour la construction de palais, d’églises et de basiliques. Il fallut faire référence aux martyrs chrétiens soi-disant tombés dans son arène pour arrêter le pillage. En 1749, Benoît XIV Lambertini (1740 / 1758) a estimé que le Colisée était un lieu sacré car les premiers chrétiens y auraient été martyrisés, ce qui n’a jamais été prouvé. Il interdit l'utilisation du Colisée comme carrière et consacra l'édifice à la Passion du Christ en plantant une croix au milieu de l’arène. Hitler lors de sa visite à Rome, en 1938, jugea « qu’il faudrait le reconstruire et l’utiliser, mais qu’aujourd’hui, hélas, il fallait tenir compte des finances publiques » [2] ! Une remarque aussi absurde qu’étrange de la part d’un dictateur qui ruinera l’Allemagne et l’Europe.

Une année, en arrivant au pied du Colisée, nous avons la surprise d’y être accueillis par des légionnaires romains ! Ils ne semblent pas être en campagne n’ayant ni leur bouclier, ni leur javelot. Peut-être ne sont-ils là que pour assurer la sécurité de l’Urbs alors que le forum est envahi par les différents peuples de l’Empire, Celtes, Germains, Gaulois, Daces, Traces, Macédoniens, Lusitaniens, voire même Numides ? Ces derniers se livrant plutôt à du petit commerce de parures de fantaisies et de bimbeloterie. Il apparaît toutefois qu’il y a un peu de relâchement dans la discipline de la Légion : certains centurions, en ce jour de petites pluies éparses, ont adopté des chaussures un peu fantaisistes en lieu et place de leurs galigae de cuir clouté. S’ils paraissent au repos, ils n’en sont pas moins très serviables avec les représentants de tous les peuples qui viennent porter leur tribut à la capitale de l’Empire. Ils se prêtent très volontiers à une petite cérémonie au cours de laquelle ils posent à côté d’un de ces allogènes pendant qu’un autre leur tire le portrait. Est-ce un moyen d’arrondir leur solde de quelques sesterces ? Est-ce toléré par César ? L’Empire n’aurait-il plus les moyens d’entretenir son armée ?

Hé bien non, ce n’est pas toléré par César et, en avril 2012, César s’est fâché. Il a envoyé sa police contrôler ces centurions qui ne disposent pas d’une licence les autorisant à exercer de petits boulots annexes. Le contrôle a dégénéré en bataille entre centurions et policiers. Il semble que les légionnaires n’ont pas utilisé les fameuses règles stratégiques qui ont fait leur gloire mais seulement une bousculade plus ou moins agrémentée d’horions. L’échauffourée aurait fait un blessé léger dans les troupes romaines. Le maire de Rome, Gianni Alemanno, ex membre du parti fasciste Mouvement « Social » Italien, membre du « Peuple de la Liberté » du bateleur de foire Berlusconi, n’a rien voulu entendre. « Dura lex, sed lex » (« La loi est dure, mais c’est la loi ») aurait-il déclaré, en s’efforçant de paraître impérial, mais n’est pas César qui veut. Bon, il est vrai que ce Disneyland au pied du Colisée n’est pas nécessairement heureux, mais il serait plus judicieux de lutter contre les causes de ces petits boulots (mafia, spéculation financière, détournements frauduleux, crise économique, désindustrialisation, chômage…), plutôt que de s’attaquer aux victimes de la crise.


[1] Ouverture tous les jours mais avec une file d’attente d’un heure voire beaucoup plus ! Pour l’éviter prendre préalablement son billet en ligne ou aux billetteries de l’entrée du forum ou de l’entrée du Palatin.

[2] Ranuccio Bianchi Bandinelli. « Quelques jours avec Hitler et Mussolini ». 1995.

Enrico Caria. « Ranuccio Bianchi Bandinelli, l'uomo che non cambiò la Storia ». 2016.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades dans le rione de Celio.

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